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Chapitre 4.3.4

Troiſiéme expérience faite à l’Academie
Royale des Sciences par le moïen du
vif argent.

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LA difficulté que j’avois trouvée dans les expériences que j’ai faites avec de l’eau, qui s’épanoüit ſur la fin du jet en forme d’ellipſe, & ſe réſout même en gouttes menuës lorsque le jet eſt un peu long ; me fit penſer qu’une liqueur ſur qui l’air ne pourroit point agir avec tant de force, ſeroit plus propre à nous déterminer : & faiſant réfléxion que le vif argent eſt quatorze fois plus péſant que l’eau ; je propoſai d’en faire l’expérience à Meſſieurs de l’Académie Royale des ſciences, qui donnerent ordre à M Rômer de l’exécuter ; ce qu’il a fait par le moyen de cette machine.

C’eſt un tuyau de bois de vint ſix pouces de hauteur & de huit ou neuf lignes de diametre, fermé par le bout inférieur au moïen d’un robinet attaché au tuyau avec une peau d’anguille pour pouvoir ſûrement contenir le vif argent & ſe mouvoir en toutes ſortes de poſition. L’œil du robinet n’eſt que d’une demi-ligne, & l’on peut lui donner tel angle d’élévation que l’on veut par le moïen d’un quart de cercle ſitué verticalement au long du tuyau. Tout cét appareil eſt poſé ſur un auget horizontal bien poli & diviſé dans ſa longueur, qui eſt de quatre à cinq piés, en pouces, lignes & demi lignes avec beaucoup de juſteſſe, afin de pouvoir juger préciſément de la longueur des portées par la chûte du vif argent dans cét auget : & pour plus de précaution, l’on a mis de beaut une carte teinte en noir ſur le même auget dans toute ſa longueur, & de la hauteur du tuyau, ſur laquelle on a marqué, avec tout le ſoin poſſible, le cours entier des paraboles du vif argent en pluſieurs élévations différentes, pendant que dans ſon paſſage il razoit la carte de fort près. Sur cette préparation le tuyau ayant

êté rempli à la hauteur de vint quatre pouces & deux dignes avec du vif argent bien épuré : l’on a premiérement remarqué que lors-que le robin eſt mis perpendiculairement vers le haut, le vif argent ne rejallit qu’à la hauteur de vint-deux pouces trois lignes ; quoi que ſuivant l’inclination de deux dég. & demi, il monte à celle de vint deux pouces huit lignes & demi. D’où l’on peut néceſſairement inférer, que le jet perpendiculaire A B ne monte pas à la hauteur qu’il devroit A D, tant à cauſe de la réſiſtance de l’air, ainſi que nous l’avons dit ci-devant, que parce que les goutes en B, tombant ſur celles qui viennent après, les arrêtent & interrompent la force de leur impreſſion. Ce qui n’arrive point au jet incliné A C E où les gouttes en C ne retombent point vers A, & n’altérent rien à l’impreſſion de celles qui les ſuivent. Ce qui fait que l’on peut ſûrement prendre pour la véritable hauteur du jet perpendiculaire celle de vint-deux pouces neuf lignes.

Voici les longueurs & les hauteurs des portées du vif argent en diverſes élévations, tirées de la Table noire ſur laquelle les paraboles entiéres ont êté décrites, & vérifiées par la répétition de pluſieurs expériences tant à l’Académie Royale des Sciences qu’à l’Obſervatoire, & même en préſence de Monseigneur le Dauphin.

La hauteur du vif argent dans le tuyau au deſſus de l’œil du robinet : 24 pouces 2 lignes.

Le diametre de l’œil peu moins de 12 l.

La hauteur du jet perpendiculaire 22 p. 9 l.

TABLE

La premiére colonne de cette Table marque les dégrez des différentes élévations ſur lesquels les expériences ont êté faites. La ſeconde marque en pouces & lignes, l’étenduë des jets du vif argent meſurez ſur la ligne horizontale. La troiſiéme marque les amplitudes des paraboles ſuivant les mêmes élévations calculées ſur les tables de Galilée & de Torricelli. La quatriéme eſt celle des hauteurs perpendiculaires des mêmes jets du vif argent, meſurées ſur la carte noire ; ſur laquelle ils ont êté ſoigneuſement deſſinez dans tout leur cours. La cinquiéme marque les hauteurs des mêmes jets calculées ſur les Tables de Galilée & de Torricelli.

Où l’on voit en général que l’expérience eſt tellement conforme à la Théorie, que leur plus grande différence ne monte pas à la centiéme partie de l’étenduë du jet ; ce qui doit être bien plûtôt attribué à quelqu’une des cauſes que nous avons expliquées ci-devant, qu’à aucun défaut de l’hypothéſe. D’autant plus que les portées qui ſe font autour du ſixiéme point de l’équerre, c’eſt-à-dire aux environs de l’angle demi-droit, qui ſont les plus ordinaires pour les jets des Bombes, ſont les plus juſtes & les plus proches de celles que l’on trouve par le calcul.

Il eſt à remarquer dans cette expérience que le filet du vif argent, mêmes aux jets les plus obliques & les plus inclinez à l’horizon, eſt plus gros quatre fois que n’eſt l’œil du robinet d’où il ſort ; ce qui vient, peut être, de la diſpoſition des parties qui compoſent le vif argent, qui dans leur ſortie par l’œil du robinet ſe trouvent comprimées & reſſerrées par le poids du liquide qui eſt au-deſſus dans le tuyau & ſe remettent dans leur êtat ordinaire auſſi-tôt qu’elles ont la liberté de le faire dans l’air ; d’où l’on pourroit inférer en quelque maniére, que ces parties font une eſpéce de reſſort entr’elles. Mais ce n’eſt pas ici le lieu de diſcourir à fond ſur cette matiére.

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