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Chapitre 1.2.9

Pratique de Daniel Elrich examinée.

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JE penſois avoir recouvré ce tréſor dans un Livre qui me fut dernierement envoyé du Grand Art de l’Artillerie traduit en Allemend avec un ſupplément de la ſeconde partie, que je croïois être celle que l’Auteur nous avoit promiſe : mais je me ſuis trouvé bien loin de mes eſperances, lors-qu’en le liſant j’ai connu que ce ſupplément n’êtoit pas de Siemienowski, mais d’un autre appellé Daniel Elrich, Maître Canonier ou Capitaine d’Artillerie de la Ville de Francfort ſur le Mein, où ce Livre a êté imprimé en l’année 1676.

Ce n’eſt pas qu’il y ait beaucoup de bonnes choſes dans cet Ouvrage ; mais au ſujet des Bombes, il n’y a rien qui puiſſe nous ſatisfaire. Quoi que, dans le ſixiéme chapitre de ſon ſixiéme Livre, il diſe que pour ſe ſervir utilement du mortier, il y faut employer l’Equerre, qui dans ſa figure eſt un Quart de Cercle diviſé en 90 degrés qu’il appelle points de 10 en 10. Pour cet effet il veut que l’on faſſe une croix de deux triangles de bois polies, à angles droits l’une ſur l’autre, & égales au diametre du mortier, pour pouvoir être placée horizontalement à fleur de ſa bouche ; puis ayant fait un trou dans cette croix, il y fait entrer une pointe qui eſt à l’un des côtez du quart de cercle continué au deſſous de ſa circonference, afin que ce côté de l’Inſtrument ſoit par ce moïen perpendiculaire à la bouche du mortier, & partant parallele à la ligne de l’ame.

Après quoi il dit que le mortier êtant ſitué à plomb, la balle tombera à deux ou trois pas de l’affût : quoi qu’il y en ait, dit-il, qui veulent qu’elle tombe préciſément dans le mortier. Puis l’inclinant à l’angle de 10 dég. qu’il appelle le premier point, la balle s’en éloignera à la diſtance de 200 pas ; parce, dit-il, qu’il faut donner 20 pas pour chaque dégré. À l’onziéme dégré 220 pas. Au douziéme 245. Au treiziéme 265. Au quatorziéme 290. Au quinziéme 305. Au ſeiziéme 330. Au dixſeptiéme 345. Au dixhuitiéme 370. Au dixneuviéme 400. Au vintiéme 430. Car il faut, dit-il, ſavoir que le jet devient plus bas à meſure que le mortier eſt panché, & chaſſe par conſéquent la balle par un plus grand Arc. Au troiſiéme point qui eſt à 30 dég., la balle tombe à 775 pas. Au quatriéme c’eſt-à-dire à 40. dég. elle tombe à 935. Et ſi le Mortier eſt incliné à l’angle de 42 dégrez, il fait alors le plus grand des jets de la balle qui eſt de 1050 pas. Quand il eſt panché au delà de 42 dég. juſqu’au ſixiéme point qui eſt de 60 dég. la portée en eſt racourcie & la balle tombera comme elle a fait au quatriéme point ou à 40 dég. à la diſtance de 935 pas. Au ſeptiéme point comme au troiſiéme. Au huitiéme comme au premier. Et ſi on l’incline juſqu’à 90 dég. ; ce ſera, dit-il, un tir de noyaux, & la balle ne s’arrêtera pas ſeulement dans le mortier en cette ſituation : comme le tir à plomb s’éleve continuellement en l’air juſqu’à ce qu’il ſoit repouſſé en arriere par ſa péſanteur qui le fait retomber auprès du mortier.

Voilà toute la doctrine de cét Auteur que j’ai voulu comprendre dans cette Table où les portées ſont marquées comme il l’ordonne à côté des dégrez de l’Equerre. Surquoi il y a diverſes choſes à conſidérer. La premiére eſt que le jet au douziéme dégré ſurpaſſant celui de l’onziême de 25 pas ; celui du treiziéme ne ſurpaſſe ſon précédent au douziéme que de 20 pas. Et celui du quatorziême ſurpaſſant le treiziéme de 25 pas ; celui du quinziéme n’excéde ſon précédent au quatorziéme que de 15 pas. Ainſi le ſeiziéme ſurpaſſant le quinziéme de 25 pas ; le dixſeptiéme ne ſurpaſſe le ſeiziême que de 15 pas. Qui ſont des irrégularitez que la nature du jet des Bombes ne ſouffre pas ; qui veut que les diſtances augmentent toûjours dans une certaine proportion depuis 1 dégré juſqu’à 45 ; d’où elles diminuent dans le même ordre juſqu’à 90. En ſecond lieu il êtablit la plus grande portée à l’angle de 42 dég., quoi qu’en effet elle ne ſoit dans ſa plus grande étenduë qu’à 45. Il paroit enfin qu’il s’eſt fort trompé quand il dit qu’au ſixiéme point, que l’on ne peut pas prendre autrement qu’à l’angle de 60 dég., la balle tombe à la même

diſtance où elle êtoit tombée au qua

triéme ; & au ſeptiéme comme au troiſiéme. Ce qui eſt manifeſtement contraire à la raiſon & aux expériences, qui marquent que la portée au quatriéme point eſt la même que celle du cinquiéme ; celle du troiſiéme égale à celle du ſixiéme, celle du ſecond à celle du ſeptiéme ; celle du premier à celle du huitiéme, comme il dit ; & enfin celle du neuviéme ou de 90 dég., à celle de 0 c’eſt-à-dire à la perpendiculaire.

Et pour faire mieux conoître de combien cette doctrine s’éloigne de la vérité, j’ai ajoûté dans cette Table les véritables portées en pas & en piés à cinq piés pour pas, que je prens pour pas Géometriques ; ſuppoſant, comme il a fait, que la portée au premier point, c’eſt-à-dire à 10. dégrés fut de 200 pas. Où il faut remarquer que je n’ai pas êté ſcrupuleux dans les fractions, que j’ai priſes pour rien quand elles ſe ſont trouvées moindres qu’un tiers de pié ; pour un pié quand elles ont êté au deſſus des deux tiers ; & pour un demi pié quand elles ſe ſont rencontrées entre ces deux termes.

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