Chapitre 3.2.2
Mouvement perpendiculaire en haut ou en bas.
CElui qui ſe fait perpendiculairement vers le haut eſt continuellement arrêté ou retardé par la péſanteur du corps jetté, laquelle entrainant continuellement ce corps en bas, fait que ſon mouvement va toûjours en diminuant, & qu’il ne dure que tant que la force de l’impreſſion qui le porte en haut, & qu’il a de la cauſe qui l’a jetté, ſe trouve ſupérieure à celle de ſe porter vers le bas, qui lui vient de ſa gravité : car le corps jetté ceſſe de monter au moment que les deux impreſſions deviennent égales, & il commence à tomber auſſitôt que celle de la péſanteur commence à prévaloir ſur l’autre.
Où il faut remarquer que les eſpaces parcourus par le mobile jetté vers le haut ſont en proportion réciproque de ceux qui ſont parcourus dans les mêmes tems par le mobile tombant. C’eſt-à-dire que les vîteſſes diminuënt en montant en la même proportion inverſe qu’elles augmentent en deſcendant ; d’où il arrive que le même corps paſſe par les mêmes eſpaces dans des tems égaux en montant & en deſcendant.
Car ſi l’on entend que tout le tems qu’un mobile employe à monter, eſt diviſé en un certain nombre de praties égales, comme par exemple en cinq ; il eſt conſtant que ſi l’eſpace qu’il parcourt au premier tems contient 9 meſures, celui du ſecond tems en contiendra 7, celui du troiſiéme 5, celui du quatriéme 3, & enfin l’eſpace parcouru au cinquiéme ou dernier tems, n’aura que 1 de ces meſures, juſqu’au moment où il ſe trouve en équilibre ſans monter ni deſcendre : & qu’auſſi-tôt qu’il deſcend, il parcourt par proportion inverſe les mêmes eſpaces dans les mêmes tems ; c’eſt-à-dire qu’au premier tems il deſcend 1 meſure, au ſecond, 3, au troiſiéme 5, au quatriéme 7, & enfin au cinquiéme ou dernier 9 : mettant par ce moyen autant de tems préciſément à deſcendre qu’il en a employé à monter.
Le mouvement de projection fait à plomb vers le bas, reçoit une nouvelle impreſſion de vîteſſe par l’augmentation de celle que le corps acquiert par ſa ſeule gravité en tombant.
L’une & l’autre de ces projections perpendiculaires, ſoit en haut ſoit en bas, comparée à nous, ſe fait toûjours par une ligne droite, à laquelle la péſanteur du corps jetté n’altére rien quant à la direction ; le changement qu’elle y apporte eſt ſeulement qu’elle accourcit la droite du mouvement vers le haut, & qu’elle allonge celle du mouvement vers le bas.