Discussion.
M. Philippe Salmon. — L’article dont vient de parler l’orateur, avec un grand luxe de développements, est cependant de la plus grande simplicité ; il se résume en une seule proposition : le renne ayant disparu de nos régions au moment où notre climat s’est adouci, on s’est demandé si l’interposition d’un continent atlantique, entre l’Europe occidentale et l’Amérique, n’avait point empêché le Gulf-Stream de nous apporter plus tôt le réchauffement dont nous jouissons. Le renne n’ayant jamais franchi les Pyrénées, le courant océanien d’eau chaude avait probablement déjà touché l’Espagne avant nous ; la démolition du pont aurait ainsi marché du Sud-Ouest au Nord-Est et, quand elle nous a atteints, le renne a été contraint d’émigrer, son indispensable alimentation n’étant plus dans la flore nouvelle des temps mésolithiques. Que le continent atlantique ait été indépendant et séparé de deux autres, l’un au Nord, l’autre au Sud, ou bien qu’il ait été seulement le prolongement de celui du Nord, peu importe ; rien n’est à changer de ce chef aux conclusions soumises à tous ceux que le sujet intéresse. Si, comme il n’est pas téméraire de le croire, les faits ont entre eux une étroite relation, la soudure européo-américaine aurait encore été vue par nos Magdaléniens.
Àl’appui du système d’une destruction commencée très loin, dans une très haute antiquité, on a pu citer l’action encore survivante qui fait perdre annuellement quinze hectares à la France sur les côtes de l’Aquitaine et de l’Armorique.
Àl’appui du système d’une interposition continentale qui a longtemps retardé le changement de notre climat, on peut citer le rôle analogue de la Norvège, de la Suède et de la Laponie vis-à-vis des régions russes situées au delà de la Finlande.
Le mot « Atlantide » semble ne rien avoir de choquant pour la science ; on dira, si l’on veut, « intercontinent » ou « pont atlantique » ; le sens est le même exactement et personne n’est obligé d’ajouter foi aux « rêveries » des historiens grecs.
Mais ce qui mérite assurément d’être retenu et d’être rangé parmi les éléments utiles à l’étude de la question, c’est l’argument zoologique tiré du renne, de nature à confirmer sans doute l’existence d’une « atlantide » et à déterminer la date de son effondrement de notre côté de l’Océan, vers la fin de l’époque de la Madeleine.
Le raisonnement donne parfois une opportune direction aux recherches scientifiques.
Il me reste à offrir à la Société et je dépose sur le bureau un exemplaire du tirage à part de mon court travail qui a paru dans la « Revue de l’École d’Anthropologie ».
Ainsi la formation du Gulf-Stream est un phénomène très moderne, et il n’y a pas lieu de s’étonner si le climat actuel, qui en dépend à un très haut degré, n’a pu s’établir qu’à l’aurore de l’époque néolithique ». (De Lapparent, Traité de géologie, 3 édit., pp. 1393, 1394).