‹ Le 13e Hussards, types, profils, esquisses et croquis militaires... á pied et á chevalChapitre 25 sur 57 · XXV

XXV

Le rêve de tous les engagés volontaires qui arrivent au 13e hussards est de monter à cheval. On le comprend, ils ne se sont engagés que pour cela.

Ce rêve, naturellement, était celui de Gédéon.

Depuis près de trois mois qu’il était au régiment, il ne s’était approché d’un cheval que pour faire le pansage, soir et matin--et une fois aussi juste à propos pour recevoir un coup de pied, qui lui valut de la part de l’officier de semaine l’épithète de brutal.

Aussi, quelle joie, le jour où on lui dit de seller un poulet-dinde! Il se voyait déjà le pied dans l’étrier, s’élançant sur ce noble et fougueux animal--comme dit le grand Buffon.

Mais il faut apprendre à s’élancer. Il fallut au jeune cavalier trois longues leçons pour cela. Le premier jour l’instructeur s’était contenté de lui détailler quelques principes.

--Pour monter à cheval, lui avait-il dit, placez les deux talons sur la même ligne.

Il ne fallut pas moins de six autres séances pour le placer et l’asseoir convenablement en selle, pour lui expliquer l’usage des bras, des mains, du buste, des jambes, des cuisses, et du reste;--car le corps du cavalier se divise en plusieurs parties dont chacune a son emploi spécial.

Enfin, on commanda à Gédéon de porter son cheval en avant.

Il obéit avec empressement. Même il obéit trop, car, oubliant que ses bottes étaient armées d’éperons neufs, il piqua violemment les flancs du cheval, qui partit au galop, _piquant une charge_ à travers les cours.

Épouvanté, Gédéon oublia leçons et principes, et, perdant toute pudeur, il ne songea plus qu’à s’accrocher solidement à la _cinquième rêne_:--il avait lâché les autres.

Au 13e, la cinquième rêne est, à volonté: le pommeau de la selle, la crinière, ou même le cou du cheval.

Les hussards de l’aune, qui vont, le dimanche, caracoler sur les _locatis_ de Montmorency, en compagnie d’amazones de la petite vertu, n’en connaissent pas d’autre.

Gédéon, cependant, galopait toujours--bien malgré lui. Affreusement ballotté, il battait de ses jambes les flancs du cheval, dont la course devenait d’autant plus furieuse.

Cramponné solidement à la crinière, il ne serait peut-être pas tombé, mais le cheval, en tournant une écurie, glissa des quatre pieds à la fois, et s’abattit, envoyant rouler à quinze pas son malheureux cavalier.

Aussitôt il y eut foule autour du poulet-dinde. Le lieutenant chargé des classes et un autre sous-lieutenant étaient accourus, ainsi que l’adjudant-major. Des maréchaux des logis épient venus, et aussi des brigadiers, et bon nombre de hussards.

Le cheval s’était relevé. On l’examina avec la plus tendre sollicitude. On inspecta minutieusement ses genoux, ses jambes et ses hanches.

--Il n’est pas blessé, dit enfin le lieutenant, avec un soupir de satisfaction; ce ne sera rien, heureusement.

--Qu’on le reconduise à l’écurie, dit l’adjudant-major, et qu’on le bouchonne soigneusement!

Pendant ce temps, Gédéon avait réussi à se mettre sur pied. Il se sentait moulu et même se croyait le bras endommagé.

--Ces gens-ci sont curieux, maugréait-il en regagnant sa chambre clopin-clopant; je fais une chute affreuse, vite on court au cheval. Je pouvais fort bien me casser une jambe, et nul ne s’inquiète seulement de moi.

Comme il se plaignait amèrement à la chambrée de l’indifférence de tous ceux qui l’avaient vu tomber:

--Imbécile! lui dit un brigadier, est-ce que vous coûtez mille francs, vous?