‹ Le Baiser de l’étrierChapitre 3 sur 21 · Scène III

Scène III

TRISTAN, GASPARD.

GASPARD, entrant. L’absinthe demandée… voilà !

TRISTAN. Ah ! c’est bien heureux ! (Il s’assied devant le verre d’absinthe.)

GASPARD. Et le journal ?

TRISTAN, prenant le journal. Lisant. « Rien en rade… » Hein ?… (Il regarde le titre.) Bon ! c’est le Courrier du Havre.

GASPARD. Bah !… j’ai cru que c’était le Corsaire.

TRISTAN, buvant. Tu y as mis le temps… pour te tromper.

GASPARD. Pardon, monsieur Tristan, c’est que j’étais occupé, là, dans le cabinet à côté, à dresser le couvert pour un vieux brave, qui vient toutes les semaines ici, avec une petite dame, faire de gentils dîners… soignés !

TRISTAN. Grand bien leur fasse ! Dis-moi, Gaspard, cette pendule va-t-elle bien ?

GASPARD. Elle va comme on veut, monsieur. (Faisant avec la main le geste de tourner les aiguilles) Crrrrac !…

TRISTAN, avec dépit. Et moi qui veux partir à huit heures.

GASPARD. Eh ! bien, soyez tranquille ! à huit heures précises, je viendrai vous apporter l’addition. Qu’est-ce que vous voulez manger ?

TRISTAN. Est-que je le sais ? Tout ce que tu voudras… pourvu que ce soit bon.

GASPARD. Laissez-moi faire !… je vais vous commander un joli petit dîner.

TRISTAN. Ah ! tiens ! (Il jette une pièce d’argent sur la table.) À toi, Gaspard !

GASPARD. Cinq francs !… merci, monsieur Tristan !

TRISTAN, lui remettant la lettre qu’il tient toujours dans la main. Et cette lettre… dès que je serai parti, à huit heures, tu la remettras, sous le premier prétexte, à la personne qui va dîner avec moi.

GASPARD, surpris. Ah ! bah !

TRISTAN. Oui. (À lui-même.) C’est la dernière chose qu’elle recevra de moi… Triste présent !… Il me semble que j’aurais dû… oui… un souvenir… une bagatelle… c’est mal de n’y avoir pas songé… ça lui aurait fait tant de plaisir !… et à moi aussi !… Eh ! que diable ! il y a des bijoutiers dans la galerie… c’est cela, un bracelet, une broche, un camée, n’importe quoi, mais quelque chose de joli, puisque c’est le dernier cadeau ! (À Gaspard qui dépose le couvert.) Gaspard ?

GASPARD. Monsieur ?

TRISTAN. Si cette dame arrive, dis-lui que j’arrive à l’instant, et prie-la d’attendre… je suis ici dans dix minutes. (À part, en sortant.) Pourvu que je trouve quelque chose qui lui plaise !

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