‹ Le baron TaylorChapitre 3 sur 3 · PIÈCES JUSTIFICATIVES.

PIÈCES JUSTIFICATIVES.

LETTRE DU CHEICK ABOU-GHOS,

Très illustre et très honorable ami, monsieur le baron Taylor (que Dieu le conserve !),

Après vous avoir présenté nos vœux sincères, le but de la présente est : premièrement, de nous informer de votre santé ; secondement, de vous témoigner notre joie de votre heureuse arrivée dans nos contrées, et de vous inviter à descendre dans notre demeure, qui est bien véritablement la vôtre. Déjà notre cœur est rempli d’amitié pour vous. Nous nous rappelons sans cette votre bonté, la douceur de votre caractère et vos bons procédés à notre égard. Votre cœur vous est garant de la vérité de ces paroles.

Votre lettre amicale nous est heureusement parvenue, ainsi que le magnifique présent d’une paire de pistolets et d’une longue-vue. Cette lettre vous était inspirée par la sincérité de votre cœur, et nous nous en glorifions aux yeux du monde. Nous avons tous rendu des actions de grâce à votre bon souvenir et à votre sincère amitié. On rencontre peu d’hommes aimant comme vous à faire le bien et à cultiver l’amitié. Nous ne cessons jour et nuit de prier pour votre illustre personne, et nous n’oublierons jamais vos bienfaits.

Tout ce qui vous appartiendrait ou serait muni d’un mot de votre main est sûr de trouver chez nous l’accueil le plus cordial.

L’amitié nous fait un devoir de vous accuser réception de votre noble présent, et de vous prier de nous honorer de vos ordres.

Mes frères, les enfants et tout ma famille, grands et petits, font des vœux pour votre prospérité.

Que le Créateur tout-puissant daigne vous accorder ses bénédictions.

Votre sincère ami

Ibrahim-Abou-Ghos.

Le 5 de chaouel 1247 (1832).

LETTRE DE DON J. MANUEL FONT,

Ripol, Ribas, le 18 septembre 1834.

L’appréciée lettre, en date du 12 août passé, que vous m’avez fait la grâce de m’écrire de Perpignan, est en mon pouvoir, et, au milieu de l’affliction où se trouvait mon âme, elle a été pour moi une incomparable consolation.

Quand vous daignâtes honorer ma pauvre cellule et quand vous me mîtes à même de vous connaître particulièrement, je vous montrai toute l’affection que vos richesses d’esprit et vos belles qualités devaient inspirer ; quand vous me fîtes cadeau, par l’entremise de l’aimable M. Frédéric Madrazo, d’un portrait du célèbre Chateaubriand, je fis connaître la gratitude que votre générosité et mon devoir m’imposaient ; mais ce que vous venez de m’envoyer m’a créé une nouvelle obligation que je ne saurais jamais remplir d’une manière qui satisfasse mes efforts et corresponde aux incontestables droits qu’elle vous donne sur moi. On sent dans l’ouvrage que vous m’avez donné le caractère d’un digne fils de la France ancienne et moderne ; la philosophie y acquiert une splendeur nouvelle, et la religion tout son éclat. Ces considérations me transportent, mon appréciable ami, beaucoup plus loin que mon cœur ne peut atteindre.

Il se peut que les événements de la tant malheureuse Espagne me soient funestes comme à ceux qui aiment le bonheur de tous. Pour m’y soustraire autant que possible, je vis retiré dans ce village, dont les pacifiques et laborieux habitants ignorent cette vile et lâche animosité qui trouve sa naissance et son accroissement dans l’oisiveté et l’immoralité de ceux-là seulement qui se cachent entre les vices, ordinaire patrimoine des grandes populations. J’observerai de cette hauteur la marche des affaires publiques, et, si elles m’obligent à chercher un asile plus sûr, j’irai avec plaisir en France, qui n’est guère qu’à cinq lieues d’ici. Dans ce cas redoutable, je recourrais aux bontés que votre générosité me promet, vous considérant comme un véritable mentor, mettant mon ignorance sous votre égide. J’aurai l’inexprimable joie de trouver les lumières dont j’ai si grand besoin.

Celui qui vous remettra la présente, M. Calvet, vieux ami auquel m’unissent mille motifs de gratitude, est digne de toute considération, parce qu’il sait aimer ses semblables. C’est enfin celui dans la maison de qui je demeurerai pendant mon séjour à Paris.

Je n’ai, mon aimable monsieur, aucun mérite qui me rende digne des faveurs dont vous m’honorez et dont je vous remercie comme je le dois ; seulement je désire que vous me procuriez l’occasion de satisfaire, au moins par mes vœux réitérés, l’agréable obligation que vous m’avez imposée de vous aimer, obligation que gardera jusqu’au tombeau.

Votre très affectionné serviteur, qui baise vos mains,

Manuel Front.

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