Chapitre 10 Comment le bâtard de Mauléon entra dans le château de Medina-Sidonia.
Le lendemain de ce jour terrible, et comme les premiers rayons du soleil éclairaient la cime de la sierra d’Aracéna, Mothril, enveloppé dans un large manteau blanc, prenait congé du roi don Pedro au bas des degrés de l’alcazar.
— Je vous réponds de mon serviteur, dit le More, c’est l’homme qu’il faut à votre vengeance, sire, un bras sûr et rapide, d’ailleurs je veillerai sur lui. Pendant ce temps, faites chercher ce Français, complice du grand-maître, et si vous le rejoignez surtout pas de pitié pour lui.
— C’est bien, dit don Pedro, va vite et reviens.
— Seigneur, répondit le More, pour faire plus grande diligence, je conduirai ma fille à cheval et non en litière.
— Que ne la laisses-tu à Séville, répliqua le roi. N’a-t-elle donc pas sa maison, ses femmes et ses duègnes ?
— Seigneur, je ne puis l’abandonner. Partout où j’irai il faut qu’elle me suive. C’est mon trésor, et je veille dessus.
— Ah ! ah ! More, tu te rappelles l’histoire du comte Julien et de la belle Florinde.
— Je dois me la rappeler, répondit Mothril, puisque c’est à elle que les Mores doivent d’être entrés en Espagne, et que je dois par conséquent l’honneur d’être le ministre de Votre Altesse.
— Mais, répondit don Pedro, tu ne m’avais pas dit que tu eusses une fille si belle.
— C’est vrai, dit le More ; ma fille est bien belle.
— Si belle que tu l’adores à deux genoux, n’est-ce pas ?
Mothril feignit d’être fort troublé par ces paroles.
— Moi ! dit-il, qui a pu dire à Votre Altesse…
— On ne m’a pas dit, j’ai vu, répondit le roi. Ce n’est point ta fille.
— Ah ! seigneur, dit Mothril, n’allez pas croire que ce soit ou ma femme ou ma maîtresse !
— Mais qu’est-ce donc, alors ?
— Un jour le roi le saura ; mais en attendant je vais accomplir les ordres de Son Altesse.
Et, prenant congé de don Pedro, il partit.
En effet, la jeune fille, enveloppée d’un grand manteau blanc, qui ne laissait voir que ses grands yeux noirs et ses sourcils arqués, faisait partie de la suite du More : mais ce dernier mentait lorsqu’il dit qu’elle devait l’accompagner pendant toute la route. À deux lieues de Séville, il se détourna de son chemin et mit la jeune fille en sûreté dans le palais d’une riche Moresque à laquelle il se confiait.
Et lui, poussant rapidement son cheval, abrégea le chemin par une course non interrompue.
Bientôt il traversa le Guadalété, à la place même où avait disparu le roi don Rodrigue après la fameuse bataille qui dura sept jours, et entre Tariffa et Cadix, il vit le château de Medina-Sidonia s’élever dans les airs tout chargé de cette tristesse qui pèse sur la demeure des prisonniers.
C’est là qu’une jeune femme, blonde et pâle, vivait depuis longtemps dans la compagnie d’une seule femme. Les gardes se multipliaient autour d’elle comme autour du plus dangereux prisonnier, et des yeux impitoyables la suivaient incessamment, soit que, les bras pendants et la tête inclinée, elle parcourût lentement ces jardins dévorés par le soleil ; soit que, couchée devant sa fenêtre fermée de grilles de fer, elle interrogeât l’espace d’un regard mélancolique en soupirant après la liberté, et en suivant les vagues infinies et sans cesse renaissantes de l’immense océan.
Cette femme était Blanche de Bourbon, femme de don Pedro, qu’il avait dédaignée dès la première nuit de ses noces. Elle se consumait peu à peu dans les larmes et dans les regrets d’avoir sacrifié à ce vain fantôme d’honneur l’avenir si doux qu’un jour elle avait vu briller dans les yeux bleus de don Frédéric.
Quand la pauvre femme voyait passer dans la campagne les jeunes filles qui venaient de vendanger les raisins de Xérès ou de Marbella ; lorsqu’elle entendait chanter leurs amants qui se rendaient au-devant d’elles, alors son cœur se gonflait, alors les larmes jaillissaient de ses yeux. Et elle aussi, songeant qu’elle aurait pu naître loin du trône et libre comme une de ces jeunes vendangeuses au teint bruni, elle invoquait une image bien chère, et murmurait tout bas un nom qu’elle avait déjà prononcé bien souvent.
C’est qu’aussi, depuis que Blanche de Bourbon y était prisonnière, Medina-Sidonia semblait un lieu maudit. Les gardes en éloignaient le voyageur, sans cesse soupçonné d’être un complice ou tout au moins un ami. La reine n’avait qu’un seul moment de liberté, ou plutôt de solitude, chaque jour : c’était l’heure où, faisant la sieste sous ce soleil brûlant, les sentinelles, honteuses elles-mêmes de tant de précautions prises pour garder une femme, s’appuyaient sur leurs lances et dormaient à l’ombre soit de quelque platane vert, soit de quelque blanche muraille.
Alors la reine descendait sur une terrasse qui donnait sur le fossé plein d’eau vive, et si elle voyait de loin quelque voyageur, espérant s’en faire un ami qui irait donner de ses nouvelles au roi Charles, elle tendait vers lui ses bras suppliants.
Mais personne n’avait encore répondu à cet appel de la prisonnière.
Un jour cependant elle vit venir sur le chemin d’Arcos deux cavaliers : dont l’un, malgré le soleil qui semblable à un globe de feu pesait sur son casque, paraissait à l’aise dans son armure complète. Il portait si fièrement sa lance que dès la première vue on reconnaissait en lui un chevalier vaillant. Du moment où elle l’aperçut, les regards de Blanche se fixèrent sur lui et ne purent plus le quitter. Il s’avançait au galop rapide d’un vigoureux cheval noir, et quoiqu’il vînt visiblement de Séville, quoiqu’il parût se diriger vers Medina-Sidonia, et que tous les messagers qu’elle avait reçus de Séville eussent été jusque-là des messagers de douleurs, la reine Blanche éprouva plutôt un sentiment de joie que de crainte en apercevant ce chevalier.
En l’apercevant à son tour, il s’arrêta.
Un vague pressentiment d’espérance fit alors battre le cœur de la prisonnière ; elle s’approcha du rempart, fit le signe de la croix, et, comme d’habitude, joignit les mains.
Aussitôt l’inconnu, poussant son cheval, vint au galop tout droit vers la terrasse.
Un geste effrayé de la reine lui désigna la sentinelle qui dormait appuyée à un sycomore.
Le chevalier mit pied à terre, fit signe à son écuyer de le rejoindre, lui parla bas quelques instants. L’écuyer conduisit les deux chevaux derrière un rocher qui les dérobait à la vue, puis revint près de son maître, et tous deux gagnèrent un énorme buisson de myrtes et de lentisques qui était à portée de la voix de la terrasse.
Le digne chevalier qui de sa vie n’avait pu, comme Charlemagne, faire avec la plume d’autres signes que des lettres ayant la forme d’un poignard ou d’une épée, ordonna à son écuyer d’écrire à la hâte, avec un crayon, que ce dernier plus lettré portait toujours sur lui, quelques mots sur un large caillou.
Puis il fit signe à la reine de s’éloigner un petit peu, parce qu’il allait lancer le caillou sur la terrasse.
En effet, d’un bras vigoureux, il fit voler la pierre tranchante : elle fendit l’air et tomba sur la dalle à quelques pas de la reine. Le bruit de sa chute fit ouvrir les yeux au soldat plongé dans un lourd sommeil, mais le soldat ne voyant rien autour de lui que la reine immobile et désolée, qu’il avait l’habitude de voir tous les jours à la même place, ferma ses yeux éblouis et se rendormit bientôt.
La reine alla ramasser le caillou et lut ces mots :
« Êtes-vous l’infortunée reine Blanche, sœur de mon roi ? »
La réponse de la reine fut sublime de douleur et de majesté. Elle croisa ses bras sur sa poitrine, et fit, de haut en bas, un signe de tête qui fit pleuvoir deux grosses larmes à ses pieds.
Le chevalier s’inclina respectueusement, et s’adressant à son écuyer, qui était déjà muni d’un autre caillou pour une seconde lettre.
— Écris ceci, lui dit-il.
« Madame, pouvez-vous être sur cette terrasse ce soir à huit heures, j’ai une lettre de don Frédéric à vous remettre. »
L’écuyer obéit.
La seconde missive arriva aussi heureusement que la première. Blanche fit un mouvement de joie, puis réfléchit longtemps et répondit : Non !
Une troisième pierre fut lancée.
« Y a-t-il un moyen de pénétrer jusqu’à vous ? » demandait-il, forcé de suppléer par la pantomime à sa voix, qui eût pu éveiller la sentinelle, ou à l’écriture, que son bras n’eut pas la force de lancer de l’autre côté du fossé. La reine désigna au chevalier un sycomore, à l’aide duquel il pouvait monter sur la muraille ; puis elle indiqua une porte qui, de cette muraille, conduisait à la tour habitée par elle.
Le chevalier s’inclina, il avait compris.
En ce moment, le soldat se réveilla et reprit sa faction.
Le chevalier demeura caché quelque temps, puis, profitant d’un moment où l’attention de la sentinelle était attirée d’un autre côté, il se glissa avec son écuyer derrière le rocher où attendaient les chevaux.
— Seigneur, dit l’écuyer, nous avons entrepris là une besogne difficile : pourquoi donc n’avez-vous pas tout de suite envoyé le billet du grand-maître à la reine ? Pour mon compte, je n’y eusse pas manqué, moi.
— Parce qu’un hasard pouvait le détacher en chemin, – et la reine ne m’eût pas cru si le billet avait été perdu. À ce soir donc, et cherchons un moyen d’arriver à la terrasse sans être vus de la sentinelle.
Le soir arriva. Agénor n’avait encore trouvé aucun moyen de pénétrer dans la forteresse ! Il pouvait être sept heures et demie.
Agénor tenait à entrer s’il était possible sans violence et plutôt par ruse que par force. Mais, comme d’habitude, Musaron était d’un avis parfaitement contraire à celui de son maître.
— De quelque façon que vous vous y preniez, seigneur, lui dit-il, nous serons toujours forcés de livrer bataille et de tuer. Votre scrupule me paraît donc peu légitime. Tuer est toujours tuer. Le meurtre est un péché à sept heures et demie comme à huit heures du soir. Je maintiens donc que de tous les moyens que vous proposez le mien seul est acceptable.
— Quel est-il ?
— Vous allez voir. Justement la sentinelle est un vilain More, un affreux mécréant qui roule des yeux blancs comme s’il était à moitié plongé déjà dans les flammes où il doit être un jour plongé tout à fait. Veuillez donc, Seigneur, dire un In manus, et donner mentalement le baptême à cet Infidèle.
— Et quel résultat cela aura-t-il ? demanda Agénor.
— Le seul dont nous devions nous préoccuper dans cette circonstance. Nous tuons son corps, mais nous sauvons son âme.
Le chevalier ne comprenait pas encore bien le moyen que comptait employer Musaron. Cependant, comme il avait une grande confiance dans l’imaginative de son écuyer, qu’il avait déjà eu plus d’une fois l’occasion d’apprécier, il accéda à sa demande, et se mit en prières. Pendant ce temps, Musaron, avec la même tranquillité que s’il se fût agi de gagner un gobelet d’argent dans une fête de village, remonta son arbalète, y plaça un vireton, et ajusta le More : presque aussitôt un sifflement aigu se fit entendre. Agénor, qui ne quittait pas des yeux la sentinelle, vit son turban osciller, ses bras s’étendre. Le soldat, affaissé sur lui-même, ouvrit la bouche comme pour crier, mais aucun son ne s’échappa de son gosier : étouffé par le sang et soutenu par le mur contre lequel il était appuyé, il demeura presque droit et tout à fait immobile.
Agénor se retourna alors vers Musaron qui, le sourire sur les lèvres, rajustait à son côté l’arbalète d’où venait de sortir en ce moment la flèche plantée au cœur du More.
— Voyez-vous, seigneur, dit Musaron, il y a deux avantages dans ce que je viens de faire : le premier, c’est d’envoyer malgré lui un infidèle au paradis ; le second, c’est de l’empêcher de crier qui vive ! Maintenant, marchons, rien ne nous empêche plus, la terrasse est déserte et le chemin nous est ouvert.
Ils bondirent vers le fossé, qu’ils passèrent à la nage. L’eau glissait sur l’armure du chevalier comme sur les écailles d’un poisson. Quant à Musaron, toujours plein de précautions et de respect pour lui-même, il avait ôté ses habits qu’il portait en paquet sur sa tête. Arrivés au pied du sycomore, il se revêtit, tandis que son maître faisait couler l’eau qui sortait par toutes les ouvertures de sa cuirasse, et grimpant aux branches du sycomore, il arriva le premier à sa cime, de niveau avec le rempart.
— Eh bien ! demanda Mauléon, que vois-tu ?
— Rien, répondit l’écuyer, si ce n’est la porte que personne ne garde et que votre seigneurie fera sauter avec deux coups de hache.
Mauléon était arrivé à la même hauteur que son écuyer, et par conséquent il pouvait s’assurer par lui-même de la vérité de l’argument. Le chemin était libre, et la porte indiquée fermée le soir interceptait seule la communication de l’appartement de la captive avec les terrasses.
Comme l’avait dit Musaron, avec la pointe de sa hache introduite entre les pierres, Agénor fit sauter la serrure, puis les deux verrous.
La porte s’ouvrit. Devant la porte se présentait un escalier tournant qui servait de dégagement aux appartements de la reine, dont la principale entrée se trouvait dans la cour intérieure. Au premier étage, ils trouvèrent une porte à laquelle le chevalier frappa trois fois sans qu’on lui répondît.
Agénor se douta que la reine craignait quelque surprise.
— Ne redoutez rien, madame, c’est nous.
— Je vous ai bien entendus, dit la reine de l’autre côté de la porte, mais ne me trahissez-vous pas ?
— Je vous trahis si peu, madame, dit Agénor, que j’ouvre cette porte afin de vous faire fuir. J’ai tué la sentinelle. Nous allons traverser le fossé, ce sera l’affaire d’un moment, et dans un quart d’heure vous serez libre et en pleine campagne.
— Mais cette porte, en avez-vous la clef ? demanda la reine. Moi, je suis enfermée.
Agénor répondit en exécutant la même manœuvre qui lui avait déjà réussi pour la porte d’en bas. Au bout d’un instant, celle de la reine fut enfoncée comme la première.
— Merci, mon Dieu ! s’écria la reine en apercevant ses libérateurs. Mais, ajouta-t-elle d’une voix tremblante et presque inintelligible, mais don Frédéric ?
— Hélas ! madame, dit lentement Agénor, en mettant un genou en terre et en présentant à la reine le parchemin, don Frédéric… voici sa lettre.
À la lueur d’une lampe, Blanche lut le billet.
— Mais il est perdu ! s’écria-t-elle ; ce billet est un dernier adieu d’un homme qui va mourir !
Agénor ne répondit pas.
— Au nom du ciel ! s’écria la reine, au nom de votre amitié pour le grand maître, dites-moi s’il est mort ou vivant ?…
— Dans l’un ou l’autre cas, vous le voyez, don Frédéric vous commande de fuir.
— Mais s’il n’est plus, s’écria encore la reine, pourquoi fuir ? S’il est mort, pourquoi vivre ?…
— Pour obéir à son dernier désir, madame, et pour demander vengeance en votre nom et le sien, à votre frère, le roi de France.
En ce moment, la porte intérieure des appartements s’ouvrit, et la nourrice de Blanche, qui l’avait suivie de France, entra pâle et effarée.
— Oh ! Madame, dit-elle, le château se remplit d’hommes armés qui arrivent de Séville, et on annonce un envoyé du roi qui demande à vous parler.
— Venez, madame, dit Agénor, il n’y a pas de temps à perdre.
— Au contraire, dit la reine, si on ne me trouvait pas en ce moment, on courrait après nous et on nous rejoindrait infailliblement. Mieux vaut que je reçoive cet envoyé ; et puis, ensuite, quand il sera tranquillisé par ma présence et par notre entretien, nous fuirons.
— Mais, madame, reprit le chevalier, si cet envoyé était chargé d’ordres sinistres, s’il avait des intentions mauvaises ?
— Je saurai par lui s’il est mort ou vivant, reprit la reine.
— Eh bien, madame, dit le chevalier, si vous recevez cet homme pour ce seul motif, eh bien ! je vous dirai la vérité, moi : – hélas ! il est mort !
— S’il est mort, dit la reine Blanche, que m’importe alors ce que cet homme vient faire ici ! – Songez à votre sûreté, sire de Mauléon ; voilà tout. – Allez dire à cet homme que je vous suis, continua Blanche en s’adressant à sa nourrice.
Puis, comme le chevalier la voulait retenir encore, elle lui imposa l’obéissance par un geste de reine, et sortit de l’appartement.
— Seigneur, dit Musaron, si vous m’en croyez, nous laisserons la reine faire ses affaires comme elle l’entend, et nous songerons à revenir sur nos pas. Nous allons périr misérablement ici, seigneur, quelque chose me le dit. Remettons à demain la fuite de la reine, et d’abord…
— Silence ! dit le chevalier ; la reine sera libre cette nuit, ou je serai mort.
— Alors, seigneur, dit le prudent Musaron, replaçons au moins les portes, que l’on ne s’aperçoive de rien si on vient visiter la terrasse. On va trouver le cadavre du More, seigneur.
— Pousse-le dans l’eau.
— C’est une idée, mais bonne tout au plus pour une heure ; il reviendra à la surface, l’entêté.
— Une heure, c’est la vie dans certaines occasions, dit le chevalier : va.
— Je voudrais à la fois, s’écria Musaron, m’en aller et rester près de vous ; si je ne m’en vais pas, on retrouvera le More ; si je m’en vais, j’ai peur qu’il ne vous arrive malheur pendant l’instant que je vous laisserais seul.
— Et que veux-tu qu’il m’arrive avec mon poignard et mon épée ?
— Hum ! fit Musaron.
— Va donc, tu perds le temps.
Musaron fit trois pas vers la porte, mais s’arrêtant tout à coup :
— Ah ! seigneur, dit-il, entendez-vous cette voix ?
Effectivement, le bruit de quelques paroles prononcées assez haut était arrivé jusqu’à eux, et le chevalier écoutait.
— On dirait la voix de Mothril ! s’écria le chevalier ; c’est impossible, cependant.
— Rien n’est impossible avec les Mores, l’enfer et la magie, reprit Musaron en s’élançant vers la porte avec une rapidité qui témoignait de son désir de se retrouver en plein air.
— Si c’est Mothril, raison de plus pour entrer chez la reine, s’écria Agénor ; car si c’est Mothril, la reine est perdue ! Et il fit un mouvement pour suivre sa généreuse inspiration.
— Seigneur, dit Musaron en le retenant par son surcot, vous savez que je ne suis pas un lâche ; seulement je suis prudent : je ne m’en cache pas, je m’en vante. Eh bien ! attendez encore quelques minutes, mon bon seigneur, après je vous suivrai en enfer, si vous voulez.
— Attendons, reprit le chevalier, tu as peut-être raison.
Cependant la voix parlait toujours, elle s’assombrissait peu à peu ; tout au contraire, la reine, qui avait toujours parlé à voix basse, reprenait à son tour peu à peu un énergique accent. À cette espèce de dialogue étrange succéda un court silence, puis un horrible cri.
Agénor n’y put tenir et s’élança dans le corridor.
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Voilà ce qui s’était passé, ou plutôt ce qui se passait chez la reine.
À peine Blanche de Bourbon eut-elle traversé le corridor, et monté, sur les pas de sa nourrice, quelques escaliers qui conduisaient à sa chambre, que la marche alourdie de plusieurs soldats retentit dans le grand escalier de la tour.
Mais la troupe s’arrêta dans les étages inférieurs ; deux hommes montèrent seuls, encore l’un d’eux s’arrêta-t-il dans le corridor, tandis que l’autre continua son chemin vers la chambre de la reine.
On frappa à la porte.
— Qui est là ? demanda la nourrice toute tremblante.
— Un soldat qui vient de la part du roi don Pedro apporter un message à doña Blanche, répondit une voix.
— Ouvre, dit la reine.
La nourrice ouvrit, et recula devant un homme de haute stature qui, vêtu d’un costume de soldat, c’est-à-dire jacquet de mailles qui lui enveloppait tout le corps, était en outre enseveli dans un large manteau blanc, dont le capuchon voilait sa tête et dont les plis cachaient ses mains.
— Retirez-vous, bonne nourrice, dit-il avec ce léger accent guttural qui distinguait les Mores les plus exercés à parler la langue castillane, retirez vous. J’ai à entretenir votre maîtresse de sujets fort importants.
Le premier sentiment de la nourrice fut de rester, malgré l’injonction du soldat ; mais sa maîtresse, qu’elle interrogeait du regard, lui fit signe de se retirer, et elle obéit. Mais en passant dans le corridor, elle se repentit promptement de cette obéissance, car elle vit droit et silencieux contre le mur le second soldat, qui se tenait sans doute prêt à exécuter les ordres de celui qui était entré chez la reine.
Une fois que la nourrice eut passé devant cet homme, et qu’elle se sentit séparée de sa maîtresse par ces deux étranges visiteurs ainsi que par une barrière impossible à franchir, elle comprit que Blanche était perdue.
Quant à cette dernière, calme et majestueuse comme d’habitude, elle s’avança vers le prétendu soldat, messager du roi ; celui-ci baissa la tête comme s’il eût craint d’être reconnu.
— Et maintenant nous sommes seuls, dit-elle, parlons.
— Madame, répondit l’inconnu, le roi sait que vous avez correspondu avec ses ennemis, ce qui, vous le savez, est un crime de trahison au premier chef.
— Et c’est d’aujourd’hui seulement que le roi sait cela ? répondit la reine avec le même calme et avec la même majesté. Voilà cependant, ce me semble, assez longtemps que je suis punie de ce crime, qu’il prétend ne savoir que d’aujourd’hui.
Le soldat leva la tête et répliqua :
— Madame, le roi ne parle pas cette fois des ennemis de son trône, mais des ennemis de son honneur. La reine de Castille ne doit pas être soupçonnée ; et cependant elle a donné lieu au scandale.
— Faites votre mission, dit la reine, et sortez quand vous l’aurez finie.
Le soldat garda un instant le silence comme s’il eût hésité à aller plus avant ; puis enfin :
— Connaissez-vous l’histoire de don Guttiere ? dit-il.
— Non, dit la reine.
— Elle est cependant récente et a fait assez de bruit.
— Ce sont les choses récentes que j’ignore, répondit la prisonnière, et le bruit, si grand qu’il soit, traverse bien difficilement les murs de ce château.
— Eh bien ! je vais vous la dire, moi, répliqua le messager.
La reine, forcée d’écouter, demeura debout, calme et digne.
— Don Guttiere, dit le messager, avait épousé une femme jeune, belle et âgée de seize ans, juste l’âge qu’avait Votre Altesse lorsqu’elle épousa le roi don Pedro.
La reine resta insensible à cette allusion, toute directe qu’elle était.
— Cette femme, continua le soldat, avant d’être la signora Guttiere, s’appelait doña Mencia, et sous ce nom, qui était son nom de jeune fille, elle avait aimé un jeune seigneur qui n’était autre que le frère du roi, le comte Henri de Transtamare.
La reine tressaillit.
— Une nuit, en entrant chez lui, don Guttiere la vit toute tremblante et toute troublée ; il l’interrogea ; elle prétendit avoir vu un homme caché dans sa chambre. Don Guttiere prit un flambeau et chercha ; mais il ne trouva rien, qu’un poignard si riche, qu’il vit bien que ce poignard ne pouvait pas appartenir à un simple gentilhomme.
» Le nom du fabricant était sur la poignée ; il alla le trouver et lui demanda à qui il avait vendu ce poignard.
» – À l’infant don Henri, frère du roi don Pedro, répondit le fabricant.
» Don Guttiere savait tout ce qu’il voulait savoir. Il ne pouvait se venger du prince don Henri, car c’était un vieux Castillan plein de respect et de vénération pour ses maîtres, qui n’eût point voulu, quelque offense qu’il eût reçue, tremper ses mains dans un sang royal.
» Mais doña Mencia était la fille d’un simple gentilhomme, il pouvait donc se venger d’elle et se vengea.
— Comment cela ? demanda la reine, entraînée par l’intérêt que lui inspirait le récit de cette aventure, qui avait un si grand rapport avec la sienne.
— Oh ! d’une façon bien simple, dit le messager. Il alla attendre à sa porte un pauvre chirurgien nommé Ludovico, et comme celui-ci rentrait chez lui, il lui mit le poignard sur la gorge, lui banda les yeux et l’emmena dans sa maison.
» Arrivé là, il lui ôta le bandeau. Une femme était liée sur un lit, ayant deux cierges allumés, l’un au chevet, l’autre au pied, comme si elle eût été déjà morte. Son bras gauche surtout était attaché si solidement, qu’elle eût fait de vains efforts pour le dégager de ses liens. Le chirurgien demeura interdit, il ne comprenait rien à ce spectacle.
» – Saignez cette femme, dit don Guttiere, et laissez couler le sang jusqu’à ce qu’elle meure.
» Le chirurgien voulait résister, mais il sentit le poignard de don Guttiere qui traversait ses habits et qui était prêt à traverser sa poitrine ; il obéit. La même nuit, un homme pâle et tout ensanglanté se jetait aux pieds de don Pedro.
» – Sire, lui disait-il, cette nuit on m’a entraîné, les yeux bandés et le poignard sur la gorge, dans une maison, et là on m’a forcé par violence de saigner une femme et de laisser couler le sang jusqu’à ce qu’elle fût morte.
» – Et qui t’a forcé ? dit le roi. Quel est le nom de l’assassin ?
» – Je l’ignore, répondit Ludovico. Mais sans que personne me vît, j’ai trempé ma main dans la cuvette, et en sortant, je fis semblant de trébucher et j’appuyai ma main toute sanglante contre la porte. Cherchez, sire, et la maison sur la porte de laquelle vous verrez une main de sang sera celle du coupable.
» Le roi don Pedro prit avec lui l’alcade de Séville, et ils parcoururent ensemble la cité jusqu’à ce qu’il eût trouvé la terrible enseigne : alors il frappa à cette porte, et don Guttiere vint ouvrir lui-même, car par la fenêtre il avait reconnu l’illustre visiteur.
» – Don Guttiere, dit le roi, où est doña Mencia ?
» – Vous allez la voir, sire, répondit l’Espagnol.
» Et conduisant le roi dans la chambre où les cierges brûlaient toujours et où le bassin plein d’un sang tiède fumait encore :
» – Sire, dit-il, voilà celle que vous cherchez.
» – Que vous a fait cette femme ? demanda le roi.
» – Elle m’avait trahi, sire.
» – Et pourquoi vous êtes-vous vengé sur elle et non sur son complice ?
» – Parce que son complice est le prince don Henri de Transtamare, frère du roi don Pedro.
» – Avez-vous une preuve de ce que vous dites là ? demanda le roi.
» – Voici le propre poignard du prince, qu’il a laissé tomber dans la chambre de ma femme, et que j’ai trouvé en y entrant.
» – C’est bien, dit le roi, faites enterrer doña Mencia, et faites nettoyer la porte de votre maison sur laquelle on voit une main ensanglantée.
» – Non pas, sire, répondit don Guttiere ; chaque homme exerçant un office public a coutume de placer le signe représentatif de sa profession au-dessus de sa porte ; moi, je suis le médecin de mon honneur, et cette main sanglante est mon enseigne.
» – Soit, dit don Pedro, qu’elle y reste donc et qu’elle apprenne à votre seconde femme, si vous prenez une nouvelle épouse, ce qu’elle doit de vénération et de fidélité à son mari.
— Et il ne fut rien fait autre chose ? demanda Blanche.
— Si fait, madame, dit le messager ; en rentrant au palais, le roi don Pedro exila l’infant don Henri.
— Eh bien ! quel rapport cette histoire a-t-elle avec moi ? demanda la reine, et en quoi doña Mencia me ressemble-t-elle ?
— En ce que, comme vous, elle a trahi l’honneur de son mari, répondit le soldat, et en ce que, comme don Guttiere, dont il a approuvé la conduite et auquel il a fait grâce, le roi don Pedro a déjà fait justice de votre complice.
— De mon complice ! Que veux-tu dire, soldat ? murmura Blanche, à qui ces paroles rappelèrent le billet de don Frédéric et ses terreurs passées.
— Je veux dire que le grand-maître est mort, répondit froidement le soldat, mort pour crime de trahison de l’honneur de son roi, et que, coupable du même crime que lui, vous devez vous préparer à la mort comme lui.
Blanche était demeurée glacée, non pas de cette annonce qu’elle allait mourir, mais de cette annonce que son amant était mort.
— Mort ! dit-elle : ainsi c’est donc bien vrai, il est mort !
L’accentuation la plus habile de la voix humaine aurait peine à rendre ce que la jeune femme mit de désespoir et de terreur dans ces mots.
— Oui, madame, reprit le soldat More, et j’ai amené avec moi trente soldats pour escorter le corps de la reine de Medina-Sidonia à Séville, pour que les honneurs qui sont dus à son rang lui soient accordés quoique coupable.
— Soldat, dit la reine, je t’ai dit déjà que le roi don Pedro était mon juge et que tu n’étais, toi, que mon bourreau.
— C’est bien, madame, dit le soldat ; et il tira de sa poche un cordon de soie long, flexible, et à l’extrémité duquel il fit un nœud coulant.
Cette froide cruauté révolta la reine.
— Oh ! s’écria-t-elle, comment le roi don Pedro a-t-il pu trouver dans tout son royaume un Espagnol qui acceptât cette infâme mission ?
— Je ne suis pas Espagnol : je suis More ! dit le soldat en relevant la tête et en écartant le capuchon blanc qui lui voilait le visage.
— Mothril ! s’écria-t-elle : Mothril, le fléau de l’Espagne !…
— Homme d’un sang illustre, madame, reprit le More en riant, et qui ne déshonorera pas la tête de sa reine en la touchant.
Et il fit un pas vers Blanche, le cordon fatal à la main. L’instinct de la vie fit que la jeune femme se recula de l’assassin d’un pas égal à celui qu’il avait fait pour s’approcher d’elle.
— Oh ! vous ne me tuerez pas ainsi sans prière, et en état de péché ! s’écria Blanche.
— Madame, reprit le féroce messager, vous n’êtes pas en état de péché, puisque vous vous dites innocente.
— Misérable ! qui oses insulter ta reine avant de l’égorger… Oh ! lâche ! que n’ai-je là quelqu’un de mes braves Français pour me défendre !
— Oui, dit Mothril en riant, mais malheureusement vos braves Français sont de l’autre côté des monts Pyrénéens ; et à moins que votre Dieu ne fasse un miracle…
— Mon Dieu est grand ! s’écria Blanche. – À moi ! chevalier ! à moi !
Et elle s’élança vers la porte ; mais avant qu’elle n’en eût atteint le seuil, Mothril avait lancé le cordon, qui s’arrêta sur ses épaules. Alors il tira le lacet à lui, et ce fut en ce moment que la reine, en sentant le froid collier qui lui serrait la gorge, poussa le lamentable cri. Ce fut alors aussi que Mauléon, oubliant les conseils de son écuyer, se précipita du côté d’où venait la voix de la reine.
— Au secours ! cria la jeune femme d’une voix étranglée en se débattant sur le parquet.
— Appelle, appelle, dit le More serrant le lacet auquel la malheureuse prisonnière se cramponnait de ses deux mains crispées, appelle, et nous verrons qui viendra à ton secours, de ton Dieu ou de ton amant.
Tout à coup des éperons résonnèrent dans le corridor, puis sur le seuil de la porte apparut le chevalier devant le More stupéfait.
La reine poussa un gémissement mêlé de joie et de souffrance. Agénor leva son épée, mais Mothril d’un bras vigoureux força la reine de se relever et se fit un bouclier de son corps.
Les gémissements de la malheureuse s’étaient changés en un râle sourd et étouffé, ses bras étaient tordus par la violence de la douleur et ses lèvres bleuissaient.
— Kebir ! criait Mothril en arabe, Kebir ! à mon secours !
Et il se couvrait à la fois du corps de la reine et d’un de ces redoutables cimeterres, dont la courbe intérieure lorsqu’elle saisit une tête, la tranche et la fait voler comme la faucille un épi.
— Ah ! mécréant, s’écria Agénor, tu veux tuer une fille de France !
Et par dessus la tête de la reine, il essaya de frapper Mothril de son épée.
Mais au même instant, il se sentit saisi par le milieu du corps et courbé en arrière par Kebir, dont les deux bras lui faisaient une ceinture de fer.
Il se retourna vers ce nouvel antagoniste, mais c’était un temps précieux perdu. La reine était retombée sur ses genoux ; elle ne criait, elle ne gémissait plus, elle ne râlait plus. Elle semblait morte.
Kebir cherchait des yeux sur le chevalier une place où, en desserrant les bras une seconde, il pût enfoncer son poignard, qu’il tenait entre ses dents.
Cette scène avait pris moins de temps à arriver au point où nous en sommes que n’en met l’éclair à briller et à disparaître. C’était le temps qu’il avait fallu à Musaron pour suivre son maître et pour arriver à son tour à la chambre de la reine.
Il arriva.
Le cri qu’il poussa en voyant ce qui se passait, instruisit Agénor du renfort inattendu qui lui venait.
— La reine d’abord ! dit le chevalier, toujours étreint par le robuste Kebir.
Il se fit un court instant de silence, puis Mauléon entendit un sifflement qui passait à son oreille, puis il sentit les bras du More qui se relâchaient.
La flèche lancée par l’arbalète de Musaron venait de lui traverser la gorge.
— Vite à la porte ! cria Agénor, ferme toute communication : moi je vais tuer le brigand !
En secouant le cadavre de Kebir, attaché à lui par un reste d’étreinte et qui tomba lourdement sur le parquet, il bondit vers Mothril ; et avant que celui-ci eût le temps de se relever et de se mettre en défense, il le frappa d’un coup si violent que la lourde épée coupa la double maille de fer qui garantissait sa tête et entama le crâne. Les yeux du More s’obscurcirent, son sang noir et épais inonda sa barbe, et il tomba sur Blanche, comme s’il eût voulu de ses dernières convulsions étouffer encore sa victime.
Agénor écarta le More d’un coup de pied, et se penchant vers la reine, desserra vivement le lacet presque entièrement caché dans les chairs. Un long soupir indiqua seul que la reine n’était pas morte : mais toute sa personne semblait déjà paralysée.
— À nous la victoire ! cria Musaron. Seigneur, prenez la jeune dame par la tête, moi je vais la prendre par les pieds, et nous l’allons enlever ainsi.
Comme si elle eût entendu ces mots, comme si elle eût voulu venir en aide à ses libérateurs, la reine se souleva par un mouvement convulsif, et la vie remonta à ses lèvres.
— Inutile, inutile, dit-elle ; laissez-moi ; je suis déjà plus d’à moitié dans la tombe. Une croix seulement ; que je meure en baisant le symbole de notre rédemption.
Agénor lui donna à baiser la poignée de son épée qui formait une croix.
— Hélas ! hélas ! dit la reine ; à peine descendue du ciel, voilà que j’y remonte déjà, voilà que je retourne parmi les vierges mes compagnes. Dieu me pardonnera, car j’ai bien aimé, car j’ai bien souffert.
— Venez, venez, dit le chevalier ; il est temps encore, nous vous sauverons.
Elle saisit la main d’Agénor.
— Non, non ! dit-elle, tout est fini pour moi. Vous avez fait tout ce que vous pouviez faire. Fuyez, quittez l’Espagne, retournez en France, allez trouver ma sœur, racontez-lui tout ce que vous avez vu, et qu’elle nous venge. Moi, je vais dire à don Frédéric combien vous êtes un ami noble et fidèle.
Et détachant de son doigt une bague qu’elle donna au chevalier :
— Vous lui rendrez cette bague, dit-elle, c’est celle qu’elle m’a donnée au moment de mon départ, au nom de son mari le roi Charles.
Et se soulevant une seconde fois vers la croix de l’épée d’Agénor, elle expira au moment où elle touchait le fer symbolique de ses lèvres.
— Seigneur, cria Musaron l’oreille tendue vers le corridor, ils viennent, ils courent, ils sont nombreux.
— Il ne faut pas qu’on trouve le corps de ma reine confondu parmi les égorgeurs, dit Agénor. Aide-moi, Musaron.
Et il prit le cadavre de Blanche, l’assit majestueusement sur sa chaise de bois sculpté et lui posa le pied sur la tête sanglante de Mothril, comme les peintres et les sculpteurs ont posé le pied de la Vierge sur la tête brisée du serpent.
— Et maintenant, partons, dit Agénor, si toutefois nous ne sommes pas cernés.
Deux minutes après, les deux Français se retrouvaient sous la voûte du ciel, et reprenant le chemin du sycomore, voyaient le cadavre de la sentinelle qui, dans la même attitude et toujours soutenu par le mur contre lequel il était appuyé, semblait veiller encore avec ses grands yeux sans regard que la mort avait oublié de fermer.
Ils étaient déjà de l’autre côté du fossé quand l’agitation des torches et un redoublement de cris leur apprirent que le secret de la tour était découvert.
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