Chapitre 1 La marque et le fouet - Le guet et le coin flambant.
En 1830, la justice de Montréal faisait peu de cas de la vie d’un homme. On pendait celui qui avait volé un cheval, une vache, ou un mouton. Celui qui commettait un vol domestique dont l’objet valait plus de deux louis sterling, montait sur l’échafaud.
Tous les vieillards de Montréal se rappellent l’exécution d’un jeune homme de dix-huit ans, trouvé coupable d’avoir volé, à son maître, une montre d’argent de la valeur de $16.
Le supplice de la marque était infligé dans les cas d’homicide seulement.
Le patient était marqué dans la paume de la main droite avec un fer rouge portant les lettres G. R. (Georges Roi). Le bourreau procédait à l’opération, immédiatement après la séance de la cour. Le prisonnier passait sa main dans un bracelet à charnière fixé à la cloison de la (pièce) en arrière de la salle des séances de la cour des sessions de quartier. Le bourreau sortait d’une chambre attenante à la première où il avait fait rougir son fer sur un réchaud. Il appliquait trois fois le fer rouge sur la main du prisonnier. À chaque application du fer, le patient était obligé de crier : Vive le Roi ! S’il ne proférait pas ce cri de loyauté sa chair grésillait sous le fer jusqu’à ce qu’il se fut exécuté. 1
Le supplice du fouet se donnait aux criminels qui s’étaient rendus coupables de petits larcins. Ceux qui devaient subir la flagellation étaient attachés par les mains à un poteau planté près du monument Nelson 2. Le fouet n’était pas administré aussi cruellement que dans l’armée anglaise, car il arrivait rarement qu’il y eut effusion de sang. Le fouet était le châtiment des voleurs, des récidivistes et des propriétaires de maison malfamées. Très souvent, le supplicié, après la cérémonie, chantait le coq devant la populace qui l’acclamait en disant : « Ça c’est un game » !
La police de Montréal se faisait dans le bon vieux temps par trente Watchmen. C’était le guet municipal.
Le constable était armé d’un bâton bleu ayant environ cinq pieds de long. Plusieurs de ces bâtons sont encore conservés dans la cour de police. Le Watchman portait à sa ceinture un fanal et il tenait de la main gauche une crécelle qu’il agitait lorsqu’il voulait appeler un de ses confrères à son secours.
La nuit, le constable criait les heures et les demi-heures. Lorsque Montréal dormait le guet criait l’heure et ajoutait : « All is well. » Le père de M. Schiller, le greffier de la couronne 3 était autrefois capitaine du guet à Montréal. Les constables étaient alors souvent appelés à supprimer les désordres au célèbre coin flambant.
On désignait sous le nom de coin flambant l’encoignure des rues Lagauchetière et Saint-Constant (maintenant Cadieux). Deux de ces maisons existent encore aujourd’hui.
Le coin flambant était composé de cinq ou six maisons érigées sur la propriété Scott. Une de ces maisons était une auberge borgne et les autres étaient occupées par des (personnes peu recommandables). La nuit il y avait toujours des bagarres au coin flambant qui était le rendez-vous des matelots et des hommes de chantier.
On s’y battait à coups de gourdins et à coups de couteaux. Plus d’une fois ces rixes se terminaient par des meurtres.
On y rossait le guet et le désordre régnait en permanence…
5 novembre 1884
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