‹ Le bon vieux tempsChapitre 28 sur 36 · Chapitre 30 Comment se faisaient les élections - L’émeute de 1832.

Chapitre 30 Comment se faisaient les élections - L’émeute de 1832.

Dans le bon vieux temps les élections parlementaires ne se faisaient pas dans une seule journée. Les bureaux de votation restaient ouverts tous les jours tant qu’il s’enregistrait une voix par heure. Il arrivait très souvent que les élections duraient un mois et les rixes étaient aussi fréquentes que sanglantes entre les patriotes et les bureaucrates.

Le premier mai 1832, les citoyens de Montréal furent appelés à choisir un député pour l’assemblée législative.

Deux candidats étaient sur les rangs, le docteur Daniel Tracey, un des collaborateurs du Vindicator,un patriote à tous crins, et M. Stanley Bagg, un riche propriétaire, bureaucrate renforcé. Les polls furent ouverts le premier mai et la votation se continua sans troubles remarquables jusqu’au 21.

Le 21, les voix étaient à peu près également divisées et le sentiment populaire avait été chauffé à blanc.

Les coups de poings et les coups de bâtons s’échangeaient entre les torys et les libéraux à tous les polls. Le foyer le plus ardent de la lutte était le poll de la rue Saint-Jacques.

Des forts à bras étaient soudoyés par les torys qui assommaient les patriotes assez braves pour se présenter au bureau de votation. Les patriotes résolus d’affirmer leurs droits recrutèrent des forces et prirent une revanche éclatante. Ils s’élancèrent sur les torys qui battirent une prompte retraite sous une grêle de coups de poings et de coups de manches de hache. Jos. Monferrand était au premier rang.

Ses poings s’abattaient comme des massues sur les bureaucrates et les faisaient rouler dans la poussière.

Les torys s’étaient réfugiés sur la Place d’Armes et à l’entrée de l’ancienne petite rue Saint-Jacques lorsque le Docteur Robertson fit demander les militaires. Entre midi et une heure, une couple de compagnies de soldats parurent sur la place d’Armes.

L’Acte des émeutes (RiotAct) fut lu par un juge de paix, M. Janvier-Daniel Lacroix.

Ordre fut donné aux militaires de charger à la baïonnette. La foule recula dans la rue Saint-Jacques. Lorsqu’elle se fut rendue près de la rue Saint-Pierre, elle s’arrêta. Alors les soldats ouvrirent le feu sur les patriotes. Trois hommes qui n’avaient pas pris part à l’émeute tombèrent sous les balles pour ne plus se relever. C’était Byette (ou Billet), Languedoc et Chauvin. Les deux premiers étaient de pauvres journaliers et le troisième était un typographe à là Minerve.

C’est pendant la même élection remportée par M. Tracey, que le grand Voyer assomma près d’un poll un bully bureaucrate nommé Bill Collins, le boxeur le plus redoutable du parti tory. Bill, qui se tenait près du bureau de votation, massacrait impitoyablement tous les Irlandais et les Canadiens-Français qui s’approchaient.

Le grand Voyer, un patriote dévoué, un des citoyens les plus paisibles et les plus respectables de Montréal, résidait sur sa propriété au coin des rues Saint-Laurent et Mignonne et vivait de ses rentes.

Il était doué d’une force herculéenne et il avait une taille d’environ six pieds et demi 1.

Voyant que ses compatriotes se faisaient maltraiter, il se décida à faire le coup de poing. Il frappa le plus fort de la bande et celui-ci tomba assommé. On transporta Bill Collins dans une petite auberge de la place du Marché au foin (aujourd’hui la Place-Victoria) où il rendit le dernier soupir quelques minutes après.

La mort de Bill Collins ne fut regrettée de personne. Il avait eu souvent maille à partir avec la justice qui l’avait marqué par la main du bourreau. Le grand Voyer subit son procès devant la cour du Banc de la Reine et fut acquitté, parce qu’il avait été prouvé qu’il avait donné le coup homicide à son corps défendant.

En 1832, à l’époque de l’émeute dont nous venons de parler, la Place d’Armes était loin de présenter la magnifique apparence qu’elle a aujourd’hui. L’ancienne Banque de Montréal était située au coin de la rue Saint-François-Xavier, sur le site actuel du bureau de poste. Il y avait un terrain vague entre cet édifice et le coin de la côte de la Place d’Armes 2.

Sur ce dernier coin était bâti un hangar appartenant à M. Dubois, père de M. Étienne Dubois, employé de la Fabrique.

16 décembre 1884

q

Page 1