‹ Le capitaine PaulChapitre 7 sur 26 · Sixième phase. - Réhabilitation.

Sixième phase. - Réhabilitation.

Trois ans après, vers le mois de septembre 1841, dans un des voyages que je faisais de Florence à Paris, mon domestique me fit passer une carte. Je jetai les yeux sur cette carte et je lus : « Charlet, artiste dramatique. » – Faites entrer, dis-je à mon domestique.

Cinq secondes après, la porte se rouvrit et donna passage à un beau jeune homme de vingt-trois à vingt-quatre ans. Je dis beau, car, en effet, il était beau dans toute l’acception du mot.

Il était de taille moyenne, mais parfaitement bien prise ; il avait d’admirables cheveux noirs, des dents blanches comme l’émail, des yeux de femme, une voix si douce, que c’était un chant.

— Monsieur Dumas, me dit-il, je viens vous demander deux choses.

— Lesquelles, monsieur ?

— La première, c’est que vous me permettiez de débuter à la Porte-Saint-Martin dans le Capitaine Paul.

— Accordé.

Ce n’était plus Harel qui était directeur.

— Et la seconde ?

— La seconde, c’est que vous vouliez bien être mon parrain.

— Comment ! vous n’êtes pas encore baptisé ?

— Dramatiquement parlant, non, j’ai joué à la banlieue sous le nom de Charlet ; mais c’est un nom qui représente une si grande illustration en peinture, que je ne puis le garder au théâtre. J’ai déjà ma pièce de début, grâce à vous ; que, grâce à vous, j’aie aussi mon nom de début.

J’avais mon Shakespeare ouvert devant moi ; je lisais, ou plutôt je relisais, pour la dixième fois, Richard III. Mon regard tomba sur le nom de Clarence.

— Monsieur, lui dis-je, il vous faut un nom distingué comme votre figure, doux et harmonieux comme votre voix : au nom de Shakespeare, je vous baptise du nom de Clarence.

Le Capitaine Paul, repris au théâtre de la Porte-Saint-Martin sous le nom de Paul le Corsaire, fut joué quarante fois avec un énorme succès.

Clarence y débuta et y fit justement sa réputation.

Parti de la Porte-Saint-Martin, le Capitaine Paul faisait retour à la Porte Saint-Martin.

Comme le lièvre, il revenait à son lancer.

Voilà, chers lecteurs, l’histoire véridique du Capitaine Paul, comme drame et comme roman ; vous voyez donc que j’avais bien raison de dire :

... Habent sua fata libelli !

A. D.

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