‹ Le chanteur parisien, Recueil des chansons de L.A. PitouChapitre 1 sur 4 · L'AMI DE TOUT LE MONDE.

L'AMI DE TOUT LE MONDE.

L'amour-propre des grands seigneurs Fait le revenu des flatteurs; C'est où leur fortune se fonde. En parlant trop sincèrement, On n'est pas ordinairement Ami de tout le monde.

Quand j'aime, j'aime uniquement; Je parle toujours franchement; Comme le corps j'ai l'ame ronde, Il ne faut rien faire à demi: Je compte pour rien un ami Ami de tout le monde.

Prêtez argent sans intérêts, Ne le redemandez jamais; Qu'en bon vin votre cave abonde; Ouvrez la porte à tous venants, Et vous serez en peu de temps Ami de tout le monde.

Aux badauds donnez de l'encens, Aux Gascons des repas friands, Aux Bretons, buvez à la ronde, Ne demandez rien aux Normands, Et vous serez, avec le temps, Ami de tout le monde.

QUE DEVIENDRAIT LE MONDE.

Air: Ma femme le sait.

Suivons l'amour et la folie Pour goûter un plaisir charmant; L'amour est l'ame de la vie, La folie en fait l'agrément: La raison jalouse en vain gronde, Fermons l'oreille à ses discours, Sans la folie et les amours, Que deviendrait le monde?

A jeune fillette, une mère Défend toujours d'aller au bois; Mais on se rit de sa colère, Et l'on s'échappe en tapinois: L'Amour fait le guet à la ronde, Les Sylvains sont vifs et charmants.... Si l'on écoutait les mamans, Que deviendrait le monde?

On ne me veut voir occupée Que de joujoux ou de pompons; On me renvoie à ma poupée, Lorsque je fais des questions: Oh! c'est alors que l'on me gronde.... Si certain désir curieux, Aux fillettes n'ouvrait les yeux, Que deviendrait le monde?

Sous le joug de la continence Un abbé gémit nuit et jour; Des rigueurs de la pénitence, Il vole aux plaisirs de l'amour; Et c'est alors que l'on en gronde. Mais si ceux qui portent rabat Observaient tous le célibat, Que deviendrait le monde?

A dépeupler la terre entière, Travaillent tous les médecins: Vous les voyez dans leur carrière Livrer bataille au genre humain. Mais si, pendant qu'ils font leur ronde, Leur sage et prudente moitié Des maux d'autrui n'avait pitié, Que deviendrait le monde?

Pauvres maris que l'on offense, Et dont toujours on rit après, Chez les autres prenez vengeance, Et n'en vivez pas moins en paix: Qu'on vous raille ou que l'on vous fronde, Ne vous mettez pas en courroux; Messieurs, si vous vous fâchiez tous, Que deviendrait le monde?

Que ce repas est délectable! Ah! qu'on y voit briller d'attraits! Vénus, que nous vante la fable, N'en eut jamais d'aussi parfaits! Embrassons-nous tous à la ronde, Trinquons ensemble et buvons plein; Sans le beau sexe et le bon vin Que deviendrait le monde?

(ANONYME)

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