‹ Le Chapeau d’un horlogerChapitre 5 sur 23 · Scène VII.

Scène VII.

HENRIETTE, AMÉDÉE.

Amédée.

Vous le voyez, hein ? quelle malveillance !… Il prend tout ce que je lui dis de travers !…

Henriette.

Courez vite chez l’horloger.

Amédée.

Eh ! le puis-je ? le puis-je ? Le cousin qui va venir… vous savez bien la première chose qu’il fait dès qu’il arrive ici, vite, il s’en va voir la pendule, sa chère et damnée pendule, son objet d’art, comme il l’appelle, que leur grand’mère a léguée à monsieur, ce dont le cousin enrage : il est si envieux de monsieur !

Henriette.

Allons, il est taquin, mais il n’est pas méchant.

Amédée.

Non, c’est un bon envieux… mais il envie tout à monsieur… sa fortune, sa femme…

Henriette.

Sa femme ! La sienne est pourtant très-jolie… et elle l’aime bien.

Amédée.

Ah ! s’il allait entrer dans le salon !

Henriette.

Vous le renverrez

Amédée.

Oh bien, oui ! est-ce qu’on renvoie les gens qui tutoient monsieur ?… Avec ceux-là, j’en ai pour une heure… Ils demandent des cigares et ils s’établissent là pour attendre… Non, celui-là, il ne faut pas se flatter de le ficher à la porte ; c’est un rêve, non… Voilà ce que je peux faire : dans le salon, bouleverser tout, renverser des meubles, jeter en travers balais et plumeaux, couvrir d’un drap la pendule et les candélabres, flanquer du blanc d’Espagne sur les glaces et les carreaux… et puis balayer, oh ! mais balayer avec fureur, pour qu’une poussière épouvantable aveugle tous ceux qui voudraient passer la porte… Je ne peux que ça, et encore ça ne pourra pas durer toujours… Oh ! mademoiselle Henriette, si vous étiez bien gentille…

Henriette.

Je n’ai pas le temps d’être gentille.

Amédée.

Vous iriez chercher l’horloger.

Henriette.

Je ne peux pas, mon pauvre garçon.

Amédée.

Oh ! mademoiselle Henriette, allez-y, et ma vie est à vous ! Je me donnerai à vous tout entier, je vous prendrai pour moi tout entière… Je vous servirai, je vous protégerai, je vous défendrai comme un seul homme !

Henriette.

Il perd la tête !

Amédée.

J’embrasse vos genoux !

Henriette se levant.

Encore ! Quel désespoir entreprenant !… Laissez-moi.

Le Portier en dehors, au fond.

Il n’y a donc personne ici ?

Amédée.

Oh ! le portier ! c’est le ciel qui l’envoie !… Je ne vous demande plus rien, mademoiselle… Avec quelques centimes, j’obtiendrai de ce vieillard, dont je ne suis pourtant pas amoureux, tout ce que vous refusez à mes folles prières !

(Il va au fond recevoir le portier. — Henriette se remet à travailler.)

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