‹ Le chevalier de MornacChapitre 24 sur 24 · Épilogue

Épilogue

Six ans se sont écoulés, pendant lesquels la situation de la Nouvelle-France a tout à fait changé d’aspect.
À la période d’affaissement que nous avons tâché de décrire en cet ouvrage, succédait une époque de renaissance et de prospérité. La colonie qui n’avait fait que languir auparavant sous la crainte continuelle des Iroquois, avait repris une vie nouvelle aussitôt après l’arrivée du marquis de Tracy et de l’Intendant Talon.

Dans l’automne de l’année qui suivit celle où l’on construisit les forts de Sainte-Thérèse, de Chambly et de Sorel, M. de Tracy qui voulait dompter la superbe des Agniers avait organisé contre eux une grande expédition qu’il tint, malgré son grand âge, à commander en personne. À la tête de six cents sauvages hurons et algonquins et de deux petites pièces de campagne, le vice-roi marcha contre les quatre bourgades d’Agnier. Jamais les Sauvages de l’Amérique du Nord n’avaient vu pareille armée. Aussi balaya-t-elle tout devant soi. Les quatre villages furent emportés, brûlés et rasés, tout le pays environnant dévasté par les troupes, et les provisions de maïs, que ces Sauvages avaient en réserve, jetées dans la rivière Mohawk.

La petite armée qui avait quitté Québec, le 14 septembre (1666), y était de retour au mois de novembre. Elle avait perdu peu de monde. Il paraît que le chevalier de Mornac – il s’était marié avec sa belle parente à la fin de l’année 1665 – se distingua fort dans cette expédition contre Agnier où il avait autrefois souffert tant d’humiliations.

Les Agniers furent frappés de terreur. Ils s’imaginaient sans cesse voir les Français entourer leurs villages. Par suite de la perte totale de leurs provisions, ils se virent réduits à une très grande famine qui fit périr quatre cents personnes. Aussi vinrent-ils supplier M. de Tracy de leur accorder la paix.

Un grand traité fut conclu.

Alors les colons purent s’occuper de la culture de leurs terres, et profiter des avantages que leur offrait un pays abondant en toutes choses et des plus fertiles.

Comme il n’y avait plus rien à craindre des Iroquois, même dans les localités isolées, on vit aussitôt les villages s’élever et s’étendre sur les bords du Saint-Laurent, les forêts tomber et s’éloigner des habitations, les terres plus soigneusement cultivées produire de très abondantes récoltes.

Grâce aux encouragements énergiques de M. Talon, l’agriculture fit de grands progrès. À part les grains ordinaires, on se mit à cultiver le lin et le chanvre avec succès.

Le commerce ne fut pas plus négligé. L’Intendant qui projetait de relier le Canada avec les Antilles, par les relations commerciales, fit construire un bâtiment à Québec, en acheta un autre, et dès 1667, les envoya à la Martinique et à Saint-Domingue avec un chargement de morue, de saumon et d’anguille salés, de pois, d’huiles, de bois merrain et de planches.

La population prit aussi un accroissement rapide, grâce aux colons que le roi de France dirigeait sur le Canada. L’acquisition la plus précieuse que fit la colonie fut celle de quatre compagnies de Carignan qui s’établirent dans le pays, lorsque ce régiment fut rappelé en France. Elles furent choisies parmi celles dont les officiers et les soldats s’étaient mariés avec les filles des colons.

Après avoir fidèlement accompli sa mission, M. de Tracy retourna en France dans l’année 1667, sur le vaisseau de guerre, le Saint-Sébastien, que le roi lui avait envoyé.

Talon qui était passé en Europe en 1669, revint au Canada l’année suivante. Il resta dans le pays jusqu’à l’automne de 1672. Alors il quitta la colonie pour n’y plus revenir, ainsi que le gouverneur, M. de Courcelles, qui était remplacé par le comte de Frontenac, homme des plus énergiques, fort habile, et qui est une des plus belles figures de tous les gouverneurs qui se succédèrent, dans la Nouvelle-France, sous la domination française.

Avant de quitter le Canada, M. Talon avait résolu d’éclaircir le mystère qui enveloppait le grand fleuve de l’ouest, que l’on savait vaguement se jeter dans les mers du sud.

Pour cette découverte Talon avait choisi un homme doué de toutes les qualités nécessaires afin de conduire à bonne fin une entreprise aussi importante.

On se souvient que Louis Jolliet, frappé au cœur dans ses plus chères espérances, s’était brusquement décidé de quitter le monde. Il entra en effet chez les Jésuites, en 1665.

On voit par le Journal des Jésuites, que les premières thèses publiques sur la philosophie furent soutenues avec succès par les sieurs Louis Jolliet et Pierre de Francheville, en présence de Messieurs de Tracy, de Courcelles et Talon. « M. l’Intendant, entre autres y argumenta très bien. »

Dans le silence du cloître, à force d’étude et de macération, Jolliet essaya de tuer en soi le souvenir désespérant d’un amour méconnu. Mais, hélas ! l’image de celle qu’il avait tant aimée était profondément gravée dans sa mémoire. Elle était toujours là devant lui. Au milieu des abstractions d’études acharnées, pendant les longues heures de prière et de méditation, son esprit qu’il s’efforçait d’isoler de toute préoccupation mondaine, pour l’élever jusqu’à Dieu, s’égarait dans les nuages de l’imagination et, poussé par un souffle inconnu se rabattait sur la terre, vaste champ semé d’illusions et de souffrances. Alors il revoyait passer, comme dans un songe, ces jours de jeunesse où il avait senti son cœur s’éveiller et battre de la vie orageuse des passions. Comme ces belles créatures, plutôt fées que femmes, qui effleurent nos fronts de leurs mystérieux baisers dans nos rêves de vingt ans, elle passait et repassait devant ses yeux avec tout le charme magnétique de sa superbe beauté. À genoux devant elle il lui tendait les bras. Mais elle, belle comme une madone et fière telle qu’une reine, le regardait à peine. Il courbait son front jusqu’à terre, pour sentir les plis frissonnants de sa robe de satin effleurer ses cheveux ; et puis il se relevait afin de respirer les parfums qu’elle avait laissés derrière elle et qui flottaient sur son passage avec de célestes arômes. Une apparition cruelle venait alors brûler ses yeux. C’était bien elle encore qui revenait vers lui, mais cette fois elle n’était plus seule. Appuyé sur le bras d’un brillant gentilhomme, elle s’inclinait amoureusement, se penchait, s’appuyait sur cet homme qui lui souriait avec ce bonheur toujours un peu fat que donne la possession assurée.

Oh ! alors, le pauvre Jolliet, pour arrêter un sanglot prêt à éclater dans le silence de la chapelle, enfonçait ses ongles dans les chairs de sa poitrine, et, la prière finie, regagnait en chancelant la cellule étroite et le dur lit de sangle, où, après de longues heures d’insomnie et de larmes, il s’endormait d’un sommeil fiévreux pendant lequel les mêmes rêves qui l’avaient tour à tour ravi et affligé tandis qu’il était réveillé, le poursuivaient encore jusqu’à l’heure matinale du réveil.

Après deux ans de cette vie de souffrance et de luttes morales, Jolliet eut la conviction bien acquise qu’il n’était pas appelé à l’état ecclésiastique. Et comme il n’avait encore reçu que les ordres mineurs il quitta l’habit.

À cette nature ardente il fallait de l’action, la vie aventureuse, une succession d’événements sans cesse nouveaux. Il lui fallait l’espace. Il se mit à voyager dans ce vaste pays alors à peine exploré. Il remonta le grand fleuve, vogua sur les lacs, vastes mers endormies dans les terres vierges de la Nouvelle-France, s’enfonça dans les sombres forêts de l’ouest, alla s’asseoir sous le ouigouam des sauvages de ces contrées lointaines, vécut de leur vie nomade, apprit leur langue et s’en fit remarquer par son esprit vif et prudent ainsi que par son intrépidité.

Avant de retourner en France, M. Talon, qui connaissait les talents et les voyages de Jolliet, recommanda au comte de Frontenac de confier à ce jeune homme la mission périlleuse et hardie d’aller découvrir le grand fleuve de l’ouest dont on commençait à parler.

Nous sommes au commencement de l’automne de l’année 1672 et nous entrons chez M. le chevalier Robert de Mornac, en son logis de la rue Saint-Louis, à Québec.

Dans une grande salle, au fond de laquelle flambait un beau feu clair allumé dans la cheminée pour combattre l’humidité de la saison, se tenaient M. et Mme de Mornac et leurs trois enfants.

Le chevalier qui pouvait avoir alors trente-cinq ans ne paraissait pas avoir vieilli. Seulement l’expression de sa physionomie était plus réfléchie. Ses mouvements avaient un peu perdu de cette allure bohème qu’ils avaient autrefois.

Quant à sa femme qui devait avoir alors vingt-cinq ans, la maternité n’avait altéré en rien sa beauté. Au contraire celle-ci avait atteint son entier épanouissement, et les formes un peu grêles de la jeune fille avaient fait place aux contours plus harmonieusement arrondis de la femme.

Sa figure n’avait rien perdu de son éclat : les lèvres conservaient toute la vivacité du carmin le plus pur, le sang de la jeunesse brillait toujours aussi vermeil sous l’épiderme velouté des joues. Seuls ses grands yeux noirs avaient un peu perdu de cette vivacité curieuse de la jeune fille, et leur regard avait maintenant une expression profonde, sérieuse et réservée que lui donnait l’expérience de la vie.

Doués tous deux d’une nature ardente et d’une grande intelligence, les époux offraient le spectacle assez rare d’une union bien assortie. Confiants l’un dans l’autre, trouvant l’un chez l’autre ce fond de dévouement et de tendresse qui existe toujours dans les belles organisations, assez fortunés pour n’avoir jamais à redouter d’être froissés tant soit peu par les étreintes de la gêne, ils étaient aussi heureux qu’on le peut être ici-bas.

Commodément assis dans un grand fauteuil, Mornac babillait avec ses enfants.

L’aîné, beau garçon de cinq ans ressemblait, paraît-il, à son grand-père de Richecourt. Il était fièrement à cheval sur le genou droit du chevalier.

Une charmante petite fille de trois ans était assise sur l’autre genou. Cette figure d’ange était la reproduction parfaite de celle de sa mère. Elle était si belle que son père ne pouvait s’empêcher de l’embrasser à chaque fois que son regard tombait sur elle.

Quant au dernier, bambin de deux ans, plein de force et de pétulance, c’était tout le portrait du père. Lèvres minces, nez aquilin, il avait les traits distinctifs des Mornac. Après maints efforts et par de savantes manœuvres il était parvenu, en se hissant sur le bras du fauteuil, à grimper sur l’épaule paternelle. Assis là fort à son aise, il enfonçait de temps à autre ses petits doigts roses entre les lèvres du chevalier qui feignait alors de le mordre, au grand plaisir de l’espiègle ; ou bien encore il tirait, plus que de raison, les longues moustaches en croc de son père.

Malgré les taquineries du plus jeune, le chevalier racontait aux deux aînés l’histoire de ses aventures avec les Iroquois ; mais cette édition était tellement augmentée, amplifiée, embellie que Mme de Mornac, qui avait partagé ces aventures avec son mari, ne les reconnaissait presque plus. Aussi la jeune femme ne cachait-elle pas le sourire un peu moqueur que la verve, toujours gasconne, de son mari attirait sur ses lèvres.

L’on vint dire que M. Louis Jolliet désirait présenter, avant que de partir, ses hommages à monsieur et à madame de Mornac.

— Faites entrer M. Jolliet, dit le chevalier en déposant, après une dernière caresse, ses enfants à terre.

La porte s’ouvrit de nouveau et Jolliet entra.

Mornac alla au-devant de lui, et l’accueillit de la façon la plus cordiale. Jolliet salua profondément Mme de Mornac. Celle-ci lui offrant la main il la baisa galamment, comme c’était alors l’usage entre personnes intimes.

Lorsque Jolliet releva la tête, ses joues étaient légèrement rougies par la chaleur que ce baiser avait fait monter à son visage.

Mornac et sa femme, qui savaient que Jolliet était quelque peu timide, et qui ne s’étaient jamais doutés un instant de l’amour du jeune homme, crurent que c’était un reste de gêne qui le faisait rougir ainsi, et tous les deux rivalisèrent d’entrain pour le mettre à son aise.

Il faut dire que Jolliet, qui avait d’abord passé deux ans chez les Jésuites, dans une entière réclusion, et qui avait ensuite voyagé la plus grande partie du temps, n’avait fait que de très rares apparitions chez les deux époux.

— J’ai appris aujourd’hui que Monseigneur le comte de Frontenac vous avait chargé d’un grand voyage d’exploration dans l’Ouest, dit Mornac.

— Oui Monsieur le chevalier, je pars ce soir même pour le Montréal.

— Si tôt ! Pourquoi n’êtes-vous pas venu nous voir auparavant ? Vous savez bien que vous avez plus d’un titre à vous croire de la famille.

— Ah ! voyez-vous, répliqua Jolliet en s’inclinant, c’est que j’ai été complètement absorbé par mes préparatifs de voyage. Et rappelez-vous que je viens presque d’arriver des pays d’en haut et que je ne suis à Québec que depuis quelques jours. Le Gouverneur s’est décidé tout à coup à me confier cette mission, et comme je dois aller prendre le Père Marquette à Michillimakinac d’où nous nous mettrons en route de très bonne heure au printemps, pour chercher le grand fleuve de l’Ouest, j’ai pensé qu’il fallait me dépêcher de partir d’ici cet automne, afin de remonter le Saint-Laurent et les lacs avant la saison rigoureuse de l’hiver.

— Vous serez sans doute bien approvisionnés et accompagnés.

— Nous prendrons nos provisions de bouche, du maïs et de la viande séchée, à Michillimakinac. Quant à l’argent, aux instruments et au papier nécessaires pour faire les cartes des endroits que nous visiterons et rédiger notre journal de voyage, le Gouverneur y a généreusement pourvu. Pour compagnons de voyage, outre le père Marquette, j’aurai cinq Français, dont l’un n’est autre que notre brave Joncas qui est toujours alerte et actif.

— Madame votre mère doit être chagrine de vous voir repartir sitôt, remarqua Jeanne.

— Oui, cette pauvre mère ne se fait guère à mes absences fréquentes et prolongées. Cependant, depuis qu’elle s’est remariée, je crains bien moins de m’éloigner d’elle.

Jolliet faisait allusion au troisième mariage que sa mère avait contracté dans l’automne de l’année 1665 avec M. Martin Prévost.

On causa quelque temps encore et puis Jolliet prit congé de ses hôtes.

Il baisa une dernière fois la main blanche et potelée de Mme de Mornac, donna une bonne poignée de main au chevalier et sortit.

Il avait le cœur gros.

En regagnant son logis il se disait :

— Je croyais pourtant, mon Dieu ! que le temps, l’éloignement prolongé, la vie aventureuse que j’ai menée depuis quatre ans, avaient détruit mon amour pour cette femme. Hélas ! je sens bien, au contraire, qu’il n’est pas mort et qu’il vivra toujours au fond de mon âme ! Et elle est sacrée pour moi ! Elle appartient à un autre homme qui est mon ami ! Enfin ! comme je me le suis souvent dit, c’était la seule femme que je pouvais aimer ; elle ne peut être à moi, je renonce donc à l’amour pour ne plus songer qu’à la gloire ! Oui, à la gloire d’attacher mon nom roturier à quelque noble entreprise qui me vaudra les honneurs du respect de la postérité. Déjà la renommée semble me sourire puisque l’on daigne me confier à moi, jeune homme, une mission qui demande le savoir et l’expérience de l’âge mûr. N’importe ! si la gloire a coûté aussi cher à tous ceux qui l’ont obtenue, ils ont dû bien souffrir !

Pauvre Jolliet ! tu pressentais donc que la renommée ne s’acquiert ici-bas qu’aux prix d’innombrables souffrances !

Ô vous tous qui fûtes grands sur terre, inventeurs, capitaines, découvreurs, poètes, artistes renommés, venez donc dire à ceux qui contemplent froidement vos chefs-d’œuvre, sans rien connaître de l’atroce douleur qui précède et accompagne les enfantements du génie, venez donc leur compter les larmes que ces nobles enfants de votre âme vous ont coûtées !

Quiconque connaît votre histoire sait combien votre organisation, toute nerveuse et sensitive, vous porte à souffrir. À peine votre intelligence a-t-elle pressenti la vie, que votre âme, née pour les grandes conceptions, déjà se prend à soupirer après l’idéal, à désirer l’infini.

Presque tous, alors que votre cœur frissonnant d’une exubérance de vie demandait à l’amour d’accueillir le trop plein de cette bouillonnante sève intellectuelle que vous sentiez s’agiter dans votre être tout entier, presque tous vous vous êtes affaissés à vingt ans sous l’immense douleur d’un amour déçu. Oui, frappés en plein cœur par le gantelet de fer du désespoir, atrocement blessés dans la partie la plus sensible de vous-mêmes, vous êtes tombés sanglants, mourants presque, sur cette impassible terre qui, depuis que Dieu la lança dans l’espace, a tant bu de larmes et de sang ! Éperdus de douleur, palpitants de souffrance, vous êtes restés là, plus ou moins longtemps selon la violence et la soudaineté du choc et la force de votre organisation, anéantis par cette blessure quasi mortelle. Longtemps même, quelquefois, vous vous êtes traînés endoloris dans le rude sentier de votre jeunesse désenchantée, heurtant vos pieds meurtris contre toutes les aspérités de la route, laissant tomber, sur chaque buisson d’épines qui la bordent toutes les larmes de vos yeux et le sang le plus riche de vos veines ; jusqu’à ce qu’un jour, ranimés par cette vigueur généreuse du jeune âge, vous avez senti votre corps se redresser, vos pas se raffermir et votre tête se relever fièrement vers le ciel.

Vous étiez guéris, hélas ! de la douloureuse blessure de l’amour, et le sourire amer arrêté sur votre lèvre pâle en témoignait assez ! Alors dans un transport de réaction enthousiaste, sentant frémir en vous le souffle du génie, attirés par cet abîme d’aspirations dont vous ressentiez sans cesse l’attraction puissante, vous vous êtes écriés :

— À moi la gloire !

Malheureux ! les cicatrices de vos blessures saignaient encore et vous alliez courtiser une autre femme ! Car ne saviez-vous pas que la gloire est femme, elle aussi ? Ignoriez-vous que la séduisante fée cache sous ses caresses autant de coquette perfidie, le même raffinement de cruauté que cette belle fille d’Ève qui venait de flétrir et d’effeuiller en riant les plus belles fleurs de votre jeunesse.

Non, vous n’en aviez pas conscience, ou si vous le saviez vous avez choisi la renommée comme le seul mal digne de vous tuer !

Ah ! la gloire ! si l’on connaissait comme elle sait bien torturer ses amants, courrait-on avec autant d’ardeur après elle ?…

Ô nous qui lisons les œuvres des poètes, qui nous laissons bercer par les harmonies ravissantes d’un grand compositeur, nous qui envions leur génie, savons-nous combien il faut de larmes pour faire surnager un beau vers, et pouvons-nous entendre les sanglots déchirants de l’artiste se plaindre dans chacune de ces phrases musicales qui nous font rêver au ciel ?

· · ·

Dix mois plus tard, Jolliet, en découvrant le Mississippi, attachait à son nom l’immortalité.

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1.Les colons de la Nouvelle-France, pour témoigner leur gratitude à M. de Montmagny, avaient cependant fait présent d’un cheval à ce gouverneur, assez longtemps avant cette époque.

1.La rue Notre-Dame prit plus tard le nom de M. de Buade, comte de Frontenac, lorsque ce gentilhomme devint gouverneur du Canada.

2.Parmi les actes officiels qui nous restent du Conseil établi à Québec par M. d’Ailleboust et d’après un règlement royal donné le cinq mars 1648, on en trouve un en date du 19 septembre de la même année, par lequel Jacques Boisdon est établi hôtelier à l’exclusion de tout autre. « Il se logera, » y est-il dit, « sur la grande place, près de l’église, afin que tous puissent aller se chauffer chez lui… Il ne gardera personne pendant la grand’messe, le sermon, le catéchisme et les vêpres. » Cet acte est signé par M. d’Ailleboust, gouverneur, le Père J. Lalemant, et les sieurs de Chavigny, Godefroy et Giffard.

3.En 1664, Mgr de Laval demeurait dans une maison bâtie à l’endroit où s’élève aujourd’hui celle de la Fabrique de la cathédrale, à côté du presbytère de la haute-ville. On voit cependant, sur un plan de Québec, fait en 1660 et intitulé : « Vray plan du haut et bas de Québec Comme Il est en Lan 1660, » on voit, dis-je, que Mgr de Laval avait d’abord occupé la maison de Mme de la Pelleterie, près du couvent des Ursulines.

4.C’est sur ce terrain que sont aujourd’hui construits les bâtiments de notre Parlement provincial.

5.C’est ainsi que se nommait alors la côte de Lamontagne. M. l’abbé Laverdière, l’érudit annotateur de cette belle édition des oeuvres de Champlain que tous connaissent, prétend que le nom de la côte de Lamontagne lui vient d’un individu qui s’appelait ainsi et demeurait quelque part sur le parcours de la côte. Chacun sait que le Magasin se trouvait au lieu où s’élève aujourd’hui l’église de la basse-ville, et que c’était le premier édifice construit à Québec du temps de Champlain.

6.Tel était le nombre d’habitations qu’il y avait alors à Québec. Voir l’histoire du Canada de M. Ferland, tome II, page 37 (en note.)

7.Les Sauvages désignaient ainsi les gouverneurs français. Ce nom qui signifiait grande montagne et qui était la traduction sauvage de celui de Montmagny, s’étendit ensuite à tous les gouverneurs qui succédèrent à celui-là.

8.Il y a une couple d’années que M. l’abbé Laverdière a trouvé, près de la porte qui conduit du Grand-Séminaire au jardin, les ruines du mur de fondation de cette maison.

1.Pour constater la précision de ces détails qu’on feuillette le « Dictionnaire Généalogique » de M. Tanguay. Ce précieux ouvrage m’a été d’une grande utilité.

2.Historique. Voir les « Relations des Jésuites, » Vol. III, 1663, ch. IX, p. 28.

3.Avant l’arrivée des Européens dans le pays, les Sauvages confectionnaient ces colliers avec l’intérieur de certains coquillages ; mais comme ces wampums leur coûtaient beaucoup de travail, ils leur préférèrent bientôt les colliers de verroterie, dès que les blancs vinrent en contact avec les aborigènes de l’Amérique septentrionale.

4.Plusieurs phrases de cette harangue sont tirées des relations du temps.

5.Cet incident est historique. Il est ainsi raconté dans la Relation des Jésuites de 1668. À l’une des assemblées tenues à Québec à l’occasion d’une ambassade iroquoise, assistaient des Français et des Sauvages alliés, qu’on avait convoqués pour délibérer. « Ceux qui s’y trouvèrent s’étant glissés en grand nombre de la salle du château dans une galerie qui regarde sur le grand fleuve, cette galerie ne se trouva pas assez forte pour soutenir tant de monde, si bien qu’elle se rompit, et tous les Français et les Sauvages, les libres et les captifs, se trouvèrent pêle-mêle hors du fort, sans avoir passé par la porte. Personne, Dieu merci, ne fut notablement endommagé. »

1.On sait que les femmes mariées, chez le peuple, n’ayant pas droit au titre de dame, s’appelaient alors demoiselles. Les seules femmes nobles se nommaient dames.

2.Historique. Journal des Jésuites, 27 avril 1651.

3.« Les salles et les bureaux de la sénéchaussée étaient placés dans une maison située en partie sur l’emplacement qu’occupe aujourd’hui le palais de justice à Québec. Lorsque. plus tard, le palais de l’Intendant eut été bâti sur les bords de la rivière Saint-Charles, les bâtiments de la sénéchaussée furent abandonnés : et, en 1681, l’emplacement, avec les ruines, fut donné par le roi aux Récollets, qui finirent par y transporter leur couvent. » M. l’abbé Ferland.

4.Pour appuyer d’une preuve irréfutable l’épisode qui termine le chapitre précédent, et montrer les déplorables effets que les boissons enivrantes causaient chez les Sauvages, je me permettrai de citer un fragment d’une lettre de la Mère de l’Incarnation à son fils. « Ces boissons, disait-elle, perdent tous ces pauvres gens, les hommes, les femmes, les garçons et les filles même ; car chacun est maître dans la cabane quand il s’agit de manger et de boire ; ils sont pris tout aussitôt de vertige et deviennent comme furieux. Ils courent nus avec des épées et d’autres armes, et font fuir tout le monde ; soit de jour, soit de nuit, ils courent par Québec, sans que personne les puisse empêcher. Il s’en suit de là des meurtres, des violements, des brutalités monstrueuses et inouïes… »

1.Dictionnaire généalogique de M. Tanguay, au mot Petiot (Claude).

1.M. Ferland.

2.Voir « les Relations, le Journal des Jésuites, et les lettres de la Mère de l’Incarnation ».

3.À l’époque qui nous occupe (1664) les paroisses suivantes ne devaient pas exister sur la côte du sud, entre Lévi et la Pointe-à-Lacaille, inclusivement, puisqu’elles ne commencèrent à tenir des registres : Beaumont qu’en 1692, Saint-Michel 1708, Saint-Vallier 1713 et Berthier 1728 seulement.

4.Dictionnaire généalogique de M. Tanguay, au mot d’Abancour.

5.« L’île aux Oies avait été concédée par la compagnie de la Nouvelle-France à M. de Montmagny, qui visitait souvent ce lieu, pour y jouir du plaisir de la chasse. Après le départ de M. de Montmagny, son procureur en vendit la moitié au sieur Louis Théandre Chartier de Lotbinière, et l’autre moitié au sieur Moyen qui y conduisait des travaux considérables lorsqu’il y fut tué. » M. Ferland (Archives du greffe de Québec, actes de Jean Durand, Notaire, 1654.)

1.Le terrain donné pour y bâtir une église, un presbytère et leurs dépendances, avait trois arpents en superficie. Je trouve ces renseignements dans un manuscrit intitulé « Mémoires touchant la paroisse de Saint-Thomas, Pointe-à-Lacaille, etc., » et dû aux recherches de feu messire Robson, autrefois curé de l’Île-aux-Grues. D’après M. Robson, l’on donna le nom de Saint-Thomas à cette église, en considération du premier missionnaire M. Thomas Morel. De là le nom actuel de ma paroisse natale.

2.C’est-à-dire sur la rive opposée à celle où l’on trouve encore des vestiges de la Vieille-Église. La propriété qui borde ainsi la rive gauche de la Rivière-à-Lacaille, près de son embouchure, appartient maintenant à mon bon ami, M. L. H. Blais, qui, plus sensible aux joies de la famille et aux douces occupations domestiques, qu’aux soucis de la politique, vient de se retirer volontairement de la vie publique où ses talents lui assuraient pourtant un bien beau rôle.

3.On sait que les années 1663 et 1664 furent remarquables, au Canada, par les phénomènes célestes et terrestres qui frappèrent d’étonnement et même d’épouvante tous les esprits du temps.

4.Relation du P. Jérôme Lalemant.

5.Voir les relations du temps.

6.On sait que Champlain fut obligé d’hiverner, en 1616, au pays des Hurons, et qu’il y fut l’hôte de l’un des principaux chefs nommé Darontal.

7.Kirk et les troupes anglaises.

8.Le mot Anglais était trop dur à prononcer pour une bouche sauvage. Aussi les Iroquois et les Hurons disaient-ils Yangees ; d’où le mot Yankees.

9.Ce nom que le Renard-Noir donne à la jeune fille est dérivé de celui d’une plante indigène, l’étoile jaune ailée (aster). « La tige de cette plante a environ deux coudées de haut, elle est ronde et fort chargée de feuilles d’un vert obscur. Ses fleurs jaunes sont en étoiles rondes et naissent à l’extrémité de la tige sur des pellicules assez longs.» Charlevoix, tome II.

10.C’était le nom sauvage du lac aujourd’hui appelé Simcoe.

11.Chacun sait que Champlain mourut en 1635, précisément cent ans après la découverte du Canada par Cartier.

12.Historique.

13.Le matin du 4 juillet 1648.

14.Francis Parkman, « Jesuits in America. »

15.Le 16 mars 1649.

16.Les reliques du Père Brébeuf et du Père Gabriel Lalemant, sont conservées à l’Hôtel-Dieu de Québec, dans une cellule érigée en oratoire. Jusqu’à présent on n’avait aucune donnée sur la manière dont ces restes précieux avaient été recueillis à la bourgade Saint-Louis du pays des Hurons.

17.Cette île, située dans la baie Georgienne, porte aujourd’hui le nom de Charity ou de Christian Island. On y voit encore les restes d’un fort de pierre que les Jésuites y firent alors bâtir pour protéger les Hurons.

1.Ce fait est rapporté dans les Relations des Jésuites, de 1660.

1.Les Mohicans étaient les ennemis jurés des Iroquois. Ils habitaient entre l’Hudson et l’océan.

1.Anne-d’Autriche devait mourir en 1666.

2.La comtesse qui avait été attachée à la cour d’Anne-d’Autriche pouvait appeler sa femme de chambre camériste qui est le nom que les femmes espagnoles de qualité donnent à leurs suivantes.

3.À quelque lecteur, le récit de cet horrible meurtre semblera peut-être d’abord disparate et choquant, dans ce tableau où nous avons tâché de peindre la vie civilisée à côté de la vie sauvage. Mais en y réfléchissant davantage, on verra que j’ai voulu montrer à côté de la barbarie des Iroquois, que notre civilisation relative n’a pu étouffer entièrement, chez les peuples réunis en société, ce germe de cruauté qui existe dans l’homme ; et que le siècle qui produisit la Brinvilliers, empoisonneuse de trop célèbre mémoire, exécutée en 1676 pour avoir successivement tué son père, ses deux frères et sa soeur, pouvait bien aussi donner naissance à un Vilarme. À ce sujet notre civilisation progressive du dix-neuvième siècle ne doit pas être plus fière d’une époque toute remplie du nom de Tropman.

4.Avant le numérotage qui ne remonte pas au-delà du dix-huitième siècle, la plupart des maisons de Paris étaient désignées par des enseignes.

1.Endroit renommé en France, au 17ème siècle, pour ses quincailleries et ses armes.

1.Voir Bressany.

1.Voir le Journal et les Relations des Jésuites, l’Histoire de l’Hôtel-Dieu de Québec, etc.

1.Les Pères Brébeuf et Lalemant.

2.Cette scène paraît invraisemblable et, pourtant, elle n’est que la reproduction d’un épisode analogue raconté par le Père Jérôme Lalemant.

Une édition

Achevé d'imprimer en France le 5 Novembre 2016.