‹ Le Citoyen généralChapitre 4 sur 14 · Scène IV.

Scène IV.

La chambre de Martin. Une cheminée, quelques armoires, une table et des chaises ; une fenêtre de côté ; vis-à-vis, une échelle appuyée.

MARTIN, ROSE.

Martin.

Rose, où es-tu ?

Rose.

Ici, mon père.

Martin.

Où t’arrêtes-tu ?

Rose.

Monseigneur a passé, et, comme il est bon, il jasait avec nous.

Martin.

Et mon café ?

Rose, montrant la cheminée.

Il est là.

Martin.

Je vois bien : mais le lait ?

Rose.

Sera chaud tout à l’heure. (Elle va à l’armoire, rouvre avec une clef du trousseau qu’elle porte suspendu ; elle y prend la crème et la met sur le feu.)

Martin, dans l’intervalle.

Rose, ce n’est pas joli…

Rose, poursuivant son travail.

Quoi donc, mon père ?

Martin.

De m’oublier tout à fait pour George.

Rose, même jeu.

Comment donc ?

Martin.

Tu as babillé avec lui ; tu as pris soin de lui.

Rose.

De lui aussi, mon père. Je lui ai donné une tartine de beurre.

Martin.

Tu n’as soin que de lui.

Rose.

Non pas ! De vous tout aussi bien.

Martin.

Et pourtant tu m’as promis, quand j’ai consenti à te marier…

Rose.

Que tout resterait comme auparavant.

Martin.

Eh bien, tiens-tu parole ?

Rose.

Certainement. Voici le café.

Martin.

Es-tu, chaque matin, à mes ordres comme autrefois ?

Rose.

Voici le lait. (Elle court de nouveau à l’armoire.)

Martin.

Et ne faut-il pas que j’attende après tout ?

Rose.

Voici la tasse, la cuiller, le sucre. Voulez-vous aussi une tartine ?

Martin.

Non, non… Tu me dois encore la réponse.

Rose, montrant le déjeuner.

La voilà.

Martin.

Àla bonne heure. Conte-moi quelque chose.

Rose.

Il faut que je sorte.

Martin.

Encore !

Rose.

Porter la soupe à George, qui n’aime pas le café.

Martin.

Pourquoi ne la mange-t-il pas à la maison ?

Rose.

Il veut d’abord travailler un peu. Au plant de choux, il a construit un berceau ; nous y faisons un petit feu ; nous réchauffons la soupe et nous la mangeons ensemble.

Martin.

Va donc… D’ailleurs c’est comme cela !

Rose.

Que voulez-vous dire ?

Martin.

Père et mère vous quitterez, et vous suivrez votre mari.

Rose.

Cela doit être ainsi.

Martin.

Va toujours.

Rose.

Àmidi, vous aurez quelque chose de bon à manger. Je ne dis pas ce que c’est.

Martin.

Fort bien.

Rose.

Ne soyez pas grondeur.

Martin.

Mais non !

Rose.

Adieu donc !

Martin.

Va en paix : je sortirai aussi.

Page 1