86 GRAND’RUE 86
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1870
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AVANT DE LIRE
Il n’est guère possible, croyons-nous, de trouver quelque chose qui offre plus d’attrait à nos compatriotes de la campagne que les contes ; les entendre raconter, est pour eux un plaisir tel qu’ils trouvent toujours trop courtes les soirées les plus longues.
Il est des récits de ce genre qui durent huit et même quinze soirées, sans lasser jamais l’attention des auditeurs, sans épuiser les forces, ni la verve du conteur.
Nous ne cherchons pas ici à connaître d’où peuvent provenir les contes de la Basse-Bretagne ; nous ne dirons pas non plus qu’ils appartiennent ou n’appartiennent pas à nos aïeux. Quels que soient donc ces contes, nous les donnons pour ce qu’ils sont, et, pourvu qu’ils puissent servir à faire connaître la langue bretonne usuelle et les beautés qu’elle renferme, c’est tout ce que nous désirons.
Quels sont les personnages que les conteurs bretons mettent en scène ordinairement ? Dieu, les anges, les saints ; l’homme toujours, le démon souvent, les animaux grands et petits, et parfois aussi des êtres imaginaires.
Parmi ce nombre considérable de personnages qui apparaissent dans les contes, il n’est pas rare d’en rencontrer qui, de petits, de pauvres, de malheureux qu’ils sont, finissent par devenir grands, riches et heureux, après avoir passé par les épreuves les plus rudes.
C’est là positivement un des côtés du caractère de nos compatriotes : ils aiment à prendre en pitié tous ceux qui souffrent ; ils cherchent à faire entrer l’espérance dans leur cœur.
Assurément ce ne sont pas ceux qui narrent des contes aujourd’hui en Bretagne, qui ont trouvé ce qu’ils débitent. Le plus grand nombre de leurs récits doivent être anciens, et leur sont venus de tradition ; quelques-uns aussi ont dû primitivement avoir été composés en vers.
Quelques conteurs, par le penchant qui les porte à faire de longs récits, réunissent deux ou trois contes en un seul ; il leur arrive aussi d’en détacher quelques épisodes qu’ils remplacent par d’autres qui leur semblent préférables.
On a mis, en regard du texte breton, une traduction française qui est parfois presque littérale, ou en d’autres termes, qui serre le breton le plus près possible. Une telle manière de faire sera appréciée, pensons-nous. Les contes bretons ont été écrits dans le dialecte de Léon, et suivant l’orthographe de Le Gonidec. Cette orthographe est adoptée, depuis longtemps, par la plupart des écrivains bretons, et fait chaque jour de nouveaux progrès.
Un seul, toutefois, parmi ces contes, s’écarte un peu de cette orthographe ; quelque part, un peu plus loin, on en verra le motif.
LE CONTEUR
BRETON