‹ Le CouventChapitre 28 sur 33 · Scène X.

Scène X.

LES PRÉCÉDENS, JULIE.

L’Abbesse.

Approchez, jeune infortunée que le Ciel protège encore ; venez, ma fille, venez & ceſſez de redouter notre préſence. Nous ne voulons que votre bien.

Julie, dans la douleur & à part.

Ciel ! M. de Leuville ! Malheureuſe, que vais-je devenir !

L’Abbesse.

Je ſuis aſſurée que vous n’avez point engagé le fils de Monſieur dans une démarche qui le perd ſi vous ne conſentez à le ſauver.

Julie.

Eh ! que puis-je, Madame ; Monſieur n’a-t-il pas livré lui-même ſon fils entre les mains de la Juſtice ?

Le Grand-Vicaire.

Oui : mais il eſt père, & ſi vous vous joignez à lui, ſon fils n’aura rien à redouter ; ſa tranquillité, votre honneur, le repos de ce Couvent où vous êtes depuis votre enfance, tout dépend de votre renonciation au monde.

Julie, au Marquis.

Je croyois, Monſieur, qu’on avoit réſolu de différer le moment qui m’appelloit aux Autels.

L’Abbesse.

Ah, ma fille ! eſt-il de moment plus favorable que celui où vous vous trouvez ? Vos vœux une fois prononcés, la médiſance ſera réduite au ſilence : le Ciel vous prendra ſous ſa protection, la démarche du fils de Monſieur ſera regardée comme une imprudence de jeune homme à laquelle vous n’aviez aucune part, ſon père ne le déshéritera pas, & en rempliſſant votre devoir vous ferez ſon bonheur.

Julie.

Cruel devoir ! n’importe, vous l’exigez, j’y conſens. (au Marquis.) Mais promettez-moi, Monſieur, que vous pardonnerez à votre fils, & que jamais vous ne lui reprocherez cette démarche.

Le Marquis, un peu attendri.

Oui, mon enfant, oui, infortunée Julie, je vous promets de tout oublier, de m’intéreſſer à vous & de vous ſervir toujours de père.

Julie.

Ces paroles me raſſurent, je me ſens plus calme. (à l’Abbeſſe.) Eh bien, Madame, ordonnez la cérémonie. C’en eſt fait.

L’Abbeſſe ſonne.

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