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Chapitre 12 Sang et meurtre

Un crime épouvantable vient de jeter la consternation dans la ville de Lachine.

Dans un accès de jalousie, un ouvrier du nom de Maurice Gauthier, âgé de vingt-cinq ans, frappe sa jeune femme de plusieurs coups de couteau.

La victime se meurt à l’hôpital. Le meurtrier encore au large.

Détails sensationnels recueillis sur les lieux par notre envoyé spécial.

Six de nos reporters lancés aux trousses des fugitifs.

Ces titres alléchants précédaient un récit merveilleux, inouï, fabuleux, de l’événement de la veille, – enjolivé d’une mise en scène de mélodrame au cinquième, agrémenté de commentaires mirobolifiques et de réflexions suaves autant que profondes sur les passions, sur les meurtres, sur la philosophie des meurtres. Pour clore le tout, des « Notes et Incidents », où le reporter avait fidèlement consigné tous les racontars de la rue et les dissertations des commères attroupées au coin des rues ou s’interpellant sur le pas de leurs portes.

En dernière page, on donnait des nouvelles de la victime :

« D’informations prises à l’Hôpital Général à l’heure précise où nous allons sous presse, il appert que la malheureuse victime de ce drame passionnel est à la dernière extrémité. Les médecins ont perdu à peu près tout espoir de lui conserver la vie. Des complications sont à craindre. »

Plus loin, les renseignements reçus de la Sûreté :

« Les autorités se montrent très réticentes au sujet de Gauthier.

« Mais notre représentant a appris d’autre part que des passants ont rencontré l’individu dans la rue, près de la station de Couvent, quelques minutes après l’heure présumée du drame. Il ne portait pas de paletot, avait la figure noire de la poussière et de la suie de l’usine, et se heurtait aux gens dans sa course insensée. On peut supposer qu’il aurait monté dans un train de fret qui, exactement à cette heure-là, était arrêté sur la voie du Grand Tronc. »

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