4.19 N∘ 109
(Écriture de Lucien.)
Dimanche, 2 h. de l’après-midi.
Je n’ai rien dit à Jeanne. Ce serait pour la rendre folle. Elle vit de fièvre.
En quittant Jeanne, je suis monté au palais. Je voulais voir si le greffe était ouvert, ayant une pièce à y prendre.
J’ai passé devant le cabinet de M. le conseiller Ferrand qui doit présider les assises.
Au moment où je tournais l’angle du corridor, la porte du cabinet s’est ouverte. Une femme en est sortie.
J’ai regardé de tous mes yeux, car je pensais à Olympe.
Mais ce n’était pas Olympe.
Je ne voyais pas le visage de la femme qui portait un voile-masque de dentelle noire, et qui, d’ailleurs, me tournait le dos, en se dirigeant rapidement vers l’escalier de sortie.
Je n’ai jamais vu le visage de la quêteuse : c’est pour cela que je la reconnais plus aisément sous le voile.
C’était elle, j’en suis certain. Le son sec de son talon sur les dalles m’a frappé comme une voix qu’on reconnaît.
Et je n’ai pas été surpris de la rencontrer au palais. C’est quelque chose comme cela que je m’étais figuré.
Je pars pour ma faction. Vais-je encore attendre en vain ?
Quelque chose me dit que c’est aujourd’hui le grand jour.