‹ Le dernier vivant Tome IIChapitre 26 sur 80 · 4.22 N∘ 111

4.22 N∘ 111

Extrait de la Gazette des Tribunaux (imprimé).

Mardi, 9 octobre.

La nouvelle que nous avons donnée hier, concernant l’évasion de l’accusée Jeanne Péry est malheureusement trop exacte et un pareil événement, survenu à la veille de l’ouverture des assises, n’a pu que produire une profonde émotion au palais.

Nos lecteurs comprendront l’extrême réserve que nous voulons mettre à parler de cet incident. La justice informe, l’administration fait une enquête. Nous n’avons pas à contrecarrer l’une ou l’autre dans leurs efforts.

Il doit nous être permis, cependant, de consigner les bruits très vagues et parfois contradictoires qui circulent dans la ville.

Tout d’abord, nous sommes autorisés à démentir le dire d’un journal d’hier soir, selon lequel une sœur de Saint-Vincent-de-Paul aurait été arrêtée. La sœur M. J. n’a pas quitté son poste à l’infirmerie de la prison et n’est compromise en rien dans cette affaire.

Nous donnons ici le résultat de nos informations :

Depuis quelques jours, la surveillance, sans se relâcher, autour de l’accusée Jeanne Péry, lui laissait la possibilité de traiter une légère affection des bronches, pour laquelle l’infirmerie lui fournissait des médicaments par l’entremise de la sœur de service.

Elle était toujours au secret, mais l’instruction se trouvant absolument complète, les précautions, comme il arrive en pareil cas, ne gardaient plus le même degré de minutie.

Cependant, elle ne voyait, et elle n’a jamais vu, pendant tout le temps de son séjour à la prison que, maître Thibaut, son avocat, qui est en même temps son mari.

Maître Thibaut n’est d’ailleurs jamais entré dans sa cellule qu’aux heures réglementaires et ne paraît pas avoir prêté la main à l’évasion.

Dimanche soir, c’est ici le dire intérieur de la prison, l’accusée se sentit plus souffrante et demanda les soins d’un médecin. – D’autres prétendent que la sœur Marie-Joseph prit sur elle de la conduire à l’infirmerie, où M. le docteur Schontz venait justement d’être appelé pour un cas grave.

L’accusée grelottait la fièvre en arrivant à l’infirmerie. Elle était gardée par deux employés, dont l’un fut requis pour tenir le malade dont le docteur s’occupait en ce moment et qui était en proie à un accès de délire.

L’autre employé a disparu en même temps que l’accusée elle-même.

Maintenant, par quel moyen l’employé et l’accusée, ensemble ou séparément, sont-ils parvenus à gagner la sortie de la prison, puis l’une des issues du Palais de justice ? nous ne pouvons, à cet égard, satisfaire la curiosité de nos lecteurs.

La sœur Marie-Joseph avait quitté l’infirmerie avant le départ de l’accusée et vaquait à son service ordinaire.

Le docteur Schontz est sorti seul. Plusieurs témoins sont là pour l’affirmer.

On peut dire, du reste que, l’accusée a glissé comme une ombre à travers la prison, car personne n’y a rien vu de suspect. Les gardiens des différentes portes sont unanimes. Personne n’est passé au moyen de leurs clefs, sinon ceux qui avaient droit.

L’absence de Jeanne Péry n’a pu être constatée qu’à la visite de nuit.

On a pris immédiatement toutes les mesures nécessaires, mais elles sont restées jusqu’à présent sans résultat.

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