Scène 2
Jocrisse, Laflute
Jocrisse
Déjà à l’ouvrage, Laflûte, c’est superbe ! C’est comme moi, depuis une heure mes fourneaux sont allumés, je ne fais que fricasser et refricasser pour le déjeuner de not’ maître. Est-il levé ?
Laflûte
Non, mon cousin, et tenez, au moment où vous entriez, je parlais de vous.
Jocrisse
Et à qui donc, Laflûte, à ton manche à balai ?
Laflûte
Non, cousin, à moi-même, à mon particulier.
Jocrisse (riant)
Ah ! ah ! ah ! Et le sujet était intéressant, j’parie.
Laflûte
Ma foi oui, pour moi toujours, et j’en riais d’bon cœur ; j’pensais à vot’ journée de désespoir.
Jocrisse
Ah ! Ah ! Ils sont passés ces jours de fête !… Mais écoute, Laflûte,… ils vont revenir.
Laflûte (étonné)
Ah bath !
Jocrisse
Oui, et peut-être aujourd’hui.
Laflûte
Quoi ?… Quoi ?… Encore cassé ?…
Jocrisse
Oh ! non, non, c’est trop vulgaire… c’est autre chose, c’est une fête… une fête… Eh quoi ? Esprit étroit ?… Tu ne sais pas ?… Tu ne comprends pas ?…
Laflûte
Dame… non, mon cousin.
Jocrisse
Quel quantième sommes-nous du mois ?
Laflûte
Eh ben, j’pardi… c’est aujourd’hui le 14.
Jocrisse (le prenant par l’oreille)
Et le 14… Monsieur Laflûte ne se rappelle pas l’hôtel de l’oie rouge ?
Laflûte (joyeux et battant des mains)
Oh ! oh ! l’anniversaire de la naissance de M. Plumet, le grand souper avec le bailli Griffard ?
Jocrisse
Précisément. Et comme M. Plumet ne nous en parle pas, je crains qu’il n’ait invité quelques amis, car, il n’oublie jamais ce jour.
Laflûte
Eh ben ?
Jocrisse
Eh ben, je crains que nous soyons obligés de manger les restes du dîner.
Laflûte
Ah !
Jocrisse
Et voilà ce que je veux empêcher !… je me creuse et recreuse le cerveau pour trouver un moyen certain et efficace de nous faire inviter à faire partie du festin, et du diable ! Il faut que j’en trouve un… mais pour cela, il me faudrait connaître l’invité ou les invités ?… S’il y a la moindre physionomie à farce, tu verras, tu me seconderas et nous rirons !… À propos… j’ai préparé quelque chose pour présenter à M. Plumet pour la circonstance, je vais me tenir non loin d’ici, et pendant qu’il se fera la barbe ; tu regarderas par cette fenêtre, tu me verras, tu me feras signe… allons… je l’entends, je m’sauve… attention au signal.
(il sort)