ACTE PREMIER · SCÈNE PREMIÈRE.
MARTIN, seul, entrant avec précaution, et tenant un papier imprimé.
Il n’est pas encor jour chez ma chère Thérèse ;
Elle est sans doute avec son éternel mari,
Son Guillaume… Et moi ! moi ? je me morfonds ici.
Guillaume ! ce nom-là me fatigue et me pèse.
Un Guillaume rival de moi, monsieur Martin,
Noble, ou peu s’en falloit. Moi qui, par mon mérite ;
Aux faveurs de la Cour me frayant un chemin,
Habillois un ministre, et protégeois sous main
Une sultane favorite !
Retiré dans ces lieux, j’y conçois quelque goût
Pour un petit minois campagnard… Point du tout !
Un… mari me supplante. Ah ! j’en rougis de honte.
J’ai voulu les brouiller trente fois, mais en vain :
Les séparations sont si longues ! Enfin
(montrant l’imprime.)
Voici qui nous indique une marche plus prompte.
Les époux désormais par les nœuds de l’hymen,
Ne seront plus unis de force.
La belle invention que celle du Divorce !
On se prendra, se quittera,
Se reprendra quand on voudra.
Ainsi par des contrats, ou de vente ou d’échange,
Tout le sexe circulera ;
Et bientôt pour ces effets-là
Nous aurons des Agens de change.
Mais il faut à ce point amener les esprits.
Se planter-là comme on s’est pris,
Dès long-temps, c’est une misère,
Une bagatelle à Paris :
Au village, c’est une affaire.
Poursuivons celle-ci : brouillons nos bonnes gens.
Hier, j’ai préparé leurs esprits, et j’espère…
(il écoute à la porte de la chambre.)
Bon ! je crois que je les entends
(avec dépit).
Se quereller encor… Fort bien !… Ciel ! on s’embrasse !
(avec fureur.)
C’est pour me narguer… Les voici.
Exposons ce papier bien vite à cette place ;
Nous en verrons l’effet d’ici.
(il pose le papier sur la table, et se cache au fond de la scène.)