Chapitre 19
Fidèle au programme tracé par son complice pendant que Louis de Clameran veillait à Oloron, Raoul, à Paris, s’efforçait de reconquérir le cœur de Mme Fauvel, de regagner sa confiance perdue, et, enfin, de la rassurer.
C’était une tâche difficile, mais non impossible.
Mme Fauvel avait été désolée des folies de Raoul, épouvantée par ses exigences ; mais elle n’avait pas cessé de l’aimer.
C’est à elle-même qu’elle s’en prenait de ses égarements, et vis-à-vis de sa conscience, elle en acceptait la responsabilité, se disant : c’est ma faute, c’est ma très grande faute !
Ces sentiments, Raoul les avait bien pénétrés pour être en mesure de les exploiter.
Pendant un mois que dura l’absence de Louis, il ravit Mme Fauvel par des félicités dont elle ne pouvait avoir idée.
Jamais cette mère de famille, si véritablement innocente, malgré les aventures où la précipitait une faute, n’avait rêvé de pareils enchantements. L’amour de ce fils la bouleversait comme une passion adultère ; il en avait les violences, le trouble, le mystère. Pour elle, il avait ce que n’ont guère les fils, les coquetteries, les prévenances, les idolâtries d’un jeune amoureux.
Comme elle habitait la campagne et que M. Fauvel, partant dès le matin, lui laissait la disposition de ses journées, elle les passait près de Raoul à sa maison du Vésinet. Souvent, le soir, ne pouvant se rassasier de le voir, de l’entendre, elle exigeait qu’il vînt dîner avec elle et qu’il restât à passer la soirée.
Cette vie de mensonge n’ennuyait pas Raoul. Il prenait à son rôle l’intérêt qu’y prend un bon acteur. Il possédait cette faculté qui fait les fourbes illustres : il se prenait à ses propres impostures. À certains moments, il ne savait plus trop s’il disait vrai ou s’il jouait une comédie infâme.
Mais aussi, quel succès ! Madeleine, la prudente et défiante Madeleine, sans revenir absolument sur le compte du jeune aventurier, avouait que peut-être, se fiant trop aux apparences, elle avait été injuste.
D’argent, il n’en avait plus été question. Cet excellent fils vivait de rien.
Raoul triomphait donc lorsque Louis arriva d’Oloron, ayant eu le temps de combiner et de mûrir un plan de conduite.
Bien que très riche maintenant, il était résolu à ne rien changer, en apparence du moins, et quant à présent, à son genre de vie. C’est à l’hôtel du Louvre qu’il s’installa, comme par le passé.
Le rêve de Louis, le but de son ambition et de tous ses efforts, était de prendre rang parmi les grands industriels de France.
Il faisait sonner très haut, bien plus haut que son titre de marquis, sa qualité de maître de forges.
Pour l’avoir expérimenté à ses dépens, il savait que notre siècle peu romanesque n’attache de prix à des armoiries qu’autant que leur possesseur les peut étaler sur une belle voiture.
On est très bien marquis sans marquisat, on n’est maître de forges qu’à la condition d’avoir une forge.
Louis, maintenant, avait soif de considération. Toutes les humiliations de son existence, mal digérées, lui pesaient sur l’estomac.
De Raoul, il ne s’en préoccupait pas aucunement, il en avait besoin encore, il était décidé à utiliser son habileté, puis il se proposait soit de s’en débarrasser au prix d’un gros sacrifice, soit de l’attacher à sa fortune.
C’est à l’hôtel du Louvre qu’eut lieu la première entrevue entre les deux complices.
Tout prouve qu’elle fut orageuse.
Raoul – un garçon pratique – prétendait qu’ils devaient se trouver bien heureux des résultats obtenus, et que poursuivre des avantages plus grands serait folie.
Mais cette modération ne pouvait convenir à Louis.
— Je suis riche, répondit-il, mais j’ai d’autres ambitions. Plus que jamais, je veux épouser Madeleine. Oh ! elle sera à moi, je l’ai juré. D’abord je l’aime ; puis, devenant le neveu d’un des plus riches banquiers de la capitale, j’acquiers immédiatement une importance considérable.
— Poursuivre Madeleine, mon oncle, c’est courir de gros risques.
— Soit !… il me plaît de les courir. Mon intention est de partager avec toi, mais je partagerai le lendemain seulement de mon mariage. La dot de Madeleine sera ta part.
Raoul se tut, Clameran avait l’argent, il était maître de la situation.
— Tu ne doutes de rien, fit-il d’un air mécontent, t’es-tu demandé comment tu expliqueras ta fortune nouvelle ? On sait, chez monsieur Fauvel, qu’un Clameran que tu ne connaissais pas – c’est toi qui l’as dit – habitait près d’Oloron ; il avait même des fonds dans la maison. Que diras-tu quand on te demandera quel était ce Clameran et par quel hasard tu te trouves être son légataire universel ?
Louis haussa les épaules.
— À force de chercher le fin du fin, mon neveu, prononça-t-il, tu arrives à la naïveté.
— Explique, explique !…
— Oh ! facilement. Pour le banquier, pour sa femme, pour Madeleine, le Clameran d’Oloron sera un fils naturel de mon père, – mon frère, par conséquent – né à Hambourg et reconnu pendant l’émigration. N’est-il pas tout simple qu’il ait voulu enrichir notre famille ? C’est là ce que dès demain tu raconteras à ton honorée mère.
— C’est audacieux.
— En quoi ?
— On peut aller aux renseignements.
— Qui ? le banquier ? Dans quel but ? Que lui importe que j’aie ou non un frère naturel ? J’hérite, mes titres sont en règle, il me paie et tout est dit.
— De ce côté, en effet…
— Penses-tu donc que madame Fauvel et sa nièce vont se mettre en quête ? Pourquoi ? Ont-elles un soupçon ? Non. La moindre démarche, d’ailleurs, peut les compromettre. Même maîtresses de nos secrets, je ne les crains pas, puisqu’elles ne peuvent s’en servir.
Raoul réfléchissait, il cherchait des objections et n’en trouvait pas.
— Soit ! fit-il, je t’obéirai ; mais il ne faut plus que je compte maintenant sur la bourse de madame Fauvel.
— Et pourquoi, s’il te plaît ?
— Dame ! maintenant que toi, mon oncle, tu es riche…
— Eh bien ! s’écria Louis triomphant, qu’est-ce que cela fait ? Ne sommes-nous pas brouillés, n’as-tu pas dit assez de mal de moi pour avoir le droit de refuser mes secours ? Va ! j’avais bien tout prévu, et quand je vais t’avoir expliqué mon plan, tu diras comme moi : « Nous réussirons !… »
— J’écoute.
— C’est moi qui, le premier, me suis présenté à madame Fauvel pour lui dire, non pas : « la bourse ou la vie », ce qui n’est rien, mais « la bourse ou l’honneur ». C’était dur. Je l’ai épouvantée, je m’y attendais, et je lui ai inspiré la plus profonde répulsion.
— Répulsion est faible, cher oncle.
— Je le sais. C’est alors que t’ayant cherché et trouvé, je t’ai poussé sur la scène. Ah ! je ne veux pas te flatter, tu as obtenu du premier coup un fier succès. J’assistais, caché derrière une portière, à votre première entrevue ; tu as tout bonnement été sublime. Elle t’a vu et elle t’a aimé ; tu as parlé et tu as été le maître de son cœur.
— Et sans toi…
— Laisse-moi donc dire. C’était là le premier acte de notre comédie. Passons au second. Tes folies, tes dépenses – un aïeul dirait tes débordements – n’ont pas tardé à changer nos situations respectives. Madame Fauvel, sans cesser de t’adorer – tu ressembles tant à Gaston ! – a eu peur de toi. Peur à ce point qu’elle s’est jetée entre mes bras, qu’elle s’est résignée à avoir recours à moi, qu’elle m’a demandé aide et assistance.
— Pauvre femme !…
— J’ai été fort bien, avoue-le, en cette circonstance. J’ai été grave, froid, paternel, avunculaire, indigné, mais attendri. L’antique probité des Clameran a noblement parlé par ma bouche. J’ai flétri comme il convient ta coupable conduite. Pendant cette période, j’ai triomphé à tes dépens. Revenant sur ses impressions premières, madame Fauvel m’a aimé, estimé, béni.
— Ce temps est loin.
Louis ne daigna pas relever l’ironique interruption de son neveu.
— Nous arrivons, poursuivit-il, à la troisième phase, pendant laquelle madame Fauvel, ayant Madeleine pour la conseiller, nous a presque jugés à notre juste valeur. Oh ! ne t’y trompe pas, elle nous a redoutés et méprisés autant l’un que l’autre. Si elle ne s’est pas mise à te haïr de toutes ses forces, c’est que, vois-tu, Raoul, le cœur d’une mère, surtout dans la situation où se trouve madame Fauvel, a des trésors d’indulgence et de pardon à rendre le bon Dieu jaloux. Une mère seule peut, en même temps, mépriser et adorer son fils.
— Elle me l’a, sinon dit, au moins fait comprendre, en termes tels que j’ai été ému… moi !
— Parbleu ! Et moi, donc ! Enfin, c’est là que nous en étions ; madame Fauvel tremblait, Madeleine, se dévouant, avait congédié Prosper et consentait à m’épouser, quand l’existence de Gaston nous a été révélée. Depuis, qu’est-il advenu ? Tu as su, aux yeux de madame Fauvel, te faire plus blanc que les neiges immaculées, et tu m’as fait, moi, plus noir que l’enfer. Elle s’est reprise à admirer tes nobles qualités, et à ses yeux et aux yeux de Madeleine, c’est moi dont la pernicieuse influence te poussait vers le mal.
— Tu l’as dit, oncle vénéré, c’est là que nous en sommes.
— Eh bien ! nous abordons le cinquième acte ; par conséquent, un nouveau revirement est indispensable à notre pièce.
— Un nouveau revirement…
— Te paraît difficile, n’est-ce pas ? Rien de si simple. Écoute-moi bien, car de ton habileté dépend l’avenir.
Raoul, sur son fauteuil, prit la pose des auditeurs intrépides, et dit simplement :
— Je suis tout à toi.
— Donc, reprit Louis, dès demain, tu iras trouver madame Fauvel, et tu lui diras ce dont nous sommes convenus relativement à Gaston. Elle ne te croira pas, peu importe. L’important, c’est que tu aies l’air, toi, absolument convaincu de ton récit.
— Je serai convaincu.
— Moi, d’ici quatre ou cinq jours, je verrai monsieur Fauvel et je lui confirmerai l’avis qu’a dû lui donner mon notaire d’Oloron, à savoir que les fonds déposés chez lui m’appartiennent. Je rééditerai, à son intention, l’histoire du frère naturel, et je le prierai de vouloir bien garder cet argent dont je n’ai que faire. Tu es la défiance même, mon neveu, ce dépôt sera pour toi une garantie de ma sincérité.
— Nous recauserons de cela.
— Ensuite, mon beau neveu, j’irai trouver madame Fauvel, et je lui tiendrai à peu près ce langage : « Étant fort pauvre, chère dame, j’ai dû vous imposer l’obligation de venir en aide au fils de mon frère qui est votre fils. Ce garçon est un coquin… »
— Merci, mon oncle !
— « … Il vous a donné mille soucis, il a empoisonné votre vie qu’il était de son devoir d’embellir, agréez mes excuses et croyez à mes regrets. Aujourd’hui, je suis riche, et je viens vous annoncer que j’entends désormais me charger seul du présent et de l’avenir de Raoul. »
— Et c’est là ce que tu appelles un plan ?
— Parbleu ! tu vas bien le voir. À cette déclaration, il est probable que madame Fauvel aura envie de me sauter au cou. Elle ne le fera pas, cependant, retenue qu’elle sera par la pensée de sa nièce, elle me demandera si, du moment où j’ai de la fortune, je ne renonce pas à Madeleine. À quoi je répondrai carrément : « Non ». Même, ce sera l’occasion d’un beau mouvement de désintéressement. « Vous m’avez cru cupide, madame, lui dirai-je, vous vous êtes trompée. J’ai été séduit, comme tout homme le doit être, par la grâce, par les charmes, l’esprit et la beauté de mademoiselle Madeleine, et… je l’aime. N’eût-elle pas un sou, qu’avec plus d’instances encore, je vous demanderais sa main, à genoux. Il a été décidé qu’elle serait ma femme, permettez-moi d’insister sur ce seul article de nos conventions. Mon silence est à ce prix. Et pour vous prouver que sa dot ne compte pas pour moi, je vous donne ma parole d’honneur que, le lendemain de mon mariage, je remettrai à Raoul une inscription de vingt-cinq mille livres de rentes. »
Louis s’exprimait avec un tel accent, d’une voix si entraînante, que Raoul, artiste en fourberie, avant tout, fut émerveillé.
— Splendide ! s’écria-t-il, cette dernière phrase peut creuser un abîme entre madame Fauvel et sa nièce. Cette assurance d’une fortune pour moi peut mettre ma mère de notre côté.
— Je l’espère, reprit Louis d’un ton de fausse modestie, et j’ai d’autant plus de raisons de l’espérer que je fournirai à la chère dame d’excellents arguments pour s’excuser à ses propres yeux. Car vois-tu bien, quand on propose à une honnête personne quelque petite, comment dirais-je ?… transaction, on doit offrir en même temps des justifications pour mettre la conscience en repos. Le diable ne procède pas autrement. Je prouverai à madame Fauvel et à sa nièce que Prosper les a indignement abusées. Je montrerai ce garçon criblé de dettes, perdu de débauches, jouant, soupant et, pour tout dire, vivant publiquement avec une femme perdue…
— Et jolie, par-dessus le marché, n’oublie pas qu’elle est ravissante, la señora Gypsy ; dis qu’elle est adorable, ce sera le comble.
— Ne crains rien, je serai éloquent et moral autant que le ministère public lui-même. Puis, je ferai entendre à madame Fauvel que si vraiment elle aime sa nièce, elle doit souhaiter lui voir épouser non ce petit caissier, un subalterne sans le sou, mais un homme important, un grand industriel, l’héritier d’un des beaux noms de France, marquis, pouvant prétendre aux plus hautes situations, assez riche enfin, pour te donner un état dans le monde.
Raoul lui-même se laissait prendre à ces perspectives.
— Si tu ne la décides pas, dit-il, tu la feras hésiter.
— Oh ! je ne m’attends pas à un brusque changement. Ce n’est qu’un germe que je déposerai dans son esprit ; grâce à toi, il se développera, il grandira et portera ses fruits.
— Grâce à moi ?
— Oui, laisse-moi finir. Tout cela dit, je disparais, je ne me montre plus, et ton rôle commence. Comme de juste, ta mère te répète notre conversation, et même par là nous jugerons l’effet produit. Mais toi, à l’idée d’accepter quelque chose de moi, tu te révoltes. Tu te déclares énergiquement prêt à braver toutes les privations, la misère – dis la faim, pendant que tu y seras – plutôt que de recevoir quoi que ce soit d’un homme que tu hais, d’un homme qui… d’un homme dont… enfin, tu vois la scène d’ici.
— Je la vois et je la sens. Dans les rôles pathétiques, je suis toujours très beau, quand j’ai eu le temps de me préparer.
— Parfait. Seulement, ce généreux désintéressement ne t’empêchera pas de recommencer tout à coup ta vie de dissipation. Plus que jamais tu joueras, tu parieras et tu perdras. Il te faudra de l’argent, et encore de l’argent, tu seras pressant, impitoyable. Et note que de tout ce que tu arracheras je ne te demanderai nul compte, ce sera à toi, bien à toi.
— Diable ! si tu l’entends ainsi…
— Tu marcheras, n’est-ce pas.
— Et vite, je t’en réponds.
— C’est ce que je te demande, Raoul. Il faut qu’avant trois mois tu aies épuisé toutes les ressources, toutes, m’entends-tu bien ? de ces deux femmes. Il faut que tu les amènes à ne plus savoir où donner de la tête. Je les veux, dans trois mois, ruinées absolument, sans argent, sans un bijou, sans rien.
Louis de Clameran s’exprimait avec une telle animation, avec une violence de passion si surprenante après l’exposé de ses combinaisons, que Raoul n’en pouvait revenir.
— Tu hais donc bien ces malheureuses femmes ? demanda-t-il.
— Moi ! s’écria Louis, dont l’œil étincela, moi les haïr ! Tu ne vois donc pas, aveugle, que j’aime Madeleine, comme on aime à mon âge, à en devenir fou ? Tu ne sens donc pas que sa pensée envahit tout mon être, que le désir flambe dans mon cerveau, que son nom, quand je le prononce, brûle mes lèvres ?…
— Et tu n’es ni troublé ni ému à l’idée de lui préparer les plus cuisants chagrins ?
— Il le faut. Est-ce que jamais sans de cruelles souffrances, sans les plus amères déceptions, elle serait à moi ? Le jour où tu auras conduit madame Fauvel et sa nièce si près de l’abîme qu’elles en verront le fond, ce jour-là, j’apparaîtrai. C’est quand elles se croiront perdues sans rémission que je les sauverai. Va ! j’ai su me réserver une belle scène, et j’y saurai mettre tant de noblesse et de grandeur que Madeleine en sera touchée. Elle me hait, tant mieux ! Quand elle verra bien, quand il lui sera démontré que c’est sa personne que je veux et non pas son argent, elle cessera de me mépriser. Il n’est pas de femme que ne touche une grande passion et la passion excuse tout. Je ne dis pas qu’elle m’aimera, mais elle se donnera à moi sans répugnance ; c’est tout ce que je demande.
Raoul se taisait, épouvanté, de ce cynisme, de tant de froide perversité. Clameran affirmait son immense supériorité dans le mal, et l’apprenti admirait le maître.
— Tu réussirais certainement, mon oncle, dit-il, sans le caissier adoré. Mais entre Madeleine et toi, il y aura toujours, sinon Prosper lui-même, au moins son souvenir.
Louis eut un mauvais sourire, qu’un geste de colère et de dédain rendit plus significatif et plus effrayant encore.
— Prosper, prononça-t-il en jetant son cigare qui venait de s’éteindre, je me soucie de lui comme de cela…
— Elle l’aime.
— Tant pis pour lui. Dans six mois, elle ne l’aimera plus ; il est déjà perdu moralement. À l’heure où cela me conviendra, je l’achèverai. Sais-tu où mènent les mauvais chemins, mon neveu ? Prosper a une maîtresse coûteuse, il roule voiture(6), il a des amis riches, il joue. Es-tu joueur, toi ?… Il lui faudra de l’argent après quelque nuit de déveine ; les pertes du baccarat se paient dans les vingt-quatre heures, il voudra payer et… il a une caisse.
Pour le coup, Raoul ne put s’empêcher de protester.
— Oh !…
— Il est honnête ! vas-tu me dire. Parbleu ! je l’espère bien. Moi aussi, la veille du jour où j’ai fait sauter la coupe, j’étais honnête. Il y a longtemps qu’un coquin aurait confessé Madeleine et nous aurait forcés à plier bagage. Il est aimé, me dis-tu ? Alors, quel orgeat coule donc dans ses veines qu’il se laisse ainsi ravir la femme aimée ? Ah ! si j’avais senti la main de Madeleine frémir dans la mienne, si son souffle, dans un baiser, avait effleuré mon front, le monde entier ne me l’enlèverait pas. Malheur à qui barre ma route. Prosper me gêne, je le supprime. Je me charge, avec ton aide, de le pousser dans un tel bourbier que la pensée de Madeleine n’ira pas l’y chercher.
L’accent de Louis exprimait une telle rage, un si immense désir de vengeance, que Raoul, vraiment ému, réfléchissait.
— Tu me réserves, dit-il après un bon moment, un rôle abominable.
— Mon neveu aurait-il des scrupules ? demanda Clameran du ton le plus goguenard.
— Des scrupules… pas précisément ; cependant, j’avoue…
— Quoi ! Que tu as envie de reculer ? C’est un peu tard t’y prendre. Ah ! ah !… Monsieur veut toutes les jouissances du luxe, de l’or plein les poches, des chevaux de race, enfin tout ce qui brille et tout ce qui fait envie… seulement, monsieur désire rester vertueux. Il fallait naître avec des rentes alors. Imbécile !… As-tu jamais vu des gens comme nous puiser des millions aux sources pures de la vertu ? On pêche dans la boue, mon neveu, et on se débarbouille après.
— Je n’ai jamais été assez riche pour être honnête, fit humblement Raoul, seulement, torturer deux femmes sans défense, assassiner un pauvre diable qui se croit mon ami, dame ! c’est dur.
Cette résistance qu’il taxait d’absurde, de ridicule, exaspérait au dernier point Louis de Clameran.
Enfin, après d’interminables débats, tout fut réglé à leur commune satisfaction, et ils se séparèrent avec force poignées de main.
Hélas ! Mme Fauvel et sa nièce ne devaient pas tarder à ressentir les effets de l’accord des deux misérables.
Tout se passa de point en point comme l’avait prévu et arrêté Louis de Clameran.
Une fois encore, et précisément lorsque Mme Fauvel osait enfin respirer, la conduite de Raoul changea brusquement. Ses dissipations recommençaient de plus belle.
Jadis, Mme Fauvel avait pu se demander : où dépense-t-il tout l’argent que je lui donne ? Cette fois, elle n’avait pas de questions à se poser.
Raoul affichait des passions insensées ; il se montrait partout, vêtu comme ces jeunes gandins qui font les délices du boulevard, on le voyait aux premières représentations dans des avant-scènes, et aux courses en voiture à quatre chevaux.
Aussi, jamais il n’avait eu de si pressants, de si impérieux besoins d’argent : jamais Mme Fauvel n’avait eu à se défendre contre des exigences si exorbitantes et si répétées.
À ce train, les ressources avouables de Mme Fauvel et de sa nièce furent promptement à bout. En un mois, le misérable dissipa leurs économies. Alors, elles eurent recours à tous les expédients honteux des femmes dont les dépenses secrètes sont la ruine d’une maison. Elles réalisèrent sur toutes choses de flétrissantes économies. On fit attendre les fournisseurs, on prit à crédit. Puis elles gonflèrent les factures ou même en inventèrent. Elles se supposaient, l’une et l’autre, des fantaisies si coûteuses, que M. Fauvel leur dit une fois en souriant : – Vous devenez bien coquettes, mesdames !… Le jour vint, cependant, où Madeleine et sa tante se trouvèrent aussi dénuées de tout l’une que l’autre.
La veille, Mme Fauvel avait eu quelques personnes à dîner, et c’est à grand-peine qu’elle avait pu donner au cuisinier l’argent nécessaire à certains achats qu’il était allé faire à Paris.
Raoul se présenta ce jour-là. Jamais, à ce qu’il prétendit, il ne s’était trouvé dans un embarras si grand ; il lui fallait absolument deux mille francs.
On eut beau lui expliquer la situation, le conjurer d’attendre, il ne voulut rien entendre, il fut terrible, impitoyable.
— Mais je n’ai plus rien, malheureux, répétait Mme Fauvel, désespérée, plus rien au monde, tu m’as tout pris. Il ne me reste que mes bijoux, les veux-tu ? S’ils peuvent te servir, prends-les.
Si grande que fût l’impudence du jeune bandit, il ne put s’empêcher de rougir.
Mais il avait promis ; mais il savait qu’une main puissante arrêterait ces pauvres femmes au bord du précipice, mais il voyait la fortune, une grande fortune, au bout de toutes ces infamies, qu’il se promettait d’ailleurs de racheter plus tard.
Il se roidit donc contre son attendrissement, et c’est d’une voix brutale qu’il répondit à sa mère :
— Donne ; j’irai au Mont-de-Piété.
Et, telle était l’atroce gêne de ces deux femmes qu’entourait un luxe princier, dont dix domestiques attendaient les ordres, dont les chevaux attelés piaffaient dans la cour, qu’elles conjurèrent Raoul de leur apporter quelque chose de ce que lui prêterait le Mont-de-Piété, si peu que ce fût.
Il promit et tint parole.
Mais on lui avait montré une ressource nouvelle, une mine à exploiter ; il en abusa.
Une à une, toutes les parures de Mme Fauvel suivirent les diamants, et, ses bijoux épuisés, ceux de Madeleine partirent.
Mme Fauvel, pour se défendre des misérables qui s’acharnaient après elle, n’avait que ses prières et ses larmes ; c’était peu.
Seulement, ces révoltantes extorsions amenaient parfois de telles crises, que Raoul ému, bouleversé, était pris, pour lui-même, d’horreur et de dégoût.
— Le cœur me manque, disait-il à son oncle, je suis à bout. Volons à main armée, je le veux bien ; mais égorger deux malheureuses que j’aime, c’est plus fort que moi !
Clameran ne semblait nullement s’étonner de ces répugnances.
— C’est triste, répondait-il, je le sais bien, mais nécessité n’a pas de loi. Allons, un peu d’énergie et de patience, nous touchons au but.
Ils en étaient plus proches que ne le supposait Clameran. Vers la fin du mois de novembre, Mme Fauvel se sentit si bien à la veille d’une catastrophe, que l’idée lui vint de s’adresser au marquis.
Elle ne l’avait pas revu depuis qu’à son retour d’Oloron, il était venu lui annoncer son héritage. Persuadée, à cette époque, qu’il était le mauvais génie de Raoul, elle l’avait assez mal reçu pour lui donner le droit de ne plus se représenter.
Elle hésita avant de parler à sa nièce de ce projet, redoutant une vive opposition.
À sa grande surprise, Madeleine l’approuva.
— Plus tôt tu verras monsieur de Clameran, dit-elle à sa tante, mieux cela vaudra.
En conséquence, le surlendemain même, Mme Fauvel arrivait à l’hôtel du Louvre, chez le marquis, prévenu à l’avance par un billet.
Il la reçut avec une politesse froide et étudiée, en homme qui a été méconnu et qui, affligé et blessé, se tient sur la réserve.
Il parut indigné de la conduite de son neveu, et même, à un moment, il laissa échapper un juron, disant qu’il aurait raison de ce drôle.
Mais quand Mme Fauvel lui eut appris que s’il s’adressait sans cesse à elle, c’est qu’il ne voulait rien lui demander à lui, Clameran semblait confondu.
— Ah ! s’écria-t-il, c’est trop d’audace, aussi ! Le misérable ! Je lui ai, depuis quatre mois, remis plus de vingt mille francs, et si j’ai consenti à les lui donner, c’est que sans cesse il me menaçait de recourir à vous.
Et voyant sur la figure de Mme Fauvel une surprise qui ressemblait à un doute, Louis se leva, ouvrit son secrétaire et en sortit des reçus de Raoul qu’il montra. Le total de ces reçus s’élevait à vingt-trois mille cinq cents francs.
Mme Fauvel était anéantie.
— Il a eu de moi près de quarante mille francs, dit-elle, c’est donc soixante mille francs au moins qu’il a dépensés depuis quatre mois.
— Ce serait incroyable, répondit Clameran, s’il n’était amoureux, à ce qu’il dit.
— Mon Dieu ! que font donc ces créatures de tout l’argent qu’on dépense pour elles ?…
— Voilà ce qu’on n’a jamais pu savoir…
Il paraissait très sincèrement plaindre Mme Fauvel ; il lui promit que, ce soir même, il verrait Raoul, qu’il saurait bien ramener à des sentiments meilleurs. Puis, après de longues protestations, il finit par mettre sa fortune entière à sa disposition.
Mme Fauvel refusa ses offres, mais elle en fut touchée, et en rentrant elle disait à sa nièce :
— Peut-être nous sommes-nous trompées, peut-être n’est-ce pas un mauvais homme…
Madeleine hocha tristement la tête. Ce qui arrivait, elle l’avait prévu ; le beau désintéressement du marquis, c’était la confirmation de ses pressentiments.
Raoul, lui, était allé chez son oncle, chercher des nouvelles. Il le trouva radieux.
— Tout marche à souhait, mon neveu, lui dit Clameran ; tes reçus ont fait merveille. Ah ! tu es un solide partenaire et je te dois les plus chaudes félicitations. Quarante mille francs en quatre mois ?
— Oui, répondit négligemment Raoul, c’est à peu près ce que m’a prêté le Mont-de-Piété.
— Peste ! tu dois avoir de belles économies, car la demoiselle des Délassements n’est, je l’imagine, qu’un prétexte ?
— Ceci, cher oncle, est mon affaire. Souviens-toi de nos conventions. Ce que je puis te dire, c’est que madame Fauvel et Madeleine ont fait argent de tout ; elles n’ont plus rien, et moi j’ai assez de mon rôle.
— Aussi ton rôle est-il fini. Je te défends désormais de demander un centime.
— Où en sommes-nous donc ? Qu’y a-t-il ?
— Il y a, mon neveu, que la mine est assez chargée, et que je n’attends plus qu’une occasion pour y mettre le feu.
Cette occasion, qu’attendait avec une fiévreuse impatience Louis de Clameran, son rival, Prosper Bertomy, devait, pensait-il, la lui fournir.
Il aimait trop Madeleine pour ne pas être jaloux jusqu’à la rage de l’homme que, librement, elle avait choisi, pour ne pas le haïr de toute la force de sa passion.
Il ne tenait qu’à lui, il le savait, d’épouser Madeleine ; mais comment ? Grâce à d’indignes violences, en lui tenant le couteau sur la gorge. Il se sentait devenir fou à l’idée qu’il la posséderait, que son corps serait à lui, mais que sa pensée, échappant à sa puissance, s’envolerait vers Prosper.
Aussi s’était-il juré qu’avant de se marier il précipiterait le caissier dans quelque cloaque d’infamie, d’où il lui serait impossible de sortir. Il avait songé à le tuer, il aimait mieux le déshonorer.
Jadis il s’était imaginé qu’il lui serait aisé de perdre l’infortuné jeune homme ; il supposait que lui-même en fournirait les moyens. Il s’était trompé.
Prosper menait, il est vrai, une de ces existences folles qui conduisent le plus souvent à une catastrophe finale, mais il mettait un certain ordre à son désordre. Si sa situation était mauvaise, périlleuse, s’il était dévoré de besoins, harcelé par les créanciers, réduit aux expédients, il était impossible de s’en apercevoir, tant ses précautions étaient bien prises.
Toutes les tentatives faites pour hâter sa ruine avaient échoué, et c’est vainement que Raoul, les mains pleines d’or, jouant le rôle du tentateur, avait essayé de préparer sa chute.
Il jouait gros jeu, mais il jouait sans passion, presque sans goût, et jamais l’exaltation du gain ni le dépit de la perte ne lui faisaient perdre son sang-froid.
Sa maîtresse, Nina Gypsy, était dépensière, extravagante, mais elle lui était dévouée et ses fantaisies ne dépassaient pas certaines limites.
En bien examinant sa conduite, elle était celle d’un homme désolé qui s’efforce de s’étourdir, mais qui cependant n’a pas abdiqué toute espérance, et qui cherche surtout à gagner du temps.
Intime ami de Prosper, son confident, Raoul avait, d’un œil sagace, jugé la situation et pénétré les sentiments secrets du caissier.
— Tu ne connais pas Prosper, mon oncle. Madeleine l’a tué, le jour où elle l’a exilé. Tout lui est indifférent, il ne prend intérêt à rien.
— Nous attendrons.
Ils attendaient en effet, et à la grande surprise de Mme Fauvel, Raoul redevint, pour elle, ce qu’il avait été en l’absence de Clameran.
C’est vers cette époque, à peu près, que Mme Fauvel, toute réjouie de ce changement, conçut le projet de placer Raoul dans les bureaux de son mari.
M. Fauvel adopta cette idée. Persuadé qu’un jeune homme sans occupations ne peut faire que des sottises, il lui offrit un pupitre au bureau de la correspondance, avec des appointements de cinq cents francs par mois.
Cette proposition enchanta Raoul, cependant, sur l’ordre formel de Clameran, il refusa net, disant qu’il ne se sentait pour les opérations de banque aucune vocation.
Ce refus indisposa si fort le banquier, qu’il adressa à Raoul quelques reproches passablement amers, le prévenant qu’il n’eût plus à compter sur lui désormais, et Raoul saisit ce prétexte pour cesser ostensiblement ses visites.
S’il voyait encore sa mère, c’était dans l’après-midi ou le soir, lorsqu’il était sûr que M. Fauvel était sorti, et il ne venait que tout juste assez souvent pour se tenir au courant des affaires de la maison.
Ce repos subit après tant et de si cruelles agitations paraissait sinistre à Madeleine. Elle ne disait rien à sa tante de ses pressentiments, mais elle était préparée à tout.
— Que font-ils ? disait parfois Mme Fauvel ; renonceraient-ils enfin à nous persécuter ?
— Oui, murmurait Madeleine, que font-ils ?
Si Louis ni Raoul ne donnaient signe de vie, c’est qu’ils se tenaient immobiles comme le chasseur à l’affût, qui craint d’éveiller les défiances de ses victimes. Ils guettaient le hasard.
Attaché aux pas de Prosper, Raoul avait épuisé toutes les ressources de son esprit pour le compromettre, pour l’attirer dans quelque embûche où resterait son honneur. Mais, ainsi qu’il l’avait prévu, l’indifférence du caissier offrait peu de prise.
Clameran commençait à s’impatienter et cherchait déjà quelque moyen plus expéditif, quand une nuit, sur les trois heures, il fut éveillé par Raoul.
— Qu’y a-t-il ? demanda-t-il tout inquiet.
— Peut-être rien, peut-être tout. Je quitte Prosper à l’instant.
— Eh bien !
— Je l’avais emmené dîner, ainsi que madame Gypsy, avec trois de mes amis. Après dîner, j’ai organisé un petit bal tournant assez corsé, mais impossible de lancer Prosper, bien qu’il fût gris.
Louis, désappointé, eut un mouvement de dépit.
— Tu es gris toi-même, fit-il, puisque tu viens me réveiller au milieu de la nuit pour me conter de pareilles billevesées.
— Attends, il y a autre chose.
— Morbleu ! parle, alors !
— Après avoir bien joué, nous sommes allés souper, et Prosper, de plus en plus ivre, a laissé échapper le mot sur lequel il ferme sa caisse.
À cette assurance, Clameran ne put retenir un cri de triomphe.
— Quel est ce mot ? demanda-t-il.
— Le nom de sa maîtresse.
— Gypsy !… C’est bien cela, en effet, cinq lettres…
Il était si ému, si agité, qu’il sauta à bas de son lit, passa une robe de chambre et se mit à arpenter l’appartement.
— Nous le tenons ! disait-il avec l’expression délirante de la haine satisfaite, il est donc à nous ! Ah ! il ne voulait pas toucher à sa caisse, ce caissier vertueux, nous y toucherons pour lui, et il n’en sera ni plus ni moins déshonoré. Nous avons le mot, tu sais où est la clé, tu me l’as dit…
— Quand monsieur Fauvel sort, il laisse presque toujours la sienne dans un des tiroirs du secrétaire de sa chambre.
— Eh bien ! tu iras chez madame Fauvel, tu lui demanderas cette clé ; elle te la remettra ou tu la lui prendras de force, peu importe ; quand tu l’auras, tu ouvriras la caisse, tu prendras tout ce qu’elle contient…
Pendant plus de cinq minutes, Clameran, absolument hors de lui, divagua, mêlant si étrangement sa haine contre Prosper, son amour pour Madeleine, que Raoul se demandait sérieusement s’il ne devenait pas fou. Il pensa qu’il était de son devoir de le calmer.
— Avant de chanter victoire, commença-t-il, examinons les difficultés.
— Je n’en vois pas.
— Prosper peut changer son mot dès demain.
— C’est vrai, mais c’est peu probable ; il ne se rappellera pas qu’il l’a dit ; d’ailleurs, nous allons nous hâter.
— Ce n’est pas tout. Par suite des ordres les plus positifs de monsieur Fauvel, il ne reste jamais en caisse, le soir, que des sommes insignifiantes.
— Il y en aura une très forte le soir où je le voudrai.
— Tu dis ?
— Je dis que j’ai cent mille écus chez monsieur Fauvel, et que si j’en demande le remboursement pour un de ces jours, de très bonne heure, à l’ouverture des bureaux, ils passeront la nuit dans la caisse.
— Quelle idée ! s’écria Raoul stupéfait.
C’était une idée, en effet, et les deux complices passèrent de longues heures à l’examiner, à la creuser, à en étudier le fort et le faible.
Après mûres réflexions, après avoir minutieusement calculé toutes les chances bonnes ou mauvaises, ils arrêtèrent que le crime serait commis dans la soirée du lundi 27 février.
S’ils choisissaient ce soir-là, c’est que Raoul savait que M. Fauvel devait dîner chez un financier de ses amis et que Madeleine était invitée à une réunion de jeunes filles.
À moins d’un contretemps, Raoul, en se présentant à l’hôtel Fauvel sur les huit heures et demie, devait trouver sa mère seule.
— Aujourd’hui même, conclut Clameran, je vais demander à monsieur Fauvel de tenir mes fonds prêts pour mardi.
— Le délai est bien court, mon oncle, objecta Raoul, vous avez des conventions, tu dois prévenir en cas de retrait de ton argent.
— C’est vrai ; mais notre banquier est orgueilleux, je me dirai pressé et il s’exécutera, dût-il pour cela se gêner. Ce sera à toi, ensuite, de demander à Prosper, comme un service personnel, de tenir la somme prête à l’ouverture des bureaux.
Raoul, une fois encore, examinait la situation, cherchant s’il ne découvrirait pas ce grain de sable qui devient montagne au dernier moment.
Tout alla d’ailleurs au gré des deux misérables. Le banquier ne daignant pas rappeler les conventions consentit au remboursement pour l’époque indiquée. Prosper promit que l’argent serait prêt dès le matin.
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