II
_L'Émancipation politique et familiale de la Femme_
PAR
Charles TURGEON
Professeur d'Économie politique à la Faculté de Droit de l'Université de Rennes
[Illustration]
PARIS Librairie de la Société du Recueil général des Lois et des Arrêts FONDÉ PAR J.-E. SIREY, ET DU JOURNAL DU PALAIS Ancienne Maison L. LAROSE et FORCEL _22, rue Soufflot, 5e arrondt._ L. LAROSE, Directeur de la Librairie
1902
AVANT-PROPOS
_Non content d'émanciper et de grandir_ individuellement _la femme en réclamant pour elle une plus large accession aux trésors de la connaissance humaine, non content même de l'émanciper et de la grandir_ socialement _en poursuivant son admission aux métiers et aux professions du sexe masculin, le féminisme entend qu'elle exerce une influence plus agissante et plus efficace sur les affaires de l'_État _et sur la direction du_ foyer.
_C'est ainsi que l'_émancipation individuelle _et_ sociale _conduit logiquement à l'_émancipation politique_ et_ familiale. _Devenue plus libre de s'instruire et de travailler, pourvue d'une culture intellectuelle plus soignée, investie de fonctions économiques plus indépendantes et plus rémunératrices qui la rehausseront infiniment à ses propres yeux et à ceux des hommes, il n'est pas possible que la femme ne cherche à accroître et à étendre son action dans la double sphère du gouvernement civique et du gouvernement domestique. La laisserons-nous faire?_
_Dès maintenant, à côté de l'_émancipation intellectuelle; pédagogique, économique _et_ sociale, _dont nous nous sommes occupé dans nos premières études, les «femmes libres» inscrivent au cahier de leurs revendications l'_émancipation électorale, civile, conjugale _et_ maternelle;--_et c'est, conformément à notre plan général[1], l'ordre même que nous suivrons en ce livre. Dès maintenant, pour parler avec plus de clarté, le féminisme dénonce avec humeur: 1º l'inégalité_ électorale _qui accorde tout au citoyen et rien à la citoyenne; 2º l'_inégalité _civile qui assujettit la capacité de la femme mariée à l'autorisation préalable du mari; 3º l'_inégalité conjugale _qui enchaîne dans les liens du mariage légal l'épouse à l'époux; 4º l'_inégalité maternelle _qui soumet les enfants à la puissance du père plus étroitement qu'à celle de la mère. Dès maintenant, même, d'excellents esprits ne se font pas faute de déclarer que_ la condition de la femme dans la cité et dans la famille _est susceptible, en plus d'un point, d'amélioration et de progrès. Devons-nous appuyer ou combattre ces nouveautés?_
[Note 1: Voir nos premières études sur le féminisme: l'_Émancipation individuelle et sociale de la femme_, pp. 6 et suiv.]
_C'est sur quoi nous nous expliquerons, en cette seconde série d'études qui complète et achève la première, avec le souci persévérant de subordonner le préjugé à la justice et de séparer, d'un geste net et franc, la mauvaise herbe du bon grain._
Rennes, 6 juin 1901.