XXXI
« Regarde, ma belle, avec plus de confiance, comme il est, le Roi de la Gelée ! tu ne pourras trouver un garçon plus fort, tu n’en as jamais vu de plus beau. La tourmente, la neige et le brouillard sont toujours soumis à la gelée ; si je traverse les mers, les océans, j’y construis des palais de glace. S’il me plaît, les grands fleuves s’enferment pour longtemps sous mon joug : j’y élève des ponts de glace qui sont l’humiliation de l’industrie humaine. Où des eaux rapides et bruyantes coulaient naguère librement, aujourd’hui marchent des piétons et des obozes avec des marchandises. J’aime, dans leurs profondes tombes, revêtir les morts de fleurs de glaces ; je congèle le sang dans les veines vivantes et le cerveau dans les têtes vivantes. Pour jouer un tour aux voleurs, pour effrayer le cavalier et le cheval, j’aime, aux heures du soir, faire craquer toute la forêt. Les petites babas, maudissant le Malin, se sauvent à la maison au plus vite. Et les ivrognes, cavaliers ou piétons, quel plaisir de les rendre fous de peur ! Sans craie je sais blanchir tous les museaux, je rougis les nez comme de la braise, et je soude les barbes aux guides, si fort qu’il faut la hache pour les séparer.
Je suis riche, je ne puis compter mes richesses et mon bien est intarissable ; je décore mon empire de diamant, de perle et d’argent.
Viens avec moi dans mon empire et règne à mes côtés ! l’hiver sera notre saison de délice et l’été nous dormirons profondément. Viens ! je te caresserai, je te réchaufferai, je te donnerai un palais d’azur… » Et le Roi de la Gelée, sur la tête de la veuve, agitait son sceptre glacé.