‹ Le Héros de ChâteauguayChapitre 5 sur 5 · V.

V.

Avenir, saluez! saluez tous ces braves. Leur héroïsme a su, repoussant les entraves, Qu'on forgeait pour nos conquérants, Rajeunir sur nos bords la légende de gloire, Qui dit que lorsque Dieu frappe fort dans l'histoire, C'est toujours par la main des Francs.

Il y aurait d'autres discours à citer, mais ce serait trop long.

Cette belle démonstration se termina par une brillante illumination et les milliers de personnes venues à Chambly le matin s'en retournèrent vivement impressionnées de ce qu'elles avaient vu et entendu.

Résolutions adoptées par les deux Chambres à Québec.

Les deux Chambres siégeant à Québec le 7 juin 1881, eurent la bonne pensée d'interrompre leurs travaux pour rendre hommage à la mémoire de Salaberry.

CONSEIL LÉGISLATIF DE QUÉBEC.

Présidence de l'honorable M. Ross.

La séance est ouverte à trois heures.

Après la présentation et l'adoption, de plusieurs rapports.

L'honorable M. ROSS dit qu'hier il a lu à la Chambre une lettre d'invitation du secrétaire du comité du monument de Salaberry priant les membres du conseil d'assister à la grande démonstration qui a lieu aujourd'hui à Chambly., Il ne douta pas qu'un grand nombre de membres de cette Chambre aient désiré ardemment pouvoir assister a cette belle cérémonie faite en l'honneur du grand patriote canadien dont la mémoire est chère à tous; cependant nos devoirs parlementaires nous empêchent d'y prendre part et de nous procurer ce plaisir. Dans ces circonstances il a cru convenable d'exprimer les sentiments des membres du conseil à cette occasion; pour cela il a rédigé une dépêche qu'il se propose de soumettre à l'approbation de la Chambre. Il croit qu'il est inutile de relater l'histoire du héros de Châteauguay, chacun la connaît. Il croit que la Chambre sera unanime à adopter la proposition qui suit:--Il propose que la dépêche suivante soit expédiée immédiatement à M. Dion, secrétaire du comité du monument de Salaberry:

Adopté.

"Que les membres du Conseil Législatif désirent participer de coeur à la belle démonstration de Chambly, qu'ils ne sauraient être indifférents à cette manifestation de notre patriotisme, célébrant le patriotisme d'une autre époque; que la foule d'élite qui se réunit aujourd'hui autour du monument de Salaberry prouve que les grandes âmes dominent le temps et l'espace et se confondent dans un même sentiment de loyauté et de courageuses aspirations."

L'honorable M. FERRIER appuie avec beaucoup de plaisir la proposition de l'honorable M. Ross. Il croit qu'il est très convenable que le Conseil Législatif fasse connaître les vives sympathies qu'il a pour le héros de Châteauguay. Sans doute, que si les membres de cette chambre avaient pu assister à la démonstration qui a eu lieu aujourd'hui à Chambly, à la mémoire du colonel Salaberry, ils l'auraient fait avec le plus grand plaisir.

La motion est adoptée à l'unanimité et l'Orateur du Conseil est chargé de la communiquer au secrétaire, à Chambly, par télégraphe.

La séance est levée.

ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE.

Réponse de l'Assemblée Législative à l'invitation qui avait été adressée à la Chambre pour lui demander d'assister à la fête de l'inauguration du monument élevé à la mémoire de Salaberry.

Salle du président de l'Assemblée Législative. Québec, 7 juin 1881.

A M. J. O. Dion. Secrétaire de la commission du monument de Salaberry. Bassin de Chambly.

L'Assemblée Législative de la province de Québec accuse réception de l'invitation que lui fait le comité de Salaberry pour la fête d'inauguration du monument élevé à la mémoire du glorieux vainqueur de Châteauguay.

Elle est en séance et se joint unanimement à ceux qui prennent part à cette fête de patriotisme Canadien. L'assemblée Législative de Québec ne saurait oublier qu'en cette circonstance, le pays tout entier s'incline non seulement devant le soldat heureux qui fit triompher les armes britanniques, mais encore devant le Canadien-Français qui a su personnifier sur le champ de bataille, la loyauté à l'Angleterre.

Arthur Turcotte, Président de l'Assemblée Législative de la Province de Québec.

L'honorable M. CHAPLEAU--Je dois remercier la Chambre de la réponse qui vient d'être adressée à M. Dion. Au milieu de nos luttes, au milieu de nos discussions, il est rafraîchissant de saluer les gloires du passé. Français par le coeur, Salaberry a été la plus grande personnification de la loyauté des Français au Canada. On a redit sans doute, aujourd'hui, à Chambly. sa bravoure, sa valeur. Nous vous félicitons, M. le président, de nous avoir précédés. Au milieu du choc des opinions nous nous divisons, mais rappelons-nous nos ancêtres, car au fond de toutes nos luttes, malgré nos divisions apparentes, nous poursuivons le même but: le bien du pays: nous partageons le même sentiment: l'amour de notre patrie. La patrie a le droit d'être fière de ceux qui nous ont précédés, leur souvenir est cher à nos coeurs.

Pour résumer ma pensée je dirai que le culte des aïeux est juste, que les honneurs que nous leur rendons sont bien mérités et qu'il est beau de nous rappeler les exploits de nos héros.

Permettez-moi de réciter les vers suivants qui m'ont été passés par un ami qui réunit à la qualité de poète celle d'un bon patriote:

Après tout, ce n'est pas un vain mot que la gloire, Ceux qui sont morts, pour nous revivent dans l'histoire, L'histoire ouvre au mérite un vaste Panthéon. Les hommes dévoués dont on garde les noms, Sur le marbre ou l'airain, même sur une page, Restent toujours vivants et sont un héritage, Pour tout peuple qui croit à de grands avenirs. Seulement, nous devons, parmi nos souvenirs, Recueillir les bons noms, les poser comme exemple; Pour les grandir encore, les loger dans un temple; Y sacrifier tout, l'or et l'art, et le talent, Pour que l'esprit du peuple y voie un monument.

M. JOLY.--Je me joins à la Chambre pour vous remercier, M. le Président, de ce que vous vous êtes fait l'interprète des sentiments de la Chambre en cette circonstance. Le nom de Salaberry réveille de profondes sympathies. Le peuple est heureux qu'on lui rappelle le souvenir des exploits de ce héros. L'histoire du Canadien se résume par ces deux mots: "Loyauté et Fidélité." Fidèles à la, France, fidèles à l'Angleterre, nous avons le droit d'inscrire ces deux mots sur notre bannière comme étant la devise du peuple canadien.

M. LYNCH--J'espère qu'à l'avenir, les Canadiens-Français continueront à marcher côte à côte avec leurs concitoyens d'origine britannique pour la défense du pays. J'espère que le sol canadien ne sera jamais profané par l'invasion de l'étranger.

M. ROSS--Nous ferons à l'avenir ce nous avons fait par le passé, et nous prenons dans ce qui a été fait par le brave Salaberry la gloire qui lui appartient et la gloire qui nous appartient à chacun de nous. Il est beau de consulter notre histoire et prendre exemple des hauts faits accomplis par nos prédécesseurs.

Dans le mois d'août 1879, on lisait dans le Journal de Québec sous la signature de M. T. P. Bédard:

LE COLONEL DE SALABERRY ET LES HURONS DE LORETTE.

Le mouvement populaire en faveur de l'érection d'un monument au héros de Châteauguay donne de l'actualité au fait suivant, qui m'a été raconté, il y a quelques jours, par le chef des Hurons de la Petite-Lorette:

C'était en 1812; la jeunesse canadienne était appelée sous les armes pour défendre la patrie. Mue par un sentiment de patriotisme et docile à la voix des autorités ecclésiastiques, elle s'était empressée de se rendre à l'appel du gouvernement anglais; de plus, on avait décidé de demander le concours des sauvages, encore en assez grand nombre à cette époque.

Le colonel de Salaberry se chargea lui-même d'aller à Lorette pour recruter les Hurons, et, dans ce but, une grande assemblée fut convoquée, et le colonel leur annonça alors que leurs services étaient requis; tous s'empressèrent à l'envi de donner leurs noms pour aller combattre sous le drapeau anglais.

Après s'être consulté avec les autorités militaires, M. de Salaberry revint au village, quelques jours après, annoncer aux Hurons que le gouvernement avait décidé de les garder comme réserve, au cas où Québec serait attaqué et où les Américains envahiraient le pays par le chemin de Kennébec.

Nonobstant cette déclaration, six Hurons parmi lesquels Joseph et Stanislas Vincent, réclamèrent à grands cris l'honneur d'aller servir dans les rangs des voltigeurs canadiens.

A la bataille de Châteauguay, où 800 Canadiens accomplirent ce fait d'armes étonnant de mettre en déroute un corps d'arme de sept ou huit mille hommes, les frères Vincent traversèrent la rivière à la nage pour faire prisonniers les fuyards qui refusaient de se rendre.

Mais ces deux héros, très braves et très déterminés pendant l'action, n'étaient pas très forts sur la discipline, en sorte que quelques jours après la bataille, se croyant parfaitement libres, ils laissèrent le service et abandonnèrent leur compagnie pour retourner dans leurs foyers. C'était un cas de désertion flagrante, et, d'après le code militaire, qui est inexorable à ce sujet, ils devaient être passés par les armes; il fallait une grande influence pour obtenir leur grâce, et, à ce sujet, voici ce qu'écrivait M. de Salaberry, père, au colonel son fils:

A Beauport, le 4 décembre 1818

"Mon cher fils,

"Joseph et Stanislas Vincent, de ton régiment, sont arrivés à Lorette, le 2 décembre, et sont venus tout de suite se rendre à moi. Ils témoignent un vrai repentir et un grand regret de ce qu'ils ont fait. Ils disent qu'ils savent bien qu'il n'y a pas de bonnes excuses pour une telle folie; mais que cependant ils peuvent dire avec vérité qu'ils ne l'ont faite que par de mauvais conseils et qu'ils ne l'auraient pas faite sans cela. Les autres sauvages leur ont dit que les hommes des nations, c'est-à-dire les nations indiennes, ne devraient servir que comme des sauvages et non comme des soldats engagés."

"Ils ajoutent qu'ils n'auraient pas dû écouter ces mauvais conseils; mais que les jeunes n'ont pas l'expérience des anciens. Ils disent que comme je suis le père des Hurons et du plus grand guerrier qu'ait le roi, ils s'adressent à moi, avec confiance pour obtenir leur grâce. Je leur ai répondu que j'allais te la demander tout de suite, et j'étais persuadé que tu me l'accorderais parce qu'en effet, les vrais braves sont toujours miséricordieux envers ceux qui se soumettent et se repentent. Je te prie donc, mon cher fils, de leur pardonner de bonne grâce à cause de leur repentir et de leur confiance en toi et en moi."

"Je pense bien que je serai pour beaucoup en ce pardon; mais encore une autre raison: le grand chef est survenu en disant que tu sais bien qu'il t'estime beaucoup comme font aussi tous les autres chefs, qu'ils l'ont chargé de te demander (en leurs noms et au sien) pardon pour leurs jeunes gens."

"Cette nation et ses chefs t'aiment beaucoup et admirent fort le grand guerrier!"

Ls. SALABERRY.

Les Hurons reconnaissants ont voulu prouver leur gratitude en souscrivant au monument de Salaberry.

FIN.

End of Project Gutenberg's Le Héros de Châteauguay, by Laurent-Olivier David

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