LIVRE COMMODE
CONTENANT les Adresses de la Ville de Paris et le Trésor des Almanachs POUR L’ANNÉE 1692.
AFFAIRES ECCLÉSIASTIQUES.
Monseigneur l’Archevêque de Paris donne Audience aux particuliers dans les appartemens de l’Archeveché, près Notre-Dame, le matin à onze heures quand il est à Paris. C’est au même lieu qu’on s’adresse à Monsieur de Morange pour impetrer les dispenses et autres grâces Ecclésiastiques qui emanent de mondit Seigneur.
Monsieur Ameline Grand Archidiacre, et M. de la Baude Archidiacre de Brie, demeurent au Cloître.
Messieurs les Abbez Daquin[1] et de Bourlemont Agens du Clergé, demeurent; sçavoir, le premier au Jardin du Roi[2], et le deuxième ruë d’Enfer près les Chartreux.
[1] C’étoit le frère du médecin du roi, qui lui avoit donné, en avril 1688, l’abbaye de Saint-Laurent (Journal de Dangeau, t. II, p. 130).
[2] C’est comme frère du premier médecin que l’abbé Daquin y logeoit, la surintendance du Jardin royal étant encore, pour la plus grande part, dans les attributions du premier médecin du Roi.
Monsieur de Bouquenet Doien de Notre Dame, à qui l’on s’adresse pour les affaires du Chapitre, demeure dans le Cloître, et tient Chapitre les Lundis, Mercredis et les Vendredis.
M. Chéron Official de Paris, à qui l’on s’adresse pour obtenir permission de publier Monitoire[3], demeure ruë du petit Musc près l’Arsenal. On le trouve aussi bien souvent à la maison de Pincourt rue des Amandiers Fauxbourg saint Antoine[4].
[3] Ordonnances de l’autorité ecclésiastique, avec menace d’excommunication, ayant pour objet d’obliger ceux qui avoient connoissance d’un crime de déclarer ce qu’ils en pouvoient savoir.
[4] «Monsieur l’Official de Paris qui connoît des fonctions et actions bénéficiales, demeure rue du Petit-Musc et est souvent à Pincourt, où il a une maison de bon air.» Edit. 1691, p. 5.
Il tient son Audience en la premiere cour de l’Archeveché, le Mercredi, et le Samedi à midi, où l’on porte toutes les Causes concernant les fonctions Curiales et les Accessoires; et par conséquent les questions matrimoniales, la Morale des Prêtres[5], etc.
[5] L’Official, en effet, connoissoit de toutes ces choses. C’est lui, par exemple, qui légitimoit par mariage les unions qui n’avoient pas jusque là été régulières. Celle du perruquier Lamour et d’Anne, sa perruquière, avoient longtemps été du nombre, ainsi que Boileau nous l’apprend au chant Ier du Lutrin:
... ce couple charmant S’unit, dit-on, longtemps avant le sacrement, Mais depuis trois moissons à leur saint assemblage L’Official a joint le nom de mariage,
L’officialité de Paris, abolie par la Révolution, fut rétablie par Napoléon, pour qu’on y statuât sur son divorce.
M. Coignet Promoteur de cette jurisdiction, qui conclud pour la manutention des Canons et Discipline Ecclésiastique, est Curé de la Paroisse de S. Roch.
M. Robert Grand Pénitencier qui absout les cas reservez[6], confesse presque tous les matins et quelquefois l’apresdiné.
[6] Il auroit pu, si l’on en croit la chronique, garder pour lui-même beaucoup des pénitences qu’il distribuoit. Sa vie n’étoit pas des plus édifiantes. L’abbé Legendre, Mémoires, p. 59, se contente de dire qu’il avoit «des talents, autant pour le monde que pour sa profession.» Les chansons en disoient plus. V. le Recueil de Maurepas, t. XXV, p. 363. Il avoit une pension de mille francs «pour écrire l’histoire de ce que Louis XIV avoit fait en faveur de la religion.» Il n’en écrivit pas un mot. (Legendre, Mém., p. 99.) Ajoutons toutefois que Nicole, qui étoit de Chartres comme lui, le tenoit en grande estime. (Goujet, Vie de Nicole, 1re part., p. 16, et 2e part., p. 130, 144.)
M. Le Chantre de la même Eglise[7], à la nomination duquel sont tous les Maitres et toutes les Maitresses des petites Ecoles de Paris, et qui connoit des causes concernant cette profession[8], demeure aussi dans le Cloître, où il tient son Audience le Jeudi à trois heures de relevée.
[7] Ce chantre n’étoit pas moins que le célèbre Claude Joly, dont nous trouvons un si bel éloge dans le Valesiana, p. 39. Il avoit été, à Munster, le conseiller intime du duc de Longueville pour les négociations du traité. Après la Fronde, où il fut des plus hostiles à Mazarin, il devint official de l’Église de Paris, puis, ce que nous le voyons ici, grand chantre. Il ne mourut que le 19 janvier 1700, à quatre-vingt-treize ans, des suites d’une chute. V. le Mercure de France à cette date, p. 276.
[8] Il leur avoit consacré tout un livre en trois parties: Traité historique des Ecoles épiscopales par Claude Joly. Paris, Muguet, 1678, in-12. Il eut, à leur sujet, bien des contestations avec l’Université, et aussi avec les curés de Paris qui n’acceptoient pas que le droit des Ecoles de Grammaire appartînt seulement à MM. du Chapitre et au grand chantre, comme ceux-ci le prétendoient. On peut lire dans l’excellente édition, donnée par M. Cocheris, de l’Histoire du Diocèse de Paris, de l’abbé Lebeuf, t. I, p. 43-44, le détail des factums qui furent échangés entre les deux partis.
Messieurs Jousse et Moussinot au Parvis. M. Marais ruë Cocatrice, et M. Chevalier ruë saint Pierre aux bœufs, sont les quatre Marguillers Laics de l’Eglise de Paris.
Les Procureurs de l’Officialité et les Notaires Apostoliques chez qui on peut passer tous actes recevables en Cour de Rome, sont tous établis ruë Neuve, Cloître et Parvis Notre Dame.
Les douze Banquiers Expeditionnaires en Cour de Rome, par l’entremise desquels on obtient toutes les Bulles et Expéditions du saint Siége, à peine de nullité et d’amende[9], sont:
[9] Ils étoient conseillers du roi, et faisoient leurs expéditions par courriers, non-seulement pour la Cour de Rome, mais pour les légations. Ils eurent leur chapitre spécial dans l’Almanach royal, dès la première année, 1699. Leur création datoit du mois de mars 1673.
Messieurs
Du Bourgt, ruë Bailleul.
De la Nouë, ruë de la Harpe.
Le Pelletier, ruë saint Severin[10].
[10] Jacques Le Pelletier. En 1702, il étoit doyen des banquiers expéditionnaires, et s’étoit rapproché de Notre-Dame; il logeoit rue Saint-Christophe. (Alman. royal, 1702, p. 75.)
Daquinet, Parvis Notre Dame.
Noyer, ruë de la Licorne.
Ruelle, ruë des Prouvaires.
Le Roy, ruë Bardubec.
Chubuté, ruë des Prêtres saint Germn l’Auxerrois[11].
[11] Son nom, défiguré ici, était Chubéré (Jean-Pierre). Alman. royal, 1702, p. 75.
Le Zineau, ruë des Massons[12].
[12] Laurent Lezineau. (Id.)
Antoine, ruë saint Christophle.
Beaudet de Beaumont, ruë saint André.
Le Maine, ruë Hautefeuille[13].
[13] Au lieu de douze banquiers-expéditionnaires, il devroit y en avoir vingt ici. Un édit du mois de septembre de l’année précédente, 1691, avoit, en effet, rétabli définitivement les huit offices héréditaires créés au mois de décembre 1689, et supprimés le mois suivant.
On trouve des instructions très importantes sur l’obtention et sur le dénombrement des Benefices de France, dans les livres que M. Le Pelletier a composés, et qu’il vend chez luy[14], et encore dans quelques autres que Michallet a imprimés, ruë saint Jacques à l’Image saint Paul.
[14] «M. Pelletier, banquier expéditionnaire en cour de Rome, qui demeure rue et devant Saint Séverin, est auteur de deux livres très instructifs sur l’obtention et le dénombrement des bénéfices.» Edit. 1691, p. 5.
Le Sieur François Muguet[15] seul Imprimeur de l’Archeveché pour les Mandemens, Monitoires, Jubilez, Catéchismes, etc., demeure rue de la Harpe.
[15] Nous avons vu plus haut que c’est lui qui avoit publié en 1673 le Traité de Claude Joly sur les écoles épiscopales.
Les Brefs à l’usage de Rome, se vendent chez la Veuve Coignard, rue Saint Jacques[16].
[16] «Chez Jean-Baptiste Coignard, rue Saint-Jacques, à la Bible d’or.» Edit. 1691, p. 4. «Le bref de Paris se vend chez la veuve Cramoisy, même rue, aux Cigognes.» Ibid.--La Bible d’or devint, au siècle suivant, l’enseigne des Didot, et les Cigognes celle des Barbou, puis des Delalain.
Les usages Romains, à scavoir Breviaires, Diurnaux, Missels, Rituels, Processionnels, Antiphonètes, Graduels etc. se trouvent chez presque tous les Libraires de la rue S. Jacques, et particulièrement chez la Veuve Coignard, et chez les Sieurs de La Caille[17], Josse et Hérissant.
[17] Jean de la Caille. Sa boutique étoit rue Saint-Jacques, à l’enseigne de la Prudence. C’est à lui qu’on doit l’excellent ouvrage, devenu rare aujourd’hui, Histoire de l’Imprimerie et de la Librairie, 1689, in-4º. V. ce qu’en dit Chevillier, l’Origine de l’Imprimerie de Paris, 1694, in-4º, p. 58.
Les Livres de l’Office Divin à l’usage du Diocèse de Paris, se vendent chez les sieurs Josse et Léonard, ruë Saint Jacques[18].
[18] «Les heures et autres livres de piété généralement compris sous le titre d’usages, se vendent chez différents libraires rue Neuve Notre-Dame, Quay de Gesvre et Pont au Change.» Edit. 1691, p. 4.
M. Mariochaud Avocat en Parlement et Bailly de la Justice Nostre-Dame, demeure dans le Cloître.
M. Chevalier qui est Procureur Fiscal de cette Justice, demeure ruë saint Pierre aux bœufs.
M. Savin qui en est Greffier, demeure derrière Saint Denis de la Chartre.
M. Des Combes Greffier de l’Officialité, demeure rue de la Draperie.
M. Taupinard Bailly de la Temporalité[19] et qui tient son Audiance le Lundy et le Jeudy à midy, demeure rue Galande.
[19] C’est ce qu’on appeloit aussi Bailliage de la duché-pairie de l’Archevêché de Paris. On y connoissoit des appellations de sentences rendues en matière civile par les officiers de justice sur les domaines de l’archevêché. Un bailli, un procureur fiscal et un greffier étoient attachés à cette juridiction.
M. Le Comte son Greffier, demeure rue des Noyers.
EXERCICES DE PIÉTÉ.
Le Roi à qui Dieu a concédé le pouvoir de guérir par un simple attouchement les malades atteints des Ecrouelles, a la bonté de toucher tous ceux qui ont été visitez par M. le premier Chirurgien de Sa Majesté, la veille de Paques, de la Pentecoste, de la Toussaints, et de Noël, après avoir fait ses dévotions[1], et de leur faire ensuite distribuer à chacun quinze sols par forme d’aumone, à cause dequoi Monseigneur le Grand Aumonier de France est toujours présent à la Céremonie.
[1] Pour plus de détails, on peut lire l’Etat de France de 1692, t. I, p. 238. Le nombre des scrofuleux que le roi touchoit était quelquefois très-considérable. Nous lisons, par exemple dans le Journal de Dangeau, sous la date du 21 avril 1685, c’est-à-dire à l’époque de Pâques, une de celles où, comme on le voit ici, cette cérémonie revenoit tous les ans: «Le roi fit son bonjour (ses pâques) à la paroisse entre les mains du cardinal de Bouillon, et toucha ensuite treize cents malades.»
Le Roi pratique aussi chaque année le Jeudi Saint, une action digne de sa singulière Piété; car après le Service, l’Absoute et la Prédication, Sa Majesté accompagnée de tous les Seigneurs de sa Cour, lave les pieds à treize pauvres enfans, revetus d’une longue Robe de ratine rouge ayant une serviette au col qui s’estend jusqu’à leurs pieds[2], à chacun desquels elle distribue ensuite par les mains de Monseigneur le Grand Aumonier de France, treize plats de bois garnis de poissons chacun avec la figure de l’un des Apostres, un pot de vin, deux Aulnes de toile, et treize écus blancs dans une bource à treize pendans, ce qui est mis dans une manne et donné ensemble à chacune des Mères de ces enfans[3].
[2] L’Etat de France de 1692 contient aussi, à ce sujet, d’intéressants détails, t. I, p. 20, 70, 120, 387.
[3] Ce que Blégny devroit ajouter, c’est que les princes prenoient part à cette cérémonie de la Cène, comme on l’appeloit, et y servoient: «Le roi, écrit Dangeau, à la date du Jeudi Saint, 7 avril 1689, entendit le sermon de l’abbé Roquette, qui prêcha à merveille; ensuite le Roi fit la cérémonie de laver les pieds des pauvres. Monseigneur le duc de Bourgogne servit à la cène pour la première fois. Monseigneur--c’est le Dauphin--communia à la paroisse, et puis revint servir à la cène.»
Le même jour Monseigneur l’Archeveque de Paris, fait aussi la Sêne dans la grande salle de l’Archeveché, où il lave pareillement les pieds à douze pauvres, à chacun desquels il distribue trois plats de bois garnis de poissons, un pain, un pinte de vin et un écu blanc.
M. De Pelisson Fontanier Maitre des Requestes logé dans la maison Abbatialle de Saint Germain des Prez[4], distribue par ordre du Roy, une infinité d’Aumones et de pensions considérables aux Nouveaux Convertis[5].
[4] Il y logeoit comme administrateur de l’économat de l’abbaye, charge qu’il occupa durant quinze ans. (Marcou, Pellisson, Etudes sur sa vie et ses œuvres, 1859, in-8, p. 331.)
[5] Il ne s’y épargnoit pas, en effet, en bon converti qu’il étoit lui-même. Ces aumônes faisoient, au reste, partie de ses fonctions: en même temps que l’économat de Saint-Germain des Prés, il administroit la caisse des conversions créée en novembre 1676. (Id., p. 342.)
Mesdames de Guise[6], de Créqui et de la Trémoüille[7] qui sont Directrices de la Charité de la Paroisse S. Sulpice, font d’ailleurs de grandes aumosnes aux pauvres honteux.
[6] C’est en souvenir de son père Gaston d’Orléans, et du palais du Luxembourg, où elle étoit née de son second mariage, que la duchesse de Guise étoit restée une des grandes aumônières de la paroisse Saint-Sulpice. Sa résidence étoit alors, en effet, bien loin de là, au Marais, dans l’Hôtel occupé aujourd’hui par les Archives.
[7] Mesdames de Créquy et de la Trémoille étoient la mère et la fille. Mme de la Trémoille mourut la première, au mois d’août 1711.
Autant en font Mesdemoiselles de la Moïgnon[8] rue de Taranne, et l’Eschassier[9] derrière la même Eglise.
[8] Elle avoit, pour les œuvres de charité, succédé à sa mère la présidente, qu’on y avoit vue si active pendant la Fronde. (Feillet, Misère au temps de la Fronde, 1862, in-8, p. 231.) Elle avoit contribué surtout à l’œuvre des prisons, dont elle fut une des premières trésorières. (Etat ou tableau de la Ville de Paris, 1760, in-8, p. 72.) C’étoit une des œuvres où les dévots, comme Tartuffe, s’entremettoient le plus volontiers, surtout par leurs fréquentes visites. (Athenæum, t. II, p. 565.)
[9] Elle étoit sœur de l’avocat du roi, que nous trouverons plus loin.
Il y a paraillement dans toutes les Parroisses de Paris des Communautez de Dames Pieuses[10], qui font assister les pauvres malades honteux d’Alimens, de Remèdes, et d’Opérations Chirurgicales, et qui font même instruire des orphelins de l’un et de l’autre sexe.
[10] «Sous la direction des quelles il y a des médecins, des chirurgiens et des sœurs grises.» Edit. 1691, p. 3.
Quelques unes de ces Dames pratiquent encore la charité avec un zèle exemplaire, pour la délivrance des pauvres prisonniers retenus pour dettes[11]. Celles là sont connuës de tous les Concierges et Geolliers des Prisons, à qui on peut s’adresser pour en avoir les addresses[12].
[11] V. l’avant-dernière note.
[12] «On apprendra les noms et demeures de ces Dames redemptrices, dans les geolles mêmes des prisons, et entre autres en celle de la Conciergerie du Palais, où l’on trouve la dame Bourcier, femme du concierge, de qui elles sont très-bien connues.» Edit. 1691, p. 4.
Les Pauvres Prisonniers du Châtelet, et du Fort l’Evêque, peuvent impetrer avec succez le secours de Madame Lieve Tresoriere de la Charité de Saint Germain de Lauxerrois qui demeure dans le Cloître.
Madame de Miramion[13] Institutrice et Supérieure de la Congrégation des Filles de Sainte Geneviève établie sur le Quay de la Tournelle[14], a toujours la même application aux œuvres pieuses et charitables; et particulierement en faveur des pauvres Malades qu’elle fait assister dans tous leurs besoins.
[13] Marie Bonneau, veuve de Jean-Jacques de Beauharnois, seigneur de la terre de Miramion, à une lieue d’Orléans. S’étant vouée aux œuvres pieuses, dès qu’elle fut veuve, l’année même qui suivit son mariage, et après que Bussy eût tenté de l’enlever, elle fonda la Maison du Refuge pour les filles qu’on arrachoit de force à la débauche, et celle de Sainte Pélagie, pour les repentantes, qui s’en retiroient volontairement. Sa dernière fondation fut la Congrégation dont il est parlé ici. Ce ne fut d’abord, en 1661, qu’une Communauté de douze filles pieuses, destinées à tenir les petites écoles, panser les blessés, assister les malades. Son premier nom fut la Sainte Famille, puis elle prit celui de Sainte Geneviève qu’elle a ici, quand on l’eut réunie à une autre communauté ainsi nommée, et dont le but étoit le même. Mme de Miramion en fut la supérieure jusqu’à sa mort, le 24 mars 1696.
[14] On l’appela aussi, jusqu’à la Révolution, Quai des Miramionnes, à cause des saintes filles que dirigeoit Mme de Miramion. L’hôtel, dont elle avoit fait pour elles un couvent, est aujourd’hui la Pharmacie centrale des hôpitaux civils. Celui de sa fille, mariée au maître des requêtes, Guillaume de Nesmond, est auprès, avec son marbre à lettres d’or au-dessus de la porte: «Hotel ci-devant de Nesmond.»
Madame de Poncarré[15] occupée du même zèle, demeure ruë Neuve Saint Mederic.
[15] Femme du maître des requêtes, nommé en 1703 premier président à Rouen.
Les Revérends Pères Celestins font distribuer tous les jours du pain, à tous les pauvres qui se présentent à leur porte à huit heures du matin, à deux, et à six heures de relevée.
Les Revérends Pères de Saint Lazare, donnent tous les jours à disné à vingt quatre pauvres.
Les Révérends Pères Chartreux, donnent à disné tous les Vendredis à un grand nombre de pauvres honteux.
Les Reverends Pères de l’Oratoire de l’Enfant Jésus ruë d’Enfer, donnent aux pauvres la déserte[16] de leur table.
[16] Lisez «desserte.»
On donne à disné tous les Dimanche à douze pauvres honteux au Jardin Médicinal de Pincourt, Fauxbourg Saint Antoine[17].
[17] «Où ils sont servis par Monsieur le Directeur.» Edit. 1691, p. 4. C’étoient, y est-il dit aussi, «les médecins de la Société Royale» qui donnoient le dîner.
L’Almanach Spirituel qui marque toutes solemnitez des Eglises de Paris, les jours et la condition des Indulgences, se vend rue Saint Jacques chez George Josse[18] à la Couronne d’Epine.
[18] Un des plus vieux libraires du quartier Saint-Jacques. De 1659 à 1661, il avoit été syndic.
Tous les Dimanches après Vespres M. l’Abbé Galliot sous Pénitencier de Paris, tient une conférence publique de Controverse en la Chapelle du Collége des Lombards ruë des Carmes.
FINANCES ROYALES.
Chef du Conseil Royal des Finances.
M. De Beauvilliers, ruë Sainte Avoye[1].
[1] Paul, comte de Saint Aignan, puis duc de Beauvilliers, gouverneur du duc de Bourgogne. Il étoit chef du Conseil des finances, depuis 1685, et le roi l’avoit fait ministre d’état en 1691. Il habitoit rue Sainte-Avoie, englobée aujourd’hui, comme on sait, dans la rue Vieille-du-Temple, l’Hôtel d’Avaux, qui prit à cause de lui le nom d’Hôtel Saint Aignan, inscrit encore au-dessus de la haute porte, seule partie qui en soit restée à peu près intacte.
Contrôleur Général des Finances.
M. de Ponchartrain[2], au bout de la ruë Vivienne devant les Filles Saint Thomas[3].
[2] Louis Phelippeaux de Pontchartrain fut dix ans, de 1689 à 1699, contrôleur général des finances. Il fut ensuite chancelier de 1699 à 1704. M. de Maurepas, ministre sous Louis XVI, étoit son petit-fils.
[3] L’année précédente, il logeoit dans un tout autre quartier: «M. de Pontchartrain a son hôtel à Paris, près les Carmes dechaussez du faubourg Saint-Germain.» Edit. de 1691, p. 5.
Intendans des Finances.
M. De Breteuil, ruë du grand Chantier[4].
[4] François le Tonnelier de Breteuil, d’abord conseiller au Parlement, puis intendant en Picardie et en Flandre, et enfin, en janvier 1684, intendant des finances et conseiller d’État.
M. Le Pelletier, ruë Couture Sainte Catherine[5].
[5] Michel Le Pelletier de Souzy, qui, après avoir été conseiller au Parlement, et successivement intendant de Franche-Comté et de Flandre, s’étoit trouvé en passe de devenir contrôleur général à la place de son frère. C’est celui-ci qui lui fit préférer Pontchartrain, «par un motif rare de conscience», dit Saint-Simon dans une note sur Dangeau, mais par pure jalousie, suivant nous.--Son hôtel de la rue Culture est occupé aujourd’hui par la pension Jauffret.
M. De Caumartin, ruë Sainte Avoye[6].
[6] L. Lefèvre de Caumartin, marquis de Saint-Ange, fut intendant des finances de 1690 à 1715, après avoir été conseiller au Parlement et maître des requêtes. M. de Caumartin, prévôt des marchands de 1778 à 1784, qui donna son nom à l’une des rues de la Chaussée-d’Antin, étoit son petit-fils.
M. Du Buisson, ruë Simon le Franc[7].
[7] Beau-frère de Sonning, qui, beaucoup plus connu que lui,--nous en parlerons plus loin,--avoit aidé à sa fortune.
M. De Chamillart, à la Place Roiale[8].
[8] «Rue des Bernardins.» Edit. 1691, p. 6.--C’est Michel de Chamillard, qui, après avoir été maître des requêtes, intendant à Rouen, puis, en 1690, intendant des finances, eut une fortune si haute, lorsque de cette dernière charge, étant passé, en 1699, à celle de contrôleur général, qu’il garda jusqu’en 1707, il finit par devenir alors ministre de la guerre.
M. Darmenonville, vieille ruë du Temple[9].
[9] Il devint plus tard directeur des finances. Il avoit de très-grands biens, entre autres Rambouillet, qu’il échangea avec le roi, pour qu’il y mît un haras, et la Muette qu’il vendit à Mme de Berry, fille du Régent. La direction des finances, dont il étoit titulaire, ayant été supprimée, il eut une pension de douze mille livres, et en attendant qu’on le fît secrétaire d’Etat des affaires étrangères, la charge, créée exprès pour lui, de capitaine du bois de Boulogne. Il y fit bâtir le pavillon, qui s’appelle encore à cause de lui «pavillon d’Armenonville.»
Gardes du Trésor Royal.
M. De Frémont, ruë Neuve Saint Augustin[10].
[10] Avant d’être, à partir de 1689, garde du Trésor royal, il avoit été dans les finances, et s’y étoit souvent empêtré, notamment en 1682, où l’on avoit dû nommer deux commissaires pour l’examen de ses affaires, et mettre garnison chez lui. Il ne s’en étoit tiré que moyennant quatre millions. (V. aux Mss. de la Biblioth. Nat., Lettres hist. et anecdot., 10 et 17 avril et 8 may 1682.) Le maréchal de Lorges, que sa fille Geneviève avoit épousé en 1676, l’avoit beaucoup aidé dans ce mauvais pas. Saint-Simon épousa l’une des filles nées de ce mariage, quoique le grand-père fût, comme ancien traitant, de la classe des gens que son orgueil de duc avoit le plus en mépris.--L’hôtel de la rue Neuve-Saint-Augustin, où nous voyons ici Frémont, devint, après lui, la propriété de son gendre, M. de Lorges. Il fut acheté ensuite par la princesse de Conti. C’est sur son emplacement que fut percée en 1777 la rue à laquelle le prévôt des marchands, M. de La Michodière, a laissé son nom.
M. Brunet, ruë des Francs Bourgeois[11].
[11] Brunet de Chailly, frère de Brunet de Rancy, et de Brunet de Montferrand, auquel il succéda comme président des Comptes, après avoir vendu à la fin de mai 1696, sa charge de garde du Trésor, moyennant un million à M. de Turmenies. Il y a dans les poésies de P. Du Cerceau, t. I, p. 38-41, de jolis vers à sa femme.
Fermiers Généraux des Domaines, cinq Grosses Fermes, et Domaine d’Occident comme cautions de M. Pierre Domergue preneur[12].
[12] Ce Pierre Domergue était le prête-nom, l’homme de paille de Berthelot, qui, en mars 1687, avoit pris pour trente-six millions le bail des Gabelles et des Cinq grosses fermes. Ce bail succédoit à celui de Jean Fauconnet, dont on sait le nom par La Bruyère, qui appelle «les Fauconnet» ceux qui, comme Berthelot et consorts pour Domergue, lui servoient de caution. Ces prête-noms, seuls contractants officiels, avec la responsabilité de la prise de corps, étoient de pauvres diables, qu’on payoit de leurs risques par une pension de deux ou trois mille livres. Monteil avoit vu une de leurs quittances d’appointements.
M. Brunet, ruë des Francs-Bourgeois[13].
[13] Un des frères de Brunet de Chailly, dont il a été parlé dans l’avant-dernière note.
M. Pelissier, ruë du Boulloy[14].
[14] Avant celui-ci, dans l’Edit. précédente, p. 6, se trouve: «Colin, rue Saint-Martin.»
M. de Reaupalu, ruë Vivienne.
Mrs Arnaud, et de Blaine[15], ruë Neuve saint Augustin.
[15] Melchior de Blair, et non de Blaine, étoit un simple intéressé aux fermes qui avoit, comme tel, eu des missions en 1689 et 1691, dans la Picardie et la Bretagne. En 1716 il fut mis à la taxe par la Chambre de justice pour 240,000 livres.
M. Remond, ruë de la Verrerie[16].
[16] Remond de la Renouillère. Il fut taxé, en 1716, à 437,000 livres.
Mrs de Furgis[17] Hocquart, et Doüilli, ruë des fossez Montmartre.
[17] «Turgis.» Edit. 1691, p. 6. C’est le vrai nom. Sa femme, Marie de Maupeou, étoit cousine de Mme de Pontchartrain.
Mrs Granval[18], de Lagni[19] et Corneri[20], ruë de Richelieu.
[18] Charles de Poirel de Grandval. En outre de son intérêt dans les fermes, il avoit une charge de munitionnaire de la marine.
[19] J.-B. de Lagny. Il fut directeur général du commerce en 1694.
[20] «De Cormery.» Edit. 1691, p. 6. C’est le nom véritable. Louis Bauyn de Cormery devint fermier général à Lyon en 1694.
Mrs Hotman[21], et l’Huillier, ruë Sainte Anne.
[21] Il avoit été en 1689 directeur des fermes à Rouen, et c’est lui qui, en 1682, avoit dû avec un autre commissaire faire cet examen des affaires de Frémont, dont il a été parlé plus haut.
M. Ricoult, vieille ruë du Temple.
M. de Saint Amant, ruë Vieilles Audriettes.
M. Berthelot l’ainé à l’Arsenal[22].
[22] C’est lui, comme il a été dit dans une note précédente, qui étoit le véritable preneur de ce bail des fermes, sous le nom de Domergue. Il y avoit eu l’agrément complet du roi, et plus même: «depuis ce traité fait, écrit Dangeau, le 7 mars 1687, le roi a donné à Berthelot, la valeur de plus de 500,000 livres, et a dit qu’il le choisissoit comme l’homme d’affaires le plus capable de faire les recouvrements sans tourmenter les peuples.» Il avoit été fermier général en Flandre sous Colbert, puis munitionnaire des guerres, ce qui lui avoit valu le logement que nous lui voyons ici à l’Arsenal et, par suite, le surnom de «Berthelot des poudres.» Sa fille épousa le baron de Beauvais, fils de cette Beauvais la borgnesse qui passoit pour avoir déniaisé Louis XIV, et dont l’hôtel fait, comme disoit Brienne, avec des pierres du Louvre, existe encore rue Saint-Antoine, nº 64.
M. Berthelot de Belley[23], ruë Plastrière.
[23] Frère du précédent, mêlé à ses affaires, mais moins riche.
M. le Jariel, ruë Verderet.
M. Brunet de Vauge, vieille ruë du Temple[24].
[24] De cette famille des Brunet que nous connaissons déjà, et qui formoit dans le quartier du Temple une vraie tribu de financiers.
M. Baugier[25], ruë Sainte-Croix de la Bretonnerie.
[25] Edme Baugier, qui avoit été longtemps intéressé dans les fermes en Bourgogne.
M. Valier[26], ruë Beaubourg.
[26] Guillaume Vallier, qui, avant d’être fermier général, avoit été greffier du Conseil privé et contrôleur du parlement de Metz.
M. le Juge, ruë du grand Chantier[27].
[27] Sa maison, bâtie par de Cotte, étoit des plus belles, avec ses bas-reliefs de Coysevox, son magnifique jardin, etc. V. G. Brice, édit. 1701, t. I, p. 266.
M. Germain, ruë des Victoires[28].
[28] Jean Germain fut secrétaire du roi en même temps que fermier général, après avoir été dans les fermes à La Rochelle.
M. de Courchant, cloître Saint Mederic[29].
[29] C’est lui, suivant les Clés, que La Bruyère dénonce dans le chapitre des Biens de fortune, § 16, comme s’étant démesurément engraissé «dans le huitième denier: quelle monstrueuse fortune, dit-il, en moins de six années!»
M. le Tellier, ruë Neuve Saint Eustache[30].
[30] P. Le Tellier, qui, en 1687, n’étoit que sous-fermier en Champagne.
M. le Normand, ruë de Torigni[31].
[31] Il étoit secrétaire du Roi, et avoit été d’abord fermier général en Flandre. Son fils, le Normand de Tournehem, fut aussi fermier général, puis, en 1745, directeur-ordonnateur des bâtiments. Il eut pour neveu et héritier le Normand d’Etioles, mari de Mme de Pompadour.
M. Boulanger, ruë Neuve des Bons Enfans[32].
[32] Charles Boulanger, qui avoit été, en 1689, receveur général en Flandre.
M. Hénault, ruë du Boulloy[33].
[33] Jean-Remi Henault, père du président si célèbre, selon Voltaire, par ses soupers et sa Chronologie. Il avoit, suivant son fils (Mémoires, p. 4), toute la confiance de Pontchartrain. Il n’eut pas moins celle de Chamillard, qui lui abandonna le détail des Fermes, et l’auroit fait, pour peu qu’il y eût consenti, secrétaire d’Etat de la Guerre. Ce que le président n’ajoute pas, c’est que sous la Régence, son père avoit des comptes à rendre. La taxe alloit le frapper quand il la devança, en faisant la part du feu. Il avoua 2,500,000 francs de biens, plus 500,000 donnés à son fils et pareille somme à sa fille, Mme de Jonsac. En abandonnant un million, au lieu de 1,250,000 livres qu’on vouloit d’abord, il fut tenu quitte, avec le profit de passer pour fort habile, grâce à ses propositions faites d’avance. (Journ. de Dangeau, 6 octobre et 5 décembre 1716.)
Fermiers Généraux des Aydes et Domaines de France et Droits y joints, comme cautions de M. Christophle Charrier[34] preneur.
[34] «Charriere.» Edit. de 1691, p. 7. C’est le vrai nom. Le bail des aides et domaines, fait en même temps que celui de Domergue, dont nous avons parlé plus haut, ayoit été adjugé moyennant vingt-sept millions: pour les aides, vingt-et-un; pour les domaines, six.
M. Logeois, ruë de l’Université[35] à Saint-Germain des Prez.
[35] «Rue Jacob.» Ibid.--Il étoit fils du receveur des consignations du Châtelet, ce qui ne l’empêcha pas de se faire appeler M. d’Imbercourt, quand il eut acheté la seigneurie de ce nom. Sa fille, mariée d’abord au riche traitant La Popelinière, épousa en secondes noces le maréchal de Tourville, à qui elle apporta, en outre de ce que lui avoit laissé son premier mari, 200,000 livres que lui donna son père. (Journ. de Dangeau, 15 janvier 1690.) Laugeois, suivant les Clés, seroit le Chrysippe de La Bruyère.
M. Dapougni, ruë Bar-dubec[36].
[36] Un des traitants les plus riches et les plus intraitables. C’est lui, suivant Richelet (Recueil de Lettres, t. I, p. 410, note), qui harcela le plus vivement Patru pour quelques dettes, et qui l’eût fait mettre au Châtelet, si Boileau ne l’eût tiré de peine.
M. Robert, ruë Neuve Saint Eustache[37].
[37] Il avoit commencé par être payeur des gages du Châtelet. Il parvint par l’intendant d’Armenonville, dont Gilbert, son neveu, fils du riche drapier, à l’enseigne des Rats, étoit le beau-frère.
M. Delpeche, ruë Saint Martin[38].
[38] Encore un traitant parti de fort bas, s’il falloit, d’après les Clés de La Bruyère, voir en lui le type de ce caractère: «Sosie, de la livrée a passé par une petite recette à une sous ferme...»
M. Romans, ruë Sainte Croix de la Bretonnerie.
M. Thomé, ruë des fossez Mommartre[39].
[39] Thomé de Lesse, comme l’appellent les auteurs des Clés de La Bruyère qui veulent voir en lui le type du Caractère: «un homme d’un petit génie peut vouloir s’avancer, il néglige tout, il ne pense du matin au soir, il ne rêve la nuit qu’à une seule chose qui est de s’avancer...»
Mrs Mainon[40] et le Maistre, ruë Beaubourg.
[40] Il étoit alors nouveau dans les affaires. Il s’y poussa davantage lorsqu’il eut épousé la veuve de Despech que nous trouverons plus loin.
M. de Mouchi, ruë Jacob[41].
[41] Vincent Maynon. Il resta, jusqu’en 1717, fermier général des aides, d’où alors il demanda «à être osté», à la seule condition qu’on lui rembourseroit sa charge. Ce qui fut fait. Il vouloit plus, la ferme des Tabacs, dont l’an d’après il offrit 2,200,000 livres. Law eut la préférence. (Journ. de Dangeau, 24 avril 1717; 31 août 1718.)
M. Blein, ruë de Cléry.
M. Dumas, ruë Beaubourg.
M. de la Porte, ruë de Braque.
Receveurs Généraux des Finances.
Paris. M. Carel, place Royale.
-- M. Sonning, ruë des petits Champs[42].
[42] Beau-frère de l’intendant des finances Dubuisson, dont il a été parlé plus haut. Il n’étoit pas encore, rue des Petits-Champs, parvenu à l’énorme fortune dont il étala le luxe dans l’hôtel que Dulin lui bâtit un peu plus tard rue de Richelieu, près de l’endroit où avoit été la porte, c’est-à-dire à la hauteur de la rue Feydeau actuelle. Sa vie, de même qu’à Neuilly, où il avoit une autre belle maison, y fut des plus galantes, comme on peut le voir par ce qui est dit de la diversité de ses bonnes fortunes dans les Partisans démasqués, 1707, in-12, p. 189. Il y recevoit aussi beaucoup de gens d’esprit: Chaulieu, J.-B. Rousseau, l’abbé Courtin, etc. A tous ces titres, il avoit droit au curieux chapitre que M. G. Desnoiresterres lui a consacré dans ses Cours galantes, t. III, p. 269. Si l’on connoît un peu sa vie, on ignore complètement quel étoit son vrai nom, tant l’orthographe en varie suivant les livres. Dans les uns, il est écrit Sonning, comme ici; dans les autres, tels que les Partisans démasqués, il est orthographié Sonnen; ailleurs, c’est Sonnin ou Sonningen. Ce dernier nom, qui feroit supposer une origine allemande, nous paroît devoir être le vrai. Il étoit, en 1716, devenu caissier général des fermes. Il fut mis à la taxe pour 600,000 livres.
Lion. M. du Pile, ruë de Cléry[43].
[43] Jacques-André Du Pille avoit été receveur des finances à Lyon, avant de l’être à Paris, puis munitionnaire de l’armée et de la marine.
-- M. Prondre, au petit Hôtel de la Vrillière[44].
[44] Paulin Prondre, d’abord receveur des finances et «traitant» à Lyon, suivant Dangeau, qui le nomme Prond. Ayant fait une belle fortune, il voulut, au commencement de la Régence, marier sa fille, à laquelle il donnoit 200,000 écus de dot, avec le chevalier de Roye, mais ce mariage manqua pour un autre qui sembloit plus beau, et qui manqua de même. Mlle Marg.-Pauline Prondre alloit épouser le marquis de Rochefort, lorsqu’en septembre 1716, la charge de son père, ses maisons, ses terres furent saisies par la Chambre de justice. Il fut taxé finalement à 1,900,000 livres. (Journal de Dangeau, 6 et 29 déc. 1715; 9 sept. et 27 nov. 1716.) Sa fille, dès l’année suivante, n’en épousoit pas moins le comte de Clermont Tonnerre. V. dans le Journal de Verdun, sept. 1756, p. 240, un article sur elle, à l’époque de sa mort.--Prondre avoit commencé par être garçon de boutique à Lyon. (Correspond. des contrôleurs généraux, t. I, p. 279.)
Rouen. M. Aubry, rue des deux portes, quartier S. Sauveur[45].
[45] Il étoit mort au commencement des terribles exécutions de la Chambre de justice, mais sa succession restoit. Elle figure au 8e rôle pour 887,000 livres de taxe.
-- M. Poulletier, rue Sainte Anne[46].
[46] Il acheta plus tard, pour 800,000 livres, une charge d’intendant des finances, qu’il voulut se faire rembourser, quand ces charges furent supprimées en 1716; on lui fit dire qu’il ne seroit pas mis à la taxe, et qu’il se tînt pour satisfait. C’est ce qu’il fit. (Journ. de Dangeau, 11 nov. 1716.)
Soissons. M. Lallemant, porte Montmartre[47].
[47] Lallemant de Betz, qui fut, lui, mis à la taxe. On lui fit rendre 480,000 livres.
-- M. Hubert, rue Sainte Avoye.
Orléans. M. Bachelier, rue de la Corderie, près le Temple.
-- M. Desespoisses, près les Enfans Rouges[48].
[48] Charles Vireux des Espoisses. Tout ce que nous savons de lui, c’est qu’il fut mis à la taxe en 1716, pour 380,000 livres.
Tours. M. de la Tour Rollot, rue de Richelieu.
-- M. de Valiere, rue Saint Antoine.
Bourges. M. Héliot, ruë du Mail.
-- M. Jannay, ruë des Bernardins[49].
[49] Jean-Etienne Janet. Il étoit mort, en 1716, quand les financiers durent rendre gorge. On s’en prit à sa veuve, qui paya une taxe de 43,000 livres.
Bordeaux. M. du Jardin Beaussart; ruë de Richelieu.
-- M. Crozat, place des Victoires[50].
[50] Antoine Crozat qui devint, suivant le Journal de l’avocat Barbier (février 1723), «le plus riche particulier de France.» Il avoit commencé par être caissier de Penautier, que nous trouverons plus loin, puis traitant à Montpellier, et receveur général des finances à Bordeaux, comme nous le voyons ici. Il étoit déjà fort riche, et s’étoit fait, à prix d’argent, marquis Du Châtel, lorsqu’en 1707 il maria sa fille, qui n’avoit guère que douze ans, au comte d’Evreux. (Journ. de Dangeau, 23 fév. 1707.) La taxe à laquelle il fut mis, en 1716, ne fut pas moins de 6,600,000 livres. Ses trois fils, qui firent grande figure, furent Crozat, marquis Du Châtel, le président de Tugny et le baron de Thiers, un des grands amateurs de son temps.
Poitiers. M. de la Ravoye, ruë d’Anjou au Marais[51].
[51] Il étoit encore, à la fin de l’année précédente, receveur général de la Rochelle. Sa fille, dont la dot fut de 410,000 livres, argent comptant, épousa, au mois de janvier 1712, le marquis Du Plessis Châtillon.
-- M. Chambelin, ruë Sainte Anne[52].
[52] Sa veuve, mise à la taxe en 1716, dut rendre 180,000 livres.
Moulins. M. Raymond, ruë des Blancs-Manteaux[53].
[53] Il avait échangé pour celle de Poitiers la recette générale de Moulins, qu’il avait déjà en 1684.
-- M. de la Croix, ruë Saint Antoine.
Riom. M. de Romanet, ruë Sainte Croix de la Bretonnerie[54].
[54] Claude de Romanet, beau-frère de Racine, et mari de l’une des filles de Vitart, ancien ami du poëte. Il ne se contenta pas, comme son père, André de Romanet, d’être trésorier de France en quelque généralité, il se lança dans les plus grosses affaires, où il gagna une fortune qui le dénonça à la Chambre de justice de nov. 1716. On peut évaluer ce qu’il possédoit par le chiffre de la taxe à laquelle on l’imposa: elle fut de 4,453,000 livres. Il la subit sans sourciller et sans faire attendre. Dangeau annonce le 24 novembre qu’il est condamné à la payer, et, deux jours après, il ajoute qu’elle est payée déjà. Il mourut l’année suivante. Son fils épousa Mlle d’Estrade. (Journ. de Dangeau, 24 et 26 nov. 1716; 11 déc. 1717.)
-- M. Despech, ruë Saint Martin[55].
[55] Paul Despech. Il était mort en 1716, mais la taxe eut des reprises sur sa veuve, qui, nous l’avons dit, avoit épousé Mouchi. Elle dut restituer au trésor 150,000 livres.
Caën. M. Groüin, ruë d’Orléans, au Marais[56].
[56] Pierre Gruyn ou Grouïn. Il étoit depuis longtemps dans les affaires, où il avoit commencé comme receveur des fortifications. Il devint garde du Trésor royal, et ne fut pas dans cette charge d’une aménité rare. Son aventure avec Jean Bart, qui avoit dû venir le trouver dans ses bureaux de la rue du Grand-Chantier, où il logeoit alors, et qu’il reçut avec une brutalité qui, d’ailleurs, lui fut bien rendue, court tous les ana. Une autre du même genre est moins connue, c’est la scène que lui fit un officier de gendarmerie, qui alla jusqu’à le maltraiter chez lui. Grouïn se contenta de le faire mettre à la Conciergerie. (Journ. de Dangeau, 10 et 17 avril 1698.) Son vrai nom étoit Desbordes-Grouïn, et il venoit de fort bas: «jadis garçon de cabaret, dit Guy Patin, fils du maître de la Pomme de pin, il est aujourd’hui grand partisan, et même un des gabelles.» Plus il fut haut, plus on se souvint d’où il venoit. Sa nomination de garde du Trésor fut accueillie par cette chanson:
Garde du trésor de la France, Gruyn quelle est ton insolence! Connais-tu la Pomme de pin? C’est là que l’épouse peu fière D’un maudit frelateur de vin Te donna jadis la lumière.
-- M. Chaillon, ruë des blancs Manteaux.
Allençon. M. Haette, ruë de la Tixeranderie.
-- M. de la Marliere, Cloître Saint Mederic.
Metz. M. Chevalier, ruë Neuve Saint Eustache.
-- M. Goujon, ruë Neuve des petits champs[57].
[57] C’est, croyons-nous, le même qui fut intendant de Rouen à la place de Ronjault en 1715.
Picardie. M. Boutin, Cloître Saint Honoré[58].
[58] René Boutin qui n’étoit, quatre ans auparavant, qu’un simple intéressé dans la ferme du Tabac.
-- M...
Montauban. M. Berthelot de Schelles[59], ruë Platrière.
[59] Lisez Berthelot de Séchelles. Après avoir été receveur à Montauban, il venoit d’être munitionnaire en Italie.
-- M. du Jardin, ruë de Richelieu.
Limoges. M. Sandrieu, à l’Hôtel de Lavrillière[60].
[60] J.-B. Sandrier, et non Sandrieu, qui de la recette de Montauban passa à celle de Limoges, fut secrétaire du Roi.
-- M. Deschauffour, ruë des Bons Enfans[61].
[61] Il avoit été directeur des franchises au Mans, et mena si grand train dans toutes ses charges qu’il mourut misérable. L’un de ses fils, qui avoit été lieutenant dans le régiment de Tessé, eut une fin plus triste encore. Convaincu de se livrer au vice infâme, et pour ainsi dire d’en tenir maison, il fut brûlé vif en Grêve le 24 mai 1726. Comme on crioit son arrêt par les rues, sans oublier le nom du crime, les filles de Madame la Princesse demandèrent à leur mère ce qu’étoit ce crime-là. Elle leur répondit: c’est une espèce de fausse monnoie.
Bourg-en-Bresse. M. Jauranché, ruë Haute Fueille.
Receveurs du don gratuit des Etats.
Flandres. M. Brunet de Revey, ruë des Francs bourgeois.
-- M. Berthelot de Belloy, ruë Plâtrière.
Franche-Conté. M. du Rey, ruë du Roi de Sicile.
Bourgogne. M. Chartraire, ruë Saint Antoine.
Languedoc. M. Penautier, ruë[62].
[62] Si son adresse n’est pas donnée, c’est qu’il n’en avoit pas à Paris. Il étoit toujours en Languedoc, où il mourut à la fin de juillet 1711. Saint-Simon écrivit alors en marge de la copie qu’il avoit du Journal de Dangeau, cette note qui résume bien sa vie: «Penautier étoit devenu de caissier un très-riche financier, trésorier du clergé et des Etats de Languedoc; homme de beaucoup d’esprit, bien fait, galant, magnifique et obligeant. Il fut mêlé dans les affaires de la Brinvilliers et des poisons, et mis en prison avec grand danger.» Nous avons vu que Crozat commença par être son caissier.
Trésoriers des Parties Casuelles.
M. Damon, ruë de Cléry.
M. Bertin, ruë Neuve Saint Augustin[63].
[63] Il avoit encore cette charge en 1702, mais plus tard, sa fortune monta. Le Régent, dès son arrivée au pouvoir, le fit un de ses plus intimes conseillers en matière de finance. En 1697, il quitta la rue Neuve-Saint-Augustin pour la rue Saint-Honoré, où il avoit acheté, pour l’embellir encore, le bel hôtel du doyen des conseillers d’Etat, Henri Pussort, dont il sera parlé plus loin. V. G. Brice, Description de Paris, 3e édit., 1701, in-12, p. 125-126.
Trésorier du Marc d’or.
M. Chupin[64], ruë Saint Honoré.
[64] Il étoit mort en 1716; sa veuve fut mise à la taxe, mais pour une faible somme: 22,500 livres. Son fils, qui se fit appeler Chuppin de Gouzampré, fut reçu premier président de la Cour des monnoies, le 15 août 1727.
Trésorier du Sceau.
M. Bechet, place des Victoires[65].
[65] Il devint plus tard greffier en chef du Parlement, et mourut à 83 ans, le 24 juillet 1717: «il avoit toujours été fort estimé», dit Dangeau à cette date. Il étoit fils d’une sœur aînée de Boileau, qui, par ironie pour les grands airs qu’il se donnoit, l’appelle souvent dans ses lettres «mon illustre neveu.» Il logea de longues années chez lui, cour du Palais. Voltaire, dont le père, M. Arouet, après avoir été notaire, devint, comme «receveur des épices», le collègue de Dongois, s’est aussi moqué dans son Epître à Boileau des ridicules de ce neveu, chez qui on l’avoit souvent mené étant enfant:
Chez ton neveu Dongois je passai mon enfance, Bon bourgeois, qui se crut un homme d’importance.
Receveur des Amandes du Parlement.
M. Dongois, Cour du Palais[66].
[66] Dans l’Almanach royal de 1702, p. 42, où nous le trouvons à la même adresse, on ajoute: «chez lequel on retire les lettres, quand elles sont scellées.»
Receveur des Amandes du Châtelet.
M. de l’Autel, ruë Jean Robert[67].
[67] Simon de l’Autel, qui vivoit encore en 1716, et ne fut mis à la taxe que pour 6,400 livres.
TRÉSORIERS PAYEURS.
Généraux de l’Extraordinaire des Guerres.
M. de Turmenies, ruë d’Orléans, au Marais[1].
[1] Louvois avoit eu en lui la plus grande confiance, ainsi qu’on le vit à sa mort: Turmenies déclara alors quinze millions que le ministre lui avoit donnés en réserve pour l’extraordinaire des guerres (Journ. de Dangeau, 23 août 1691). Nous avons vu plus haut qu’en 1696, il acheta de Frémont une des charges de gardes du Trésor. Il la remit en 1702 à son fils Turmenies de Nointel, intendant du Bourbonnais, maître des requêtes.
M. de la Touanne, ruë Neuve Saint Augustin[2].
[2] Un des hommes de finances, dont la fortune, puis la chute firent le plus grand bruit. Il se soutint par le crédit de Bontemps, dont, en 1690, son fils avoit épousé la nièce Mlle Dubois. Il avoit les plus belles terres, menoit le plus grand train; bref il faisoit parler de lui partout, même à l’Opéra, où il disputa la célèbre Fanchon Moreau au Grand Prieur. (Chansonnier Maurepas, ms. t. VII, p. 269.) Sous le ministère de Chamillart, ses affaires et celles de Saurion, qui étoit alors avec lui à l’Extraordinaire des guerres, se gâtèrent, et en vinrent à un tel point que Saurion dut avouer au ministre quatre millions de déficit dans leur caisse. Il fut mis à la Bastille. On en eût fait autant pour La Touanne, si la maladie, dont il mourut bientôt, ne l’eût mis hors d’état d’y être transporté. Le roi confisqua tout ce qu’il avoit, et paya ses dettes.
Payeurs des Gages du Parlement.
M. Guygou, ruë de Vantadour.
Des Gages du Grand Conseil.
M. Baudoüin, ruë des fossez Montmartre.
M. Biguet, rue Mauconseil.
Des Gages de la Cour des Aydes.
M. Cailly, rue Sainte Croix de la Bretonnerie.
M. Faure, devant les Blancs Manteaux.
Des Gages de la Chambre des Comptes.
M. Henin, ruë Jacob.
M. des Isles, ruë
Des Gages de la Cour des Monnoyes.
M. Poulet, rue des Postes.
M. Mongeot, ruë du Plastre.
M. Guilbert, ruë de la Tixeranderie.
Des Gages du Chastelet.
M. Amelon, rue Barbette.
Des Secretaires du Roy.
M. Raymond, rue des Blancs Manteaux.
M. Baudouyn, rue des fossez Montmartre.
Des Gardes Françoises.
M. Bourret, ruë de Brac.
M. Duvaux, ruë Saint Sauveur.
Des Gardes Suisses.
M. de Chaufourneau, ruë d’Orléans, aux Marais.
M. du Mée, ruë du Mail[3].
[3] Son vrai nom était Du May. Dans la correspondance de Pontchartrain et de D’Argenson se trouve une curieuse lettre sur la vie scandaleuse qu’il menoit, quoique marié, avec une fille Grossot, dont le dévergondage était à ce point éhonté qu’il l’avoit fait chasser de l’Opéra. V. Clément, La Police sous Louis XIV, p. 451.
Des cent Suisses.
M. Alvarez, rue Thibaut-Thodé[4].
[4] Louis Alvarès, qui se fit plus tard baron de Coursan, étoit un intrigant bon à tout pour s’enrichir. Nous le trouvons ici trésorier des Cent-Suisses; plus loin, nous le verrons joaillier de la Cour. Il étoit en outre banquier, traitant, et fournisseur de la marine. L’espionnage et la délation étoient aussi son fait. C’est lui qui fit prendre, selon Foucault (Mémoires, p. 327), Chauvigny, dit La Bretonnière, qui faisoit le lardon, c’est-à-dire la Gazette de Hollande, et qu’on accusoit d’être l’auteur du Cochon Mîtré (V. nos Variétés, t. X, p. 327). Foucault fit tirer Chauvigny de la cage de bois où Louis XIV l’avoit fait enfermer au Mont Saint-Michel, mais dut le laisser dans la prison même, où il mourut après vingt ans de captivité.--D’après les dernières découvertes de M. Jung (la Vérité sur le Masque de fer, 1872, in-8, p. 376), Alvarès pourroit bien avoir été pour quelque chose dans la capture du prisonnier masqué.
Des Chevaux Légers de la Garde.
M. Poupart, ruë
M. Bourgevin, ruë
M. Rullault, ruë
Des Gens d’Armes de la Garde.
M. Pardé des Mottes, rue du Temple.
RENTES DE L’HOTEL DE VILLE.
La première partie des Rentes assignées sur le Clergé est payée par
Mrs Boileau, vieille ruë du Temple, et Roberge, ruë des Rosiers.
La deuxième le Vendredy, par
Mrs de la Bruyère, ruë des Augustins[1], et Guybert, ruë du Cimetiere S. André.
[1] Louis de La Bruyère, frère cadet de l’auteur des Caractères. D’abord premier huissier du Parlement, il avoit quitté cette charge vers 1686, pour celle que nous lui voyons ici. Il mourut, un an avant son frère, le 12 mai 1695, n’ayant que quarante-sept ans. (Jal, Dictionn. critique, p. 715.)
La troisième le Jeudy, par
M. le Bœuf, Cloître Notre Dame.
La première partie des Rentes assignées sur les Aydes et Gabelles est payée le Mardy, par
M. Lerelle, ruë du grand Chantier.
La deuxième le Mardy, par
M. Bachelier, ruë de la Corderie.
La troisième le Mercredy, par
M. Desponty, rue Tizon.
La quatrième le Mercredy, par
M. Boiteux, rue de la Cerisaye.
La Cinquième le Jeudy, par
M. Deschamps, près les Minimes.
La Sixième le Mercredy, par
M. le Droit, rue de Grenelle.
La Septième le Vendredy, par
M. Amiot, rue Michel le Comte.
La Huitième le Vendredy, par
M. Fredy, Cloitre Saint Benoist.
La Neuvième le Vendredy, par
M. Routier, rue Geoffroy Lasnier.
La Dixième le Vendredy, par
M. du Noyer, Cul de sac des Blancs Manteaux.
La Onzième le Samedy, par
M. Tissart l’Ainé, rue Saint Sauveur.
La Douzième le Samedy, par
Mrs Le Mesle, rue des Ecrivains, et Issaly, rue des Rats.
La Treizième le Samedy, par
M. Houdiart, ruë Perpignan.
La Quatorzième le Samedy, par
M. Hocart, rue des Fossez Montmartre.
La Quinzième le Jeudy, par
M. Roüalle, rue des Audriettes.
La Seizième le Jeudy, par
M. Tissart le Jeune, rue Saint Sauveur.
La Dix septième le Mercredy, par
Mrs Boureau, rue de la Tisseranderie, et Berger, rue d’Orléans, au Marais.
La Dix huitième le Mardy, par
Mrs Priaux, rue de la Colombe, et Soüet, rue Verderet.
Les douze cens mil livres[2] de l’Edit du mois de Novembre 1689 sont payez par
[2] Dangeau (Journal, 1er déc. 1689) dit 1,400,000 livres, ce qui est le vrai chiffre. Il ajoute que cette somme étoit constituée en rentes viagères sur l’Hôtel de Ville, «acquises suivant les différents âges, avec accroissement de l’intérêt des mourants sur les survivants.» C’étoit la réalisation de la Tontine, proposée plus de trente ans auparavant par l’italien Tonti, de qui venoit son nom. (Isambert, Anciennes lois françoises, t. XX, p. 87.) La somme affectée aux intérêts, en principal, devoit être prise sur les droits d’aides et gabelles, et sur les cinq grosses fermes, «spécialement hypothéquées, disoit l’édit, au payement desdites rentes, même par préférence à la partie de notre Trésor royal.» Cette tontine eut un très-grand succès: «J’aurois, écrivoit l’intendant du Berry, Seraucourt, au Contrôleur général, à l’époque où le projet en fut émis, j’aurois peine à vous expliquer l’applaudissement qu’on lui donne dans toute cette province, tant pour l’invention (chacun présumant qu’il vivra plus que les autres, et espérant par-là parvenir à une grande fortune) que par la sagesse, avec laquelle tous les cas qui peuvent tomber dans l’imagination ont été prévus.» (Boislisle, Correspond. des contrôleurs généraux, in-4º, p. 211.)
Mrs de Bellecour, rue des Victoires, Berger le Jeune, rue de Poictou au Marais, et Boucher, ruë Plastrière.
La Tontine ou Rentes Viagères sont payées par
M. Durand, à l’Hôtel d’Albret, rue des Francs Bourgeois.
Les Syndics Onéraires[3], sont
[3] C’est-à-dire responsables, ayant réellement charge (onus). Presque sous la même forme, c’est ainsi un mot tout opposé à «honoraire.»
pour les 1e, 2e, 3e, 4e, 5e et 6e Classes
M. de Lonpré, à l’Hôtel de Ville.
Pour les 7e, 8e, 9e et 10e Classes.
M. Tiercelet, rue Saint Antoine au dessus de S. Paul.
Et pour les 11e, 12e, 13e et 14e Classes[4]
[4] Une dame Charlotte Bonnemay, veuve Louis Barbier, avoit pris une action de la 13e classe, et, quand une seconde tontine fut créée en 1696, une action encore, mais de la 14e classe. En 1726, elle vivoit toujours, et, se trouvant la survivante des rentiers de ces deux classes, elle n’avoit pas moins de 76,000 livres de rente. Elle mourut cette année-là, le 9 mars, à quatre-vingt-seize ans. (Gazette de France, 9 mars 1726.)
M. de Courcelles, près Sainte Marine.
Le Million de livres de l’Edit du mois de May 1691[5] est payé par
[5] «Le roi, dit Dangeau, à la date du 28 mai 1691, a créé un million de rentes à la Maison de Ville, au denier dix-huit.» Nous dirions à cinq et demi pour cent. C’étoit dix sous de plus que le taux légal qui, dès le temps de Colbert, étoit au denier vingt, c’est-à-dire cinq pour cent. (Chéruel, Fouquet, t. II, p. 269.)
Mrs Perelle, rue du grand Chantier, Bachelier, rue de la Corderie et Despontis, rue des Tournelles.
Le Bureau des Officiers Conservateurs des Hipotheques sur les Rentes de la Ville est rue de la Verrerie près la rue Bardubec, où M. de la Porte principal Commis reçoit les Oppositions, Main levées, et Ratifications et en delivre les Expéditions, ainsi que des échanges, Donations etc.
CONSEILS DU ROY, ET CHANCELLERIE.
Monseigneur Boucherat[1] Chevalier des ordres du Roi, Chancelier et Chef de la Justice de France a son Hôtel rue Saint Louis, au Marais[2], où il tient souvent le Conseil des Parties et l’Audiance du Sceau.
[1] Louis Boucherat, chancelier de France et garde des sceaux, depuis le 1er nov. 1665. Après avoir été successivement conseiller au Parlement, maître des requêtes, intendant de Guyenne, de Languedoc, de Champagne et de Picardie, il étoit à quarante-neuf ans, par la protection de Turenne, monté à ces hautes fonctions, qu’il garda jusqu’à sa mort, le 2 septembre 1699.
[2] Il existe encore au nº 40, mais est plus connu dans le quartier sous le nom d’hôtel d’Ecquevilly, qu’il eut ensuite, que sous le nom de Boucherat. Quand celui-ci mourut, on commençoit le percement d’une rue qui devoit relier la rue Vieille-du-Temple à la rue Charlot. On lui donna son nom qu’elle garda jusqu’en 1851; elle fut confondue alors avec la rue Saint-Louis, aujourd’hui de Turenne, dont elle est, en effet, le prolongement.
Conseillers d’Etat ordinaires.
M. l’Archevêque Duc de Rheims[3], rue Saint Thomas du Louvre.
[3] Charles-Maurice Le Tellier, archevêque de Reims, le même qui fut si cruellement satirisé dans le Cochon Mîtré, dont nous avons parlé plus haut.
M. l’Archevêq. de Rouen[4], rue de Verneuil.
[4] Jacques-Nicolas Colbert, un des fils du ministre. Avant d’être archevêque à Rouen, il y avoit été coadjuteur, avec le titre d’archevêque de Carthage.
M. Pussort[5], rue Saint Honoré.
[5] Henri Pussort, doyen du Conseil, le dernier survivant des juges de Fouquet, contre lequel il avoit déployé une véhémence dont s’indigna Mme de Sévigné, et qu’expliquoit sa parenté avec Colbert, dont il étoit l’oncle maternel. Il mourut le 18 février 1697, «dans une grande vieillesse, dit Saint-Simon, et toujours dans une grande considération.» Pour sa maison, achetée en 1697 par Bertin des parties casuelles, voy. plus haut ce que nous avons dit de celui-ci.
M. Voisin[6], rue Sainte Croix de la Bretonnerie.
[6] Le même, qui devint ministre de la guerre, puis chancelier, puis garde des sceaux, le 2 juillet 1714, et qu’il eût fallu, suivant Saint-Simon, laisser dans quelque intendance, comme celle du Hainaut, où il avoit montré des qualités, mais de second ordre: «Noyé, dit-il, dans la science d’intendant qu’il possédoit parfaitement, et dans l’exercice de laquelle il avoit passé presque toute sa vie.»
M. Courtin[7], rue Saint Louis, au Marais.
[7] Honoré Courtin, doyen du conseil après la mort de Pussort. Il avoit été plusieurs fois ambassadeur, notamment en Angleterre, à l’époque de la fuite de la reine, femme de Jacques II: «Il avoit, dit Saint-Simon, signé le traité de Heilbronn, celui de Bréda et plusieurs autres. Il avoit toujours été fort estimé et fort honoré dans tous les emplois où il avoit passé.» Il mourut le 27 décembre 1703.
M. Benard de Rezé[8], rue d’Orléans.
[8] Fut longtemps du Conseil, dont il mourut le sous-doyen, le 9 décembre 1702. Un de ses fils fut évêque d’Angoulême.
M. d’Aligre[9], ruë Saint Dominique, Quartier Saint Germain.
[9] Fils du chancelier Etienne d’Aligre. Il avoit dû à la haute position de son père d’être fait conseiller ordinaire, sans passer par le titre de conseiller de semestre. Cette faveur étoit grande, et personne de son rang ne l’obtint après lui, ce que Dangeau n’oublia pas de constater, en parlant de sa mort le 19 mai 1695.
M. de Pommereu[10], vieille rue du Temple.
[10] Aug. Rob. de Pommereu, seigneur de la Bretêche-Saint-Non, fut intendant du Bourbonnais et de Bretagne, où Mme de Sévigné le trouva le plus honnête homme et le plus bel esprit de la robe. Il fut ensuite à Paris prévôt des marchands de 1676 à 1683, et devint deux ans après conseiller d’Etat. Quand il mourut en septembre 1699, Saint-Simon écrivit en marge de son manuscrit du Journal de Dangeau cette note qui vaut une oraison funèbre: «homme droit, ferme, et transcendant, qui avoit et méritoit des amis.»
M. d’Argouges[11], ruë de l’Echarpe.
[11] Frère du lieutenant civil. Il fut fait conseiller d’Etat avec Caumartin, le 20 janvier 1685: «Ils étoient, dit Dangeau, les plus anciens du semestre.»
M. Bignon[12], ruë des Bernardins[13].
[12] Jérôme Bignon, fils de l’avocat général au Parlement, et conseiller d’Etat depuis le 28 mars 1686. Saint-Simon, qui «étoit de père en fils ami particulier des Bignon», l’avoit en grande estime.
[13] L’hôtel patrimonial des Bignon s’y trouvoit. Il avoit été construit en 1566 pour Jacques Lefèvre, abbé de la Chaise-Dieu, conseiller intime de Charles IX. L’étage inférieur, dont les sculptures allégoriques, datées de 1567, sont attribuées à Jean Goujon, fut transporté, après la démolition de l’hôtel, en 1830, dans la seconde cour de l’École des Beaux Arts, où il est toujours. L’abbé Bignon, fils du conseiller d’Etat et bibliothécaire du roi, avoit, au commencement du XVIIIe siècle, vendu l’hôtel au chancelier de la principauté de Dombes, M. Chol de Torpane, dont il avoit pris le nom.
M. Rouillé[14], Isle Notre Dame.
[14] Rouillé, comte de Melai, dont Mme de Sévigné désiroit tant que son fils épousât la fille. Il avoit été fait conseiller d’Etat à la mort de Caumartin, et il fut président du Conseil des finances au commencement de la Régence.
M. de la Reynie[15], ruë du Boulloy.
[15] Gabriel-Nicolas de la Reynie, si célèbre comme lieutenant de police. C’est à ce titre que nous parlerons de lui plus loin. Sa nomination au Conseil d’Etat datoit du 28 mars 1686.
M. le Marquis de Villars[16], rue sainte Anne.
[16] Un des trois conseillers d’état d’épée. Le célèbre maréchal duc de Villars étoit son fils. C’est l’Orondate de Mme de Sévigné. Il avoit été ambassadeur en Danemarck, puis à Madrid, d’où il rapporta ce curieux Mémoire sur la Cour d’Espagne, depuis 1679 jusqu’en 1681, publié en 1733, pet. in-8, et réimprimé à Londres, à petit nombre, en 1861, d’après un manuscrit, par M. W. Stirling qui le croyoit inédit. Le marquis mourut le 28 mars 1698, à plus de quatre-vingts ans. Sa femme a laissé des Lettres, dont le chevalier Perrin possédoit le recueil, et dont la publication qu’il se réservoit n’a été faite qu’en 1760, six ans après sa mort. Léop. Collin les réimprima sous l’empire, et plus récemment M. Courtois en donna une édition fort soignée.
M. de Saint Romain[17], rue saint Louis.
[17] Melchior de Harod de Senevas, marquis de Saint-Romain, mort en juillet 1694, à plus de quatre-vingts ans. Il étoit le plus intime ami de Courtin que nous avons vu plus haut: «tous deux conseillers d’état, dit Saint-Simon, l’un d’épée, l’autre de robe.»
M. le Comte de la Vauguion[18], rue de Grenelle, Quartier S. Germain.
[18] Cette note de Saint-Simon, dans le Journal de Dangeau, à la date de sa mort, le 29 décembre 1693, peut lui servir de biographie: «Après diverses folies, il se tua de deux coups de pistolet, chez lui à Paris, dans son lit. Il étoit chevalier de l’Ordre depuis 1688, conseiller d’Etat d’épée, et avoit eu plusieurs ambassades, fort gueux, plein d’esprit et de galanterie; veuf et sans enfant, très petit et simple gentilhomme.»
M. l’Archevesque d’Ambrun[19], près le Collége des 4 Nations.
[19] Charles Brulart de Genlis, mort en 1714.
Conseillers d’Etat du Semestre de Janvier.
M. d’Aguesseau[20], Quai de Nesle.
[20] Henri d’Aguesseau, d’abord maître des requêtes, président au grand Conseil, puis intendant à Limoges, à Bordeaux, dans le Languedoc, et enfin conseiller d’Etat. L’idée de créer l’ordre de Saint-Louis est de lui. A sa mort, le 5 sept. 1699, Saint-Simon, dans une note du Journal de Dangeau, fit amplement son éloge. L’illustre chancelier d’Aguesseau étoit son fils.
M. de Ribeyre[21], ruë de Taranne.
[21] Antoine de Ribeyre, qui étoit aussi conseiller d’honneur au parlement de Paris, après avoir été intendant à Poitiers, puis à Tours, et commissaire du Conseil en Bretagne. A sa mort, en octobre 1712, son gendre La Bourdonnois, intendant d’Orléans, lui succéda comme conseiller d’Etat.
M. le Comte d’Avaux[22], ruë sainte Avoye.
[22] Jean-Antoine de Mesme, qui s’étoit donné le titre de comte d’Avaux qui n’appartenoit qu’à son frère aîné: «Ses fréquentes ambassades, dit Saint-Simon, l’avoient accoutumé à l’épée et à se faire appeler le comte d’Avaux en pays étranger. Dans ses divers retours en France, il ne put se résoudre à se défaire de cette qualité de comte, ni à reprendre l’habit de son état.» C’est lui que Mme de Sévigné appelle Figuriborum. Il mourut en février 1709. Nous avons, p. 26, note 3, parlé de son hôtel.
M. l’Abbé le Pelletier[23], ruë de la Couture sainte Catherine.
[23] Ancien commissaire aux Grands Jours d’Auvergne, frère du contrôleur général Le Pelletier et de Le Pelletier, de Souzy. Il étoit conseiller d’Etat depuis 1685, et il mourut le 17 octobre 1696.
M. de Breteuil[24], rue du Grand Chantier.
[24] Ancien intendant des finances, et conseiller d’Etat depuis 1685.
M. du Gué de Bagnols[25], Intendant en Flandres.
[25] Dreux-Louis Du Gué de Bagnols, conseiller d’Etat depuis 1687. C’est le même dont la femme amusoit tant Mme de Sévigné avec ses ridicules.
Conseillers d’Etat du Semestre de Juillet.
M. de Marillac, ruë Sainte Avoye[26].
[26] Ancien avocat général au grand Conseil et intendant à Poitiers. Il eut la charge de conseiller d’Etat de semestre en 1603, parce que son père s’en démit pour lui, «ce qui, dit Dangeau, ne s’étoit jamais pratiqué.»--L’escalier de son hôtel, rue Sainte-Avoye, étoit remarquable. V. G. Brice, 3e édit., t. I, p. 256.
M. le Pelletier de Souzy[27], rue de la Couture S. Catherine.
[27] Nous avons dit comment il fut en passe de succéder à son frère comme contrôleur général au lieu de Pontchartrain. Il étoit d’une grande capacité. C’est avec lui que le roi faisoit tous les lundis le travail des fortifications.
M. de la Moignon de Basville, Intendant en Languedoc[28].
[28] Cinquième fils du président de Lamoignon. Il fut d’abord intendant à Poitiers. En Languedoc, après la révocation de l’Edit, il fut terrible contre les protestants.
M. Bazin de Bezons, Intendant en Guyenne[29].
[29] Avoit été d’abord intendant à Limoges et à Orléans. Il étoit conseiller d’Etat de semestre depuis le 28 mars 1686.
M. de Harlay de Bonneuil[30], ruë Saint Louis, au Marais.
[30] Nicolas-Auguste de Harlay de Bonneuil, d’abord conseiller au Parlement, maître des requêtes et intendant en Bourgogne. Il fut conseiller d’Etat de semestre en 1686, et conseiller d’Etat ordinaire en 1700. Le chancelier Boucherat étoit son beau-père.
M. de Fourcy[31], rue de Jouy[32].
[31] Autre gendre de Boucherat, dont il avoit épousé la fille aînée. Il fut prévôt des marchands à Paris, de 1684 à 1691.
[32] A l’époque de sa prévôté on ouvrit, près de son hôtel, une rue qui faisoit communiquer la rue de Jouy avec la rue Saint-Antoine. On lui donna son nom qu’elle a gardé.
Maitres des Requestes de l’Hotel du Roy.
Pour M. le Doien, voiez le Chapitre des principaux Magistrats, et pour les autres prenez la liste dans la Grand’Salle du Palais, près la Chapelle, au bas du dégré des Requestes de l’Hôtel, ou chez les Sieurs Michallet et Rondet imprimeurs ruë Saint Jacques.
Les Grands Audianciers de France, Examinateurs et Rapporteurs des Lettres qui doivent passer au Grand Sceau, sont
Pour le quartier de Janvier, M. Boucher, ruë des Quatre Fils. Pour celuy d’Avril, M. le Mire, ruë de Paradis. Pour celuy de Juillet, M. le Fevre, Place du Collége Mazarini[33]. Et pour celuy d’Octobre, M. le Menestrel, ruë du Hazard[34].
[33] Il logeoit, en effet, au collége des Quatre Nations, ou collége Mazarin, qui est, comme on sait, devenu le palais de l’Institut.
[34] Fils du trésorier du Conseil des bâtiments. Il habitoit, rue du Hazard, une des nombreuses maisons dont son père avoit eu, grâce à sa charge, le terrain presque pour rien, à l’époque où l’on construisoit ce quartier. V. notre Histoire de la Butte des Moulins, p. 84.
Les Contrôleurs Généraux de l’Audiance de la Chancellerie de France qui veillent à ce que les Lettres accordées ne soient soustraites, et que nulles autres ne passent au sceau, sont:
Pour le quartier de Janvier, M. Contard[35], ruë saint Honoré. Pour celui d’Avril, M. Pitot[36], ruë de Ventadour. Pour celui de Juillet, M. Benoist, ruë de Grenelle, quartier saint Germain. Et pour celui d’Octobre, M. de Jonquiere, rue Vivienne.
[35] Il faut lire Coustard, d’après l’Alman. royal de 1702, p. 41.
[36] Le même Almanach le nomme Pirot.
Les Gardes des Rolles des Offices de France, sont:
Pour le quartier de Janvier, M. Préval, ruë de la Sourdiere. Pour celui d’Avril, M. Hevin[37], rue des Fossez Montmartre. Pour celui de Juillet, M. Boucot[38], rue Hautefueille. Et pour celui d’Octobre, M. Ausbourg, rue des Fossez Montmartre.
[37] Hénin, d’après le même Almanach, p. 41.
[38] C’étoit un des plus grands curieux de Paris, comme on le verra plus bas, à propos de sa bibliothèque. Il eut la visite de Lister, quand celui-ci fit son second voyage à Paris. Grand amateur de coquilles, il admira surtout celles qui étoient une des nombreuses curiosités du cabinet de Boucot (Voyage de Lister à Paris en 1698, traduct. de la Société des bibliophiles, 1873, in-8, p. 64-66). G. Brice, qui lui aussi, dans sa Description de Paris, parle longuement, t. II, p. 97-99, des collections de Boucot, y mentionne en particulier la bibliothèque: «On y voit, dit-il,... une grande quantité de livres très-bien conditionnés, entre lesquels il y en a plusieurs de cartes et d’estampes rares et singuliers.» A la mort de Boucot, en 1699, la vente de ses livres prouva que Brice avoit dit vrai; il nous suffira de donner le titre du Catalogue, qui annonçoit cette vente pour le 16 nov.: Catalogue de la Bibliothèque de défunt M. Boucot, garde rolle des officiers de France, composée de plus de dix huit mille volumes de livres imprimez, très-bien conditionnez, plusieurs des in-folio étant de grand papier, et reliez en maroquin, de plus de soixante et dix mille estampes, entre lesquels il y a dix sept mille portraits. M. G. Duplessis a publié, en 1870, sur cette vente, une curieuse lettre de Nicos Clément à Gaignières, dans le Bibliophile françois, t. V, p. 97.
Trésorier General du Sceau.
M. Bechet, Place des Victoires.
SECRETAIRES DU ROY. MAISON ET COURONNE DE FRANCE.
Syndics en Charge.
M. de la Baune, ruë Thibaut Thodé.
M. Rouillet de Beauchamps, rue des Rosiers, quartier S. Germain.
M. Gourdon, à l’Hôtel de Guise.
M. Gamard, ruë Neuve des petits champs.
M. Hubert, rue Sainte Avoye.
M. Hérardin, à l’Hôtel de la Monnoye.
Trésorier de la bourse commune.
M. de Lamet, près Saint Eustache.
Ces Officiers tiennent les Assemblées du Collége en la Chancellerie du Palais, où l’on peut recouvrer la liste générale de ceux qui en sont Membres, et encore chez le sieur Rondet Imprimeur, rue S. Jacques.
Advocats ez Conseils du Roy.
M. Aubery leur Doyen, demeure ruë Saint Denis devant la rue du petit Lion.
On peut recouvrer leur Liste chez le sieur du Brec Clerc de leur Collége rue de la Calandre, ou encore chez le même Rondet.
PRINCIPAUX MAGISTRATS.
Juges ordinaires et gens du Roy, des Cours souveraines et Juridictions subalternes de Paris.
PARLEMENT.
Premier Président.
M. de Harlay[1], Cour du Palais.
[1] Achille de Harlay, qui avoit succédé dans cette charge à M. de Novion, en sept. 1689. Sa complaisance, lorsqu’il étoit procureur général, pour la légitimation des bâtards du Roi, «doubles adultérins», fut, selon Saint-Simon, la source de sa fortune. Il avoit été «l’adroit auteur de cette légitimation... sans nommer la mère.» Saint-Simon, Mém. 1877, in-18, t. XX, table rédigée par lui-même, p. 257.
Présidens à Mortier.
M. de Nesmond[2], Quay de la Tournelle[3].
[2] Il avoit acquis, en 1689, de Lamoignon, qui en garda la survivance, cette charge de président à mortier. Lorsque Nesmond mourut en 1693, Lamoignon eut ainsi le droit, moyennant 350,000 livres données à sa famille, de reprendre la charge. (Dangeau, Journal, 4 déc. 1689 et 19 mars 1693.)
[3] Son hôtel y existe encore presque intact, auprès de la Pharmacie centrale, qui étoit alors, nous l’avons dit plus haut, l’hôtel dont Mme de Miramion, belle-mère de Nesmond, avoit fait un couvent. Selon Saint-Simon, c’est Nesmond qui fit le premier poser au-dessus de sa porte un marbre avec son nom en lettres d’or. V. nos Enigmes des rues de Paris, p. 181.
M. de Maisons[4], ruë de l’Université.
[4] Il est beaucoup parlé de lui dans Saint-Simon, qui dit beaucoup de bien de son esprit, et assez peu de son caractère. Il mourut en août 1715, dans toute la force de son influence sur le Parlement, et avec l’espérance qu’à la mort du roi, qui ne devoit tarder que de quelques jours, il seroit fait garde des sceaux. Le nom de sa famille étoit Longueil. Elle l’avoit échangé pour celui de Maisons, lorsque l’aïeul du président avoit obtenu l’érection en marquisat de la terre de Maisons, où il avoit fait bâtir un si beau château, pendant qu’il étoit surintendant des finances. Ses malversations le firent révoquer. Il se contenta de dire: «Ils ont tort; j’avois fait mes affaires, j’allois faire les leurs.» Saint-Simon, notes sur Dangeau, 12 avril 1705.
M. de Champlatreux[5], ruë du Brac.
[5] De l’illustre famille des Molé, et fils de l’un des derniers gardes des sceaux. Il céda sa charge à son fils, lorsqu’il eut trente et un ans. (Dangeau, 11 avril 1707.)
M. le Pelletier[6], vieille ruë du Temple.
[6] Il devint premier président après la démission de M. de Harlay, et se démit lui-même de cette charge, en 1712, à la mort de son père, Claude Le Pelletier, ancien ministre d’Etat et contrôleur général, qui l’y avoit fait rester malgré lui. Un accident arrivé au Palais, dans l’Hôtel de la Présidence, où le plancher de la salle à manger croula sous lui, avoit dérangé son cerveau, jusqu’à le rendre presque incapable de tout travail. (Saint-Simon, t. IV, 78; VI, p. 212.) C’est son père, étant prévôt des marchands avant d’arriver au Ministère, qui avoit fait construire près de la Grêve, en 1675, le quai nommé, à cause de lui, quai Pelletier. (Id., t. I, p. 301.)
M. de Mesmes[7], ruë Sainte Avoye.
[7] Jean-Antoine de Mesme, neveu du comte d’Avaux dont il a été question plus haut. Il avoit succédé, comme président à mortier, à son père mort en janvier 1688. Il devint premier président en 1712, par suite de la démission de Le Pelletier.
M. de Novion[8], ruë du Baac.
[8] Potier de Novion, de l’Académie française, qui avoit été jusqu’en septembre 1689 premier président. Sa vénalité força le roi de lui faire abandonner cette charge pour la céder à M. de Harlay. «Sur ses injustices réitérées, dit Saint-Simon, le roi prit enfin le parti de l’obliger à se défaire.» (Note sur Dangeau, 20 septembre 1689.)
M. Talon[9], ruë Saint Guillaume.
[9] Denis Talon, d’abord avocat général. Il avoit eu, en novembre 1690, une des deux places de présidents à mortier que le roi venoit alors de créer, et pour chacune desquelles il avoit fait verser à l’un et à l’autre des titulaires une somme de 350,000 livres, afin de dédommager les présidents à mortier de ce qu’on augmentoit leur nombre. (Dangeau, 12 nov. 1690.)--Sa maison existe encore au nº 16 de la rue Saint-Guillaume, avec cette «structure tout à fait belle», dont parle G. Brice, édit. de 1684, t. II, p. 187. «Les appartements, ajoute-t-il, sont très agréables, ayant les vues tournées sur les jardins des maisons voisines. La cour est grande, et enfin il paroît que cette maison a été élevée avec beaucoup de dépense; mais ce qui lui donne un merveilleux ornement, est l’excellente bibliothèque qui y est, composée de tout ce qu’il y a de plus rare et de plus recherché, soit pour les manuscrits, soit pour les livres imprimés.»
M. de Menars[10], porte de Richelieu[11].
[10] Jean-Jacques Charron de Ménars, frère de Madame Colbert, qui avoit d’abord été conseiller au Parlement et surintendant de la maison de la Reine. Il avoit eu la seconde des deux charges de président à mortier créées en 1690, et dont Talon, nous l’avons dit, avoit eu la première. Il mourut au mois de mars 1713, à sa belle terre de Ménars, près de Blois: «plein d’honneur, dit Saint-Simon (t. X, p. 28), de probité, d’équité, et modeste, prodige dans un président à mortier.»
[11] Son hôtel étoit en effet «à côté de la porte de Richelieu», dans l’impasse qui a gardé, en devenant une rue, le nom de Ménars qu’elle lui devoit. Il avoit d’abord logé rue Vivienne, près de l’hôtel de son beau-frère Colbert (G. Brice, édit. 1684, t. I, p. 89). La bibliothèque de De Thou, qu’il avoit achetée tout entière un fort grand prix, le suivit dans ces deux hôtels, où Quesnel, puis l’abbé Du Guay en furent les gardiens intelligents. Quant à lui, il ne s’en occupoit guère, et celui qui l’acquit à sa mort n’en prit pas beaucoup plus de souci: «Le cardinal de Rohan, dit Saint-Simon (t. X, p. 28), acheta sa précieuse bibliothèque, qui étoit celle du célèbre M. de Thou, qui fut pour tous les deux un meuble de fort grande montre, mais de très-peu d’usage.»
Présidens des Enquestes.
Première Chambre, Mrs de Meaupou, ruë Pierre Sarrazin[12], et de la Barde[13], Cloître Notre Dame.
[12] Il devint président à mortier à la mort de Ménars, par suite d’un marché que Saint-Simon qualifie d’extraordinaire, et qui l’est, en effet, il lui acheta en 1717 la survivance de sa charge pour la somme énorme de 750,000 livres, dont 250,000 comptant, et 500,000 à verser aux héritiers. Il y eut de plus 20,000 livres de pot de vin!
[13] Denis de la Barde, qui en même temps que président des enquêtes étoit archidiacre de Josas et chanoine de l’église de Paris, ce qui explique sa demeure au cloître Notre-Dame. Il mourut le 2 mars 1709, à soixante et onze ans.
Deuxième Chambre, Mrs Sevin de Quinsi, ruë des Blancs Manteaux, et de Thumery de Boissise, ruë Barbette.
Troisième Chambre, Mrs Briçonnet, ruë porte Foin, et Amelot[14], rue Dauphine.
[14] Amelot de Chaillou, qui étoit arrivé à cette présidence des enquêtes, après avoir été longtemps doyen des maîtres des requêtes. Il avoit, en 1688, marié son fils, qui n’avoit pas moins de 100,000 livres de rente, avec la fille de Barillon, notre ambassadeur à Londres.
Quatrième Chambre, Mrs Crosset[15], ruë Neuve Saint Augustin, et Feydeau, Cloistre Nostre Dame.
[15] Louis-Alexandre Croiset, et non Crosset, qui mourut le 19 novembre 1728, à quatre-vingt trois ans, président d’honneur au Parlement.
Cinquième Chambre, Mrs de la Baroire[16], ruë de Taranne, et le Clerc de Lesseville[17], Cloître Saint Méderic.
[16] Il ne devroit plus figurer ici, puisqu’il étoit mort au mois d’octobre de l’année précédente. Son entrée au Parlement, comme conseiller, datoit du 19 décembre 1659. Il avoit épousé une vieille mais très-riche veuve, avec laquelle il se conduisoit fort mal, suivant Mme de Sévigné, qui l’appelle de la Baroie. V. sa lettre du 4 juin 1676. C’est lui, d’après les Clés, qui, pour cela, auroit servi de type au 26e caractère de La Bruyère, dans le chap. de Quelques usages.
[17] C’est, d’après les Clés, un des Sannions de La Bruyère. Ils étoient plusieurs frères, tous dans la haute robe, qui descendoient, disoit-on, d’un tanneur de Mantes dont la fortune étoit venue d’un prêt qu’il avoit fait sur parole à Henri IV, dans le temps de la bataille d’Ivry.
Présidens des Requestes du Palais.
Première Chambre, Mrs Ferrand, ruë Serpente[18], et Besnard de Rezé, près les Capucins du Marais.
[18] C’est ce pauvre président Ferrand, dont la femme, une Belizani, fit tant parler d’elle, moins pour l’Histoire des amours de Cléante et de Belise, assez piètre roman de sa façon, que pour l’histoire de ses propres amours. Le scandale en fut si grand, que le président refusa de reconnoître une fille, dont elle étoit accouchée, et qu’elle dut faire élever sous un nom supposé, dans un couvent. Cette fille, dont le prénom étoit Michelle, plaida par la suite pour se faire reconnoître, mais n’obtint du Parlement que d’être reconnue par sa mère. Le célèbre libraire De Bure, qui avoit habité, rue Serpente, l’hôtel du président, recueillit avec soin, comme souvenir, toutes les pièces de ce curieux procès. (V. le Catalogue de sa bibliothèque, pp. 35 et 40.)
Deuxième Chambre, Mrs de Boiquemare[19], rue de Bourbon, et Brunet de Thorigny, ruë des Francs-Bourgeois.
[19] Lisez de Bocquemart. La présidente d’Osembray, grande coquette du temps, la Lise de La Bruyère, l’avoit épousé en secondes noces, mais sans vouloir perdre son premier nom. C’est ce qui a fait dire à La Bruyère (Des femmes, § 76), à propos de certains maris et de leurs femmes: «ils n’ont souvent rien de commun... pas même le nom... chacun a le sien.»
Avocats Generaux.
M. de Harlay[20], Cour du Palais.
[20] Fils du premier président, nommé plus haut. Il étoit avocat général depuis le mois de janvier 1691, et devint conseiller d’Etat en février 1697, tout cela fort jeune pour de si importantes fonctions, car lorsqu’il mourut, le 23 juillet 1717, il n’avoit que quarante-neuf ans.
M. de la Moignon[21], à l’Hostel d’Angoulesme[22].
[21] Chrétien de Lamoignon, fils aîné du célèbre premier président Guillaume de Lamoignon, à qui est adressée une des épîtres de Boileau. Ce fils devint président à mortier en avril 1698, et mourut le 7 août 1709.
[22] Au coin de la rue Pavée et de la rue des Francs-Bourgeois, il existe encore, avec ses curieuses façades sur la cour, telles qu’elles avoient été construites par Diane de France, fille naturelle de Henri II, dont l’initiale et les emblèmes se voient encore dans les frontons, et après laquelle l’hôtel, pour rester dans la bâtardise, passa au duc d’Angoulême, fils naturel de Charles IX et de Marie Touchet, de qui lui vint le nom qu’on lui donne ici. Il prit celui de Lamoignon, qu’il a gardé, lorsque les Lamoignon s’y furent succédé. Le premier fut Chrétien, l’avocat général, qui fit de grandes réparations dans les jardins, qui étoient alors d’une grande étendue; et dont la bibliothèque, qui avoit Adrien Baillet pour bibliothécaire, y devint célèbre. (Germain Brice, édit. de 1701, t. I, p. 323.)
M. d’Aguesseau[23], ruë Pavée, prés Saint André[24].
[23] L’illustre chancelier. Avant d’arriver à l’être, le 2 février 1717, il fut, dès le 12 janvier 1691, avocat général, comme nous le voyons ici, puis en octobre 1700, procureur général.
[24] Son hôtel existe encore. C’est le premier qu’on trouve à gauche en entrant, de la rue Saint-André-des-Arts, dans la rue Pavée, qui s’appelle aujourd’hui rue Séguier, du nom d’une autre illustre famille de magistrats, qui occupoit l’hôtel voisin de celui-ci. Le 27 juin 1714, éclata à l’hôtel d’Aguesseau un terrible incendie qui donna lieu à de grands procès, par suite de la destruction de nombreux dossiers appartenant à diverses parties. (Bruneau, Observations sur les lois criminelles, in-4º, p. 93.)
Procureur General.
M. de la Brisse, rue Barbette.
GRAND CONSEIL.
Premier Président.
M. Bignon[1], rue Saint Jacques.
[1] Deuxième fils de l’avocat général Jérôme Bignon. Son prénom étoit Thierry. Il fut d’abord simple président au grand Conseil, puis, en mars 1690, premier président. Il mourut à soixante-cinq ans, le 19 janvier 1697.
Présidens du premier Semestre.
M. le Boulanger, ruë des petits Augustins.
M. Feydeau de Brou[2], ruë neuve Saint Paul.
[2] Il étoit de cette famille des Feydeau qui donna son nom à l’une des rues du quartier Richelieu, construite vers la fin du XVIIe siècle, lorsque Catherine Vivien, veuve de Pierre Feydeau, étoit dame du fief de la Grange-Batelière, sur lequel on en avoit pris le terrain. (Lebeuf, Hist. du diocèse de Paris, t. IX, p. 38.) Feydeau de Brou avoit eu du roi la présidence au grand Conseil, en 1689, «comme plus ancien maître des requêtes.» (Mém. de Foucault, p. 254.)
M. Joly de Blaizy[3], ruë des Rosiers.
[3] Lisez Joly de Bézy.
M. Roüillé de Marbœuf, ruë Philippeaux.
Présidens du second Semestre.
M. Poucet de la Rivière[4], ruë des Francs Bourgeois.
[4] Mathias Poncet de la Rivière, comte d’Ablis, d’abord conseiller au Parlement, puis maître des requêtes, intendant en Alsace, à Metz, à Bourges, à Limoges, et en même temps, depuis 1676, président au grand Conseil. Il mourut en 1693. Son père, Pierre Poncet, conseiller d’Etat, avoit été en passe de succéder en 1677 au chancelier d’Aligre. Un livre qu’il venoit de publier, Considérations sur les avantages de la vieillesse, etc., l’en empêcha par le ridicule qu’il jeta sur lui, bien qu’il s’y fût couvert par le pseudonyme de baron de Prelle. C’est sa mésaventure qui a fait dire par La Bruyère: «un magistrat alloit par son mérite à la première dignité, il étoit délié et pratique dans les affaires: il a fait imprimer un ouvrage moral, qui est rare par le ridicule.» Des ouvrages de l’Esprit, § 3.
M. Du Tillet de la Bussiere, vieille ruë du Temple[5].
[5] Son fils Jean François, qui fut greffier en chef du Parlement, embellit beaucoup son hôtel de la rue Vieille-du-Temple, dont on remarquoit surtout la porte «avec un balcon au-dessus et une grande fenêtre couronnée d’un fronton.» (G. Brice, édit 1701, t. I, p. 274-275.)
M. de l’Isle, ruë de Torigny.
M. Pinon[6], ruë des Lions, près Saint Paul.
[6] Il étoit de cette famille des Pinon, alliés aux d’Ormesson, qui furent, après les Vivien, seigneurs de la Grange Batelière, près de laquelle une rue bâtie en 1780 porta leur nom jusqu’en 1850, où elle devint la rue Rossini.
Avocats Generaux.
M. de Benoist, rue Beautreillis.
M. Anjoran, rue du Four, près Saint Eustache.
Procureur General.
M. Hennequin, Cloître Notre Dame[7].
[7] Hennequin de Charmont, qui logeoit au cloître chez son frère, chanoine de Notre-Dame et conseiller au Parlement. C’est à lui qu’étoit arrivée cette peu honorable aventure du testament de Mme Valentin, dont il fut fait un conte, attribué à La Fontaine, publié avec plus de vraisemblance dans les Œuvres de Régnier Desmarets, et qui se trouve aussi avec de très-curieuses notes dans le chansonnier Maurepas, t. VII, p. 137-142: Mme Valentin, près de mourir sans enfant, et voulant laisser à son mari tout ce qu’elle possédoit, fit en faveur d’Hennequin, leur ami, un testament qui n’étoit qu’un fidéi-commis impliquant, sans doute possible, restitution au mari. Hennequin ne l’entendit pas ainsi; il se mit en grand deuil comme héritier sérieux, et se hâta de mettre la main sur le bien. Le coup par bonheur étoit prévu. Un second testament, qui annuloit le premier, fut produit à temps en faveur du conseiller des aides, Jérome Bragelogne, un autre ami, mais plus honnête et plus fidèle, qui rendit l’héritage, comme l’avoit voulu la testatrice. «Hennequin, dit une des notes du chansonnier Maurepas, fut déshonoré et vilipendé partout.» La Bruyère a fait une allusion directe à cette affaire dans les Caractères 59 et 60 de son chapitre de Quelques usages.
COUR DES AYDES.
Première Chambre.
Mrs le Camus, Premier Président, ruë de Berry[1] au Marais, et de Briou[2], ruë Michel-le-Comte.
[1] Frère du lieutenant civil, que nous trouverons plus loin, et du cardinal Le Camus. Ils descendoient de Nicolas Le Camus, marchand de la rue Saint-Denis, qui avoit été un des entrepreneurs de la place Royale, où, comme on sait, les bâtiments devoient d’abord servir à l’établissement de grandes manufactures de soie. Un pélican étoit l’enseigne de Le Camus. Ses petits-fils en mirent un d’argent sur champ de gueules, dans leurs armes.
[2] C’est lui dont le fils fit tant de bruit par son mariage avec Mlle de la Force. Quoiqu’il fût gardé à vue chez son père, que son amour pour cette vieille fille, plus âgée que lui de près de vingt ans, désespéroit, elle trouva moyen de le voir et de le faire échapper. Un prêtre, qu’ils avoient gagné, mais qui n’avoit pas l’autorisation de son curé, les maria le 7 juin 1687, le jeune de Briou étant majeur depuis à peine deux mois. Son père ne perdit pas de temps. Dès le 17 juin il faisoit ouvrir une enquête, puis il obtenoit une audience du roi, auquel il remontroit que Mlle de la Force qui étoit pauvre n’en avoit voulu qu’au bien de son fils qui étoit considérable; et le roi lui promettoit que, malgré la puissance de la famille de Mlle de la Force, il laisseroit toute liberté à la justice. L’incarcération du fils à Saint-Lazare fut un des premiers effets de cette promesse. Ensuite vint le procès, qui aboutit, le 15 juillet 1689, à un arrêt qui cassoit le mariage pour abus de célébration. (Nic. Nupied, Journal des principales audiences du parlement, 1733, in-fol., t. IV, p. 189.) La Fontaine a parlé de cette affaire dans sa deuxième lettre au prince de Conti (18 août 1689).
Deuxième Chambre.
Mrs Payen, dans le Temple, et Chassepot de Beaumont, rue Beautreillis.
Troisième Chambre.
Mrs de l’Estoile de Gravelle, rue de Sorbonne, et le Vasseur, ruë de Berry.
Avocats Generaux.
M. des Aguests[3], ruë Vivienne.
[3] Il avoit cette charge depuis six ans: «M. des Aguets, homme de beaucoup d’esprit, écrit Dangeau, le 20 mai 1686, a été fait avocat général de la Cour des Aydes.»
M. Bignon, ruë des Bernardins.
M. des Aguets de Gueitot, rue Mauconseil.
Procureur General.
M. du Boscq, Isle Notre Dame.
CHAMBRE DES COMPTES.
Premier Président.
M. Nicolaï[1], vieille ruë du Temple.
[1] Le sixième de cette grande famille des Nicolaï qui, de 1506 à 1791, fournit, sans interruption, son président à la Chambre des comptes. Il étoit si bien admis, dans l’ancienne Cour, qu’un Nicolaï devoit seul occuper cette charge que pendant la Restauration, le prince de Condé ne pouvoit s’empêcher d’appeler le marquis de Barbé Marbois, alors président des Comptes: «Mon cher Monsieur de Nicolaï.»--Celui qui figure ici, Jean-Aymard de Nicolaï, fut en charge pendant quarante-huit ans, de 1686 à 1734. Nous ajouterons que ce sont les archives de cette famille, mises à la disposition de M. A. de Boislisle par M. le marquis de Nicolaï, qui lui ont fourni les éléments de son bel ouvrage, la Chambre des Comptes de Paris.
Autres Présidens.
M. de Bretonvilliers[2], Isle Notre Dame[3].
[2] Le Ragois de Bretonvilliers, qui mourut en janvier 1700, sans qu’on eût beaucoup parlé de lui, si ce n’est à cause de sa femme, Claude-Élisabeth Perrot, dont l’intimité avec l’archevêque de Harlay fit quelque peu scandale, et à cause aussi des magnificences de son hôtel.
[3] L’hôtel Bretonvilliers, bâti de 1641 à 1643, pour le père du président nommé ici, et qui étoit, lui, secrétaire du roi, et intéressé dans les fermes, se trouvoit à la pointe de l’Ile Notre-Dame ou Saint-Louis. Le quai sur pilotis qu’il avoit fait construire à l’entour de cette pointe et les fondations seules de son hôtel lui avoient coûté huit cent mille livres. On peut juger par-là de la dépense du reste, dont on peut lire d’ailleurs le curieux et magnifique détail dans l’ouvrage de Brice (1701, in-8, t. I, p. 392-394).--A la mort du président des Comptes, en 1700, son hôtel fut aussitôt mis en vente, mais ne trouva acquéreur qu’en 1716. C’est le maréchal de Tallard qui l’acheta, pour la somme relativement minime de 220,000 livres. On y plaça sous Louis XV la Cour des Aides. Les principales façades furent détruites pendant la Révolution. Ce qui restoit de l’hôtel du côté du quai fut emporté dernièrement pour le percement du boulevard Henri IV.
M. Lambert de Torigny[4], la même[5].
[4] Claude-Jean-Baptiste Lambert de Thorigny, mort en août 1700. Il avoit eu, au mois de juin 1685, la survivance de son père. Il étoit gendre du fameux Bontems.
[5] Il s’agit de l’hôtel Lambert, situé en effet dans «la même» Ile, tout près de l’hôtel Bretonvilliers. Le Vau le construisit pour Nicolas Lambert, dit «le riche», suivant Tallemant, grand-père de celui qui figure ici, et comme lui président des comptes. Il y eut de sa part en le faisant bâtir un peu de dépit contre Bretonvilliers, par qui, selon Tallemant encore, il s’étoit laissé enlever la riche héritière Elisabeth Perrot. Vaincu par lui sur le terrain du mariage, il voulut l’emporter contre lui sur un autre, celui des constructions, en se bâtissant un hôtel plus beau que celui que Bretonvilliers tenoit de son père. Il n’y réussit pas. L’hôtel Lambert, tout superbe qu’il fût, avec ses peintures de Romanelli, de Lebrun et de Lesueur, resta, comme magnificence des bâtiments, étendue et point de vue, inférieur à son voisin. G. Brice, édit. de 1701, t. I, p. 388-391, en a donné une intéressante description, et il existe, sous le nom de galerie Lambert, une collection de gravures de Picard, datées de 1740, qui reproduisent les peintures qu’y avoient faites Lebrun et Lesueur. L’hôtel, qui fut plus tard la propriété du fermier général Dupin, où Voltaire logea avec Mme du Châtelet, etc., appartient aujourd’hui, depuis 1842, à la famille Czartoriski.
M. Paris[6], rue neuve Saint Paul.
[6] Il avoit succédé à son père, l’un des députés de la Chambre des comptes aux conférences de Rueil, pendant la Fronde (Gazette de France, 6 mars 1649).
M. Rezé[7], rue des Bourdonnois.
[7] De la même famille que le président des requêtes Bernard de Rezé, que nous avons vu plus haut.
M. Rossignol[8], près les Filles Saint Thomas.
[8] Il avoit eu sa charge, en octobre 1688, par l’influence de Louvois, à la mort de M. Dupré. Il étoit fils de Rossignol, qui avoit été si utile à Richelieu, puis à Mazarin, par sa facilité à déchiffrer les écritures secrètes. (Historiettes de Tallemant, édit. P. Paris, t. II, p. 33-34.) Son fils avoit hérité de son savoir. «C’étoit, dit Dangeau (14 octobre 1705), à l’époque de sa mort, le plus grand déchiffreur de l’Europe.» Peut-être M. Paulin Paris a-t-il raison, lorsque parlant du père, qui avoit eu si bien le premier la clé de toutes les écritures cachées, il dit: «Je croirois assez que de cet habile homme vient le nom de rossignols, donnés aux clés passe-partout.» Notes sur Tallemant, t. II, p. 94.
M. le Vassan[9], rue neuve Sainte Geneviève.
[9] Lisez de Vassan.
M. Brunet de Monferrant[10], rue des Francs-Bourgeois.
[10] Il avoit acheté une des nouvelles charges 100,000 écus, «comme le roi, dit Dangeau, les a fixées.» Un beau portrait de lui gravé par P. Drevet, d’après F. de Troye, se trouve en tête des Nouvelles remarques, ou réflexions critiques, morales et historiques, par l’abbé Bordelon, vol. in-12 publié en 1695, qui lui est dédié.
M. Gilbert[11], rue de Torigny.
[11] Louis-Charles Gilbert, qui occupoit cette charge de président à la Chambre des Comptes, depuis 1691. Il étoit fils du marchand Gilbert, qui vendoit du drap, près des Saints Innocents, à l’enseigne des Rats, et à qui sa grosse fortune avoit valu de pouvoir marier sa fille Jeanne au Conseiller d’Etat, Fleuriau d’Armenonville, dont il a été parlé plus haut. Ce mariage avoit été beaucoup remarqué et chansonné. (V. le Chansonnier ms. de Maurepas, t. VII, p. 43 et 275.) Le président Gilbert étoit des plus entendus. Il fit notamment un rapport célèbre, qui donna gain de cause au Roi contre le duc de Bouillon dans un important procès. (Dangeau, 9 avril 1715.) Il étoit aussi fort riche. En 1705, son fils avoit pu acheter 55,000 livres le régiment de Chamillart.
M. Tambonneau[12], rue de l’Université[13].
[12] Son père, auquel il succéda, comme président des Comptes, en 1684, a, dans Tallemant, son historiette, où ni lui ni sa femme ne sont fort bien traités. (Edit. P. Paris, t. VII, p. 80, etc.) Le fils, avant d’avoir sa charge, avoit dès 1657 été conseiller au Parlement, puis envoyé extraordinaire à Cologne, et ambassadeur en Suisse. Il mourut, ayant environ quatre-vingt-huit ans, au mois de novembre 1719.
[13] Il habitoit «cette belle maison auprès du Pré aux Clers», comme dit Tallemant, que Le Vau avoit bâtie pour son père, et qu’on voit déjà figurée, en 1652, sur le plan Gomboust. Elle est décrite par G. Brice (édit. de 1701, t. II, p. 267), avec son ordre dorique en pilastres, sa cour «d’une étendue considérable», ses appartements doubles, et son jardin où, ajoute G. Brice, «La Quintinie fameux jardinier du Roy a fait son apprentissage.» Tambonneau la vendit longtemps avant de mourir. En février 1698, il entra en marché avec M. le comte de Marsan, et après quelques difficultés à propos de la propriété d’une moitié de jardin, qui sont curieusement racontées dans les Annales de la Cour et de Paris, t. I, 221, l’affaire s’arrangea. Tambonneau avoit, paroît-il, besoin de vendre. Le prix fut de 235,000 livres, mais l’on calcula qu’avec les réparations à faire, et l’achèvement de quelques parties, l’hôtel ne monteroit pas à moins de 100,000 écus (Dangeau, 5 fév. 1698). En 1710, le comte de Marsan le vendit à M. de Matignon. Quatorze ans après son petit-fils, le prince de Pons, le racheta, et le garda toute sa vie. On ne l’a démoli qu’en 1845, pour percer la rue Neuve de l’Université, dont le nom actuel est rue du Pré aux Clercs, et qui par sa longueur, de la rue de l’Université à la rue Saint-Guillaume, permet d’apprécier ce qu’étoit l’étendue de ce magnifique hôtel.
M. Robert[14], rue Neuve Saint Augustin.
[14] Louis Robert de Fortille. Nous nous étonnons qu’il figure ici, car il avoit, deux ans auparavant, le 20 décembre 1690, donné démission de sa charge pour payer ses dettes, à la suite d’énormes pertes au jeu. (Dangeau, 20 déc. 1690.) C’étoit un des plus gros joueurs de Paris. On veut que La Bruyère l’ait eu en vue dans le 75e Caractère de son chapitre des Biens de fortune: «Mille gens se ruinent au jeu...» Un jour, chez Lauzun, il avoit perdu contre le prince Philippe dix mille pistoles «qu’il paya, sans vouloir de composition», dit Dangeau (13 août 1686). Il étoit parent de Louvois, dont il avoit très-énergiquement secondé les projets en Hollande, comme intendant des places conquises. (C. Rousset, Hist. de Louvois, t. I, p. 435.) L’Espine, des bâtiments du roi, que nous trouverons plus loin, étoit son beau-père.
M. Larcher[15], Couture Sainte Catherine.
[15] Pierre Larcher, marquis d’Esternay, qui fut président à la Chambre des Comptes, de 1651 à 1700, époque où il se démit en faveur de son fils. Il passoit pour avoir été le conseiller de la princesse de Carignan, pour la rédaction de ce fameux testament par lequel trois de ses enfants étoient déshérités.
La Charge d’Avocat Général vacante.
Procureur Général.
M. Roüillé[16], près l’Hôtel d’Angoulesme.
[16] Il ne quitta cette charge qu’en juin 1701, pour celle de Directeur des finances, moyennant 800,000 livres payées au Trésor. Elle venoit d’être créée en double. Armenonville eut l’une, comme on l’a vu plus haut, Rouillé eut l’autre. Il passoit pour ami des lettres. Sénecé lui a adressé une de ses épigrammes qui finit ainsi:
A vous qui reconciliez Les Muses avec les finances.
Requestes de l’Hôtel du Roy.
M. De Fortia[17], premier Président, rue de Baune, près le Pont royal.
[17] Bernard de Fortia, doyen des maîtres des requêtes de l’Hôtel. Il mourut le 20 octobre 1694.
Procureur Général.
M. Maboulle[18], rue de Sorbonne.
[18] Il occupoit cette charge, depuis vingt ans, par la cession que lui en avoit faite Nicolas Foucault, qui en parle ainsi dans ses Mémoires (in-4º, p. 16): «1672. Le 1er janvier, j’ai passé ma procuration ad resignandum de la charge de procureur général des requêtes de l’hôtel à M. Maboul, en exécution du traité fait avec lui de ladite charge, moyennant 78,000 livres, dont il s’est obligé à payer 38,000 livres comptant. Le même jour, je lui ai rendu les provisions en main.»
COURS DES MONNOYES.
Premier Président.
M. Colignon de Champigny[1], rue S. Thomas du Louvre.
[1] Il venoit de succéder à son père Nicolas Cottignon--et non Colignon--de Chauvry, mort le 22 mars 1692, à 83 ans, et qui cumuloit cette charge à la Cour des Monnoies, avec celle de généalogiste du roi.
Autres Présidens.
M. Cousin[2], rue de Guenegaud.
[2] Louis Cousin, que ses traductions des principaux auteurs byzantins publiées sous différents titres, de 1672 à 1683, firent nommer de l’Académie françoise, le 19 mai 1697. Il mourut en mars 1707.
M. Feydeau, Isle Notre Dame.
M. de Lochefontaine, rue de Guénégaud.
M. Hourlier[3], Porte Saint Michel.
[3] Claude Hourlier, que nous trouverons plus loin, bailli du Palais.
M. le Vacher, à l’Arsenac.
M. Desbiais, rue Sainte Avoye.
M. Faudet[4], rue Barbette.
[4] Lisez Faudel. Il avoit épousé la fille de Zacharie Morel, maître de la Chambre aux deniers. Suivant les Clés de La Bruyère, c’est à sa femme qu’il seroit fait allusion dans le 28e Caractère du chapitre de Quelques usages: «la fille d’Aristippe est malade...» Le président Faudel mourut en septembre 1707.
Avocats Generaux.
M. Guillaine, ruë d’Enfer.
M. Hurez, ruë Quinquempoix.
Procureur General.
M. de Selles, rue des fossez Montmartre.
AMIRAUTÉ.
M. le Comte de Thoulouse, Grand Amiral en Cour.
Les Charges de Lieutenants Généraux et Particuliers, de Conseillers et d’Avocats du Roy, vacantes.
M. Jacob, Procureur du Roy, rue Perdue.
CHASTELET.
Prevost de Paris[1].
[1] Le prévôt de Paris y étoit le représentant de l’autorité et de la justice royale, mais depuis la création de la Lieutenance de police en 1666, sa charge s’y étoit singulièrement amoindrie.
M. de Bullion[2], ruë Platrière[3].
[2] Le marquis de Bullion, fils du surintendant Claude de Bullion, qui s’étoit fait sous Richelieu une si grosse fortune. Le marquis avoit prêté serment au Parlement, comme prévôt de Paris, le 22 mai 1685. Cette charge rapportoit 8,000 livres, il l’avoit payée 50,000 écus. Toute diminuée qu’elle fût, elle avoit son importance, surtout comme prestige d’autorité: «les arrêts du Châtelet, écrit Dangeau (20 octobre 1684), se rendent au nom du prévôt de Paris, et le lieutenant civil est à son égard ce que sont les lieutenants généraux dans les présidiaux, à l’égard du grand bailli ou du sénéchal de la Province.» Le marquis de Bullion mourut fou, en 1721, dans une de ses maisons de la Beauce, où on l’avoit enfermé. «Un de ses cadets, écrit Saint-Simon, étoit dès lors prévôt de Paris, sur sa démission.» (Mémoires, in-18, t. XI, p. 397.)
[3] Il habitoit l’hôtel que Le Vau avoit bâti pour Claude de Bullion, de 1630 à 1634, et qui existe encore en partie au nº 3 de la rue Jean-Jacques Rousseau, ancienne rue Platrière. On y lit toujours au-dessus de la porte: Hôtel Bullion. Il fut longtemps un des plus beaux du quartier et des environs. (V. notre Histoire de la Butte des Moulins, p. 95.) Il perçoit jusqu’à la rue Coq-Héron. C’est même de ce côté-là que s’en trouvoient la galerie basse, avec sa série des douze mois peinte par Blanchard, et la galerie haute, où Simon Vouet avoit peint, en 1634, les aventures d’Ulysse. Cette partie fut détachée de l’hôtel dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. La loge maçonnique de Saint Jean d’Ecosse s’y établit en 1779, dans la galerie même de Vouet, qui étoit encore très-bien conservée. L’autre partie, sur la rue Platrière, étoit devenue ce qu’elle resta longtemps, presque jusqu’à nos jours: l’hôtel des ventes. De nombreux locataires l’occupoient. On voyoit entre autres écriteaux sur la porte, en 1789, suivant le Provincial à Paris (Quartier du Louvre, p. 134): «M. Taima dentiste.» C’étoit le père du grand tragédien.
Lieutenant Civil.
M. le Camus[4], ruë de Paradis.
[4] Frère du président à la Cour des aides, dont nous avons parlé plus haut. Il avoit commencé par être maître des requêtes, puis intendant d’Auvergne. C’est depuis le 4 septembre 1671 qu’il étoit lieutenant civil. Lorsqu’en 1684 les juridictions du grand et du petit Châtelet, qui avoit aussi son lieutenant civil, furent réunies, sa charge, devenue plus importante, puisqu’elle restoit seule, lui fut conservée. C’étoit, suivant Saint-Simon, un fort honnête homme, mais, ajoute-t-il (t. V, p. 342), «glorieux à un point qu’on en rioit, et qu’on en avoit pitié.» Il étoit frère du premier président de la Cour des Aides, et du cardinal Le Camus, et quand il disoit: «Mon frère le Cardinal», il se rengorgeoit que c’étoit un plaisir.
Lieutenant General de Police.
M. de la Reynie[5], rue du Boulloy.
[5] La charge de Lieutenant de police avoit été créée pour lui en 1666. Il l’occupa jusqu’à ce qu’en 1697 le roi l’en eût déchargé sur sa demande. Il ne garda que la place de Conseiller d’Etat, qu’il avoit depuis 1680. Il étoit né à Limoges le 25 mai 1625, de Nicolas de la Reynie, qui depuis 1608 y étoit conseiller du roi en la sénéchaussée et siége présidial. Lui-même commença dans un présidial, celui de Bordeaux, où il fut président en 1646. Il devint ensuite Maître des requêtes, en 1661, puis enfin, cinq ans après, lieutenant de police. Il mourut le 24 juin 1709, à quatre-vingt-quatre ans. Il fut enterré sans aucune pompe, au petit cimetière Saint-Joseph, «ainsi qu’il l’avoit demandé.» (Mercure, juin 1709, p. 297.)
Lieutenant Criminel.
M. d’Effila[6], rue de la Verrerie.
[6] Lisez Deffita. Il avoit, en 1666, succédé dans cette charge à Tardieu, si fameux par son avarice, et dont Boileau a rappelé l’assassinat dans sa Xe satire. Deffita, qui avoit d’abord été procureur du roi des requêtes de l’hôtel, charge qu’il céda à Nicolas Foucault, pour devenir lieutenant criminel, conserva ce dernier emploi jusqu’à sa mort à la fin de novembre 1700. Nicolas Le Comte lui succéda le 1er février suivant.
Lieutenans Particuliers.
Mrs du Martray[7], rue du Mail, et Pasquier, rue Bourlabbé.
[7] Il étoit gendre de Félix, premier chirurgien du roi, qui lui fit avoir en 1699 une pension de 500 écus. (Dangeau, 17 octobre 1684, et 14 juillet 1699.)
Lieutenant Criminel de Robe Courte.
M. Bachelier du Moncel, rue de Clery.
Prevost de l’Isle de France[8].
[8] C’étoit le titre que prenoit le prévôt des maréchaux, dont la juridiction s’étendoit sur toute l’Ile de France. Un autre prévôt siégeoit à Melun, pour le reste de la généralité de Paris.
M. Francine de Grand Maison[9], rue des Prouvaires.
[9] Il étoit frère de Francine, qui avoit épousé une sœur de Lulli, et qui devint, après celui-ci, directeur de l’Opéra. Francine de Grandmaison se démit de sa charge en faveur de son fils, qui la céda lui-même, mais fort tard, en 1718. «Suivant l’usage, écrit Dangeau (12 novembre 1718), son successeur fut installé à la table de marbre par MM. les maréchaux de France.»
Chevalier du Guet.
M. Chopin, rue de la Verrerie.
Juge Auditeur.
M. Testebone, rue Saint Antoine.
Avocats du Roy.
M. Brochard, rue Haute-fueille.
M. Leschassier[10], rue du Jardinet.
[10] Il étoit frère du supérieur du séminaire de Saint-Sulpice, et de Mlle Lechassier dont nous avons vu plus haut les grandes aumônes. Il mourut à 84 ans, le 12 août 1725.
M. Mallet, rue Neuve Saint Mederic.
Procureur du Roy.
M. Robert[11], rue Sainte Avoye.
[11] Claude Robert. Il étoit depuis longtemps attaché à la juridiction du Châtelet, où il avoit commencé par être lieutenant particulier. Il y a deux lettres de lui dans la Correspondance des contrôleurs généraux, publiée par M. de Boislisle.
PREVOSTÉ DE L’HOSTEL DU ROY[12].
[12] Tribunal que présidoit le grand prévôt. Il jugeoit les délits et procès survenus entre les gens de cour, et de plus tous les crimes commis à Paris, lorsque le roi y résidoit.
Grand Prevost.
M. de Sourches[13], rue de l’Université.
[13] Louis-François du Bouchet, marquis de Sourches, avoit eu de son père la survivance de la grande prévôté, le 15 septembre 1649. Il fut, avant d’en être titulaire, conseiller d’Etat, colonel du régiment d’infanterie qui portoit son nom, major général de M. de Luxembourg en Hollande, gouverneur du Maine et du Perche. Il se démit de la grande prévôté, le 25 août 1714, en faveur de son fils, et mourut le 4 mars 1716. Il a laissé des Mémoires qui sont du Dangeau développé et du Saint-Simon éteint. Le troisième volume, qui comprend les années 1685 et 1686, a seul été publié en 1836 par M. Adelhm Bernier, d’après le manuscrit trouvé par lui un peu auparavant, et qui provenoit de la bibliothèque du président Roland, vendue en 1834. Le reste existe au château de Sourches, propriété du duc Descars.
Lieutenans Generaux.
M. Barbier, cul de Sac Saint Sauveur.
M. Cornu de Noyon, rue Poupée.
Procureur du Roy.
M. Colinet, prés Saint Gervais.
CHAMBRE DU TRÉSOR.
Lieutenant General.
M. Vigneron, rue Jean Lointier.
Procureur du Roy.
M. le Sec de Saint Martin, rue de la Harpe.
CONNESTABLIE ET MARESCHAUSSÉE.
Lieutenant General.
M. de Ladarel, rue du Puis, près les Blancs Manteaux.
Lieutenant Particulier.
M. Favart, rue Saint Honoré.
Procureur du Roy.
M. de la Fond, rue Saint Martin.
HOSTEL DE VILLE.
Prevost des Marchands.
M. de Fourcy[1], rue du Jour[2].
[1] Le même que nous avons vu plus haut parmi les conseillers d’Etat de semestre.
[2] Lisez rue de Jouy, comme plus haut, p. 51.
Eschevins[3].
[3] Il y en avoit seize et non pas quatre seulement. Ceux qui suivent ne figurent ici que parce qu’ils avoient été les derniers élus en 1690 ou 1691.
M. de la Leu[4], rue Saint Denis.
[4] Il étoit conseiller du Roi et notaire au Châtelet. L’une de ses filles épousa le fermier général Dupleix de Bacquancourt, et l’autre Verani de Varennes, receveur des tailles de l’élection de Montdidier. (Mercure, sept. 1734, p. 2089.)
M. Tardif[5], rue Saint Honoré.
[5] Il étoit, de plus, conseiller de ville. Son élection datoit de 1691.
M. Chauvin[6], rue Saint Denis.
[6] Son titre de quartenier, c’est-à-dire d’officier de police, chargé de faire respecter dans son quartier l’autorité municipale, ne l’avoit pas empêché, ce qui étoit rare, à cause du double emploi, d’arriver à l’échevinage, en 1690.
M. Savalette[7], rue Saint Antoine.
[7] Notaire au Châtelet. Il étoit fils du fameux vinaigrier de la rue Beaubourg, Savalette, dont l’histoire un peu arrangée par Le Noble, dans son Gage touché, 1711, in-12, p. 83, servit de sujet à Mercier pour sa pièce, la Brouette du Vinaigrier.
Procureurs du Roy.
M. Titon, rue Sainte Avoye.
M. Girard Substitud, Quay Pelletier.
JUGE ET CONSULS DES MARCHANDS.
Grand Juge.
M. Clerambault, rue Jean Loinctier.
Consuls.
M. Rosseau, Chevalier du Guet.
M. Arnot, rue Saint G. Lauxerrois.
M. Convert, Quay des Orfèvres.
M. la Roze, rue de la Cossonnerie; lesquels Juge et Conseils seront chargez le 27 Janvier de la presente Année 1692.
EAUX ET FORESTS.
Lieutenant General.
M. Brachet, ruë Saint Martin.
Lieutenant Particulier.
M. Goupy, rue Sainte Avoye.
Avocat General.
M. de l’Hommeau, vieille rue du Temple.
Procureur General.
M. Menard, rue Perdue.
ELECTION[1].
[1] Juridiction des Élus, c’est-à-dire des magistrats, chargés par voie d’élection d’assister les commissaires royaux dans la levée des Aides, et la répartition des Tailles. Ils avoient en outre la garde des deniers qui en provenoient. Les pays d’État n’avoient pas d’Élus, aussi appeloit-on, pour les distinguer, pays d’Élection ceux qui en avoient. Paris figuroit dans le nombre, avec un personnel considérable: un président, un lieutenant, un assesseur, vingt conseillers, un avocat du Roi et un procureur du Roi, un substitut et un greffier en chef. Les deux principaux de cette magistrature figurent seuls ici.
Président.
M. de Chevriere, rue Saint André.
Procureur du Roy.
M. de Chenedé[2], rue des Billettes.
[2] Joachim de Chénedé, qui, après avoir été conseiller au présidial d’Angers, et maire de la ville, fut successivement conseiller, avocat et procureur du Roi, en l’Élection de Paris. Il avoit épousé la fille de Bachelier, premier valet de la garde-robe du Roi. Il mourut le 8 avril 1694.
BAILLIAGE DU PALAIS.
Bailly.
M. Hourlier[3], porte Saint Michel.
[3] Claude Hourlier, que nous avons vu plus haut président de la Cour des Monnoies. Il avoit, comme bailli du Palais, droit d’inspections sur toutes les boutiques qui s’y trouvoient, entre autres celles des libraires du perron de la Sainte-Chapelle, et des galeries Mercière et des Prisonniers. C’est ce qui fait comprendre pourquoi Thomas Quinet, à qui Molière avoit cédé son privilége pour la publication du Dépit amoureux, le dédia à M. Hourlier. Celui-ci mourut en juillet 1700.
Procureur du Roy.
M. Robert, rue Sainte Avoye.
MASSONNERIE.
Lieutenant General.
M. de l’Espine[4], prés Saint Roch.
[4] Beau-père du président Robert, dont il a été parlé plus haut. Il avoit, en 1667, donné «l’avis et plan pour l’aplanissement de la Butte des Moulins ou Saint Roch», ce qui lui avoit permis de s’y faire une belle part dans les terrains à construire. (V. notre Histoire de la Butte des Moulins, 1877, in-18, p. 81, 84.)
SCEANCES DES TRIBUNAUX, ET JURISDICTIONS DE PARIS.
Les Tribunaux sont au dedans, ou hors de l’enclos du Palais.
Ceux qui sont dans l’enclos du Palais, sont le Parlement, la Chambre des Comptes, la Cour des Aydes, la Cour des Monnoyes, l’Amirauté, les Requestes de l’Hotel, les Requestes du Palais, la Chancellerie du Palais. Le Bureau des Trésoriers de France, la Chambre Souveraine, des Decimes, l’Amirauté, la Table de Marbre, Eaux et Forests, la Chambre du Trésor, l’Election, le Bailliage du Palais[1] et la Maçonnerie.
[1] L’Almanach royal, pour 1702, p. 65, ajoute ici: «la Bazoche, qui est la juridiction des clercs.»
Ceux qui sont hors l’enclos du Palais sont, le grand Conseil du Roy, et la Prevosté de l’Hotel de Sa Majesté, qui tiennent leurs Seances à l’Hotel d’Aligre, rue Saint Honoré, et rue Bailleul[2].
[2] Le grand Conseil dut quitter, sous Louis XV, l’hôtel d’Aligre qui menaçoit ruine. Il fut alors installé au Louvre, dans la partie qui longe le jardin de l’Infante. Il ne reste de l’hôtel d’Aligre, rue Saint-Honoré, qu’une cour, qui la met en communication avec la rue Bailleul, et qu’on appelle passage d’Aligre.
Les Prevost des Marchands et Eschevins, qui ont leur siége à l’Hôtel de Ville.
Les Juge et Consuls des Marchands, qui tiennent leurs Audiances au Cloitre Saint Mederic[3].
[3] C’est-à-dire Saint-Merry. La maison des Juges Consuls, qui servit, après eux, au Tribunal de Commerce, jusqu’à ce qu’on l’eût transféré à la Bourse, existe encore en partie dans la rue du Cloître, telle qu’elle avoit été reconstruite sous Louis XV. M. de Crissé dans ses Souvenirs du vieux Paris, 1836, in-fol., pl. 26, a donné une lithographie exacte de l’escalier qui en est le reste le plus curieux.
La Jurisdiction des Poudres et Artillerie, et celle de la Chambre Royale, qui se tiennent à l’Arsenal.
La Justice des Garennes et Chasses, qui se tient aux Galleries du Louvre.
Celle des Officiers du Grenier à Sel, qui ont leur siege au Carrefour des trois Maries.
L’Officialité, la Justice Notre-Dame, la Temporalité et la Chambre de Jurisdiction de M. le Chantre, qui se tiennent à l’Archeveché et au Cloitre Notre Dame.
Enfin la Justice du Temple, et celle de saint Jean de Latran, qui se tiennent dans les enclos de ces deux Prieurez[4].
[4] L’enclos de Saint-Jean de Latran, siége de la commanderie des Hospitaliers de Saint-Jean, qui relevoit de l’ordre de Malte, se trouvoit place Cambray; en face du Collége de France, et s’étendoit jusqu’à la rue Saint-Jean de Beauvais, où étoit la Chapelle. La Tour d’entrée qui étoit sur la place et qu’on appela dans les derniers temps Tour Bichat, du nom du célèbre médecin qui s’y étoit fait un cabinet pour ses expériences anatomiques, n’a été détruite qu’en 1855.
L’Ouverture du Parlement se fait le lendemain de la Saint Martin, auquel jour la Cour après avoir assisté en Robes rouges à la Messe solennelle qui se dit dans la grand’Salle du Palais[5], reçoit le Serment des Avocats et Procureurs.
[5] L’autel de Saint-Nicolas, qui étoit, en effet, dans la Grand’salle, et où l’on disoit chaque jour la messe.
Messieurs les Avocats Generaux, font leurs harangues à la Cour le Lundi de la huitaine franche d’après la Saint Martin.
Les Mercuriales[6] se font par M. le Procureur Général, le même jour et le lendemain de la Quasimodo.
[6] C’est ce que nous appelons discours de rentrée. Il ne faut pas les confondre avec les anciennes mercuriales, que le Procureur général avoit le droit d’adresser, dans les assemblées du mercredi--leur nom en étoit venu--comme observations et remontrances aux Magistrats sur leur conduite, et la façon dont ils administroient la justice.
Depuis Pâques jusqu’aux Vacations qui arrivent le sixieme Septembre, lors qu’une Fête arrive le Jeudi on plaide le Vendredi à la grand Chambre.
Tous les jours ouvrables depuis la Saint Martin jusqu’au Careme, la Cour se leve le matin à 10 et de relevée à quatre heures.
Pendant le Careme et jusqu’à la fin du Parlement, elle se leve le matin à onze heures, et de relevée à cinq.
Le Mardi-gras, le Vendredi de l’Octave de Paques, et le jour de la saint Nicolas[7] en Mai, la Cour se leve le matin à neuf heures et n’entre point de relevée[8].
[7] C’étoit un patron très-fêté au Palais, où nous venons de voir qu’il avoit son autel dans la Grand’salle.
[8] L’Almanach royal de 1702, p. 66-67, après avoir donné ce détail, ajoute: «Delà vient le proverbe: Quand la Cour se lève matin, elle dort l’après dînée.»
Nosseigneurs de la grand Chambre du Parlement, tiennent les grandes Audiances de Robes rouges sur les hauts Sieges, les Lundis, les Mardis, et les Jeudis, depuis huit heures du matin jusqu’à dix; et celles de Robes noires de relevée les Mardis pour les causes du Role, et les Vendredis pour celles des Placets[9].
[9] Le placet étoit une démarche succincte, par écrit, pour obtenir justice. Le mot vient du latin placere, plaire.
Les Audiances ordinaires de la grand Chambre qui se tiennent sur les bas Sieges en Robes noires, sont données les Mercredis, Vendredis, et Samedis, outre les petites Audiances qui se donnent tous les jours à l’exception des Lundis depuis sept jusqu’à huit heures du matin.
Nosdits Seigneurs donnent encore Audiance à la Tournelle civile tous les jours depuis dix heures jusqu’à midi; à la grande Tournelle criminelle le samedi, et à la petite Tournelle criminelle le Mercredi, et le Vendredi depuis 8 jusqu’à dix heures[10].
[10] On appeloit ces juridictions tournelles, parce qu’elles avoient d’abord été établies au Palais dans les deux tours jumelles qui flanquent l’entrée de la Conciergerie sur le Quai. Sauval (t. III, p. 407) donne l’extrait d’un compte de 1472 où on lit: «A... charpentier, pour la réparation par lui faite en deux tournelles estant au Palais du côté de la rive de la Seine, l’une appelée la Tournelle civile, et l’autre la Tournelle criminelle.»
Les Audiances de la première et de la deuxième Chambre des Enquestes, se tiennent le Mercredi et le Samedi, celles de la cinquième les Lundis et Jeudis, et celles de la quatrième le Mardi et le Vendredi.
Nosseigneurs les gens du Roy, tiennent tous les matins leurs Audiances au Parquet où ils jugent les affaires qui leurs sont renvoyées, les conflits d’entre les Chambres du Parlement, etc., et où Nosseigneurs les Avocats Généraux prennent communication par les Avocats et Monseigneur le Procureur Général par les Substituts de toutes les affaires dans lesquelles ils doivent conclure.
La Tournelle où Mrs les Avocats Généraux vont alternativement de trois en trois mois est composée de six Conseillers de la Grand Chambre, et de huit des Enquestes; c’est de quoi Mrs les Doyens de la Grand Chambre et de la première Chambre des Enquêtes se peuvent dispenser.
Tous les jours ouvrables ausquels il n’y a point d’Audiances de relevée excepté la veille de la Fete Dieu et la veille de la Notre Dame d’Aoust, la Cour juge de Commissaires les Procez de Rapport.
La Séance de Grace pour les Prisonniers, se tient la surveille de Noel, le Mardi de la Semaine Sainte, la surveille de la Pentecote, la veille de la Saint Simon Saint Jude.
Le premier Rolle qui se plaide est pour la Province de Vermandois, il commence après la Saint Martin et finit au dernier Décembre.
Celui du Bailliage d’Amiens va jusques au quinze Janvier, et celui du Bailliage de Senlis jusqu’à la fin du même mois.
Le Roolle de Paris commence après la Chandeleur, et continue tout le Careme, quelque fois même après Paques, au gré de Monseigneur le premier Président.
Le Roolle de Champagne et de Brie, commence après la Quasimodo et finit en Mai, quelques fois au commencement, d’autres fois au quinze et souvent à la fin.
Le Roolle de Poitou se plaide pendant le reste de Mai, et tout le mois de Juin.
Le Roolle de Lion, pendant la premiere quinzaine de Juillet.
Le Roole de Chartres dure le reste des Plaidoiries, excepté les deux derniers jours dont l’un est pour le Roolle d’Angoumois, et l’autre pour les présentations.
Les Lundis et Mardis on plaide du Roolle ordinaire des Provinces et Bailliages, les Jeudis matins et les Mardis et Vendredis de relevée du Roolle extraordinaire.
Nosseigneurs des Requestes de l’Hotel du Roy, et Nosseigneurs des Requestes du Palais, donnent leurs Audiances, les Lundis et Jeudis, depuis dix heures du matin jusqu’à midi, et les Mardis et Vendredis, depuis deux heures de relevée jusqu’à cinq[11].
[11] «A compter, lit-on dans l’Almanach royal, à compter du jour de la rentrée jusqu’au mois de mars; et, depuis le premier mars, les audianciers commencent à pareille heure jusqu’à six. Quelques fois, ajoute encore l’Almanach, nos Seigneurs des Requêtes de l’hôtel donnent des audiances extraordinaires de relevée, pendant un tems, dont ils font avertir à la communauté des Procureurs.»
Les Audiances de la Chancelerie du Palais tiennent les Mercredis et Samedis du matin.
Nosseigneurs du grand Conseil du Roy, donnent Audiance les Lundis, Mardis, Jeudis et Vendredis, depuis neuf heures jusqu’à midi, et jugent les Procez de Rapport les Mercredis et Samedis, pendant que Nosseigneurs les gens du Roy, jugent au Parquet les affaires qui leurs sont envoyées, et prennent communication les autres jours des affaires dans lesquelles ils doivent conclure.
Nosseigneurs de la Chambre des Comptes tiennent tous les jours leurs Audiances depuis neuf heures du matin jusqu’à onze, et de relevée depuis deux heures jusqu’à cinq.
Nosseigneurs de la Cour des Aydes, donnent leurs Audiances en la première Chambre, les Lundis, Mardis, Jeudis, et Vendredis, et dans la deuxième et troisième Chambre les Mercredis, Vendredis et Samedis.
Les Plaidoiries du Roolle ordinaire de la Cour des Aydes, sont les Mercredis et Vendredis matin, et pour l’extraordinaire le Lundi de relevée depuis le mois de Décembre jusqu’à la fin de Mai.
Les Audiances de la Cour des Monnoyes, se tiennent le Mercredi et le Samedi.
A l’égard du Siège Présidial du Châtelet, on plaide à la Prévoté, au Parc Civil, au Présidial, et aux Auditeurs, tous les jours de la semaine à l’exception du Lundi; à la Chambre Civile le Mercredi et le Samedi, à la Police, au Criminel, et en la Chambre de M. le Procureur du Roy, le Mardi et le Vendredi.
Il y a plusieurs Sièges dans l’enclos du Palais, qui ont leurs Audiances réglées le Mercredi et le Samedi, à sçavoir: l’Amirauté, la Chambre du Trésor, le Bailliage du Palais, la Chambre Souveraine des Décimes, la Connétablie, la Maçonnerie et la Table de Marbre, qui tient encore des Audiances le Lundi et le Jeudi, pour juger au Souverain.
Messieurs les Prévosts des Marchands et Eschevins de la Ville de Paris, donnent Audiance les Mardis, Mercredis, Vendredis et Samedi du matin.
Mrs les Juges et Consuls des Marchands, tiennent trois jours de la semaine leurs Audiances les Lundis, Mercredis, et Vendredis du matin et de relevée.
Les Officiers de l’Election donnent Audiance tous les jours, depuis neuf heures jusqu’à midi, et ceux du Grenier à Sel seulement le Mercredi et le Samedi.
On tient Audiance le Mercredi, et le Samedi à l’Officialité et à la Justice Nostre-Dame; le Lundi à midi à la Temporalité, et le Jeudi de relevée à la Justice de Monsieur le Chantre.
L’Audiance de la Chambre Royale de l’Arsenal, se tient tous les Lundis matins, et celle des Poudres et Salpestres tous les Samedis de relevée.
Celle du Bailliage du Temple, se tient le Samedi à trois heures de relevée.
La Jurisdiction du Bailliage de S. Jean de Latran se tient le Lundi à trois heures de relevée.
VACATIONS DES TRIBUNAUX.
PARLEMENT.
La Cour vaque depuis le 6. Septembre jusqu’au lendemain de la Saint Martin, c’est à dire jusqu’au 12. Novembre, du moins si on en excepte la Chambre des Vacations qui est préposée pour les matières provisoires et autres qui requièrent célérité. Elle ne dure que depuis le 7. Septembre jusqu’au 27. Octobre, en sorte que depuis ce jour jusqu’au 12. Novembre, il ne se fait aucun Acte de Judicature au Palais.
La Cour vaque aussi dans le reste de l’année tous les Dimanches et Fêtes solennelles, et encore en Décembre le 6. jour de la Saint Nicolas, en Janvier le 23. Fête de Saint Hilaire, et le 28. Fête de Saint Charlemagne, en Mars le 19. Fête de Saint Joseph seulement le matin, le 22. pour la Procession Générale de la reduction de Paris[1], et le 25. Fête de l’Annonciation Notre Dame, en Mai le 2. Fête de Saint Gatien, en Juin un jour de choix pour le Lundi ou Foire de Saint Denis, en Juillet le 22. Fête de la Magdelaine, et le 28. Fête de Sainte Anne, en Aoust le 16. Fête de Saint Roch[2].
[1] Cet anniversaire de l’entrée d’Henri IV dans Paris, le 22 mars 1594, fut célébré jusqu’à la Révolution.
[2] La veille même des grandes fêtes, le Palais étoit fermé. Louis XIV supprima ce supplément de vacances fériées: «L’on entre, dit l’Almanach royal de 1702, la veille de toutes les festes, depuis l’ordonnance de 1667.»
La Cour vaque pareillement le jour des Cendres, et depuis le Mercredi de la Semaine Sainte jusqu’au lendemain de la Quasimodo, si ce n’est le Vendredi de l’Octave de Paques elle va à Notre-Dame.
La Chambre des Vacations vaque les 23 et 24. Septembre quoique non Fetez, et encore en Octobre un jour de choix pour la Foire de Saint Denis, et le 18. Fête de Saint Luc.
Quand le Dimanche ou l’une des Fêtes Mobiles, arrive un des jours ci-dessus marquez, la Vacation de la Cour est remise au lendemain.
Le 15. Aoust passé on ne plaide plus à la grand’Chambre à huy ouvert.
Les Requêtes du Palais qui sont du Corps de Parlement et qui vaquent les mêmes jours, ne commencent néanmoins leurs Vacations que le 15. Septembre.
DOCTEURS ET LICENTIEZ EN DROIT.
Professeurs des Ecoles.
M. de Loy, aux Ecolles, rue des Carmes[1].
[1] Michel De Loy, de qui l’on a un éloge en latin de Pierre Hallé, lecteur en grec au Collége royal, puis professeur en droit canon, mort en 1689. De Loy étoit fils du professeur de l’Université pour lequel Corneille avoit fait des vers, le félicitant de son panégyrique de M. de Bellièvre prononcé, en 1658, au Collége de La Marche. (V. Œuvres de Corneille, édit. Marty-Laveaux, t. X, p. 131.)
M. Baudin[2], même lieu[3].
[2] Jacques Baudin, qui mourut cette année même 1692. Il avoit eu beaucoup de réputation comme professeur. V. à ce sujet les additions de Ferrière au livre de Taisand: Vies des plus célèbres Jurisconsultes, 1737, in-4º, p. 590, et les Mémoires sur le Collége royal, par l’abbé Goujet, t. III, p. 420.
[3] C’est-à-dire aux Ecoles de Droit. Elles avoient leur principale entrée rebâtie monumentalement, en 1675, rue Saint-Jean de Beauvais, en face de la maison à l’enseigne de l’Olivier, rendue si célèbre par l’imprimerie des Etienne; mais elles perçoient par derrière jusqu’à la rue des Carmes, où se trouvoient les logements des plus anciens professeurs.
M. Cuiniez, même lieu[4].
[4] Son vrai nom étoit Cugnet. Il avoit épousé une des filles de son collègue Baudin. Son éloge se trouve aussi dans les Additions de Ferrière, p. 695.
M. Mongin, rue de Bièvre.
M. Colson, rue Saint Jean de Beauvais.
M. le Gendre, rue des Noyers[5].
[5] Ces six professeurs enseignoient le droit romain, c’est-à-dire le droit civil, et le droit canonique.
En Droit François[6].
[6] Cette chaire de droit françois n’existoit que depuis 1680.
M. de Launay, ruë des Massons[7].
[7] François De Launay, qui mourut l’année suivante, 1693. Son éloge parut alors dans le Journal des Savants, t. XXXVIe.
Docteurs agrégez.
M. Piolin, ruë des Assis.
M. du Ru, ruë Saint Jean de Beauvais.
M. Amiot, même ruë[8].
[8] Il étoit, comme Cugnet, gendre de Baudin. On trouve aussi son éloge dans les Additions de Ferrière au livre de Taisand, p. 595.
M. des Barrières, même ruë.
M. Hulin, même ruë.
M. Sachet, même ruë.
M. Bonnamour, ruë Galande.
M. l’Escuyer, ruë Pierre Sarrasin.
M. Pavoine, ruë Saint Jaques.
M. Basthide, ruë du Plâtre.
M. Porsely, ruë du Foüare.
Licentiez Immatriculez du Parlement.
On peut recouvrer la Liste des Avocats Plaidans et Consultans au Palais, chez Charles de Sercy, Libraire dans la grand Salle à la bonne Foy couronnée.
Ceux qui sont dénommez en cette Liste sont gens généralement reqammandables par leur condition et par leur éloquence par exemple pour les Consultations, Mrs Billard, ruë de Savoye[9]. Sonnet, rue du Battoir. Issaly, rue des Rats. Husson[10], ruë Bourtibourg. Le Verrier, ruë du Jardinet. Raviere, ruë des Deux Portes. Chappé, rue de l’Observance. Du Pré, ruë des Cordeliers. Sever[11], même ruë. De Riparfond[12], rue de la Harpe. Braquet, Cloître Notre Dame, etc. Pour les Plaidoïers Mrs Chardon[13], ruë des deux Portes. De Nivelle, ruë de la Bucherie[14]. Robert de S. Martin, rue Haute-feuille. Baille, rue du Cimetiere Saint André des Arts. Hérard, rue de Savoye. De Retz, près Saint Jean en Grève. Du Mont[15], ruë du Jardinet, etc. Pour les Matières Benéficiales Mrs Nouët[16], montagne Saint Geneviève. Sachot[17], ruë de l’Eperon. Ferrand, rue Saint Loüis du Marais. Du Chesne, ruë de Bièvre. Et pour les matières qui sont traitées au Trésor, Fiefs, Aubaines et Confiscations, M. Mouffle, ruë des mauvaises paroles, etc.
[9] C’est ce terrible avocat Billard, qui fit tant de bruit pour empêcher les Comédiens, que le voisinage du collége Mazarin faisoit chasser du théâtre Guénegaud--aujourd’hui passage du Pont-Neuf--de venir s’installer dans la rue de Savoie. Louvois leur étoit favorable, car, ainsi qu’on l’apprend par une lettre de Racine à Boileau, il s’étoit même fait donner le plan du lieu «où ils vouloient bâtir dans la rue de Savoie»; mais Billard, avec ses cris, l’emporta, à la grande joie de son quartier, du reste: «Tous les Bourgeois, dit encore Racine, trouvent fort étrange qu’on vienne leur embarrasser leur rue. M. Billard surtout qui se trouveroit vis-à-vis de la porte du parterre, crie fort haut; et, quand on lui a voulu dire qu’il en auroit plus de commodité pour s’aller divertir, il a répondu fort tragiquement: «Je ne veux point me divertir.»--Il avoit de la réputation. Une de ses causes les plus brillantes avoit été, en 1675, celle d’une servante, épousée par le fils du riche marchand de la Herse d’Or, au faubourg Saint-Germain, dont on vouloit faire casser le mariage. (Journal des Audiences, t. III, p. 70.)
[10] Martin Husson. Il figuroit déjà au tableau des avocats, en 1643. Le traité de Advocato est de lui.
[11] Nous le trouvons, vers ce temps-là, plaidant avec succès dans une affaire de succession. (Journal des Audiences, t. II, p. 79-80.)
[12] Etienne Gabriau de Riparfond, inscrit, dès le 13 juin 1661, au tableau des avocats. Une de ses plus belles affaires fut, comme on peut le voir dans le Journal des Audiences (t. III, p. 101), celle des religieuses de Sainte Catherine, qu’il gagna. Il mourut en 1724, léguant aux avocats du Parlement sa bibliothèque, qui fut pour la leur un premier fond. On peut consulter sur lui l’Histoire des Avocats au Parlement de Fournel, t. II, p. 408; et la Bibliothèque du Poitou par Dreux du Radier, t. IV, p. 335. La Conférence des avocats possède son portrait en robe rouge. C’est un don de Dupin aîné en 1831.
[13] L’abbé Goujet (Biblioth. franç., t. II, p. 367) nous le donne comme ayant eu une grande réputation, mais qui s’effaça vite.
[14] Louis de Nivelle, inscrit au tableau depuis le 2 décembre 1657: «Il peut, dit l’abbé Goujet (id., p. 369), passer pour très-bon avocat. Il est savant, il a du génie et du bon sens.» D’Aguesseau ne l’appeloit que le grand Nivelle. C’est lui qui avoit défendu la Brinvilliers. Ses plaidoyers n’ont pas été conservés, ce qui étoit un des regrets de l’abbé Goujet. (Id., p. 330.)
[15] Jacques-François Dumont, avocat inscrit, depuis le 4 juillet 1667. L’abbé de Villiers, dans une note de sa 3e Epître, livre Ier, le cite comme un des célèbres. Il vient de blâmer Lulli de ce qu’il fait chanter la tragédie au théâtre, et il ajoute:
Si cet usage plaît, s’il est autorisé Chevalier ou Dumont pourroit s’être avisé En plaidant les moyens que sa partie expose D’en mettre en airs les droits, et de chanter sa cause.
Dans l’affaire Beausergent, qui fut célèbre en 1689, il avoit plaidé contre Beausergent. (Guyot de Pitaval, Causes célèbres, t. III, p. 194-196.)--Quand il mourut en 1718, le Mercure du mois de mai lui consacra un article, p. 187, où on lisoit qu’il fut «pendant cinquante ans l’aigle du Palais.»
[16] Il ne plaidoit pas, il s’en faut, que les affaires ecclésiastiques. Nous le trouvons, en effet, le 18 février 1677, dans une cause dont l’espèce étoit au moins scabreuse. C’est celle du cas d’impuissance du marquis de Langey, de laquelle il résulta que défense fut faite aux Juges d’ordonner pour ces sortes d’affaires «la preuve par le Congrès.» Pageau plaida pour le marquis, Blondeau et Nouet pour la partie adverse. (Journal des Audiences, t. III, p. 195.) D’après une note de Brillon, dans son Théophraste moderne (1701, in-12), c’est l’avocat Nouet qu’il y auroit peint sous le nom de Téocrine dans ce passage flatteur: «Téocrine n’a que sa chevelure naturelle, une robe très-simple, point de laquais, point de carrosse, mais beaucoup de talent pour sa profession.» D’Aguesseau cita Nouet comme un modèle dans sa mercuriale de rentrée, en 1699.
[17] La protection de son frère l’abbé Sachot, grand directeur de dévotes, dont il est parlé dans les Mémoires de l’abbé Legendre (p. 59-60), l’avoit poussé vers ces affaires ecclésiastiques. Comme Nouet, il ne s’y tenoit pas exclusivement. Il plaida par exemple, mais sans succès, pour la duchesse de Mazarin contre son mari, dans un procès dont nous reparlerons à la note suivante.
Quelques uns de ces celèbres sont particulièrement habituez au grand Conseil, comme Mrs de Monchant, Cloître Saint Mederic. Vaillant, rue de Savoye. Eurard, Cloître Saint Germain l’Auxerrois[18]. Laurent, ruë de la Monnoye. Chaudet, rue Quinquempoix. Doremieux, rue Bailleul, etc. Ou à la Cour des Aydes, comme Mrs Merlin, ruë de la Verrerie. De Tessé, rue de la Colombe. Martinet[19], rue Hautefeuille, etc. Ou au Châtelet, comme Mrs Maurice, ruë des Prouvaires. Guérin, rue S. Martin. Gondault[20], rue de Glatigny. Polliac, ruë de la Bucherie. Barbier, rue du Platre[21], etc.
[18] Lisez Errard (Claude). Inscrit au tableau, depuis le 24 août 1664. Il gagna, en 1691, la cause des trois frères aînés Le Boultz, que le père avoit réduits à leur légitime, pour avantager leur puîné; mais son triomphe fut l’affaire du duc et de la duchesse de Mazarin, dont nous venons de dire un mot. Il plaida pour le duc contre sa femme, l’intrigante Hortense Mancini, qu’il voulut qu’on déclarât à cause de sa conduite déchue et privée de sa dot. Il demanda aussi que provisoirement elle fût mise au moins dans un couvent, ce que lui accorda la Cour. On sait que Saint-Evremond lui répliqua par un Memoire qui est dans ses Œuvres (t. V, p. 355, et VI, p. 500). Les plaidoyers d’Errard furent recueillis en 1694. (Journal des Savants, 16 avril 1695.)
[19] Nous ne savons rien de lui, sinon qu’il étoit bel esprit, et qu’il fit cette épigramme sur le petit Jacques Corbin qui avoit plaidé sa première cause à quatorze ans:
Vidimus attonito puerum garrire senatu. Bis pueri, puerum qui stupuere senes.
[20] Edme Condault et non Gondault, avocat depuis le 31 janvier 1659.
[21] C’est le père de l’avocat Edmond-Jean-François Barbier, dont on a un si curieux Journal sur la Régence et le règne de Louis XV. Il ne logeoit pas encore rue du Plâtre, mais rue Galande, quand son fils étoit né le 16 janvier 1689.
SECRETAIRES ET GREFFIERS DU CONSEIL, DES COURS SOUVERAINES, ET DES JURISDICTIONS SUBALTERNES.
Les Secretaires des Finances sont
Pour le quartier de Janvier, M. Roüillet, rue de Grenelle à Saint Germain des Prez.
Pour celui d’Avril, M. Coquille, ruë Sainte Croix de la Bretonnerie.
Pour celui de Juillet, M. Ranchin, rue des petits Champs.
Et pour celui d’Octobre, M. de Laistre, ruë Saint Honoré près la ruë des Prouvaires.
Les Secretaires et Greffiers du Conseil privé sont
Pour le quartier de Janvier, M. Planton, rue Saint Honoré prés les Feüillans.
Pour celui d’Avril, M. Dumas, rue Beaubourg.
Pour celui de Juillet, M. des Vieux, Cloître Saint Germain l’Auxerrois.
Et pour celui d’Octobre, M. Pecquot, rue des Blancs Manteaux.
Les Commis au Greffe du Conseil privé sont
Pour le quartier de Janvier, M. Langlié, rue du grand Chantier.
Pour celui d’Avril, M. Danirelle, rue Pastourelle.
Pour celui de Juillet, M. Akaquia[1], rue des deux écus.
[1] Ce nom bizarre n’étoit que la traduction grecque de celui de «Sans-Malice.» C’est un médecin de François Ier, qui l’avoit le premier traduit ainsi, et ses descendants, dont étoit sans doute le commis au greffe, qui figure ici, l’avoient gardé sous cette forme.
Et pour celui d’Octobre, M. Chesnelon, rue Pastourelle.
Les Greffiers gardes Sacs[2] du Conseil privé sont
[2] C’est-à-dire «porte-dossiers.» On mettoit alors les pièces de procédure en des sacs pendus à la ceinture.
Pour le quartier de Janvier, M. Sifflet.
Pour celui d’Avril, M. Denis.
Pour celui de Juillet, M. de la Nouë.
Et pour celui d’Octobre, M. Duc, tous quatre ruë Saint André.
Les Greffiers Conservateurs des Hipothèques ont leur Bureau ruë de la Verrerie.
GREFFIERS DU PARLEMENT.
A la grand’Chambre, sont
Mrs du Tillet, Place Roiale; Decaiman, Cloître Notre Dame; et Dongois[1], Cour du Palais.
[1] C’est le neveu de Boileau, dont nous avons déjà parlé plus haut.
A la Tournelle Criminelle.
Mrs Dravet, Cloître Notre Dame; de la Baune, ruë Thibaut Thodé; Amiot, et Lancluse, rue de la Calandre.
A la première Chambre des Enquêtes.
M. Mirebaut, à l’Hôtel des Ursins[2].
[2] Démoli à la fin du XVIIIe siècle, et remplacé par trois rues: la rue Haute, la rue du Milieu, la rue Basse des Ursins. Il devoit son nom au prévôt des Marchands, Juvénal des Ursins, à qui la ville l’avoit donné. Depuis longtemps, à l’époque dont il est question ici, on l’avoit divisé en appartements, occupés presque tous par des gens du Palais: Magistrats, greffiers, avocats. Sur le tableau de ceux-ci, pour 1693, on en compte trois dans cet hôtel. On a su par Valincourt que Racine y logeoit, lorsqu’il fit les Plaideurs; il y avoit pu observer ses principaux types sur place.
à la Deuxième.
M. Joüannet, Cloître Notre Dame.
à la troisième.
M. Menet, ruë Cristine.
à la quatrième.
M. le Roi, ruë Pavée, près l’Hôtel de Bourgogne[3].
[3] L’hôtel de Bourgogne, occupé alors par le théâtre de la Comédie Italienne, s’étendoit de la rue Mauconseil, où se trouvoit sa principale entrée, jusqu’au derrière des maisons de la rue Pavée-Saint-Sauveur. Ce qui en reste, le curieux donjon de Jean-sans-peur, se voit encore dans la cour de l’une des maisons de cette rue.
à la cinquième.
M. Masson, rue de la Calandre.
à la première Chambre des Requestes du Palais.
Mrs Dupuis, rue Hautefueille, et Anet, rue Sainte Croix de la Bretonnerie.
à la deuxième.
M. Aubry, rue des Noyers.
A la Cour des Aydes.
M. Olivier, Isle Notre Dame.
Au grand Conseil.
M. le Normand, Greffier en Chef, ruë des Vieux Augustins.
M. Guichard, Greffier Plumitif, dans l’enclos du grand Conseil[4].
[4] C’est-à-dire dans la cour de l’hôtel d’Aligre, rue Saint-Honoré, où nous avons vu, plus haut, que siégeoit le grand Conseil.
M. Presteville, Greffier garde Sacs, rue des Prouvaires.
Aux Requestes de l’Hotel.
M. le Mazier, ruë de Bièvre[5].
[5] Il étoit parent de la famille Vitart, dont il est tant parlé dans la correspondance de Racine, et, par elle, il se trouvoit allié à celui-ci. L’avocat Le Mazier, qui n’étoit pas sans causes, car mauvaises ou bonnes il les plaidoit toutes, pour n’en pas gagner une, étoit de ses parents. On ne le connoît plus que par les vers où Boileau s’est moqué de lui. (V. la Sat. Ire et l’Epître II.)
A la Chambre des Comptes.
M. Richer, à la pointe Saint Eustache.
A la Cour des Monnoyes.
M. Hérardin, à l’Hôtel de la Monnoye.
A la Prevôté de l’Hotel.
M. Baubiere Dechars, ruë Platriere.
Au Châtelet.
M. Josse, Greffier en Chef, vieille ruë du Temple.
Secretaires du Chatelet.
Mrs Doyard, ruë de la Tixeranderie, de la Rene, rue Beaubourg, Audinot, et Coligny, vieille rue du Temple.
Au Parc Civil[6], et Prévoté.
[6] C’est ce qu’au Parlement on appeloit «le parquet.»--«On dit, lisons-nous dans le Dictionn. de Trévoux, qu’une chose a été faite et adjugée au parc civil du Châtelet: pour dire à l’ordinaire, à l’issue de l’audience.»
Mrs Moreau, place du Chevalier du Guet, et de Castes, ruë Neuve Saint Mederic.
Pour les Déposts et Sentences sur Production de Parties.
Mrs Claude Tartel, rue des Assis, Charles Tartel, près l’Hotel de Ville, et Tixeran, rue de Montmorancy.
Pour l’Expédition des Sentences sans production.
Mrs Menessiers, Cloître des Bernardins, du Four, ruë Saint Honoré, Tartel, rue des Assis, et Forbet, vieille rue du Temple.
Pour les Deffauts aux Ordonnances.
Mrs Philipe Luce, rue Saint Martin, et Estienne Luce, rue Quinquempoix.
Pour les Decrets.
M. François pour M. Favier sur le Quay de la Mégisserie.
Pour les certifications des criées.
Mrs Magny, rue Hautefeüille, et Luce, ruë Quinquempoix.
A la Chambre Civile.
Mrs Gaudion, vieille rue du Temple, Dupuis, ruë des Prouvaires, Nicolas et Pierre Tauxier, rue de la Tixeranderie.
Au Criminel.
Mrs Galliot, ruë Saint Thomas du Louvre, du Jardin, ruë de Bièvre, Pariset, rue Saint Germain l’Auxerrois, et Lodet, ruë Pavée, prés l’Hôtel de Bourgogne.
Pour les Inthimations.
M. Garnier, ruë du Figuier.
Pour les Affirmations de Voyages[7].
[7] Cet office avoit été créé par l’ordonnance de 1667, à l’effet de donner aux plaideurs venus de province acte de leurs voyages ainsi que du temps de leur séjour, et de leur permettre, s’ils gagnoient leur cause, de pouvoir faire taxer séjour et voyage.
M. Gaucher, ruë Trainée, près Saint Eustache.
Pour le Greffe Criminel de Robe-courte.
M. Casson, ruë des Menetriers.
Pour M. le Prevost de l’Isle.
M. le Marié, ruë des Anglois.
Pour M. le Juge Auditeur.
M. Thiery, ruë Saint Martin.
Pour la Geolle.
M. Vallon, ruë de la vieille Monnaye.
Garde Scel.
Qui signe pour les Notaires interdits, et qui reçoit et scelle les Oppositions aux Décrets, et les Immatricules[8] des Notaires et Huissiers. M. Quinot, ruë Thibaut-Thodé.
[8] On appeloit ainsi les actes enregistrés.
Pour le Sceel des Sentences du Chatelet et des Consuls.
M. le Cour, ruë de la Tixeranderie.
Pour le Sceel des Expeditions des Notaires.
M... ruë Geoffroy-Lasnier.
Au Trésor.
M. Gassot, ruë des Marmouzets.
A l’Hotel de Ville.
M. Mitantier, à la Grève.
A l’Amirauté.
M. Charrier, ruë Saint Jacques.
A la Connétablie et Maréchaussée.
M. Lebert, ruë Galande.
A l’Election.
M. Metayer, ruë des Blancs Manteaux.
Eaux et Forêts.
Mrs Broquet, ruë de la Calandre, et le Noble, ruë Saint Bon.
Au Bailliage du Palais.
M. Godin, ruë de la Calandre.
Aux Consuls.
Mrs Verrier père et fils, Cloître Saint Mederic.
A la Massonnerie.
M. Le Roy, ruë des Marmouzets.
Au Bailliage du Temple.
M. Gilbert, au petit marché du Marais[9].
[9] Il existe encore rue de Bretagne, mais sous le nom de «Marché des Enfants rouges», qui lui vient du voisinage d’un ancien hospice d’enfants, fondé par François Ier et supprimé en 1772. Il communique avec la rue de Beauce par la ruelle des Oiseaux, près de laquelle Mlle de Scudéry vécut les dernières années de sa vie. Cette ruelle s’étoit d’abord appelée «petite rue Charlot.» (Sauval, t. II, p. 658.)
CONTRAINTES JUDICIAIRES.
On trouve les Huissiers Audianciers et autres de toutes les Cours et Jurisdictions, au lieu et à l’heure de chaque Audiance, pour l’execution des Arrests, Sentences, Décrets et Ordonnances des Magistrats et Juges ordinaires, pour raison de quoy on aura recours à l’article de la scéance des Tribunaux.
Les Huissiers du Grand Conseil ont un Bureau au pied du grand degré.
Les Barrières des Huissiers et Sergens du Chatelet, sont au marché neuf, au petit marché Saint Germain[1], à l’aile du pont Marie, à la pointe Saint Eustache, au coin Saint Jacques de l’Hôpital, au cimetiere Saint Jean, à la pointe Saint Honoré[2], devant l’Abbaye Saint Martin, à la place Maubert, ruë du petit Pont, ruë des Ecrivains.
[1] Il étoit tout près de l’enclos de la foire Saint-Germain.
[2] C’est-à-dire au carrefour de la rue Croix-des-Petits-Champs, de la rue de Grenelle et de la rue du Coq, aujourd’hui rue de Marengo. Le poste ou barrière des huissiers et sergents du Châtelet lui avoit fait donner le nom de «Barrière des Sergents», qu’il garda longtemps après que le poste eût été supprimé. L’enseigne des «Deux Sergents», qui ne vient que de disparoître, le rappeloit encore, mais avec une singulière variante: Au lieu de deux recors, on y voyoit deux sergents de l’ancienne garde impériale!--On trouve au t. 58, p. 179 de la Collection Delamarre, à la Biblioth. Nat., de curieux renseignements sur les Barrières des Sergents, depuis 1551 jusqu’à 1698.
Le Bureau des Huissiers à cheval[3] est sur le quay de la Mégisserie où l’on peut recouvrer leur liste, et où l’on peut apprendre le temps de leur départ pour chaque Province et Département.
[3] Comme les huissiers au Parlement, dits «huissiers à la chaîne», ils pouvoient instrumenter dans tout le royaume, et pour cela ils le prenoient de très-haut avec les autres, les simples huissiers à verge, car, dit le Marquis du Joueur de Regnard:
Car huissier à cheval, c’est presque chevalier.
Un seul jour dans l’année, le lendemain de la Trinité, tous, huissiers à verge, huissiers priseurs, huissiers à cheval, se confondoient dans une même cavalcade, pour aller faire visite au prévôt de Paris, au premier président, au lieutenant civil, etc. Mercier s’en est moqué dans son Tableau de Paris, et Lemierre encore mieux au chant VIe de son poëme des Fastes:
Voyez-vous s’avancer, couverts de noirs manteaux, Ces roides écuyers juchés sur leurs chevaux, Cavalcade peu faite aux marches régulières, Qui vient parodier nos brigades guerrières, Et tenant mal les rangs, plus mal les étriers, Saisit au moindre choc le crin de ses coursiers.
Les Six vingt Huissiers seuls reservez d’entre les Huissiers à Verge par Edit du mois de Février 1691, pour la fonction de Priseurs et Vendeurs de biens meubles en la Ville, Fauxbourgs et Banlieu de Paris, ont leur bureau dans la Cour du Grand Chatelet, et sont compris dans la liste suivante:
Pierre Blanchans, ruë Saint Denis proche Saint Leu.
Jacques Taconnet, rue de l’Arbre-secq.
Antoine Bruneau, ruë Saint Denis devant le Sepulchre.
Alexandre Vaubelin, ruë de la Boucherie.
Gilles la Hogue, rue Saint Martin.
Jean Divry, ruë de Bièvre.
Claude de Cay, place Maubert.
Thomas Beccasse, rue des Noyers.
Pierre le Gagneur, rue du Temple.
Louis Malbeste[4], ruë du Plâtre proche la ruë des Noyers.
[4] Nous retrouvons ce nom grotesque porté du temps de Beaumarchais, par un avocat, qui sans doute descendoit de l’huissier nommé ici. On sait quel parti l’auteur de Figaro en tira pour un des effets les plus comiques de ses Mémoires contre Goezmann: «Il n’est rien, avons-nous dit dans la Notice, mise en tête de l’édition de ses Œuvres (1876, gr. in-8, p. XXI), il n’est rien qui ne lui soit bon pour mettre les rieurs de son côté. Marin s’est-il moqué du nom du pauvre avocat Me Malbête, le seul que Beaumarchais ait trouvé pour signer son Mémoire, comme l’exige la loi; il lui retourne de la plus plaisante façon le nom dont il se moque: «le Gazetier de France, dit-il, se plaint de la fausseté des calomnies répandues dans un libelle signé Beaumarchais-Malbête, et il entreprend de se justifier par un petit manifeste signé Marin, qui n’est pas Malbête.»
Nicolas Fontaine, ruë Neuve Saint Mederic.
Jean Brunet, rue de la Tonnelerie.
Simon Monet, ruë Galande.
Pierre Vaillant, rue Saint Denis proche les Saints Innocens.
Guillaume Fournier, porte Saint Jacques.
Pierre Bertelot, rue des Boucheries, fauxbourg S. Germain.
Simon Mozac, Fieffé[5], rue vieille Monnoye.
[5] On appeloit huissier fieffé celui qui avoit son office à charge de redevance, ce qui le rendoit héréditaire.
Laurent de la Place, ruë Saint Antoine.
François le Tourneur, rue de Bretagne.
Michel Faguet, ruë Saint Pierre aux Bœufs.
Alexandre Arnoult, ruë Parcheminerie.
Antoine le Moine, rue Saint Martin.
Charles Pinard, rue de la Huchette.
Pierre Hargenvilliers, rue Galande.
Pierre de Noleson, ruë Saint Antoine, devant la ruë des Barres.
François Clozier, rue Tixeranderie.
Brice Fleury, Fieffé, ruë du Crucifix Saint Jacques.
Antoine Marais, rue S. Antoine.
Nicolas Gaspard Boucault, cloître Saint Martin.
Jacques le Roy, ruë Tixeranderie.
Philippes Menard, ruë des Lombars.
Nicolas Gasté, rue Saint Antoine prés les Jésuites.
Bonaventure Guilliot, rue Saint Martin devant la rue aux Ours.
Jean Manet, rue des vieilles Audriettes.
Benjamin le Maistre, rue Aubri-boucher.
Jacques Giroux, rue Darnetal.
Laurent Mazier, rue Montmartre.
Henry Charpentier, rue Aubri-boucher.
Jacques Duval, à la Ville-neuve.
Guillaume Dupré, ruë de Bery, au Marais.
Nicolas Bauldry, rue des Barres.
Maurice Poteron, rue Crucifix Saint Jacques.
Michel Lyon, ruë vieille Monnoye.
Jean Caron, rue des Barres.
Pierre Langlois, ruë Saint Louis dans Lisle.
Philippes Veron, rue du Four Saint Honoré.
Pierre Desvaux, rue aux Ours.
Pierre Pinchon, rue Saint Jacques à l’entrée.
Louis Jacquemarc, rue Quinquempoix.
Pierre de Bréquigny, ruë Thibaut Thodé.
Jean Loyseau, rue des Boucheries Saint Germain.
Gilles Fournier, rue Saint Germain, attenant la Gabelle.
Nicolas Taconnet, rue de l’Arbre Secq.
Pierre Menne, rue de la Vannerie.
Jean Guesdon, place Maubert.
Antoine Dainnal, rue de la Savonnerie.
Charles Jacob, rue des Petits Champs.
Nicolas Deon, Fieffé, rue Tixeranderie.
Mathieu Pelouard, derriere le Palais Royal.
Jean Prevost, ruë Galande.
Jean Arnoult, ruë Saint Louis, prés Saint Roch.
Jean Mouillefert, ruë S. Denis.
Louis Raoult, ruë des Barres.
Louis Colas, vieille ruë du Temple.
Gabriel Nicolas Beauval, devant S. André des Arts.
Charles Baignard, rue S. Antoine, prés la Barrière.
François Traffons, ruë Bourtibourg.
Pierre Chambon, Fieffé, ruë Pierre au Lard.
Jean Dudoigt, rue des Tournelles, prés la porte S. Antoine.
Michel Roger, cloître S. Opportune.
Thomas Mandoüyt, porte S. Michel.
Jean du Brecq, ruë de la Calande, prés le Palais.
Glaude de la Haye, rue Ste Marguerite, devant l’Abbaye S. Germain.
Jacques Gohier, ruë de la Tixeranderie.
Pierre Tauxier, ruë de la petite Truanderie.
Yves de Boucquainville, rue S. Antoine, près l’Hôtel de Sully.
Hubert le Moyne, rue S. Honoré.
Dominique Theventin, ruë S. Antoine, devant la ruë Geoffroy Lasnier.
Noel Thibault, ruë de la Verrerie.
Jacques Martin, rue Quinquempoix.
François du Rot, rue des Lombards.
Pierre Morin, ruë Bourtibourg.
Joseph Alexis le Doyen, rue Tixeranderie.
Estienne Trilliau, rue Beaubourg.
Nicolas Cabaille, rue Madame.
Nicolas Remy, rue S. Denis.
Jean Henneguy, rue de la Calandre.
Estienne Arondeau, Fieffé, rue S. Jacques.
Jean Huvellier, rue Dauphine.
Sébastien Huré, rue des Arcis.
Gilles de Bauve, rue S. Honoré.
Pierre René Patin, rue S. Martin.
Jean Sebert, devant le Fort l’Evesque.
Pierre Paillet, rue S. Honoré.
Jean Maisondieu, rue des Noyers.
Pierre Massé, Fieffé, rue des Boucheries Saint Germain.
Gilbert Mouillard, ruë de la vieille Orangerie.
Jean Edme Ravillonnet, rue S. Antoine.
Jacques Robert de Cercellier, rue du Roi de Sicile.
Jacques Barbarin, rue Coustellerie.
Claude Dépoigny, rue Saint Martin.
Jean Coucet, rue des Mauvaises Parolles.
Leonard de Champagne, rue de la Bouclerie.
Joseph François le Normand, Pont Notre Dame.
Noel Avenet, ruë aux Maires.
Jacques Rioult, Marché aux Poirés.
Nicolas Henrion, ruë Michel le Comte.
Jean Simon Mozac, rue des Lombards.
Charles Coignet, rue de la Licorne.
Charles Flattier, ruë S. Antoine, prés la ruë Percée.
Charles Cappé, ruë S. Louis Isle Notre Dame.
Pierre le Gros, place de Grève.
Jean Baptiste Destrehan, ruë S. Antoine.
Nicolas Duval, devant S. Pierre aux Bœufs.
Pierre Brisset, rue du Mouton.
Claude Ronjault, nommé par Sa Majesté, au lieu d’Estienne Marlet.
Les particuliers pourroient se pourvoir en tout temps à l’ordinaire contre ceux d’entre les Huissiers à cheval et à verge du Châtelet qui auroient malversé; mais on peut plus sommairement et sans frais en porter plainte à M. le Lieutenant Civil, qui tient scéance à cet effet le surlendemain de la Trinité depuis huit heures du matin jusqu’à midy, et qui les fait appeller l’un après l’autre selon l’ordre de leur reception, pour repondre aux plaintes qui sont faites contre eux, et sur lesquelles mondit Sieur le Lieutenant Civil fait droit sur le champ, sans que l’Officier puisse se dispenser de satisfaire à sa condamnation; premierement parce qu’il est obligé sous paine d’amande, de repondre à l’appel de l’Huissier. Secondement, parce qu’il est mis en arrêt jusqu’à ce qu’il ait satisfait. On peut encore dans le courant de l’année rendre plaintes des malversations des Huissiers à cheval et à verge aux Officiers de leur Communauté, qui s’assemblent tous les Dimanches matin, dans le Cloître Ste Croix de la Bretonnerie.
BUREAUX PUBLICS.
Le Bureau General de la Douane est à l’Hôtel Seguier, ruë de Grenelle, dont la basse-cour où entrent les Roulliers est dans la ruë du Boulloy.
Le Bureau General des Aydes est dans la ruë des Barres, derriere S. Gervais, à l’Hôtel de Charny[1].
[1] Il s’appeloit d’abord Hôtel des Barres, comme la rue, à cause des Moulins des barres du Temple, qui étoient auprès sur la Seine. Le percement de la rue Louis-Philippe en emporta une partie, et le reste fut démoli vers le même temps. Le bureau des Aides ne quitta l’hôtel de Charny qu’un peu avant la Révolution. Il fut alors transféré rue de Choiseul dans un vaste bâtiment où nous avons vu l’administration de l’Enregistrement et des Domaines.
Le Bureau Général des Fermes du Tabac est ruë Betisy, à l’Hotel d’Anjou.
Le Bureau Général pour la Marque des Chapeaux est ruë neuve Saint Mederic[2].
[2] «Dans la rue Sainte-Croix de la Bretonnerie.» (Edit. 1691, p. 7.)--Sans cette marque, les chapeaux de castor étoient considérés comme contrebande. Elle n’avoit été qu’un prétexte à l’établissement d’offices de marqueurs, achetés surtout par des chapeliers enrichis. (Correspond. des Contrôl. génér., nº 767.) En 1694, elle fut supprimée à Lyon, et remplacée par une augmentation des droits de douane sur les chapeaux. (Id., nº 1372.)
Les Bureaux des Papiers et Parchemins timbrez sont dans la Cour de la Moignon[3], ruë Galande, ruë de Bussy, ruë S. Germain l’Auxerrois[4], ruë des petits Champs, ruë de la Vannerie, et ruë des Barres, à l’Hotel de Charny.
[3] «Cour neuve du Palais.» (Edit. 1691, p. 7.)
[4] «Rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois.» Id.--Les parchemins et papiers timbrés constituoient une sorte de ferme, dont à la fin du règne de Louis XIV le fameux Deschiens fut le principal traitant, ce qui lui valut cette épigramme citée par Jamet dans ses Stromates, t. II, p. 1797:
On l’a toujours bien dit le papier souffre tout, Et, quoi que sa candeur marque son innocence, Le Roi lui fait porter les armes de la France, Et le donne à Deschiens qui le barbouille tout.
Le Bureau des petits Domaines pour les droits des places et eschoppes des lieux publics, est ruë Saint Germain l’Auxerrois au coin de la rue Thibaut Thodé.
Les Bureaux du Contrôle des Exploits, sont rue Galande[5], cour de la Moignon, ruë de la Poterie, ruë de Bussy, ruë d’Orléans, ruë du petit Lion, ruë Saint Antoine, ruë du Monceau Saint Gervais et dans l’enclos du grand Châtelet.
[5] A la suite dans l’édit. précédente, p. 7: «Cul de Sac de la foire Saint-Germain.»
Le Bureau de M. Bertin, Receveur Général des Parties Casuelles[6], est rue neuve Saint Augustin.
[6] On appeloit «parties casuelles» les droits de finance que devoit payer annuellement tout détenteur d’un office vénal non héréditaire, s’il vouloit le conserver à sa veuve et à ses enfants.--Nous retrouverons Bertin qui en étoit alors le trésorier, parmi «les fameux curieux.»
Le Bureau général des Chevaux de renvoy et de louage est à l’Hotel de Sens[7], prés l’Ave Maria.
[7] Nous en parlerons plus loin, à propos du coche de Lyon qui en partoit.
Le Bureau de la Compagnie des Indes Orientales est dans la rue Pavée, prés[8] l’Hôtel de Bourgogne[9].
[8] «Derrière», édit. 1691, p. 61.
[9] La Compagnie des Indes Orientales avoit été créée par Colbert pour faire le commerce avec les côtes de l’Indoustan. Elle avoit le privilége exclusif des toiles fines des Indes, peintes ou blanches, mais toutes soumises à la marque, sous peine d’être saisies et brûlées comme marchandises de contrebande (ordonnance du 8 février 1687). Ce commerce se faisoit souvent par échanges: pour les toiles des Indes importées, on exportoit nos draps du Languedoc. (Correspond. administr. de Louis XIV, t. III, p. 654 et 660.)
Celui des Indes Occidentales[10] est dans la rue Saint Martin, devant Saint Julien des Menêtriers.
[10] La Compagnie des Indes Occidentales commerçait avec l’Amérique, où nous possédions alors le Canada, l’Acadie, Terre-Neuve, la Louisiane. Son commerce se faisoit surtout par les navires de Saint-Malo, et exploitoit de préférence les peaux de castor et les matières d’or et d’argent. (Correspond. des Contrôleurs généraux, nº 665.)--C’étoit, comme l’autre compagnie, une création de Colbert, mais toutes deux, depuis sa mort, étoient bien déchues. (Isambert, Anciennes lois françoises, t. XVIII, p. 35, 38, et 211.)
Le Bureau du Voier du Roi est dans la rue de Grenelle, quartier Saint Honoré.
Celui de la Manufacture des Buffles est ruë Neuve Saint Mederic, chez M. Jabac[11].
[11] Il s’agit des peaux de buffles préparées, dont on faisoit pour l’armée des juste-au-corps, des colletins, etc. Jabach, que nous retrouverons plus loin, avoit établi à Corbeil, pour leur préparation, la meilleure manufacture qu’il y en eût en France, aussi n’est-il pas étonnant qu’elle eût son bureau chez lui, à Paris: «Celle de Corbeil, lisons-nous dans le Dict. univ. du Commerce de Savary, t. I, col. 1132, est la plus considérable, et les peaux qui s’y apprêtent sont réputées les meilleures. On en doit l’établissement au sieur Jabac, natif de Cologne, qui les avoit poussées à la dernière perfection.»
Celui de la Manufacture des Marroquins et Vaches rouges façon de Levant est sur le Quay de l’Ecolle[12].
[12] C’est sans doute «la manufacture de maroquin et de peau de chagrin», dont la comtesse de Beuvron avoit obtenu le brevet, vers le même temps. (Corresp. administ. de Louis XIV, t. III, introd. p. LV.)
Celui des Jurez Crieurs est rue Neuve Saint Médéric.
Celui des Vendeurs de foin[13] est sur le Quai des Ormes.
[13] Leur vrai titre étoit «Juré peseur et compteur de la marchandise de foin», comme on le voit par une épitaphe que rapporte M. Cocheris dans son édit. de l’Histoire du Diocèse de Paris de l’abbé Le Beuf, in-8, t. I, p. 238.
Les Commissionnaires Facteurs de toutes marchandises ont des Bureaux ruë de la Mortellerie, sur le port de la Grève, sur le quay de l’Ecole, etc.
Les Jurez Mouleurs et Aides Mouleurs de Bois[14], ont aussi leurs Bureaux par tout où l’on fait commerce de bois à bruler, quay de la Grève, quay de la Tournelle, quay de l’Ecole, quay de la Grenouillière, porte Saint Antoine, etc.
[14] Ces sortes d’offices datoient du XIVe siècle. Il existe, en effet, une ordonnance de Charles VI, qui établit «quarante jurés compteurs et moleurs de bois.» Leur fonction consistoit à faire mesurer dans un cercle de fer, appelé mole ou moule, le bois à brûler, qui se vendoit sur les ports. Ce sont les charges dont on se moqua le plus, surtout lorsque, par expédient de finances, elles se multiplièrent sous Louis XIV: «--Vous aimez les titres, dit Colombine dans la farce des Chinois jouée au théâtre Italien en 1692, et si l’on n’y tient la main, vous vous mettrez de pair avec les mouleurs de bois.» (Acte IV, scène 2.)--Ils ne tardèrent pas à être supprimés en province, mais il fallut que les villes payassent leur suppression. (Correspond. des Contrôl, génér., nos 1564 et 1573.) Ils durèrent plus longtemps à Paris. Au mois de juillet 1725, on parla même d’en créer de nouveaux. (Journal de Math. Marais, t. III, p. 208.)--C’est par délégation que la charge s’en exerçoit. On s’explique ainsi comment Philippe Caffiéri, père du grand artiste, à qui l’on doit les admirables bustes du théâtre Français, put être à la fois «sculpteur du Roy, et mouleur de bois», ainsi qu’on le voit sur son acte de mort, en date du 7 sept. 1716. (Jal, Dict. crit., p. 303.)
Les Jurez Mesureurs et Controlleurs de grains et farines, en ont à la Halle et sur les quais de l’Ecole et de la Grève.
Le Bureau des Commissaires Controlleurs de la Buche, est devant le pont-neuf du côté de la Samaritaine[15].
[15] Pour tous ces «officiers sur les ports et quais» se trouve un curieux dossier dans la collection des papiers Delamarre, aux mss. de la Biblioth. Nat., t. 153, fol. 13, etc.--Ceux qui avoient qualité de mouleurs et aides-mouleurs de bois, dont il est parlé dans la note précédente, exerçoient, ou plutôt faisoient exercer, principalement au quai de l’Ecole. C’est là, plus encore qu’à la Grenouillère--aujourd’hui le quai d’Orsay--qu’avoient lieu les grands arrivages de bois à brûler. Corbinelli du Pédant joué de Cyrano ne va pas autre part pour acheter les meilleurs cotrets.
Les Jurez Controlleurs de Vins, Cidres et autres Boissons, ont leurs Bureaux, rue Frementeau[16] et sur le Quay des Célestins.
[16] C’est-à-dire Froidmanteau ou Fromenteau.
Il y a au même lieu un Bureau pour les déclarations des marchandises qui doivent les droits à la Doüanne.
Les Jurez Courtiers de Vins ont leurs Bureaux sur le quay de la Grève[17].
[17] Ils faisoient l’essai des vins dans les caves mêmes de l’Hôtel de Ville.
Celui des nouveaux Officiers Gardes batteaux et Metteurs à bord, est sur le même quay et pareillement celuy du Domaine et Barrage.
Celuy des droits du Poisson de mer frais, sec et salé, est sur le quay des Celestins.
Au même lieu est le Bureau des droits qui se levent sur les Cendres, Soudes et Gravelées.
Le Bureau des Marchands Bouchers est sur le port de la Grève devant la place aux veaux[18].
[18] C’est-à-dire sur la gauche de la Grève, vers la rue de la Tannerie, où s’étoit tenu en effet le Marché aux Veaux, jusqu’en 1646, époque où il fut transféré quai des Ormes. Son ancien emplacement fut appelé «Vieille place aux Veaux.»
ADMINISTRATION DES HOSPITAUX
Gouverneurs et Administrateurs de l’Hotel Dieu et des Incurables.
Monseigneur l’Archeveque de Paris, à l’Archeveché.
Monseigneur le Premier Président, Cour du Palais.
Monseigneur le Premier Président de la Chambre des Comptes, vieille ruë du Temple.
Monseigneur le Premier Président de la Cour des Aydes devant les Capucins du Marais.
Monseigneur le Procureur Général, rue Barbette.
M. de la Reynie, rue du Boulloy.
M. de Fourcy, rue de Jouy.
M. le Pelletier, vieille rue du Temple.
M. Chuppé, rue de l’Observance.
M. Acard, vieille rue du Temple[1].
[1] Aux Archives de l’Assistance publique se trouvoit le procès-verbal de la prestation de serment, en la grand’Chambre du Parlement, des sieurs Accart, Choart, et Baussan, nommés, en 1673, gouverneurs de l’Hôtel-Dieu.
M. Guiloire, cul de sac Saint Dominique.
M. Champy, rue de la Harpe.
M. Petitpied, rue du Jour.
M. de Bragelonne, dans le Temple.
M. Goupy, rue Sainte Avoye.
M. Soufflot[2], rue des deux Ecus.
[2] Il fut un des administrateurs de l’Hôtel-Dieu jusqu’en 1717. Il fit en 1707 un rapport, qui étoit aux Archives de l’Assistance publique, sur une rébellion au faubourg Saint-Germain «contre l’exempt et les archers préposez pour veiller aux fraudes de la boucherie de l’Hôtel-Dieu, pendant le caresme.» On sait que c’est la seule boucherie qui avoit à cette époque de l’année le droit d’ouvrir et de vendre. En 1717, comme l’un des doyens, il fut chargé de veiller à l’auto-da-fé des peintures licencieuses qui s’étoient trouvées dans le legs que M. de Callières avoit fait à l’Hôtel-Dieu de tous ses biens: «Sur ce qui a esté dit par M. d’Estrechy, lisoit-on dans une pièce des Archives, que parmy les tableaux de la succession de feu M. de Callières, il s’en est trouvé quatre représentant des nudités et des postures indécentes capables de blesser la pudeur et la modestie chrestienne s’ils estoient exposez en vente, la Compagnie a aresté qu’ils seront jettés au feu, en présence de Messieurs Soufflot et d’Estréchy.»
M. le Verrier, rue Percée.
M. Levêque de Vaugrineuse, rue Saint Martin.
M. Herblot, rue Saint Germain l’Auxerrois.
M. Marchand, rue Tictonne.
M. Destrichy[3], rue Bertin Poirée.
[3] Lisez d’Estréchy. C’est le même qui est nommé dans la note précédente. En 1708, à l’époque d’une épidémie scorbutique à Paris, il fit une déclaration curieuse: «M. d’Etrechy a dit que si l’augmentation des malades venus à l’Hôtel-Dieu depuis quelques jours continue, il y en aura trois mil ou environ dans dimanche prochain.» (Archives hospitalières par Léon Brièle, 1877, in-8, p. 69.)
M. Clerambault, rue Jean Lointier.
M. Piquet, rue de la Tixeranderie.
Receveur de l’Hotel-Dieu.
M. Perlan, ruë Saint Martin.
Greffier de l’Hotel-Dieu.
M. Beaufort, Parvis Notre-Dame.
Receveurs et Greffiers des Incurables.
M. Garilde, rue du Four S. Germain.
Le Bureau de l’Hotel Dieu se tient tous les Mercredis et les Vendredis, depuis dix heures jusqu’à midi.
Il y a encore une autre scéance du même Bureau à l’Archeveché, tous les Samedis aux mêmes heures.
Messieurs du Bureau prennent une sorte de vacance pendant les vacations du Parlement, mais quelques uns ne laissent pas de s’assembler pour les affaires urgentes une fois la semaine seulement, alternativement au Bureau ordinaire et à l’Archeveché, le Vendredi au premier endroit et le Samedi à l’autre, aux heures ci-devant marquées.
Gouverneurs et Administrateurs de l’Hopital General.
CHEFS DE L’ADMINISTRATION.
Monseigneur l’Archevêque de Paris, Nosseigneurs les premiers Presidens du Parlement, de la Chambre des Comptes et de la Cour des Aydes, Monseigneur le Procureur Général, Monsieur de Fourcy et Monsieur de la Reynie, aux adresses ci-devant marquées.
ADMINISTRATEURS ORDINAIRES.
M. Pajot, rue du Bac, aux Missions Etrangères.
M. le Vieux[4], cul de sac des Bourdonnois.
[4] Quand les Hôpitaux et les Incurables firent banqueroute en 1689, il passa pour y avoir contribué par ses malversations. C’est sur cette banqueroute, d’où vint la ruine de tant de gens, qui avoient prêté aux hôpitaux leurs deniers à rentes viagères ou à fond perdu, que La Bruyère écrivit: «Le fonds perdu, autrefois si sûr, si religieux et si inviolable, est devenu avec le temps et par les soins de ceux qui en étoient chargés, un bien perdu.» De quelques usages, § 39.--Les Clés disent qu’on chassa les administrateurs accusés de friponnerie. Le Vieux, quoiqu’elles le nomment, n’en étoit pas, puisque trois ans après nous le trouvons encore ici parmi les administrateurs de l’Hôpital général.
M. Meliand, rue Saint Loüis du Marais.
M. Pinette, à l’Oratoire du Fauxbourg Saint Michel.
M. le Caron, rue Bardubec.
M. Hourlier[5], rue des fossez saint Michel.
[5] Nous le connaissons déjà comme bailli du Palais.--Le 14 août 1671, il prit part aux mesures adoptées pour donner des nourrices aux Enfants trouvés. Il émit alors une opinion intéressante sur la recherche des pères pour cette catégorie d’enfants: «Monsieur Hourlier, bailly du Palais, lisoit-on à cette date dans une pièce des Archives hospitalières, a dit qu’il avoit esté cy-devant rendu plusieurs sentences au Châtelet, portant condamnation contre plusieurs particuliers trouvés estre pères d’aulcuns enfans trouvez, lesquelles sentences n’ont point esté suivies d’exécution. A esté arresté qu’on fera ses efforts pour retrouver lesdictes sentences, et Monsieur le Procureur du Roy supplié d’en prendre soin.»
M. Blin, quay des Augustins.
M. Berthelot, près la place des Victoires[6].
[6] C’est Berthelot l’aîné, que nous avons vu plus haut au chapitre des fermiers généraux des Monnoies. Devenu fort riche, il usoit bien de sa fortune, et s’étoit ainsi donné des droits à prendre place dans l’administration des Hospices. On lui dut en partie celui des Convalescents: «Il a esté dit, lisons-nous dans le Récolement des archives hospitalières dressé par M. Brièle, que le prieuré de Saint-Julien estoit plus propre à cet hospice, et mesme y avoit esté destiné dès le commencement. On a dit aussi que M. Berthelot, qui a donné 60,000 livres et promis quarante autres mille livres, a témoigné n’avoir point d’attache pour le lieu.» (Janv. 1675.)
M. Petitpas, Parvis Notre Dame.
M. Husson, rue du Roy de Cicile.
M. Guilloire, cul de sac saint Dominique.
M. Rillart, près Saint Paul.
M. Petitpied, rue du Jour.
M. Briçonnet, près les Enfans Rouges.
M. de Bie, rue Bardubec.
M. le Bœuf, Isle Notre Dame.
M. le Febvre, près saint Sulpice.
M. Thieriac, près l’Ave Maria.
M. de Fremont[7], porte Gaillon.
[7] Nous avons parlé de lui plus haut au chapitre des Gardes du Trésor royal.
M. Boucot[8], rue Hautefueille.
[8] Il figure déjà plus haut parmi «les gardes des rôles des offices de France.»
M. David, cul de sac saint Sauveur.
M. Braquet, Cloitre Notre Dame.
M. Soubeiran, près l’Oratoire saint Honoré.
M. Gourdon[9], à l’Hotel de Guyse.
[9] Il avoit prêté serment, en 1681, comme «receveur charitable de l’Hôpital général.»
M. Colin[10], Isle Notre Dame.
[10] Il semble avoir été chargé des aumônes de Mme de Miramion pour les hospices: «Monsieur Colin, lisons-nous dans le Récolement des archives hospitalières, p. 138, a apporté 64 louis d’or, valant 903 livres, que lui a donnés Madame de Miramion, procédés de la queste faicte à la Cour.» (1694, 28 avril.)
M. Badoulleau, rue des Prouvaires.
M. le Febvre, Cousture sainte Catherine.
M. Pirot, rue de Ventadour.
BANQUIERS POUR LES REMISES DE PLACES EN PLACES.
Messieurs le Couteux[1], ruë de la Tixanderie, pour Normandie, Bretagne et païs étrangers.
[1] Nom qui fut longtemps célèbre dans la banque. En 1773, nous retrouvons dans l’Almanach d’indication de Roze de Chantoiseau: «Le Coulteux et Compagnie, rue Montorgueil, négociants en banque; une des plus anciennes maisons.» Roze disoit vrai, puisqu’alors cette maison existoit, nous en avons la preuve ici, depuis plus de quatre-vingts ans. Nous verrons tout à l’heure qu’elle remontoit encore bien plus haut. A l’époque de la Révolution, le chef de la famille, M. Le Coulteux de la Noraye, fut de la première municipalité de Paris, et son fils Le Coulteux de Canteleu, député à l’Assemblée constituante et au Conseil des Anciens, puis sénateur et pair de France. C’est lui qui fit bâtir, vers 1790, de la rue Montorgueil à la rue Montmartre, sur les terrains dépendant de sa maison de banque, toute une rue à maisons uniformes, à laquelle l’architecte Mandar, qui l’avoit construite, donna son nom. M. Le Coulteux en fut longtemps l’unique propriétaire. Voici ce que Berryer père, dans ses Souvenirs (1837, in-8, t. II, p. 320), dit sur l’ancienneté des Le Coulteux: «C’étoit dans la banque de Paris une maison antique, une des plus anciennes de la bourgeoisie de Paris, dont l’existence remontoit sans interruption ni déviation en plus ni en moins, aux époques d’où dataient les Thibert, les Trubert, les Bouillerot, réputés les plus anciennes familles de la capitale.»
M. André Hebert, cul de sac de la rue Quinquempoix[2], pour les mêmes lieux, et encore;
[2] On l’appeloit aussi cul de sac de Venise, à cause du voisinage de la rue de ce nom, dans laquelle le comte de Horn, au plus fort de la crise du Système, assassina un agioteur dans le cabaret de l’Epée de bois. Ce sont les banquiers, logés alors en grand nombre rue de Venise et surtout rue Quincampoix--nous en trouverons un plus loin--qui avoient attiré de ce côté Law et tout son agio. Dancourt, en 1710, dans sa Comédie des Comédiens (acte II, scène 9), fait lancer par Mezzetin un lardon contre ces banques: «Je connois, dit-il, un bonnetier de la rue Saint-Denis, et un banquier de la rue Quincampoix, qui, avec 10,000 francs, qui n’étoient pas à eux, ont trouvé moyen de se faire chacun cent mille écus qui ne leur appartiennent guère.»
Messieurs Hébert Frères, près saint Julien des Menetriers.
Et M. Petit, ruë du Four, quartier saint Honoré.
M. Michel Heuh, rue Mauconseil, aussi pour les Provinces de Normandie et Bretagne, et encore pour tous les Etats d’Allemagne.
M. Pierre Heuh, rue saint Martin, pour les mêmes lieux.
M. Tourton, ruë de la Truanderie, aussi pour l’Allemagne et pour le Lionnois.
M. Sorbiere, rue Quinquempoix, pour la même Province.
Et M. Michon, rue Aubry Boucher.
M. de Meuves, cul de sac de la rue des Bourdonnois, pour Allemagne, Angleterre, Italie, Hollande, Lyonnois, Languedoc et Flandres conquise.
M. Rigioly[3], rue Quinquempoix, aussi pour l’Italie et pour le Lyonnois.
[3] C’étoit un de ses banquiers italiens, comme il y en avoit eu beaucoup aux époques précédentes dans ce quartier, où ils avoient même laissé leur nom aux rues des Lombards et de Venise. Sous Louis XVI, il en existoit encore. Nous trouvons dans l’Almanach général des Marchands de 1778: Caccia, banquier, rue Saint-Martin, vis-à-vis la rue aux Ours; Giambone, rue Mauconseil; Boggiano, place des Victoires.
Messieurs Narcisses et Maçon, rue Thibaut Thodé, pour les mêmes lieux.
Et Messieurs Vallentin, rue
M. Helissant, rue saint Denis, pour Allemagne, Pologne, Angleterre, Hollande, etc.
M. Moreau, rue Michel le Comte, pour Espagne, Bretagne, etc.
M. le Nostre, rue Troussevache, pour Anjou, Touraine, Poitou, etc.
M. Patu, rue de la Chanverrerie, pour Espagne.
M. Artus, rue Mauconseil, pour Angleterre, Ecosse, Irlande, Hollande, Flandres conquise, etc.
M. Milochin, rue saint Denis, pour la Flandre Espagnole.
M. Herins, derriere saint Leu et saint Gilles, pour tous les Païs bas.
M. Foissin, rue saint Denis, pour Allemagne, Suède, Dannemarc, Hollande, Italie, etc.
Messieurs les Agens de change s’assemblent tous les jours ouvrables vers le midy à la place de change, joignant la conciergerie du Palais, pour la négociation des Lettres et Billets de Change[4].
[4] L’Almanach royal de 1702, qui donne à peu près, p. 64, le même renseignement, ajoute: «Le public peut s’adresser à leur clerc, qui y demeure, pour faire avertir lesdits Messieurs des billets perdus, lettres de change, ou autres billets négociables.» Telle étoit alors la Bourse de Paris: une voûte près d’une prison, pour s’assembler une fois tous les huit jours; et un clerc, pour répondre à tout, le reste de la semaine. L’anglais Evelyn, qui visita le Palais en 1644, la trouva de bien mesquine apparence auprès de celle de Londres: «Les galeries, où l’on vend les menues marchandises, dit-il, n’approchent pas des nôtres, non plus que le lieu où se tiennent les négociants, qui n’est qu’une simple voûte basse.» (V. Extraits de son Voyage à la suite de celui de Lister, publié par la Société des bibliophiles, p. 230.)
Pour les Banquiers Expeditionnaires en Cour de Rome, voyez l’article des affaires Ecclesiastiques.
ACADEMIES ET CONFÉRENCES PUBLIQUES[1].
[1] «Il y a diverses Académies qui ont toutes leurs utilitez publiques. Si celles des Jeux n’avoient pas été défendues, on en feroit de quatre espèces. Mais comme on ne joue plus que dans des maisons particulières, et entre personnes connues, on reduira seulement à trois espèces celles qui subsistent à présent; sçavoir celles qui ont été établies pour perfectionner les Sciences, celles qui regardent l’Education de la Noblesse, et celles qui concernent les beaux arts.» Edit. 1691, p. 7-8.
Il y a maintenant à Paris deux Academies Royales, établies pour perfectionner les sciences. La plus ancienne est l’Academie Françoise dont le Cardinal de Richelieu a jetté les premiers fondemens et dont le Roy est protecteur.
Elle est composée de quarante Academiciens, tous gens illustres par leur qualité, par leur mérite, et par leur condition. Ils sont uniquement appliquez à reduire la langue Françoise dans toute la pureté qu’on peut desirer. Ils tiennent leurs assemblées trois fois la semaine[2] au vieux Louvre[3], où ils distribuent tous les ans à la saint Louis des prix considérables, à ceux qui ont le mieux travaillé sur une pièce proposée, et sur un sujet à la gloire du Roy[4].
[2] On ne s’étoit d’abord réuni qu’une fois par semaine, puis deux fois. Enfin, l’on alla jusqu’à trois fois en 1675, pour presser le travail du Dictionnaire, et, dès lors, ce fut la règle: «Depuis ce temps là, dit l’abbé d’Olivet, dans une note sur l’Histoire de l’Académie, par Pelisson, c’est l’usage que les trois jours ordinaires d’assemblée soient le lundi, le jeudi, et le samedi.»
[3] «A la prière de Colbert, qui en étoit membre depuis cinq ans, le Roi accorda à l’Académie françoise au rez de chaussée du Louvre, près du pavillon des Cariatides... les Salles, qui, après la Fronde, avoient été celles du Conseil, et qui sont aujourd’hui dans le Musée de Sculpture les salles de Puget et de Coustou.» (Hist. du Louvre, p. 66, dans Paris à travers les âges[5].)
[4] Ces deux prix étoient: celui d’éloquence, fondé par Balzac, qui ne fut distribué qu’à partir de 1671; et celui de poésie, dont Pelisson et trois autres académiciens firent les frais, et qu’ensuite l’Académie en corps prit à son compte, jusqu’à ce qu’un de ses membres, l’évêque de Noyon, M. de Clermont-Tonnerre, l’eût constitué à perpétuité.
[5] «La salle, lisons-nous dans l’ouvrage que cite notre avant-dernière note, la salle qui étoit à la suite de celle des séances servoit pour le travail du Dictionnaire, dont le roi payoit toutes les écritures; et pour l’examen des pièces envoyées au concours des prix d’éloquence et de poésie que l’Académie distribuoit tous les ans à la Saint-Louis sous la forme de deux médailles d’or, de trois cents francs chacune. Ce jour là, comme la chapelle, d’ailleurs fort délaissée, que Le Mercier n’avoit pu achever au premier étage du pavillon des Cariatides de Sarrazin, étoit à la disposition de l’Académie françoise, dont les salles se trouvoient presque au-dessous, les Quarante y faisoient dire une messe en musique et prononcer le panégyrique du saint Roi.»
La deuxième, est l’Academie des Sciences qui s’applique à faire des découvertes dans l’Anatomie, dans la Botanique, dans la Chimie, dans l’Astronomie, dans la méchanique, et generalement dans toutes les parties de la Philosophie et des Mathématiques.
Les Academiciens qui la composent s’assemblent tous les Mercredis et Samedis à la Biblioteque du Roi qui est presentement rue Vivienne[6], et qui sera bien-tot à la place de Vendôme[7].
[6] «Où se doivent adresser ceux qui ont des découvertes ou des inventions nouvelles à proposer, dans le dessein d’être récompensez, ou seulement recommandables. Lorsqu’il s’agit de faits mathématiques, sur l’explication desquels on veut prévenir les Académiciens de cette Académie, on peut s’adresser à l’Observatoire royal, où ils ont chacun leur appartement.» Edit. 1691, p. 8.
[7] Ordre avoit été donné pour la construction de la Bibliothèque à la Place Vendôme, le 19 mai 1691. On en trouve le texte dans les mss. de la Collection Delamarre, à la Biblioth. Nat., t. 131, fol. 81. Elle eût été construite au levant, dans la partie où fut bâti l’hôtel Bourvalais, aujourd’hui Ministère de la Justice, et elle eût absorbé, par derrière, une portion de l’espace occupé, depuis, par les hôtels de la rue Neuve des Capucines, ainsi qu’on en peut juger d’après les plans qui se trouvent au Cabinet des Estampes, Topographie de Paris, Place Vendôme.
Ceux d’entr’eux qui professent les Mathématiques, ont leurs appartements à l’Observatoire Royal à l’extremité du Fauxbourg Saint Jacques.
Quoy-que la musique fasse partie des Mathematiques; elle a neanmoins son Academie particulière, parcequ’elle seroit entierement inutile, si comme les autres Arts liberaux, elle n’étoit soutenüe de la pratique[8]. Cette Academie s’exerce au quartier de saint Roch[9] chez M. de Francine qui en est Directeur[10] à la répétition des pièces de Theâtre qu’on nomme Opéra, et qu’elle représente ensuite sur le Théâtre du Palais Roial, ce qui peut être pratiqué par la Noblesse sans déroger.
[8] «L’Académie royale de musique, qu’on nomme Opéra, est principalement occupée à représenter des tragédies en musique de la composition de M. Quinault...» Edit. 1691, p. 8. (V. plus loin au chap. Passe-temps et Menus plaisirs.)
[9] Rue Saint-Nicaise. C’est ce qu’on appeloit «l’hôtel de l’Académie. » (V. notre Hist. de la Butte Saint-Roch, p. 182.)
[10] Il avoit succédé à Lulli, dont il étoit le gendre.
La Societé Royale de Medecine est encore une espèce d’Academie[11] en laquelle on passe des règles à la pratique, ce qui fait qu’elle est composée de Philosophes, de Medecins, de Chirurgiens et d’Apoticaires artistes. Elle tient des Conférences publiques tous les Dimanches après Vepres, rue de Pincourt, Faubourg saint Antoine, chez Monsieur de Blegny qui en est Directeur, qui a commencé cet établissement par ordre du Roy, sous la protection de M. Daquin, premier Medecin de S. M. Il a deja publié plusieurs volumes d’Observations et d’Experiences, et il travaille sans relache à faire de nouvelles découvertes[12]. Cette Societé a des membres en plusieurs Villes de Provinces, qui travaillent utilement à la fin commune, qui est la perfection du plus important de tous les Arts.
[11] «... Est établie par ordre de la Cour, et... disciplinée sur le pied des Académies d’établissement royal. Elle a pour sujet toutes les sciences naturelles et les arts qui en dépendent.» Edit. 1691, p. 12.
[12] «M. de Blegny... a l’avantage d’avoir pratiqué et enseigné successivement toutes les parties de la philosophie et de la médecine. Il a composé dix-huit volumes très-curieux sur les sujets particuliers qui en dépendent, et inventé diverses machines fort industrieuses, qui lui ont toujours attiré beaucoup d’auditeurs. Il s’est retiré depuis quelque temps à son jardin médicinal à l’entrée du faubourg Saint-Antoine, grande rue de Pincourt, où il tient une pension pour les malades, dont il sera parlé ci-après (V. plus bas, Pension pour les malades). Mais on ne laisse pas de le trouver presque tous les jours chez M. son fils, apothicaire du Roi, à l’entrée de la rue de Guénegaud, où il tient ses conférences en hiver, ne les ayant établies l’été à Pincourt, qu’à cause des plantes médicinales qu’il y fait élever pour la satisfaction et l’utilité des médecins, chirurgiens et artistes, qui sont sous sa direction, et qui s’y rendent les dimanches après le service divin, pour conférer à l’ordinaire et consulter sur les indispositions des malades, qui se présentent, et à qui l’on donne gratuitement les ordonnances et délibérations. Mais en hiver, la conférence de la rue Guénegaud se tient les jeudis non fêtez, et commence à trois heures de relevée.» Edit. 1691, p. 12.
Il en est tout de même de l’Academie d’Architecture, c’est un Art qui a beaucoup de preceptes scientifiques, mais qui sont applicables à la mechanique active. Elle est d’etablissement Royal et a eu feu M. Colbert pour protecteur. Maintenant elle est sous la protection de M. de Villacerf[13] et tient ses assemblées tous les Lundis de relevée, au Palais Brion[14].
[13] Edouard Colbert, marquis de Villacerf, cousin du ministre.
[14] «Qui fait partie du Palais Royal, et qui a sa porte dans la rue de Richelieu.» Edit. 1691, p. 9. C’étoit un pavillon, dont une salle donnoit de plain-pied sur le jardin du Palais-Royal. Il devoit son nom au duc de Damville, qui n’étoit que comte de Brion quand le roi l’avoit fait bâtir, pour lui, en 1651. Il y logea plus tard Mme de La Vallière. C’est là que se fit, en plein air, la première exposition de peinture, en 1673. Le Théâtre françois en occupe à peu près l’emplacement. On verra en effet plus loin que le Palais Brion étoit «à l’entrée de la rue de Richelieu.»
Pour ce qui est des deux Academies établies pour la Peinture, pour la Sculpture et pour la Dance, elles n’ont presque pour objet que l’exercice. La premiere qui est pour les Peintres et pour les Sculpteurs, se tient aussi au Palais Brion, à l’entrée de la rue de Richelieu. Elle est composée d’un grand nombre de fort habiles Maitres qui apportent un soin particulier à l’éducation de leurs élèves, et qui leur fournissent continuellement pour le dessein, des modèles humains et vivans placez en différens jours et en diverses postures. Ils trouvent même cet avantage dans leurs études, que l’Academie fait distribuer des prix considérables à ceux qui font plus de progrès dans un certain espace de temps[15].
[15] «Pour être compris dans la liste des disciples, qui doivent y avoir entrée, l’aspirant doit avoir pour professeur l’un des Académiciens, qui, pour justifier la protection qu’il lui accorde, lui donne un billet imprimé signé de lui, et adressant aux Officiers de l’Académie auxquels il le présente. Après quoy ce billet ayant été pareillement signé du Recteur qui est de quartier, et du Professeur qui est en mois, le disciple a la liberté de se rendre tous les jours à l’Académie, où il s’exerce avec tous les autres à dessigner des modèles humains et vivants, placez en différents jours et en diverses postures; ce qu’ils continuent pendant trois mois, laissant toujours leurs desseins à l’Académie, où ils sont ensuite examinez par les Officiers, qui distribuent une forte médaille d’or à celuy qui a le mieux réussi, une médaille moins pesante du même métail à celui qui approche le plus près de la force de ce premier, et une médaille d’argent à celui dont les desseins prévalent sur tous ceux des disciples auxquels l’Académie n’accorde aucun prix. Après cela, on divise la troupe en trois classes, relativement à la capacité des disciples. Ceux de la première entrent et se placent avant les deux autres classes, qui gardent entre elles le même ordre; mais avant que les entrées se renouvellent, on recommence aussi la cérémonie des billets et des presentations cy-devant expliquées. Outre les prix qui se distribuent, comme il vient d’être dit, il s’en distribue encore quatre autres à la Saint Louis, qui donnent encore plus d’émulation aux disciples; par cette raison que ceux qui les ont gagnez sont envoyez et entretenuz à Rome durant trois ans, aux dépens du Roi, même de couleurs et de pinceaux, en travaillant seulement quatre jours la semaine à faire des copies pour Sa Majesté: outre qu’étant revenus, ils sont préférés pour les beaux ouvrages, et reçus sans peine membres de l’Académie, ce qui leur donne de plein droit la liberté de travailler à Paris, et ce qui les met dans un degré de distinction très honorable. Les élèves des peintres et ceux des sculpteurs sont indifféremment admis à disputer les prix, lorsqu’ils ont été jugés de force suffisante; à cet effet, ceux qui aspirent à ce bénéfice, présentent chacun un esquisse de leur façon; et, afin que l’Académie soit assurée qu’aucune de ces esquisses n’a été supposée, les Professeurs font faire en leur présence un impromptu à chacun de ceux qui ont présenté de bonnes esquisses; et tous ceux de qui les impromptus sont d’une force relative à leurs esquisses, sont admis à travailler pour les prix qui sont au nombre de quatre, savoir: deux médailles d’or, et deux d’argent, qui sont distribuées aux quatre disciples qui ont travaillé avec plus de succès, entre lesquels le plus fort reçoit encore un laurier de la main du surintendant de ces Académies.» Edit. 1691, p. 9.
La deuxième qui est pour l’exercice de la Danse[16] tient Salle tous les Jeudis pour eprouver ses eleves, ruë Bailleuil, chez M. de Beauchamp qui en est Chancelier et Maître des Balets du Roy. Selon les statuts de cette Academie, elle ne devroit estre composée que de treize Académiciens; mais ce nombre a esté augmenté[17] par les grâces que le Roy a bien voulu faire, à quelques uns de ceux qui ont eu l’honneur de danser devant Sa Majesté avant d’y estre admis[18].
[16] «L’Académie royale de danse, qui est établie par lettres patentes à l’instar de celles dont il vient d’être parlé, tenoit il n’y a guère ses assemblées au Palais des Tuileries, dans l’antichambre de Monseigneur, et les tient maintenant dans la salle de Monsieur Beauchamp, maître des ballets du Roi, et chancelier de l’Académie, en sa maison rue Bailleul, derrière l’hôtel d’Aligre.» Id., p. 10.--Les lettres patentes «pour l’établissement de l’Académie royale de danse, en la ville de Paris», avoient été vérifiées au Parlement le 30 mars 1662.
[17] «Et le sera probablement encore.» Edit. 1691, p. 10.
[18] «Trois de ces maîtres se rendent tous les jeudis à l’Académie, pour exercer gratuitement les personnes de considération qui s’y trouvent, et les élèves des Académiciens, qui aspirent d’être admis à l’Académie, et qui ont, à cet effet, leurs protecteurs, par qui l’Académie est certifiée de leur capacité lors de leur réception, qui se fait toujours après la convocation de plusieurs personnes qualifiées, et des maîtres de l’Académie, en présence desquels ils font une expérience de chef-d’œuvre: après quoy, ils sont en plein droit d’enseigner la danse à Paris, et de jouir de divers privilèges que le Roi a eu la bonté d’accorder à cette Académie, où l’on est reçu seulement en payant une somme très modique, et en donnant une bourse de jetons d’argent qui sont distribués au nombre de deux à chacun des maîtres qui se trouvent à l’Académie les jours d’exercice et encore les premiers jeudis de chaque mois, afin de porter les Académiciens à se trouver à l’Assemblée générale qui se tient ce jour là à l’Académie pour délibérer sur les affaires communes, ainsi que le premier jour de mai.» Id., p. 10.
CONFÉRENCES.
Il y a un concours de scavans toutes les aprésdinées chez M. l’Abbé Ménage, Cloitre Notre Dame[19], où l’on confère sur toutes sortes de sujets[20].
[19] Ménage, après la mort du cardinal de Retz, dont il étoit en quelque sorte devenu le secrétaire, avoit pris un logis au Cloître: «Il y tint régulièrement, dit La Monnoye dans la Notice en tête du Menagiana, t. I, tous les mercredis de chaque semaine, une assemblée, qu’il appeloit, à cause du jour, sa Mercuriale, où il eut la satisfaction de voir toujours un grand concours de gens de lettres, tant françois qu’étrangers.» La maison où il logeoit, existe encore rue Massillon, nº 4. C’est celle où La Harpe mourut. (Rev. archéolog., t. IV, 1re part., p. 144.)
[20] «La conférence de M. de la Courtière, qui se tient rue Saint-Jean de Beauvais, a pour principal sujet la Philosophie, et pour accessoires les nouveautez de tous genres.» Edit. 1691, p. 12.
M. de Villevant, Maître des Requestes, ruë Hautefeüille, donne aussi entrée chez lui toutes les aprésdinées aux Sçavans de considération, qui tiennent une conférence curieuse sur tous les sujets qui se présentent.
M. d’Herbelot[21], rue de Condé, tient une autre conférence chez lui tous les soirs après sept heures.
[21] C’est l’orientaliste, professeur en langue syriaque, au collége Royal, secrétaire-interprète des langues orientales, auteur de la Bibliothèque orientale, qui fut publiée in-fol. en 1697, deux ans après sa mort.
Les Mardis de relevée, on tient une conférence curieuse chez M. le Marquis d’Angeau, Chevalier des Ordres du Roi, Place Royale[22].
[22] L’abbé de Dangeau, bien plus que son frère le Marquis, trop occupé à la Cour, tenoit cette conférence presque entièrement grammaticale, et qu’on appeloit la Martiale, parce qu’elle avoit lieu le mardi. Le poëte Lainez, qui la fréquenta quelque temps, se vengea de l’ennui qui l’y avoit gagné et des habitudes de purisme qu’il y avoit failli prendre, par cette épigramme:
Je sens que je deviens puriste, J’aligne au cordeau chaque mot, Je suis les Dangeaux à la piste: Je pourrois bien n’être qu’un sot.
Les Jeudis de relevée, chez M. l’Abbé de la Roque, ruë de Guénégaud, sur diverses matières scientifiques[23].
[23] L’abbé Jean-Paul de la Roque, qui, depuis 1675, dirigeoit le Journal des Savants à la place de Gallois, et depuis 1683, le Journal de Médecine, dont il étoit le fondateur. Ses conférences du jeudi, rue Guénegaud, ont été curieusement décrites par Le Maire dans son Paris ancien et nouveau, 1685, in-12.
Les Samedis aussi de relevée, chez M. le Chevalier Chassebras du Breau, Carrefour saint Benoist, quartier S. Germain, sur l’Histoire et sur les sciences[24].
[24] «Enfin, celle de M. de Fontenay, qui se tient les samedis, rue Christine, a pour objet les Mathématiques.» Edit. 1691, p. 12.
BIBLIOTEQUES PARTICULIERES ET PUBLIQUES.
Les curieux peuvent avoir par faveur, quelques entrées dans les Biblioteques suivantes: sçavoir;
A la Biblioteque du Roy qui est encore rue Vivienne; et qui sera bien-tôt à la place de Vendosme[1], où l’on trouve encore une infinité de Livres et de Manuscrits rares, tout ce qu’il y a eu de plus considérable dans toutes les Langues orientales.
[1] V. un peu plus haut, au chap. des Académies.
Au Cabinet des Livres du Chateau du Louvre[2].
[2] On n’y conservoit guère alors que les livres à l’usage des rois, et ceux qui leur avoient été offerts ou dédiés. Le P. Jacob en a parlé dans son Traité des Bibliothèques, 1644, in-8, sans oublier le conseiller d’Etat Chaumont qui en étoit alors le bibliothécaire.
A la Bibliotèque de Monseigneur l’Archeveque de Rheims[3]; ruë Saint Thomas du Louvre.
[3] Maurice Le Tellier, qui, étant directeur de la Bibliothèque du Roi, s’étoit laissé gagner par l’amour des livres. Il en eut un grand nombre qui passèrent tous à la Bibliothèque des chanoines de Sainte-Geneviève, où, dit Baudelot de Dairval, «ils font un très bel ornement par leur condition.» De l’utilité des Voyages, t. II, p. 418. Le catalogue en fut imprimé in-fol., à l’imprimerie Royale, en 1693, sous ce titre: Bibliotheca Telleriana. Le sorboniste Ph. Dubois, bibliothécaire du prélat, l’avoit dressé. En 1700, Le Tellier avoit donné la plupart de ses manuscrits, 500 environ, françois, orientaux, latins surtout, à la Bibliothèque du Roi.
A celle de Monseigneur le Chancelier[4], rue S. Loüis du Marais.
[4] Boucherat, dont la bibliothèque avoit en effet son prix, depuis surtout que M. M. de Brienne lui avoit donné, en 1685, une riche collection de copies faites sur le recueil de M. de Loménie, dont l’original étoit à la bibliothèque du Roi. Tous les livres de Boucherat portent sa devise: un coq avec un soleil, avec ces mots: Sol reperit vigilem.
A celle de Monsieur le Premier Président, Cour du Palais, qui est remplie d’excellens Tableaux, de Médailles et de Monnoyes antiques et modernes.
A celle de Monseigneur de Menars, Président à mortier, près la Porte de Richelieu, où sont la plus grand part des plus curieux livres de M. de Thou[5].
[5] Nous avons parlé de cette bibliothèque, à propos de son possesseur M. de Ménars, au chapitre des Présidents à mortier.
A celle de Monseigneur Talon[6], aussi President à mortier, rue Saint Guillaume.
[6] Nous ayons aussi parlé de lui, au chapitre des Présidents à mortier. Sa bibliothèque, qu’il accrut beaucoup, lui venoit de son père, l’illustre Omer Talon. La jurisprudence, l’histoire, la philosophie, en étoient, comme on le pense bien, le fond principal.
A celle de Monseigneur l’Avocat Général de la Moignon, à l’Hotel d’Angoulesme[7], où il y a un grand nombre de belles Médailles antiques[8].
[7] Sa bibliothèque avoit été formée par son père, le président de Lamoignon, qui avoit eu le célèbre Adrien Baillet pour bibliothécaire.
[8] Il les devoit en partie à Tavernier, qui les lui avoit rapportées de ses voyages.
A celle de Monseigneur de la Moignon de Basville, Conseiller d’Etat[9], rue où sont les plus belles Médailles modernes.
[9] Nous avons parlé de lui au chapitre des Intendants. Il l’étoit du Languedoc.
A celle de M. de la Proutiere, rue Saint Dominique, où il y a des Tableaux, des Bronzes, et des Médailles d’un choix particulier.
A celle de M. le Clerc de Lesseville, ruë Galande[10].
[10] Frère de celui que nous avons vu plus haut parmi les présidents des Enquêtes.
A celle de M. Boucot, rue Hautefeuille[11].
[11] Nous l’avons vu figurer plus haut parmi «les gardes des offices de France», et nous avons à ce sujet parlé de sa bibliothèque et de ses collections.
A celle de M. Rousseau, rue de la Calandre, où il y a un grand nombre des plus rares estampes[12].
[12] «Le cabinet de M. Rousseau, où l’on voit plus de quatre-vingts volumes, gros comme l’Atlas, lesquels contiennent tout ce qu’il y a de beau dans tous les Etats du monde. Tous les hommes illustres et tous les saints y sont représentés,--au moins ceux dont on a fait des estampes.--Néanmoins cette bibliothèque ne doit passer que pour un recueil.» (Le Gallois, Traité des plus belles Biblioth. de l’Europe, 1680, in-8, p. 130-131.)
A celle de M. Bultault[13], près la place des Victoires.
[13] Louis Bulteau, qui mourut l’année suivante, 1693, chez les Bénédictins. Son frère Charles, en faveur duquel il s’étoit démis de sa charge de secrétaire du Roi, conserva la riche bibliothèque qu’il lui légua. Elle ne fut vendue qu’en 1711, un an après sa mort. Gabriel Martin en publia le catalogue: Bibliotheca Bulteriana, 2 vol. in-12. A cette vente, la Bibliothèque du Roi n’acquit pas moins de 850 volumes.
A celle de M. l’Abbé de la Chambre[14], sur le quay de Nesle.
[14] «Sa grande inclination, dit Vigneul-Marville, dans l’éloge qu’il a fait de cet académicien inconnu, étoit pour les livres Italiens et Espagnols.» (Mélanges d’histoire et de littérature, t. I, p. 97.)
A celle de M. Chassebras de Cramailles, rue du cimetiere saint André, où il y a beaucoup de curiositez d’Italie et du Levant, d’Estampes, de Monnoies, etc.
A celle de la Sorbonne, où il y a de rares manuscrits de Théologie[15].
[15] Le Gallois, dans son Traité cité tout-à-l’heure, nous la donne, p. 133, comme étant «sans contredit une des plus florissantes de l’Europe.» C’étoit en 1680, elle augmenta beaucoup, depuis. Au XVIIIe siècle, on n’y comptoit pas moins de 5,000 mss., et 60,000 volumes. Ses principaux bienfaiteurs avoient été Richelieu et l’un de ses secrétaires, l’abbé Des Roches, que l’on connoît par l’Epître que lui dédia Boileau. En 1796, les manuscrits furent portés à la Bibliothèque Nationale, où on les réunit au fonds qui provenoit du cardinal de Richelieu.
A celle du Collége de Loüis le Grand, rue saint Jacques, composée en partie de celle de M. Fouquet[16].
[16] Suivant une note fort juste de l’abbé Goujet, écrite en marge de l’exemplaire du De Bibliothecis parisiensibus, de Dan. Maichel, 1729, in-8, p. 94, que nous possédons, le Fouquet auquel les Jésuites devoient un fonds dont s’enrichit leur bibliothèque n’étoit pas Fouquet, le surintendant, mais Fouquet, marquis de la Varenne. Les livres acquis avec l’argent de son legs se distinguoient par un double Φ, sur le dos de la reliure.
A celle des Chanoines Reguliers de sainte Geneviève du Mont[17].
[17] V. ce que nous avons dit plus haut, à propos de la bibliothèque de Le Tellier. Celle des Génovéfains se trouvoit, où nous l’avons vue encore, au dernier étage de cette partie de l’abbaye Sainte-Geneviève, qui étoit devenue une dépendance du collége Henri IV. En 1768, on la rendit publique trois fois par semaine, le lundi, le mercredi et le samedi, de deux heures à cinq. Elle est maintenant en de nouveaux bâtiments construits sur l’emplacement du collége Montaigne. V. plus bas.
A celle de l’Abbaïe saint Germain des Prez[18].
[18] Elle étoit la plus riche après la Bibliothèque du Roi, principalement en manuscrits, dont un grand nombre lui vinrent au XVIIIe siècle de M. de Coislin, de l’abbé d’Estrées, de l’abbé Renaudot, etc. V. ce qu’en dit D. Bouillart dans son Hist. de Saint-Germain des Prés, 1724, in-fol.--Malgré l’incendie de 1792, et un vol en 1791, qui fit passer 120 de ses mss. en Russie, la Biblioth. Nat. n’en eut pas moins de 9,000 de cette seule provenance.
A celle du Chapitre de Notre Dame[19].
[19] Elle étoit assez modeste, n’occupant que deux petites chambres dans la cathédrale même, et ne comptant au XVIIIe siècle que 5,000 volumes au plus. Le principal fonds en étoit venu de Claude Joly, dont nous avons parlé au chapitre des Affaires ecclésiastiques. Il tenait de son grand-père, l’avocat Loisel, un certain nombre de mss. qui passèrent avec les siens et les autres du chapitre à la Bibliothèque du Roi, par une donation que firent les chanoines, le 24 avril 1756.
A celle du Collége de Navarre, montagne sainte Geneviève[20].
[20] Il est occupé aujourd’hui par l’Ecole Polytechnique. Sa bibliothèque, dont le premier fonds venoit de Jeanne de Navarre, fondatrice du collége, avoit pour principale richesse la plus grande partie des livres de l’illustre curieux du temps de Louis XIII, le provençal Peiresc, et de nombreux volumes sur peau vélin, avec initiales en miniature. De ses nombreux mss. il n’en arriva que 124 à la Bibliothèque Nationale pendant la Révolution.
A celle du Collége de Boissy[21], rue du Cimetière saint André.
[21] Nous ne savons rien sur la bibliothèque de ce collége fondé en 1354 par Guill. de Boissy, qui lui donna son nom. Il étoit en 1692 en complète décadence, dont il ne se releva que l’an d’après. Sa bibliothèque toutefois étoit, à ce qu’il paroît, restée assez riche.
A celle des Augustins Réformez de saint Germain des Prez[22].
[22] L’école des Beaux-Arts, rue Bonaparte, a pris la place de leur couvent. La bibliothèque n’en devint importante que lorsque le président de la Cour des Monnoies, Gilbert Mauguin, lui eut légué ses 12,000 volumes de théologie et de jurisprudence, en 1674. Elle s’augmenta encore, en 1728, de ceux du copiste Jean Pontal. On y remarquoit 14 volumes in-fol. d’Antiphonaires, tous écrits, notés et enluminés, au XVIIe siècle, par le P. Trochereau, un des moines du couvent.
A celle des Augustins Déchaussez, rue des Victoires[23].
[23] Ce sont les petits Pères, de la rue Notre-Dame des Victoires, dont il ne reste que l’église, une caserne des gardes de Paris, ayant, depuis 1850, pris la place du couvent. On y comptoit, vers le milieu du XVIIIe siècle, environ 30,000 volumes. Auprès de la bibliothèque étoient un cabinet de peinture, et un autre d’histoire naturelle et d’antiquités.
A celle des Célestins, près l’Arsenal[24].
[24] On y comptoit environ 20,000 volumes, non compris les manuscrits, dont les plus précieux venoient de la bibliothèque que le frère de Charles VI, Louis d’Orléans, conservoit dans son hôtel de Pute y musse, voisin du couvent. Un des deux seuls exemplaires de l’édition xylographique du Speculum humanæ salvationis, que l’on connut au XVIIIe siècle, s’y trouvoit aussi.
A celle des Cordeliers, près l’Eglise saint Cosme[25].
[25] Brûlée en 1580, cette bibliothèque redevint peu à peu plus importante qu’elle ne l’avoit été. L’incendie y avoit détruit 9,000 volumes; en 1680, elle en avoit 12,000, mais l’on n’y trouvoit plus la plupart des beaux manuscrits donnés par Catherine de Médicis, ni ceux des auteurs latins, dont les Alde et les Estienne s’étoient servis pour leurs éditions. Les 163 qui en sont venus à la Bibliothèque Nationale sont la plupart sans grande valeur.
A celle des Jacobins du Grand Couvent, rue saint Jacques[26].
[26] Elle n’étoit pas alors bien riche, les dons du chanoine lyonnois Tricaud, et du duc d’Orléans, fils du Régent, ne l’ayant augmentée qu’au siècle suivant. Les livres du prince, qui, au nombre de 6,800 volumes, formoient plus d’un tiers de la bibliothèque, s’y voyoient dans une salle à part, nommée Bibliotheca Aureliana. Il n’est venu des Jacobins à la Bibliothèque Nationale que 60 mss. environ des XIIIe et XIVe siècles.
A celle des Jacobins Reformez, rue saint Honoré[27].
[27] «Somptueuse en édifices, écrivoit sous Louis XIII le P. Jacob, mais de beaucoup moindre qualité en livres.» Elle s’enrichit plus tard. Un des religieux du couvent lui légua, en 1649, toute la bibliothèque de son père, médecin en Allemagne. Le sorboniste Picque lui laissa, en 1699, les manuscrits arabes de son cabinet, qui devaient passer en 1795 à la Bibliothèque Nationale, et auxquels se joignirent ceux que le P. J. Goar avoit rapportés de Grèce. Sous Louis XV, sans compter les manuscrits, il y avoit chez les Jacobins de la rue Saint-Honoré 26,000 volumes. En 1748, le P. Bérenger avoit dressé le catalogue des livres et manuscrits en 7 vol. in-fol. On l’appeloit quelquefois la Bibliothèque de M. le Dauphin, parce qu’à la naissance de Louis XIV, les Jacobins la lui avoient dédiée. Une partie de la correspondance du cardinal de Noailles, aujourd’hui à la Bibliothèque Nationale, s’y trouvoit.
A celle des Chanoines Réguliers de sainte Croix de la Bretonnerie[28].
[28] Nous ne savons rien sur cette bibliothèque d’un chapitre d’ailleurs peu important.
A celle du Prieuré de saint Martin des Champs[29].
[29] On n’y trouvoit guère que 5 ou 6,000 volumes, mais beaucoup de manuscrits, dont 112 sont aujourd’hui à la Bibliothèque Nationale; et, comme dans tous les prieurés de Bénédictins, un grand nombre de chartes et diplômes. Dom Chameaux, qui en étoit le conservateur, sous Louis XV, en évaluoit le chiffre à 80,000. Ils avoient été rassemblés par Dom Pernot dans la première moitié du XVIIIe siècle.
A celle des Minimes de la place Roïale[30].
[30] Un des religieux du couvent, le P. Joseph Renaud, avoit créé le principal fonds de cette bibliothèque, en lui léguant la sienne. Le savant Jean de Launoy en fit autant. C’est avec ces ressources que les PP. Niceron et Mersenne composèrent leurs ouvrages si pleins de recherches. Au XVIIIe siècle, la bibliothèque des Minimes, au lieu de 8,000 volumes qu’elle possédoit sous Louis XIV, en comptoit 20,000; presque tous reliés en veau fauve, avec un soleil d’or sur les plats, portant au centre le mot caritas, et en exergue l’inscription: Conventus parisiensis Minimorum.--L’Herbarium vivum, ms. en 15 vol. in-fol., du P. Prumier, contenant la description de toutes les plantes qu’il avoit étudiées de 1675 à 1704, tant en Italie qu’en Amérique, étoit une des curiosités de la bibliothèque des Minimes. Ce beau recueil lui fut enlevé, par ordre, pour celle du roi, en 1768.
Outre les Biblioteques particulières, il y en a quelques unes à l’usage du public, dans lesquelles on donne entrée à tous venans aux jours et heures ci-après marquées; sçavoir,
Celle du Collége Mazarini qui est ouverte les Lundis et Samedis du matin et de relevée[31].
[31] «On commence aussi à donner entrée les lundis et jeudis en celle du collége Mazarini.» Edit. 1691, p. 11.--Elle avoit été ouverte pour la première fois, en octobre 1688, dans le pavillon du collége Mazarin, aujourd’hui palais de l’Institut, où elle est encore, sous le nom de Bibliothèque Mazarine. Le premier bibliothécaire fut Ludovic Picques, à la suite d’une élection faite par la Société de Sorbonne, qui seule avoit droit de nommer à cette place. Elle avoit été, comme on sait, formée pour Mazarin, par G. Naudé, qui en parle beaucoup dans son Mascurat. Un siècle après eux, elle avoit presque doublé. On n’y comptoit que 27,000 vol. à la mort du cardinal; en 1751, lorsque Desmarais en fit le catalogue, il n’y en avoit pas moins de 45,000.
Celle de l’Abbaïe saint Victor où sont les Livres de feu M. Bouchet de Bournonville, qui est ouverte les Lundis, Mercredis et Samedis, le matin depuis sept jusqu’à onze heures, et l’aprés-dinée depuis deux jusqu’à cinq[32].
[32] «Où l’on peut consulter les auteurs d’autant plus utilement qu’elle est des plus complètes, et qu’on y met entre les mains des curieux tous les livres qu’ils demandent.» Edit. 1691, p. 11.--C’est la bibliothèque dont Rabelais a dressé un si burlesque catalogue. Au XVIIe siècle, elle s’étoit assez sérieusement enrichie pour que l’on ne s’en moquât plus. M. de Bournonville, conseiller de grand’Chambre, dont il est parlé ici, lui avoit, en 1690, non-seulement légué tous ses livres, mais aussi une rente pour en acheter d’autres, à condition qu’elle serait publique trois jours par semaine, le matin et l’après-dîner. On voit ici qu’il y fut fait droit. Plus tard vint le don de M. de Tralage, neveu de La Reynie, qui possédoit une collection inappréciable de cartes et plans, dont le plus précieux étoit celui de Paris par Du Cerceau, qui prit, en passant par la bibliothèque de l’abbaye, le nom de plan de Saint-Victor. Ce legs de M. de Tralage, fait en 1698, fut suivi en 1703 de celui du président Cousin, qui donna tous ses livres aux Victorins. Leur bibliothèque dut être alors agrandie de plus du double. Les 3,000 manuscrits suffisoient pour remplir l’ancienne. La Bibliothèque Nationale, depuis 1796, en possède 1265, dont un tiers de mss. latins. Dans le nombre est le très-curieux catalogue de la Bibliothèque Saint-Victor par Claude de Grandrue.
Et celle du Jardin Medicinal de Pincourt, qui est ouverte seulement les Dimanches après Vepres, en faveur des Medecins, des Chirurgiens et des Apoticaires artistes; qui confèrent en même temps sur les Nouvelles Découvertes qui se font dans les Sciences Naturelles et dans les Arts qui en dépendent.
COLLÈGES ET LEÇONS PUBLIQUES[1].
[1] «Il y a d’ailleurs dans l’étendue de l’Université divers colléges où la jeunesse est instruite à très-peu de frais, et où il y a même des bourses fondées pour l’entretien d’un certain nombre de pauvres étudiants.» Edit. 1691, p. 11.
Les Collèges où il y a exercices ordinaires des Humanitez, de la Rhétorique et de la Philosophie, sont,
Celuy de Loüis le Grand et celuy du Plessis Sorbonne[2], rue saint Jacques. Celuy des Quatre Nations sur le quay de Nesle[3], celuy de Navarre[4], celuy de la Marche[5], et celuy de Montaigu[6] à la montagne sainte Genevieve; celuy d’Harcourt[7] et celuy de Lizieux, rue de la Harpe[8]; ceux de Beauvais[9] et de Presles[10], rue saint Jean de Beauvais, celuy du Cardinal le Moine[11], rue saint Victor, et celuy des Grassins[12], rue des Amandiers[13].
[2] Geoffroi Du Plessis, secrétaire de Philippe-le-Long, l’avoit fondé en 1316. Réuni à la Sorbonne en 1647, il prit le double nom qu’il a ici. Les facultés de Théologie, des Sciences et Lettres l’occupèrent sous l’Empire et la Restauration jusqu’à ce qu’on y eût mis l’Ecole normale.
[3] C’est le collége Mazarini, dont il a été parlé plus haut: «Messieurs de Sorbonne, ajoute l’édit. de 1691, p. 11, qui ne tiennent point chez eux de petites classes, ont la direction de ce collége, où ils font enseigner gratis toutes les humanités, au désir de la fondation du feu cardinal Mazarin. Les RR. PP. Jésuites en font de même au collége de Louis-le-Grand, rue Saint-Jacques.»
[4] Fondé en 1364, avec un legs de la reine Jeanne de Navarre, femme de Philippe-le-Bel, il fut rebâti et agrandi plus tard avec le prix de la vente de la tour de Nesle, qui appartenoit aux rois de Navarre. Depuis l’Empire, il est occupé par l’Ecole polytechnique. La chapelle en est curieuse. (Rev. archéolog., t. I, p. 192-200.)
[5] Il datoit de 1420. Guillaume de La Marche l’avoit fondé pour des écoliers de sa pauvre province. Supprimé à la Révolution, il devint une pension célèbre du quartier Latin, la pension Vattier. Les bâtiments en ont disparu, avec une partie de la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, où ils se trouvoient sous le nº 37.
[6] Un des plus pauvres et des plus austères colléges de Paris. Aycelin de Montaigu l’avoit fondé en 1314, Erasme y étudia. La maigre pitance, à laquelle on y étoit soumis, l’avoit fait appeler Collége des Haricots, nom qui resta à la prison militaire, qu’on y installa, en 1792. (V. notre Paris Démoli.) Ses bâtiments, qui faisoient l’angle de la rue des Sept-Voies et de la place du Panthéon, furent démolis en 1845, pour faire place à ceux de la nouvelle bibliothèque Sainte-Geneviève.
[7] Un chanoine de Paris, Raoul d’Harcourt, l’avoit fondé en 1220. Ses bâtiments, reconstruits en 1675, ont été emportés en partie par le boulevard Saint-Michel. Ce qui reste est occupé par le lycée Saint-Louis.
[8] Il y a ici une erreur. Si le collége d’Harcourt fut rue de la Harpe, le collége de Lisieux en revanche n’y fut jamais. L’évêque de Lisieux, Gui d’Harcourt, le fonda en 1336, rue des Prêtres-Saint-Séverin; il passa ensuite rue Saint-Etienne des Grès, et n’en fut déplacé qu’en 1764, pour occuper, rue Saint-Jean de Beauvais, les bâtiments du collége de Dormans.
[9] C’est celui dont nous venons de parler, le collége de Dormans-Beauvais, qui devoit son nom à son fondateur, l’évêque de Beauvais, Jean de Dormans. Il datoit de 1370. Supprimé à la Révolution, Carnot y établit la première école mutuelle d’essai.
[10] Raoul de Presles l’avoit fondé en 1313 pour les pauvres écoliers du diocèse de Soissons, d’où lui vint son premier nom de collége de Soissons. Ramus y professoit; c’est là qu’il fut tué à la Saint-Barthélemy.
[11] Il devoit son nom au cardinal Jean Lemoine, qui l’avoit fondé en 1302. Calvin y étudia, et Lhomond y fut professeur. Il n’en existe plus rien que le nom d’une petite rue bâtie sur les chantiers qui en avoient pris la place.
[12] Il ne datoit que de 1569. Le sénonois P. Grassin, de qui lui venoit son nom, l’avoit fondé pour des écoliers nés à Sens. Chamfort, qui s’appeloit alors Nicolas, en fut le dernier élève distingué.
[13] «Celui de Cambrai et celui de fondation royale, près Saint-Jean de Latran,... celui des Trésoriers, près de la Sorbonne.» Edit. 1691, p. 11.
Il y a encore des Communautez Religieuses qui ont des Maisons Collègiales dans l’étendue de l’Université, où les nouveaux Profez sont instruits aux Humanitez, Rhétorique, Philosophie, etc., à sçavoir: les Grands Augustins devant le Pont neuf[14], les Grands Cordeliers, près saint Cosme[15], les Grands Jacobins, rue saint Jacques[16], les Bernardins, au quartier saint Victor[17]; les Carmes, à la place Maubert[18], les Prémontrez, rue Hautefueille[19]; les Religieux de l’Ordre de Grammont, rue du Batoir[20], et ceux de l’Ordre de Cluny, place de Sorbonne[21].
[14] Ils ont donné leur nom au quai. De leur église, construite en 1368, on fit, sous le premier empire, le marché à la Volaille, qui garda le nom de la Vallée, parce qu’on l’y transféroit de la Vallée de Misère, située près du Châtelet. Ce qui restoit, sur le quai, de l’église devenue marché, vient de disparoître. Il subsiste encore quelque chose des bâtiments, au nº 5 de la rue du Pont de Lodi, dont le percement, en 1797, coupa en deux le terrain occupé par le couvent.
[15] Ils avoient donné leur nom à la rue, qui prit, en 1790, celui de rue de l’Ecole de Médecine. Leur église y subsiste encore. C’est le Musée Dupuytren. Pendant la Révolution, ce fut le Club des Cordeliers, d’où Camille Desmoulins, qui en faisoit partie, datoit son journal, le Vieux Cordelier.
[16] Nous en avons parlé un peu plus haut, à propos de leur Bibliothèque.
[17] Dans la rue à laquelle ils avoient fait donner leur nom, et qui prit, en 1806, celui de rue de Pontoise, parce qu’elle est voisine du Marché aux Veaux, que Pontoise approvisionne.
[18] Ils n’étoient pas sur la place même, mais auprès, dans la rue, qui leur devoit son nom. Leur église, qui datoit du XIVe siècle, fut démolie en 1814, pour faire place au marché Maubert. Ces carmes ne sont pas à confondre avec ceux de la rue de Vaugirard, les Carmes déchaussés, à qui l’on doit l’eau de Mélisse, et dont l’église existe encore.
[19] Ils s’y étoient établis, dès 1252, dans une des maisons que Pierre Sarrazin, qui donna son nom à une des rues voisines, y possédoit. Leur chapelle, située au coin de la rue Hautefeuille, à gauche de la rue de l’Ecole de Médecine, fut démolie et rebâtie en 1618. C’est aujourd’hui un café.
[20] Ils n’étoient pas rue du Battoir, mais dans le voisinage, rue Mignon, où, depuis 1603, ils occupoient, par suite d’un échange avec leur prieuré du bois de Vincennes, le collége fondé en 1343, par le maître des Comptes, Jean Mignon.
[21] Le collége de Cluny se trouvoit en effet au coin de cette place et de la rue des Grès. Sa fondation par Yves de Vergy, abbé de Cluny, datoit de 1269. Quelques restes du cloître subsistent encore. David y avoit son atelier en 1806.
Outre les exercices ordinaires de l’Université, on professe la Théologie au Collège de Sorbonne[22], et à celuy de Navarre.
[22] Les écoles de théologie fondées par Richelieu n’étoient pas à la Sorbonne même, mais sur la place, au nº 2. Elles furent supprimées à la Révolution.
La Jurisprudence aux Ecolles de Droit, rue saint Jean de Beauvais[23].
[23] V. plus haut.
La Médecine, au Collège des Medecins, rue de la Bucherie[24].
[24] Les écoles de médecine et de chirurgie étoient déjà rue de la Bûcherie en 1472. Les bâtiments en furent reconstruits en 1676, à l’exception d’un portail du XIVe siècle qui existoit encore, il y a quelques années. En 1744, on avoit refait l’amphithéâtre, dont le dôme se voit toujours dans la maison qui porte le nº 13, au coin de la rue de l’hôtel Colbert. Ce n’est qu’en 1774 que ces écoles furent transférées, où nous les voyons, dans l’ancien collége de Bourgogne reconstruit exprès, et qu’on avoit acheté aux Bénédictins, qui justement y avoient établi une école de chirurgie.
Les Mathematiques, et les Langues Arabe, Grecque, et Hebraique, au College Royal, Place de Cambray.
Les autres Collèges dont les revenus ne servent maintenant qu’à l’entretien des Bourciers, sont pour les Provinces du Maine et d’Anjou, celui de Bayeux[25]; pour ceux du Diocese de Narbonne[26], celui de ce nom; pour la Bourgogne, celui du même nom[27]; pour le Diocèse d’Arras, encore celui du même nom[28]; pour la Touraine, celui de Tours[29]; pour le Diocèse de Vienne et de Bourbonnois, celui du cardinal Bertrand[30]; pour le Limosin, celui de saint Michel[31]; pour Theroüenne, celuy de Boncourt[32]; pour le Diocèse de Bayeux, celui de M. Gervais[33]; pour le Diocèse de Rheims, celuy du même nom[34]; pour le Diocèse de Séez, celui de ce nom[35]; pour ceux de Paris et de Beauvais, celui de sainte Barbe[36]; pour ceux de la famille de feu M. Fortet, et à leur deffaut, pour Paris et saint Flour, celui de Fortet[37]; pour ceux de la Famille de Godefroy de Boissy, celui du même nom[38]; tous lesquels sont dans l’enclos de l’Université.
[25] Il avoit été fondé par Guillaume Bonnet, évêque de Bayeux. L’inscription, que l’on put lire jusqu’à sa démolition, il y a vingt-cinq ans, au-dessus de la porte gothique, rue de la Harpe, nº 107: Collegium Bajocence, fund. anno 1308, dispensoit de chercher la date de la fondation. On l’avoit réuni à l’Université en 1763.
[26] Autre fondation épiscopale. On la devoit à Bernard de Fages, archevêque de Narbonne, en 1317. Ce collége se trouvoit rue de la Harpe, presqu’en face de la rue de l’Ecole de Médecine; rebâti en 1760, et réuni trois ans après à l’Université, il étoit, depuis la Révolution, un hôtel garni, lorsqu’on le démolit vers le même temps que celui de Bayeux.
[27] «Rue des Cordeliers.» Edit. 1691, p. 11.--La comtesse Jeanne de Bourgogne l’avoit fondé, en 1331, pour vingt pauvres écoliers de sa province. Nous avons dit, dans une des notes précédentes, comment il devint l’Ecole de Médecine.
[28] Il devoit son nom à l’abbé de Saint-Waast, d’Arras, Nicolas Le Candrelier, son fondateur en 1327. Il fut réuni, en 1763, à celui de Louis-le-Grand. Il avoit été transféré de la rue Chartière dans la rue des Murs, qui en prit le nom de rue d’Arras, qu’elle porte encore.
[29] Il étoit au nº 7 de la rue Serpente où, de 1330 à 1333, l’archevêque de Tours, Etienne de Bourgueil, l’avoit fondé. Les bâtiments reconstruits en 1730 existent encore.
[30] On l’appeloit aussi collége d’Autun. Il se trouvoit au nº 22 de la rue Saint-André des Arts, où l’évêque d’Autun, cardinal Pierre Bertrand, l’avoit fondé en 1341. Lorsqu’en 1764, on l’eut réuni au collége Louis-le-Grand, l’école gratuite de dessin y fut établie pendant quelques années. Il fut démoli sous le premier empire.
[31] L’évêque de Paris, Guillaume de Chanac, l’avoit fondé rue de Bièvre, au XIVe siècle, sous l’invocation de saint Michel. On l’appeloit quelquefois collége de Chanac. Comme limousin, l’abbé Dubois y avoit étudié.
[32] Fondé rue Bordet, en 1357, par le sieur de Bécoud, dont on fit de Bécourt, de Beaucourt, puis de Boncourt. Huit pauvres écoliers, en logique ou philosophie, venus de Thérouanne, pays de P. Bécoud, en furent, d’abord, les seuls élèves. Il fut réuni, en 1638, ainsi que celui de Tournay, au collége de Navarre, qu’il joignoit par une espèce de pont qui traversoit la petite rue Clopin. Son nom et ses priviléges lui furent laissés. Voilà pourquoi ici nous le voyons encore réservé aux écoliers de la ville de Thérouanne, qui malheureusement ne pouvoit guère lui en envoyer, depuis qu’en 1552 Charles-Quint l’avoit complètement détruite. Lorsque l’Ecole polytechnique fut fondée au collége de Navarre, on en mit les bureaux au collége de Boncourt, qui, depuis lors, a été entièrement démoli.
[33] Gervais Chrétien, chanoine de Bayeux et médecin de Charles V, l’avoit fondé en 1370. On l’appeloit aussi collége de Notre-Dame de Bayeux, à cause du canonicat de son fondateur, et des élèves que Bayeux y envoyoit. Il étoit situé rue du Foin-Saint-Jacques, réunie aujourd’hui à la rue des Noyers. On en fit, à la Révolution, une caserne d’infanterie.
[34] «Derrière Saint-Hilaire.» Edit. 1691, p. 11.--Ce collége étoit rue des Sept-Voies. Il avoit été fondé, en 1409, en exécution d’une clause du testament de Guy de Roye, archevêque de Reims. Il n’en reste plus rien, depuis longtemps.
[35] La fondation en étoit due aussi à une disposition testamentaire. Grégoire Langlois, évêque de Séez, mort en 1404, avoit légué l’argent nécessaire, qui n’eut son emploi qu’en 1427. Ce collége n’avoit que huit boursiers, dont quatre du diocèse de Séez. Un don de Jean Aubert, en 1634, permit d’en augmenter le nombre. P. Lallemand, évêque de Séez, fit rebâtir ce collége presque entièrement, en 1730. Quand on le supprima, il devint l’hôtel garni, dit de Nassau. Il fut emporté, en 1854, par la rue des Ecoles, avec le collége de Narbonne, comme lui, rue de la Harpe.
[36] Il avoit été fondé, en 1460, par Geoffroi Lenormant, professeur de grammaire au collége de Navarre, dans l’hôtel de la rue des Cholets et de la rue des Chiens ou Saint-Symphorien, qui avoit appartenu à P. de Châlon. Sainte Barbe, à laquelle il fut dédié, étoit, dit M. J. Quicherat, «la vierge savante qui passa de la plus tendre jeunesse dans l’éternité... après avoir vaincu dans la discussion les plus habiles défenseurs du paganisme grec.» (Hist. du collége Sainte-Barbe, t. I, p. 9-10.)--Ce collége ne s’administra lui-même, et ne fut réellement fondé, que lorsque Robert Dugast, qui l’avoit dirigé, lui eut, en 1557, fait don de l’hôtel de Châlon où il étoit établi depuis un siècle. Il y créa aussi sept bourses: trois grandes, pour les diocèses d’Autun, de Rouen, d’Evreux et de Paris; et quatre petites pour les paroisses qu’il avoit administrées: celle de Saint-Hilaire à Paris, celle de Saint-Nicolas-des-Alleux-le-Roi, et celle de la Neuville d’Aumont. C’est pour ces dernières, situées dans le Beauvaisis, que nous voyons ici que des boursiers du diocèse de Beauvais étoient admis à Sainte-Barbe, à la fin de 1798, le collége Sainte-Barbe devint l’institution de Lanneau, mais reprit plus tard son nom, qu’il a gardé.
[37] Ce collége de Fortet, situé rue des Sept-Voies, devoit son nom au chanoine de Paris, Pierre Fortet, dont une disposition testamentaire, exécutée en 1397, avoit laissé l’argent disponible pour cette fondation. Comme il étoit d’Aurillac, quatre bourses étoient destinées à des enfants de cette ville ou du diocèse de Saint-Flour, mais pris de préférence dans sa famille. Quatre autres bourses étoient réservées pour Paris.
[38] V. ce que nous avons dit plus haut de ce collége de Boissy, situé rue du Cimetière-Saint-André, à propos de sa bibliothèque.
On enseigne d’ailleurs publiquement et gratuitement par ordre et aux dépens du Roi, au Jardin Royal des plantes, Fauxbourg saint Victor, la Chirurgie, l’Anatomie, la Chimie et la Botanique. Le public est averti de l’ouverture des Leçons par des Affiches, au commencement de l’hiver pour les Dissections Anatomiques, et pour les Opérations Chirurgicales, et au commencement de l’Eté pour la Démonstration des Plantes et pour les Préparations Chimiques[39].
[39] «Aux Ecoles de Médecine rue de la Bûcherie, on fait aussi chaque année des dissections anatomiques et des opérations chirurgicales, mais à prix d’argent.» Edit. 1691, p. 13.
Aux Ecoles de Chirurgie, rue des Cordeliers, on fait aussi annuellement et gratuitement tous les Hivers des Démonstrations Chirurgicales Anatomiques, suivant la fondation de feu M. Biennaisse[40].
[40] «Le public est averti des unes et des autres par des affiches.» Ibid.--Ces écoles de la rue des Cordeliers, auprès de l’église dédiée à saint Côme, patron des chirurgiens, étoient plus exclusivement chirurgicales que celles de la rue de la Bûcherie, dont il a été parlé plus haut. Elles avoient eu pour origine la confrérie de Saint-Côme et Saint-Damien fondée, dit-on, par saint Louis. C’est par son testament que M. Jean Bienaise, mort le 21 décembre 1681, après avoir été un des bons praticiens de son temps, avoit laissé six cents livres de rente pour deux professeurs chargés de faire les démonstrations d’anatomie et de chirurgie, dont il est ici question.
MATHÉMATIQUES.
Les Professeurs ès Mathématiques qui sont de l’Académie Royale des Sciences et qui ont des appartemens à l’Observatoire Royal, pour les Observations Astronomiques, sont Mrs Cassüni[1], de la Hire[2], Couplet[3], Sédillot[4] et Cusset[5].
[1] Jean Dominique, le premier et le plus célèbre de la dynastie des Cassini, né en 1625 à Nice, mort en 1712 à Paris. (V. son Eloge dans les Œuvres de Fontenelle, t. V, p. 322.) Ses principales découvertes en astronomie s’y trouvent analysées.
[2] Philippe de La Hire, de l’Académie des sciences, comme Cassini, et professeur de mathématiques et d’astronomie au collége de France. Il mourut en 1719 à soixante-dix-neuf ans. Fontenelle a fait aussi son éloge, t. VI, p. 1.
[3] Claude-Antoine Couplet, qui fut plutôt ingénieur-mécanicien qu’astronome. Aussi n’étoit-il logé à l’Observatoire que comme garde du cabinet des machines. Il mourut le 22 juillet 1722, à quatre-vingt-un an. (V. son éloge dans Fontenelle, t. VI, p. 159.)
[4] Il n’est guère connu que par la part qu’il prit, en 1718, au voyage du second des Cassini, pour la prolongation de la mesure du méridien jusqu’à Dunkerque.
[5] Lisez Casset. Il devint secrétaire de Bouchu, intendant du Dauphiné, mais ne cessa pas de s’occuper de science. On a de lui, dans les Mémoires de l’Académie de 1703, une lettre curieuse à La Hire sur la montagne soi-disant inaccessible du Dauphiné.
M. de la Hire est encore de l’Académie d’Architecture qui se tient au Palais Brion[6], où il fait des leçons publiques d’Architecture, par conséquent sur la Coupe des pierres. M. Rolle[7] qui est aussi de l’Académie Royale des Sciences, et qui est profond sur l’Algèbre, demeure rue
[6] V. plus haut ce que nous avons dit de cette dépendance du Palais-Royal, où siégea, en effet, l’Académie d’architecture avant d’être installée au Louvre.
[7] Il étoit d’Ambert en Auvergne. L’algèbre, comme on le dit ici, fut sa science préférée; il n’eut pas à le regretter. Elle le mena droit à l’Académie des sciences, et la solution d’un problème posé par Ozanam lui valut une gratification de Colbert, que l’abbé Gallois, secrétaire des ministres, dont Rolle avoit accepté la collaboration, fit bientôt changer en pension durable. Il mourut en 1719, à soixante-sept ans. Fontenelle a écrit son éloge. (V. ses Œuvres, t. VI, p. 74.)
M. Sauveur[8], rue et rue sont Professeurs Royaux au Collége de Cambray[9].
[8] Un des plus illustres savants de son temps, pour les mathématiques et la physique. Né en 1652 à La Flèche, il mourut, en 1716, à Paris. (V. son Eloge parmi ceux que Fontenelle a faits des membres de l’Académie des sciences, t. V, p. 466.)
[9] C’est le collége de France, souvent appelé comme il l’est ici, parce qu’il avoit été établi dans l’ancien collége de Cambray, qui lui-même avoit donné son nom à la place où il s’ouvroit. Sauveur professoit au collége de France depuis 1686.
Mrs Hébert, Professeur au Collége de Maitre Gervais, rue du Foin[10], et Varignon[11] au Collége Mazarini[12], sont encore d’une très particuliere distinction.
[10] Nous n’avons rien trouvé sur ce professeur. Peut-être au lieu d’Hébert faut-il voir là Hubert, qui professa ensuite à Caen, où il resta en relation avec Varignon. (V. Histoire de l’Académie des sciences, année 1719, p. 39.)
[11] Pierre Varignon, né à Caen en 1654, mort à Paris en 1722, grand ami de l’abbé de Saint-Pierre et de Fontenelle, auquel il légua tous ses papiers, et qui a fait son éloge, t. VI, p. 182.
[12] En même temps qu’on le nommoit, en 1688, de l’Académie des sciences, il étoit fait professeur de mathématiques au collége Mazarin, et il le resta toute sa vie. C’est après avoir fait sa classe, le 22 décembre 1722, qu’il mourut. Il avoit aussi une chaire au collége de France.
Les Professeurs qui enseignent chez eux et en Ville toutes les parties des Mathématiques, sont Mrs Ozanam, rue de Seine[13], Lieutault, rue des fossez Saint Germain, de Boissiere, rue des Boucheries Saint Germain, et de Blegny le jeune, près la Madelaine.
[13] Jacques Ozanam, né en 1640, dans le pays de Dombes, mort à Paris le 3 avril 1717. Il fut reçu à l’Académie des sciences en 1701. Ses Récréations mathématiques et physiques, dont la 1re édition est de 1699, in-8º, sont un des premiers ouvrages de physique amusante que l’on ait publiés. Fontenelle, t. V, p. 557, a écrit l’éloge d’Ozanam.
Entre les fameux Ouvriers pour les Instrumens Mathématiques, sont Mrs le Bas, aux Galleries du Louvre[14], Chapotot[15] et Buterfield[16], sur le Quay de l’Horloge[17].
[14] Jean Lebas, qui avoit succédé à son père Philippe Lebas, mort en 1677. Le logement que celui-ci avoit occupé depuis le 26 janvier 1670, «avec les autres artisans de réputation dans la galerie du Louvre, destinée à cet effet», ainsi qu’il étoit dit dans son brevet, avoit été conservé à son fils. Un ouvrier du même métier, nommé Ferrier, y avoit devancé Philippe Lebas. (Registres du Secrétariat, pour 1670, ms. de la Bibl. Nat. Suppl. fr., nº 2771.)
[15] Ozanam a parlé de lui dans ses Récréations mathématiques... 1696, in-8, t. II, p. 277: «Le sieur Chapotot, dit-il, ingénieur du Roi, et fabricateur des instruments de mathématiques à Paris, dont l’habitude est de renchérir sur les plus belles inventions.»
[16] C’étoit un mécanicien allemand,--Lister dit anglais,--qui s’étoit établi à Paris depuis quinze ou vingt ans, et que plusieurs mémoires: Niveau d’une nouvelle construction, 1677, in-12; Adomètre nouveau, 1681, in-12, etc., avoient déjà fait avantageusement connoître. Il y mourut en 1724. On lui doit de grands quarts de cercle qui ont beaucoup contribué à sa célébrité. Ses boussoles-cadrans, qu’il faisoit d’ordinaire en argent, s’appeloient, de son nom, des Butterfield.
[17] Ce quai n’a pas changé d’industries, comme on voit; et déjà sous Louis XIV--Chapotot, d’après notre avant-dernière note, en est la preuve--les fabricants d’instruments de mathématiques y prenoient le titre «d’ingénieur.»--Quelques années après la publication de ce Livre commode, un fabricant, nommé Lefèvre, s’y distinguoit à côté de Chapotot et de Butterfield. L’abbé Bordelon, dans ses Diversités curieuses, 1699, in-12, t. II, p. 57, a parlé de lui, à propos d’un «cadran équinoxial, universel, qui s’oriente, dit-il, sans aiguille aimantée, pour voir l’heure au soleil, et tracer les lignes horaires sur toutes sortes de plans... Ce cadran, ajoute-t-il, nouvellement inventé, est fait par le sieur Le Fèvre, très-habile pour les instruments de mathématiques. Il demeure à Paris, aux deux globes, sur le quay de l’Horloge, dit des Morfondus.»
On trouve des Cartes de Geographie très curieuses chez M. Samson[18], aux Galleries du Louvre, et chez Mademoiselle du Val[19], sur le Quay de l’Horloge.
[18] Adrien Sanson, fils de Nicolas, mort en 1667, géographe du Roi, comme lui. Il ayoit eu un frère aîné, tué le 27 août 1648, dans l’une des premières émeutes de la Fronde. Adrien Sanson mourut le 16 mai 1703.
[19] Son père P. Du Val étoit «géographe ordinaire du Roi.» Elle vendoit ses livres, entre autres un Traité de géographie, revu et augmenté, quand Du Val fut mort, par le P. Placide, augustin déchaussé, qui étoit aussi «géographe du Roi.» Ce Traité devint la base du volume classique, connu sous le titre de Géographie de Crozat, qu’il devoit à la fille du riche financier Crozat, pour laquelle on en avoit accepté la dédicace, avec permission de mettre son portrait au frontispice. Nous possédons un des rares exemplaires où il se trouve. L’édition est de 1704, in-12. La boutique de Mlle Du Val n’étoit plus alors au quai de l’Horloge. On lit, en effet, sur le titre: «Chez Mademoiselle Du Val, fille de l’auteur, rue Saint-Jacques, au Dauphin d’or, vis-à-vis la rue de la Parcheminerie.»
MEDECINE ORDINAIRE.
Ce qu’on doit entendre par Medecine ordinaire, est celle qui est légitimement pratiquée par gens graduez, qui se rapportent assez dans les principes et dans les maximes essentielles, pour se rendre reciproquement compte de leur conduite lors des Consultations.
M. le Premier Medecin du Roy[1], a son appartement au Jardin Roial des Plantes, où il loge quand il est à Paris[2].
[1] Depuis le 11 avril 1672, ce premier médecin du Roi étoit Daquin, dont les appointements cumulés ne s’élevoient pas à moins de 37,000 livres, suivant l’Etat de France de 1692, p. 235.
[2] Il y étoit surintendant des démonstrations des plantes, de la chimie et de la chirurgie, et touchoit à cet effet 3,000 livres, qui se confondoient avec les 37,000 de ses appointements généraux.
Il y a quelques Medecins de Sa Majesté servant par quartier[3], qui pratiquent à Paris avec beaucoup de réputation, par exemple:
[3] C’est-à-dire par trimestre. Ils étoient huit: deux par quartier, ayant chacun 1,200 livres de gages sans compter, dit l’Etat de France, «273 livres 15 sous de livrées, chacun pour sa bouche à cour.»
Messieurs Lallier[4], rue des Prouvaires, Du Gué[5], près saint Paul, Fresquière[6], rue sainte Avoye, etc.
[4] Il étoit de service chez le Roi pendant le quartier d’avril. Il étoit aussi, selon l’Etat de France, médecin de la Bastille.
[5] Il servoit en cour, pendant le quartier d’octobre.
[6] Jean-Baptiste de Fresquières, qui étoit de service pendant le trimestre de janvier.
Messieurs du Chesne[7], rue de la Sourdière, et Armand[8], près saint Gervais, sont encore des Médecins des Maisons Roiales qui ont beaucoup d’employ à Paris.
[7] Il étoit médecin du duc de Bourgogne.
[8] Son nom étoit Souard, mais on ne le connoissoit guère que sous son prénom d’Armand. Il étoit non pas médecin, mais chirurgien, et comme tel attaché à la maison de Madame, duchesse d’Orléans.
M. Mayeux, Doyen en charge de la Faculté de Medecine de Paris, demeure ruë de Bièvre.
M. Legier, censeur de la même Faculté, demeure ruë de Grenelle, quartier saint Honoré.
Messieurs le Moine, rue des Poulies, et le Rat, rue du Four S. Germain, sont Professeurs en Chirurgie, et Messieurs Daval, rue du Monceau Saint Gervais, et de la Carlière, rue du Batoir, en Botanique et Pharmacie.
On peut recouvrer la Liste des Docteurs de cette Faculté chez le Concierge de leur Collège rue de Bucherie, qui ne comprend que des gens d’une profonde érudition, entre lesquels il y en a un grand nombre qui sont fort renommez dans le public: par exemple, Messieurs Morin[9], rue Cristine, Theüard, rue Roiale, Thuillier[10], rue de Grenelle, Finot[11], rue de la Monnoye, Mathon, à la Pierre au Lait, etc.
[9] Ils étoient deux que Lister, dans la relation de son voyage à Paris, dit être «des gens fort instruits.» L’un, né à Toulon, étoit naturaliste. L’autre, celui qui figure ici, né au Mans, étoit médecin. Ils arrivèrent presque en même temps à l’Académie des sciences. Louis Morin, le médecin, qui étoit aussi grand botaniste, mourut le 1er mars 1715 ayant près de quatre-vingts ans. Fontenelle a écrit son Eloge. (V. le t. V de ses Œuvres, p. 380.)
[10] Il étoit docteur-régent de la Faculté de médecine de Paris. Son fils Adrien eut le même titre, et fut de plus de l’Académie des sciences. (V. Fontenelle, t. V, p. 54.)
[11] C’est le même que Lister appelle Minot, et dont il dit qu’il étoit «au prince de Conti, et qu’il l’avoit autrefois connu à Montpellier.»
Messieurs Dodard, à l’Hôtel de Conty[12], et Bourdelot[13], rue sainte Croix de la Bretonnerie, ont chacun un parfait assortiment de tous les Livres de Philosophie et de Medecine.
[12] Denis Dodart, de l’Académie des sciences, né en 1634 à Paris, où il mourut en 1707. On lui doit, entre autres ouvrages, la Statica medicina gallica. C’est comme conseiller-médecin du prince qu’il logeoit à l’hôtel de Conti. Fontenelle a écrit son Eloge, t. V, p. 190.
[13] Pierre-Bonnet Bourdelot, premier médecin de la duchesse de Bourgogne, qui le gardoit près d’elle à Versailles. Lister vante son savoir, surtout pour l’histoire de la science qu’il pratiquoit, ce qui confirme ce qu’on lit ici à propos de sa riche bibliothèque: «Je citerai encore, dit-il, M. Bourdelot, médecin de la duchesse de Bourgogne, qui est bien pensionné et logé à Versailles. C’est un savant homme qui connoît parfaitement l’histoire de la médecine.»
M. de Blegny, Medecin du Roy, préposé à la recherche et vérification des Nouvelles Découvertes de Medecine, demeure au Jardin Medicinal de Pincourt, fauxbourg saint Antoine, et tient Bureau rue de Guenegaud tous les jours de relevée. Celui là est fort renommé pour les Decentes, pour les maux vénériens, pour les maladies des femmes et des enfants, pour les hidropisies, pour les Rheumatysmes inveterez, et généralement pour les maladies extraordinaires.
M. Agnan ci-devant l’un des deux Capucins qui travailloient au vieux Louvre[14], et qui a pris ses Degrez en la Faculté de Padoue, a quelques expériences pour les maladies croniques, il demeure rue et près les Incurables.
[14] Ces capucins du Louvre, comme on les appeloit, et dont Mme de Sévigné, entre autres remèdes, estimoit tant l’eau d’émeraude (édit. Hachette, t. VII, p. 411, 414), avoient été deux: le P. Agnan nommé ici, et le P. Rousseau qui étoit mort à cette époque. Le nom par lequel on les désignoit leur étoit venu de ce que le roi, sur la recommandation de Condé émerveillé de leurs remèdes, leur avoit donné un appartement et un laboratoire au Louvre, où, pendant près de deux ans, ils eurent tout le loisir de travailler. Le frère du P. Rousseau publia en 1697, in-12, un volume devenu rare: «Secrets et remèdes éprouvez, dont les préparations ont été faites au Louvre, de l’ordre du Roy, par deffunt M. l’abbé Rousseau, cy-devant capucin et médecin de Sa Majesté.» Le P. Agnan est nommé dans l’avertissement, comme «confrère et co-inventeur de notre illustre deffunt.» Il est resté de Rousseau, dans le Codex, une sorte d’hydromel fermenté et opiacé connu sous le nom de vin ou «gouttes de Rousseau.» (V. Le Vieux-Neuf, 2e édit., t. II, p. 388.)--Le curieux et rare volume publié en 1693, l’Ancienne médecine à la mode, est du capucin Aignan, qui du reste l’a signé.
M. Elvetius, Médecin Hollandois, qui donne une poudre émétique contre les cours de ventre et dissenteries, demeure rue Serpente[15].
[15] «Le médecin Hollandais, renommé pour quelques remèdes spécifiques, demeure rue Gille Cœur.» Edit. 1691, p. 15.--Le remède, auquel Helvétius dut sa réputation et sa fortune, étoit l’Ipécacuhana récemment importé du Brésil, et que lui avoit fait connoître un droguiste de Paris. Reçu docteur en médecine, et naturalisé françois, il obtint, le 19 juillet 1688, permission de débiter son remède, pendant quatre années, après épreuves faites à l’Hôtel-Dieu par Daquin, premier médecin. (Biblioth. Nat., mss. Clairambault, t. 556, p. 798.) Le roi le lui acheta ensuite une très-forte somme. Il trouva plus tard un fébrifuge excellent, et ne commença qu’alors à ne plus passer pour un empirique: «Helvétius, écrit Racine à son fils, le 24 sept. 1691, est en réputation même pour les fièvres, et il va partout comme les autres médecins.» On peut lire sur lui quelques pages curieuses dans l’Elite des Bons-Mots, 1731, in-12, t. I, p. 469.--Son fils fut le riche financier philosophe, auteur du livre De l’Esprit.
La veuve Nion, Libraire, dont l’adresse est à la première page[16], vend la Biblioteque universelle des secrets de Medecine recherchez et publiez, par ordre de M. le premier Médecin de Sa Majesté[17], le Recueil des Journaux de Médecine, le Traité Medicinal du Thé, du Caffé et du Chocolat[18], les Observations astronomiques et Medicinales qu’on doit à l’invention des lunettes d’aproche, et plusieurs autres Livres curieux à l’usage des Medicins.
[16] La veuve Nyon, dont la librairie, devenue exclusivement classique, existe encore à la même place sur le quai Conti, alors appelé quai de Nesle, avoit eu pour mari Denis Nyon, fils de Guillaume Nyon, reçu libraire en 1580. Après elle, son fils Jean-Luc dirigea sa librairie, et quand il fut mort, sa femme, autre veuve Nyon, en garda la direction jusqu’à ce qu’elle mourut en 1747. Elle s’appeloit Marie-Anne Didot, étoit fille de Denis Didot, marchand de Paris, et avoit pour frère François Didot, qui, reçu en 1713, fut dans sa boutique du quai des Augustins, à la Bible d’or, le premier libraire de la longue et illustre dynastie des Didot.
[17] L’édit. de l’année précédente donnoit plus de détails sur ce point: «On a, depuis peu, y est-il dit, par ordre de M. le premier médecin du Roi, fait un recueil général de tous les remèdes secrets, tant de ceux qui avoient déjà été publiés que de ceux qui estoient réservez en manuscrits dans les bibliothèques curieuses, ou qui avoient esté communiquez par divers particuliers aux médecins de la Société royale. Ce recueil, qui est compris en deux gros volumes in-8º, se vend six livres, chez la veuve Nion, devant l’abreuvoir Guénegaud, où l’on trouve encore tous les autres de M. de Blegny qui en est auteur.» Il nous a dit, en effet, tout-à-l’heure, qu’il étoit «préposé à la recherche et vérification des nouvelles découvertes de médecine.»
[18] Blegny, qui tout-à-l’heure fera de si belles réclames à ses remèdes, annonce ici discrètement un de ses livres, publié cinq ans auparavant, et dont voici le titre exact: Le bon usage du thé, du café et du chocolat, pour la préservation et la guérison des maladies. Lyon, 1687, in-12. L’ouvrage qui suit doit aussi être de lui, mais nous ne pouvons l’assurer.
Pour la Société Roiale de Medecine, voiez l’article des Rapports et Verifications d’Experts.
L’Histoire de la Medecine et des Medecins nouvellement publiée par M. Bernier[19], auteur de l’Histoire de Blois, se vend chez Simon Langrögne, rue saint Victor. Les premières parties de ce Livre estant comme un extrait du Dictionnaire Historique de Morery[20], on le lit avec plaisir, jusqu’à l’endroit où l’Auteur a donné de fortes atteintes à l’honneur de gens vertueux et recommandables[21], dont apparemment il a voulu se distinguer.
[19] Ce sont les Essais de médecine de Jean Bernier, auxquels il ne donna le titre d’Histoire chronologique de la Médecine, qu’à la seconde édition, en 1695. La première étoit de 1689. Il avoit fait, comme on le dit ici, une Histoire de Blois, sa ville natale.
[20] Dans le chapitre IV de la 1re partie de son livre, Bernier fait, en effet, l’histoire chronologique de la médecine et des médecins, et n’y reproduit guère que ce qu’on en lisoit dans Moréri.
[21] Les gens «vertueux et recommandables», dont parle ici Blegny, sont lui-même et ses pareils, les charlatans, que Bernier malmène d’importance dans son XIIIe chapitre: Des charlatans prétendus médecins, et des médecins charlatans. «Quant à nos empiriques, y dit-il par exemple, ce ne sont ordinairement... que des banqueroutiers, des gens ruinez ou saisis, des fugitifs, des téméraires: au moins des gens sans étude, sans principes, sans caractère.» Parmi tous ces gens, pour se reconnoître, Blegny n’avoit que l’embarras du choix, et son imprudence fut de vouloir se venger de l’attaque par l’ironique riposte qu’on lit ici, et qui lui valut de plus directes représailles. Dans l’Anti-Menagiana, publié en 1693, Bernier, qui ne l’avoit pas nommé dans ses Essais, le nomme sans pitié, et cela dès sa préface, p. 16, où, parlant de son almanach et des ennuis qu’il lui avoit attirés, il dit: «l’auteur en est Blegny, le bastillé et le bastillable.» Ailleurs, p. 118, il y revient dans une attaque contre Ménage et ses assemblées du cloître Notre-Dame, «qui, dit-il, ne sont plus guères célèbres que dans l’Almanach des adresses d’Abraham Du Pradel.» Plus loin, p. 230-231, autre attaque encore contre l’homme et son livre. Blegny, comme on voit, n’avoit gagné à se défendre que des horions nouveaux.
La Medecine pratique d’Ettemuler imprimée à Lyon en latin et en françois[22], se trouve chez presque tous les Libraires de la rue Saint Jacques.
[22] Ce sont les Institutions de médecine de Michel Ettmüller, mort en 1683.
MEDECINE EMPIRIQUE.
Cette espèce de Medecine est celle qui est pratiquée par des particuliers, dont l’étude n’a pas esté assez réglée pour parvenir aux degrez, et qui se fondent principalement sur les épreuves de quelques Receptes medicinales.
Il n’y a presque à présent que des Ecclésiastiques et des Religieux qui pratiquent à Paris cette sorte de Medecine[1]; par exemple, M. l’Abbé Guiton qui étoit n’agueres Religieux Cordelier, et qui demeure à présent à l’Arsenal.
[1] C’est, mais très-brutalement, ce que dit aussi Bernier dans son chapitre cité tout-à-l’heure. Les empiriques sont pour lui la plupart «des moines ignorants, et las de la robe,... des pieds déchaux, qui ne savent où donner de la tête.»
M. l’Abbé Fayolles, qui demeure rue Mazarini.
M. le Curé d’Evry, Village de Brie[2], qui donne avec permission une boisson sudorifique, par la chaleur de la quelle il tache de consommer les causes des maladies.
[2] Evry-les-Châteaux, canton de Brie-Comte-Robert, département de Seine-et-Marne.
Un autre Ecclésiastique, qu’on nomme M. le Prieur, et qui demeure ruë de la Raquette, Fauxbourg saint Antoine, est fort recherché pour un apéritif qu’il dit propre à déboucher les plus facheuses opilations dans les deux sexes[3].
[3] Il est traité plus cavalièrement dans l’édit. précéd., p. 18: «Assez près du jardin médicinal de Pincourt dans la rue de la Raquette, il y a un prieur qui s’entremet de médecine, et qui se dit très-habile.» Rue de la Raquette, c’est, comme on sait, rue de la Roquette.--Bernier, p. 296 de ses Essais, semble faire allusion à ce remède du prieur: «Je n’ai garde, dit-il, de donner ici à connoître ceux qui ont débité et fait valoir aux simples: qui des remèdes pour les dents;... qui... des stipiques à divers usages, des apéritifs...»
Le Frère Ange, Capucin[4], qui distribue un Opiatte et un Sirop mesentirique et epatique, est resident au Fauxbourg saint Jacques.
[4] «Renommé pour la cure des maladies chroniques... au couvent du faubourg Saint-Jacques,... a un laboratoire assez curieux.» Édit. 1691, p. 18.
Le Frère Pierre, des Jacobins du Fauxbourg saint Germain, fait des recherches dans la Chimie.
OPERATIONS CHIRURGICALES.
Monsieur le premier Chirurgien du Roy, a son appartement au vieux Louvre, où il loge quand il est à Paris.
M. de Tertre, son Lieutenant pour la Ville, Prevoté et Vicomte de Paris[1], renommé pour la saignée et pour la grande Chirurgie[2], demeure rue du Jardinet, à l’ancien Hotel de Roüen.
[1] François Du Tertre, que l’Etat de France pour 1692, t. I, p. 240, qualifie «lieutenant des chirurgiens de Paris», retenu par le Roi pour «l’employer où il pourra en avoir affaire. Il a cinq mille et tant de livres d’appointements.» Les chirurgiens du Roi qui étoient au nombre de neuf, un premier ordinaire, et huit ordinaires servant par quartier, pouvoient, d’après une déclaration de Louis XIII, «tenir ou faire tenir boutique, enseigne de chirurgien, où seront les armes du Roy, exclusivement à tous autres barbiers chirurgiens.»
[2] Il prenoit le titre de premier chirurgien du Roi et du Parlement.
Les Prévots, Jurez et Gardes de la Communauté des Chirurgiens Jurez de Paris, sont Messieurs David, rue de l’Arbre sec: Cuqüel, rue Galande, Caubouë, rue Montorgueil: et Gigot, rue saint André.
La Liste générale des maîtres de cette Communauté se peut recouvrer aux Ecoles de Chirurgie près l’Eglise de saint Côme. L’exactitude du chef d’œuvre[3] et des exercices qui s’y font en tout temps, doit faire presumer que cette liste n’est composée que d’habiles gens; et en effet il y en a peu qui ne se soient rendus recommandables par quelques endroits: par exemple, pour les grandes Opérations, Messieurs Petit à l’Hôtel Dieu[4]. Bessière, près la Trinité[5]. Triboulleau, rue des Juifs. Roberdeau, rue saint André. Haustome, rue de la Truanderie, etc.
[3] On sait que c’est ainsi que s’appeloit dans toutes les corporations l’épreuve décisive pour être reçu maître. Pour la communauté des chirurgiens, ce devoit être une opération faite avec succès.
[4] On a de lui un Traité des maladies des os, et un certain nombre de mémoires parmi ceux de l’Académie des sciences.
[5] «M. Bessière, chirurgien fameux pour les playes et pour les grandes opérations, demeure rue d’Arnetal (Grenétat), près la Trinité.» Edit. 1691, p. 18.--Jacques Bessier--c’est son vrai nom--fut, en effet, célèbre. C’est un des quatre chirurgiens auxquels le roi accorda des lettres de noblesse, il les obtint en 1712. Julien Clément, qu’on trouvera tout-à-l’heure, en avoit eu de semblables l’année précédente.
Pour les Consultations M. Morel, rue du Bac, près les Convalescens[6].
[6] «M. Morel, premier chirurgien de la Charité, recherché pour les consultations chirurgicales...» Edit. 1691, p. 18.--L’hôpital des convalescents, près duquel il demeuroit, se trouvoit rue du Bac, à la hauteur du nº 98, qui le remplace. Il avoit été fondé, en 1642, par Mme de Bullion, femme du surintendant des finances, pour les convalescents de la Charité. Tous y étoient admis, à l’exception des soldats, des laquais et des prêtres.
Pour la Saignée Messieurs Gillet, rue d’Orléans. Passerat, rue Neuve des Petits Champs. Canto, rue des Boucheries saint Germain. Gervais, rue saint Antoine. Meurisse, rue saint Jacques, etc.
Pour la reduction des os rompus et demis, M. Michault, rue Hautefeuille, etc.
Pour les accouchemens, Mrs Mauriceau, rue neuve de Richelieu. Clément, rue et devant le petit S. Antoine[7]. Portail et Bonnamy, rue saint Martin. Desforges, près saint Eustache. De Frades, rue Comtesse d’Artois, etc.
[7] «M. Mauriceau, chirurgien-accoucheur, auteur d’un traité des maladies des femmes, qui se vend chez d’Houry, rue Saint-Jacques, demeure dans la rue des Petits-Champs.--Monsieur Clément, qui a eu l’honneur d’accoucher Madame la dauphine, demeure devant le petit Saint-Antoine.» Edit. 1691, p. 18.--Mauriceau, qui fut si célèbre pour les accouchements, et dont le Traité des femmes grosses, qu’il publia en 1681, et qu’il traduisit lui-même en latin, resta classique en chirurgie jusqu’à nos jours, avoit en effet demeuré rue Neuve-des-Petits-Champs avant d’aller rue de Richelieu. Il y logeoit, quand son Traité, qu’il vendoit lui-même, parut. On lit sur le titre: «Chez l’auteur, au milieu de la rue des Petits-Champs, au bon Médecin.» Cet accoucheur avec enseigne ne doit pas surprendre. C’étoit l’usage, que les sages-femmes continuent encore. La plupart des chirurgiens tenoient d’ailleurs boutique, et une enseigne leur étoit nécessaire. On lit dans les Œuvres de Santeul, 1698, in-12, 2e part., p. 178, un distique qu’il avoit fait pour une de ces enseignes: Sur un tableau de la charité de Saint Louis, y est-il dit, à la boutique d’un chirurgien, proche Saint Martial:
Ne medicas adhibere manus dubitaveris œgro, Admonet hæc pietas regia, te que docet.
Pour l’Anatomie Messieurs Chevalier, rue de la Pelleterie, et Dalibourg, rue Neuve de Richelieu.
M. Tolet Opérateur du Roy pour l’opération de la Pierre qu’on nomme Lithotomie, demeure rue Jacob près la Charité[8].
[8] «M. Tolet, qui a été longtemps chirurgien de la Charité, où il a pratiqué cette opération (de la pierre), et qui est auteur d’un livre qui en traite particulièrement, demeure rue Jacob, près le portail de cet hôpital.» Edit. 1691, p. 18.
Messieurs Collot père et fils, fameux pour la même opération, demeurent rue de Seine quartier saint Germain.
M. Gervais, rue Mazarini au coin de la rue de Guénegaud, a un particulier talent pour penser les loupes, les signes et les porreaux.
M. Girard Chirurgien Opérateur qui s’attache particulierement à la Catharacte, et qui fait son sejour ordinaire à Chalons en Champagne vient à Paris tous les ans au Printemps, et loge rue de la Huchette à l’enseigne des Capillaires de Montpellier[9].
[9] Enseigne toute pharmaceutique. Il sera parlé plus bas, p. 169, n. 2, du sirop que faisoit Blégny avec «les capillaires de Montpellier.»
M. Quarante qui a succédé au feu Sieur Carmeline[10] son oncle pour les maladies et pour les opérations de Dens, demeure sur le quay de la Megisserie devant le Pont neuf.
[10] Ce Carmeline, l’arracheur de dents, avoit été célèbre dès le temps de la Fronde. Il est souvent parlé de lui dans les Mazarinades. Sa boutique étoit sur le Pont-Neuf, au rez-de-chaussée de l’un des deux pavillons de la place Dauphine, où, suivant le Chevræana il s’étoit donné pour ingénieuse devise ce vers un peu arrangé du VIe livre de l’Œnéide:
Uno avulso non deficit alter.
Son neveu, que Blégny nous présente ici, ne le fit pas oublier. L’arracheur de dents par excellence fut toujours Carmeline. Ecoutez Racine dans une lettre à son fils, du 4 octobre de cette même année 1692: «Si vous aviez bien lu la vie de Cicéron par Plutarque, vous auriez vu qu’il mourut en fort brave homme, et qu’apparemment il n’auroit pas fait autant de lamentations que vous si M. Carmeline lui eût nettoyé les dents.» En 1696, on ne nomme encore que Carmeline; de son neveu et successeur Quarante pas un mot: «C’est, dit Arlequin, à la scène première du premier acte d’Arlequin Misanthrope joué cette année-là, c’est une beauté surannée, qui oublie qu’elle n’a pas une dent dans la bouche sur laquelle Carmeline n’ait une hypothèque spéciale.»
Les Sieurs du Moulin, à la Croix du Tiroir, Surin et Coupart au Pont Marie, s’exercent aux mêmes opérations.
Les Sieurs Langlois[11], rue Montmartre; de Rere et Cuvillier, à la Croix du Tiroir, sont occupez à la reduction des os fracturez et disloquez.
[11] Pierre Langlois, docteur de la faculté de Montpellier, qui soutint, de concert avec François Prieur, de la faculté de Reims, une lutte fort vive, en 1695, contre «les doyens et docteurs de la Faculté de Médecine de Paris», qui ne vouloient pas les reconnoître, et refusoient de consulter avec eux. Après un an de guerre de mémoires et factum, le roi donna raison aux deux docteurs provinciaux. Ce dédain des médecins de Paris étoit depuis longtemps de tradition chez eux. Furetière n’avoit-il pas dit, en 1664, dans sa IVe satire: le Médecin pédant:
... Il traite d’écolier L’homme le plus savant, s’il vient de Montpellier.
Mademoiselle de Blegny directrice honoraire et perpetuelle de la Communauté des Jurées Sages Femmes de Paris, qui pratique seulement pour les personnes de la première qualité et pour celles qui luy sont confiées, demeure chez M. son Fils Apoticaire du Roy, ruë de Guenegaud, première porte à droite[12].
[12] Cet article est différent, moins long, mais plus curieux dans l’édition précédente, p. 19. Blégny n’ose pas y nommer sa femme: «la Directrice en chef honoraire et perpétuelle des jurées sages-femmes de Paris, dit-il, demeure au Jardin médicinal de Pincourt, où les dames de province peuvent faire leur couche à un écu par jour.»
Les Directrices agentes de la Communauté, sont Mesdames Langlois, rue Dauphine, Soret, rue Transnonnain, Cuvilliers, place Baudoyer, et Regnault, rue du Crucifix saint Jacques de la Boucherie.
Pour les Jurez Chirurgiens et les Jurées Sages-Femmes du Châtelet, voyez l’article des Rapports et Verifications d’Experts.
On est renvoyé au même endroit pour le Traité des Rapports de Chirurgie.
Le Livre des Accouchemens de M. Mauriceau[13] et celuy des Décentes de M. de Blegny, se vendent chez Laurent d’Houry, rue saint Jacques[14].
[13] V. plus haut, p. 159-160, sur Mauriceau et son livre.
[14] Il avoit été reçu libraire à la place de Jean d’Houry, son père, en 1678.
Le Traité des Maux Vénériens[15] du même Auteur, se trouve chez Estienne Michallet, rue saint Jacques, et chez la veuve Nion, quay de Nesle[16].
[15] Les remèdes contre ces maladies étoient les plus exploités, et cela pour de honteuses raisons que Lister nous explique au chapitre XI et dernier de son Voyage à Paris en 1698: «Ces traitements secrets, dit-il, ont mis en pratique de misérables petites espèces de toute sorte, et leur ont donné lieu d’insulter les familles, sitôt qu’elles ont été au fait de leurs malheurs... Tout le monde ici s’en mêle, et veut avoir son spécifique contre cette maladie: Apothicaires, barbiers, femmes, moines...»
[16] Dans l’édit. de 1691, p. 19-20, Blégny donne bien mieux qu’ici la liste de ses livres: «Chez la veuve Nion... l’on trouve tous les autres livres de M. de Blegny, à sçavoir: le Recueil des nouvelles découvertes de médecine, en quatre volumes in-douze, qui se vendent huit livres--il n’a été parlé plus haut que de l’édit. en deux volumes in-8, sans indication de prix;--le Remède anglois, publié par ordre du Roy, qui se vend vingt sols; l’Art de guérir les maladies vénériennes, en trois volumes in-12, qui se vendent quatre livres dix sols; l’Art de guérir les descentes, qui se vend une livre dix sols; la Doctrine des rapports de chirurgie fondée sur les maximes d’usage et sur la disposition des nouvelles ordonnances, qui se vend une livre cinq sols; le Bon usage du thé, du caffé et du chocolat, pour la préservation et pour la guérison des maladies, qui se vend une livre dix sols; les Observations qui ont esté faites dans les astres depuis l’invention des lunettes d’approche avec les utilitez qu’on en peut tirer pour la pratique de la médecine, qui se vend une livre cinq sols, et quelques autres.»
On trouve un grand nombre d’autres Livres de Chirurgie chez les mêmes Libraires.
MATIERES MEDÉCINALES SIMPLES ET COMPOSÉES.
Les Marchands Epiciers qui s’attachent particulièrement à la Droguerie medecinale[1], sont pour la plu-part dans la rue des Lombards: par exemple, Messieurs Tranchepain, Vilain et Michon.
[1] Les épiciers, sous prétexte de drogueries, s’étoient faits de véritables apothicaires, mais cela n’alla pas sans procès. Il y en eut un notamment fort grave entre ces rivaux de la pilule et des drogues, en 1633. Gui Patin en a parlé. (V. ses Lettres, anc. édit., t. I, p. 38, et II, p. 134.) A Paris, l’affaire s’arrangea; mais un siècle après, elle se ralluma en province, à Chartres, où le démêlé entre les épiciers et les apothicaires fit très-grand bruit en 1758. On en trouvera quelques détails dans l’Année littéraire de Fréron, 1758, t. VIII, p. 256. Pendant que les apothicaires de province contestoient aux droguistes la vente des remèdes, les droguistes de Paris faisoient la même querelle aux religieux carmes ou jésuites qui s’étoient mis avec eux en concurrence: «les jésuites, écrit Voltaire à Thiriot le 15 septembre 1768, eurent, il y a quelques années, un procès avec les droguistes de Paris, pour je ne sais quel élixir qu’ils vendoient fort cher, après avoir vendu de la grâce suffisante qui ne suffisoit point, tandis que les jansénistes vendoient de la grâce efficace sans efficacité. Ce monde est une grande foire, où chaque Polichinelle cherche à s’attirer la foule; chacun enchérit sur son voisin.»
Il y a néanmoins de ces Droguistes en quelques autres endroits de la Ville: par exemple, Messieurs Andry, rue de la vieille Bouclerie[2], Brousset, rue neuve saint Mederic[3]; Moulin, rue des trois Maures; Boileau, rue des Lavandières[4], etc.
[2] Son fils, qui se faisoit appeler Andry de Boisregard, publia, en 1738, un volume sous ce titre: Cléon à Eudoxe, touchant la prééminence de la médecine sur la chirurgie.
[3] «Au coin de la rue Macon.» Edit. 1691, p. 32.
[4] «Quartier Sainte-Opportune.» Ibid.
Les uns et les autres vendent en gros et en détail, généralement tout ce qui peut faire le sujet des opérations de la Pharmacie et de la Chimie, à l’exception de quelques métaux dont il sera parlé dans un chapitre à part; de la plûpart des herbes qui sont vendues dans les Halles et Marchez par les Herboristes, et des fleurs qu’on trouve dans leurs temps le matin, rue aux Fers près saint Innocent, ou chez les Fleuristes ou Bouquetières.
Les Maitres et Gardes en Charge de l’Apoticairerie, sont Messieurs Clément à l’Hôtel de Soissons; Gaillard, rue saint Honoré près saint Roch, et Martel, rue saint Avoye.
Et ceux de l’Epicerie et Droguerie sont Messieurs Harland, rue saint Jacques de la Boucherie; Boudet, rue saint Martin; et Chabouillé, rue de la Cordonnerie.
Les Apoticaires et les Epiciers qui ne composent ensemble qu’un même corps, ont leur Bureau au petit cloître sainte Opportune.
Il y a plusieurs Apoticaires de cette Communauté qui se piquent d’avoir chez eux un grand assortiment de préparations Chimiques et Pharmaceutiques: par exemple,
Messieurs Geoffroy, ruë Bourtibourg[5], et Bolduc[6], rue des Boucheries saint Germain, qui opère au Jardin Royal des Plantes.
[5] Mathieu-François Geoffroy, qui avoit été échevin en 1785. Il se tenoit chez lui des assemblées de savants, dont Fontenelle, dans l’éloge qu’il écrivit de son fils, a fait ressortir toute l’importance (t. VI, p. 487): «M. Cassini, dit-il, y apportoit ses planisphères, le P. Sébastien ses machines, M. Joblot ses pierres d’aimant, M. Du Vemey y faisoit ses dissections, et M. Homberg des opérations de chymie... Ces conférences parurent si bien entendues et si utiles, ajoute-t-il, qu’elles furent le modèle et l’époque de l’établissement des expériences de physique dans les colléges.» Lister, au chapitre XI de son Voyage à Paris, a décrit ainsi l’apothicairerie de Geoffroy: «Elle est, dit-il, dans la rue Bourgthibourg: l’entrée de la basse-cour est par une porte cochère avec des niches, où sont de grands vases de cuivre. Quand vous êtes entré, vous trouvez des salles ornées d’énormes vases et de mortiers de bronze, qui sont là autant pour la parade que pour l’usage. Les drogues et les préparations sont en des armoires rangées autour de ces pièces. Sur les derrières sont des laboratoires très-propres et parfaitement montés.» Lister parle ensuite du fils de Geoffroy, qu’il avoit vu en Angleterre, où il étoit allé avec le comte de Tallard. Il le considère comme un jeune homme de la plus belle espérance, ce qu’il ne démentit pas. Il arriva, comme médecin, à l’Académie des sciences, et, nous l’avons dit, Fontenelle fit son éloge.
[6] Saint-Simon, dont il étoit l’apothicaire, en faisoit le plus grand cas: «C’étoit, dit-il (Mémoires, édit. Hachette, in-18, t. VI, p. 238), un excellent apothicaire du Roy, qui, après son père, avoit toujours été et étoit encore le nôtre avec un grand attachement, et qui en savoit pour le moins autant que les meilleurs médecins, comme nous l’avons expérimenté, et avec cela beaucoup d’esprit et d’honneur, de discrétion et de sagesse.»
M. Bourdelin Apoticaire de l’Academie Royale des Sciences, a pareillement une Apoticairerie fort complette dans sa maison rue de Seine à saint Germain des Prez[7].
[7] Claude Bourdelin, né à Villefranche, près de Lyon, en 1621, mort à Paris en 1699. Il fut, comme chimiste, de l’Académie des sciences, dès sa fondation en 1666. Fontenelle, qui a écrit son éloge (t. VI, p. 48-50), dit «qu’il fit voir à l’Académie près de deux mille analyses de toutes sortes de corps.» Il le vante aussi, comme apothicaire, «pour l’exacte et fidelle préparation des remèdes, qu’il distribuoit, dit-il, à tout le monde, à un prix égal et très-modique.»
Il en est de même de M. Habert Syndic en Charge des Apoticaires des Maisons Royales, qui fait souvent des Cours publics de Chimie en son Laboratoire, nie du Four à saint Germain des Prez.
M. Rouviere Apoticaire ordinaire du Roy et des Camps et Armées de Sa Majesté[8], qui n’est pas moins curieux dans sa profession et qui a fait deux préparations publiques de la Theriaque d’Andromachus[9] avec un applaudissement général, vend d’ailleurs une Eau vulnéraire qui est d’un très grand effet dans les playes d’arquebusade, ruë saint Honoré près saint Roch[10], où il a une boutique d’une propreté extraordinaire.
[8] Il fit un cours public de chimie, en 1706, au Jardin des Apothicaires, rue de l’Arbalète, près de la rue Mouffetard. On lui dut plusieurs découvertes. Il étoit, d’après l’Etat de France de 1692, p. 354, non-seulement apothicaire «des camps, hôpitaux et armées», mais aussi du Dauphin. Il se faisoit appeler Henry de Rouvière.
[9] On attribuoit, d’après Galien (De antidotis, lib. I), la composition très-compliquée de la Thériaque, dont le nom venoit de la morsure des bêtes venimeuses, thêra, qu’elle guérissoit, au médecin de Néron, Andromachus. C’étoit une espèce d’opiat ou d’électuaire liquide composé de drogues choisies, dont on finit par faire une sorte de panacée. A Venise, les magistrats présidoient à sa composition. Aussi est-ce de là que venoit, on le verra plus loin, celle qui inspiroit le plus de confiance. A Paris, comme il est dit ici, la préparation s’en faisoit chaque année publiquement, et il en fut ainsi jusqu’à la Révolution. (V. les Mémoires secrets, t. XXVI, p. 246.) Le célèbre Moïse Charas commença sa réputation par un ouvrage sur le fameux remède: Thériaque d’Andromaque, avec des raisonnements et observations nécessaires sur l’élection, la préparation et le mélange des ingrédients, Paris, 1668, in-8.
[10] Il avoit, comme confrère et voisin, sur la même paroisse, «un apothicaire-épicier», Claude-François Péaget, dont il tint sur les fonts, le 27 décembre 1685, la fille Marie-Charlotte, qui devint la femme de Crébillon le tragique, et la mère de l’auteur du Sopha. (Jal, Dict. critique, p. 455.)
M. Lemory[11] célèbre par son livre[12] et par ses Cours de Chimie[13], qui a esté gratifié d’un Privilège du Roy, en faveur de sa conversion[14], continue ses exercices, et la distribution de ses préparations Chimiques, et du sel policrete de M. Seignette, chez luy au bas de la rue saint Jacques[15] où il vend son Livre, qu’on trouve d’ailleurs chez Estienne Michalet près la fontaine saint Severin.
[11] Lisez Lémery. Il s’agit, en effet, du rouennais Nicolas Lémery, qui fut de l’Académie des sciences, de 1699 à 1715, époque de sa mort, et, quoique simple apothicaire, y jeta le plus vif éclat. Parmi ses remèdes, qui furent très à la mode, et qui l’enrichirent, se trouvoit le magistère de Bismuth, qui, tout seul, eût suffi à sa fortune. Ce n’est pourtant, comme dit Fontenelle (t. V, p. 393), «que ce qu’on appelle du blanc d’Espagne»; mais il n’y avoit que lui qui en eût alors le secret à Paris.
[12] C’est son Cours de chimie publié en 1675, et dont le succès fut tel que, suivant Fontenelle, «il se vendit comme un ouvrage de galanterie ou de satire.»
[13] La chimie, science alors nouvelle et par conséquent à la mode, lui attira l’affluence la plus choisie: «Il en ouvrit, dit Fontenelle, des cours publics dans la rue Galande, où il se logea. Son laboratoire étoit moins une chambre qu’une cave et presque un antre magique éclairé de la seule lueur des fourneaux; cependant l’affluence du monde y étoit si grande, qu’à peine avoit-il de la place pour ses opérations.»
[14] Il étoit de la religion, et la Révocation de l’édit de Nantes l’avoit d’autant plus atteint, que tout protestant y avoit perdu le droit de s’occuper de la médecine et de ce qui en dépendoit. Lémery qui, deux ans auparavant, avoit séjourné en Angleterre, songea d’abord à y retourner avec tous les siens, mais il se décida enfin pour la conversion, dont on parle ici. Dans les premiers mois de 1686, c’étoit chose faite.
[15] Au coin de la rue Galande. V. l’avant-dernière note.
M. de Blegny fils Apoticaire ordinaire du Roy sur le quay de Nesle au coin de la rue de Guenegaud, tient aussi un assortiment complet de toutes les compositions, extraits, eaux distillées, sels, et Magisteres de la Pharmacie Galenique, et de la Chimie, tant de la préparation de Paris, que de celle de Montpellier, de Provence, d’Italie, etc., aussi bien que les Baumes verts, noirs, et blancs du Pérou, de Judée, etc.[16]
[16] «L’eau générale contre les vapeurs de l’un et l’autre sexe, la crème de perles qui oste les boutons et rougeurs du visage, l’opiatte de corail qui entretient la beauté et la bonté des dents; la véritable eau de la reyne d’Hongrie et le vrai sirop de capillaires de Montpellier, le chocolat dégraissé, la thériaque de Venise, le baume apoplectique d’Angleterre, le baume blanc, le baume vert et le baume du Pérou; la pommade qui amortit les héméroïdes, la poudre de vipère et les vipères mêmes, la pommade contre les dartres, les parfums de toutes espèces, les essences de romarin, de sauge, de rhue, d’anis, de fenouille, et autres essences fortes venant de Montpellier, la fleur de thé, l’eau impériale et toutes autres eaux distillées, l’emplastre contre les loupes et ganglions, le sirop de caffé, la panacée mercurielle, la poudre sternutatoire, l’huile de palme.» Edit. 1691, p. 19.
C’est le seul artiste à qui les descendans du Signor Hieronimo de Ferranti Inventeur de l’Orvietan[17], ayent communiqué le secret original[18].
[17] C’est un électuaire qui avoit été apporté, en 1647, par le charlatan d’Orvietto, dont le nom se trouve ici, et qui fut surtout connu par son surnom Orvietano, qui devint bientôt celui de son remède. On le croyoit bon surtout contre les poisons et contre les maléfices. C’est pour cela que le Sganarelle de l’Amour médecin veut en faire prendre à sa fille.
[18] «L’orviétan original d’Italie, dont la dispensation luy a été communiquée par le seignor Hieronimo Cei, dernier héritier du secret.» Edit. 1691, p. 19.
Il dispense aussi tous les Remedes achetez et publiez par ordre du Roy.
Une conserve et une liqueur pour la guérison des phtisiques et des poulmoniques[19].
[19] «La conserve balsamique qui guérit presque tous les poulmoniques en six semaines.» Id., p. 17.
Une tizanne filtrée pour purger doucement et agréablement la bile, la pituite et généralement toutes les superfluitez.
Une Eau vulnéraire qui guérit le Scorbut et les Ulcères de la gorge, les Cancers, les Ecroüelles ulcérées, la Teigne et les Ulcères malins et variqueux des jambes et d’ailleurs[20].
[20] Dans l’édit. précédente, p, 17, c’est à «l’emplâtre philosophique» que sont attribuées toutes ces vertus.
Une Eau anodine qui appaise avec une promptitude surprenante la douleur des dents, toutes les espèces de Coliques, les Véroliques[21], les Rhumatismes, les Douleurs causées par le mercure, la Sciatique, et les Gouttes des mains et des pieds.
[21] C’étoit la grande clientèle de l’époque. Ceux qui prétendoient la guérir, faisoient courir par de petits Savoyards, selon Palaprat dans la préface de sa comédie des Empiriques jouée en 1697, des billets imprimés du genre de celui-ci: «M. Mercurini, napolitain, guérit sûrement, promptement, agréablement, et sans obliger à garder la maison, toutes sortes de maladies secrètes... M. Mercurini voit les hommes. Madame Mercurini voit les femmes.» Il nous semble bien que ce sont M. et Mme Blégny, d’autant mieux que l’on trouvera plus loin un spécifique de leur façon, «qui guérit promptement, sûrement» lesdites maladies. On a vu, d’ailleurs, plus haut, p. 13, que le remède de Blégny étoit le mercure, ce qui justifieroit le nom de Mercurini que lui donne Palaprat.
Une Liqueur de jouvence[22] qui rectifie les constitutions vicieuses, qui désopile les viscères obstruez, qui corrige les deffauts de la digestion, qui guérit radicalement le vertige, la migraine et les vapeurs, qui regle les excrétions, en un mot qui rajeunit comme une espèce de fontaine de jouvence.
[22] Il y a dans le chap. XIII de la 1re partie des Essais de médecine de Bernier, quelques lignes contre «une eau de Jouvence», qui pourroit bien être cette liqueur de Blégny.
Une Eau dissenterique d’une vertu infiniment audessus de la Racine emétique, puis que sans faire vomir ni causer la moindre incommodité, elle arrête infailliblement en une ou deux prises toutes sortes de cours de ventre, de flux de sang et de dyssenteries.
Un Spécifique infaillible pour prévenir et pour guérir promptement, seurement et infailliblement les Maladies Vénériennes.
Des grains et des liqueurs balsamiques pour la guérison des gonorrhées, des pertes blanches, de l’impuissance venerienne, de l’incontinence d’urine[23], etc.
[23] «Des grains balsamiques qui préviennent et qui rectifient toutes espèces de pourriture intérieure, qui consolident les ulcères des reins, des urètres, de la vessie et du canal urinaire, qui arrêtent les gonorrhées habituelles, qui fortifient tous les nerfs, qui réparent l’impuissance de Venus, qui épuisent les pertes blanches, et qui contribuent très-efficacement à la guérison des descentes et des paralisies.» Edit. 1691, p. 16-17.--Cet article y est précédé de celui-ci: «les grains dépuratifs, qui dépurent la masse du sang, qui desobtruent les viscères et les vaisseaux sanguinaires, qui règlent toutes les fonctions naturelles, qui amortissent les levains et qui abaissent les vapeurs, enfin qui corrigent tous les vices habituels d’une mauvaise constitution.»
Une Epreuve végétale[24] qui guérit à jamais la douleur et la carie des Dents.
[24] «Une essence végétale...» Id., p. 17. On y lit à la suite de cet article: «l’eau rouge de la reine d’Hongrie, qui appaise les douleurs de la goutte et des rhumatismes en fortifiant toutes les parties... le sirop de vanille, qui a une propriété singulière contre la toux et contre les fluxions de poitrine. L’antidote universel qui survient (subvient) à toutes les maladies des pauvres gens et de leurs bestiaux. Le sirop de thé fébrifuge qui arrête sans retour, en très-peu de prises, toutes les espèces de fièvres intermittentes. Le Trésor d’Esculape, qui contient dans un très-petit volume une excellente panacée et divers autres remèdes expérimentez, pour survenir (subvenir) à toutes les occasions pressantes et subites.»
Une Eau hysterique qui abaisse les vapeurs des femmes et qui les delivre sur le champ des plus violentes suffocations et de la plupart des mauvais travaux.
Les Eaux d’Ange[25], de Cordoüe, d’Amarante, de fleurs d’Oranges, de Thim, et généralement les Eaux odoriférantes et medecinales qui servent aux cassolettes philosophiques, pour parfumer et des-infecter les chambres, et pour guérir les maladies de sympathie[26].
[25] On l’appeloit ainsi, parce que c’étoit l’eau de senteur par excellence, l’eau des Anges. On la faisoit avec de l’iris de Florence, du benjoin, du storax, du sental citrin, etc., sur lesquels on versoit des eaux de rose et de fleurs d’orange distillées.
[26] Cet article est beaucoup plus curieux dans l’édit. de 1691, p. 17, surtout pour les «cassolettes philosophiques.» Blégny, comme on va voir, ne les appelle alors que «cassolettes royales.» Il parle d’abord d’une sorte d’appareil pour le café et le chocolat, dont l’invention rappelle singulièrement celle de nos «caléfacteurs», et devoit être d’une grande commodité pour les gens qui aimoient comme certain gourmet de Regnard à porter «cuisine en poche.» Voici ces deux articles: «les caffetières et chocolatières portatives, qui n’occupent à peine qu’une seule poche, et ne laissent pas de contenir tout ce qu’il faut de thé, de caffé, de chocolat et de sucre pour faire trois prises de chaque boisson, la lampe, le fourneau, l’esprit de vin, le fusil, les gobelets, les soucoupes, les cuillères, etc.--Les cassolettes royales, par lesquelles on réduit très-agréablement et très-utilement en vapeur les eaux d’Ange, de Roses, de Cordoue, de fleurs d’Orange et d’Amaranthe, pour parfumer et désinfecter les chambres sans fumée et à très-peu de frais, au moyen d’une lampe à esprit de vin, au-dessus de laquelle on place sur deux petites consoles de cuivre, un globule de cristal ayant un bec alongé, par lequel ces liqueurs sont attirées au-dedans du globule dès qu’on lui a fait ressentir quelque chaleur que ce soit, et par lequel aussi elles sont ensuite exhalées en vapeur presque imperceptibles, par la flamme de la lampe, qui les fait bouillir jusqu’à leur entière consommation sans casser le globule, ce qui est d’un effet fort plaisant, mais principalement pour les malades, à qui l’on peut faire respirer par ce moyen un air chargé de liqueurs médicamenteuses qui conviennent à leurs indispositions.»
Plusieurs Remèdes infaillibles pour guerir très promptement les Decentes, sans opération, sans rien prendre par la bouche, et quelquefois sans bandage[27] ou sans retraite[28].
[27] V. sur les bandages ou brayers, depuis le moyen-âge jusqu’au XVIIe siècle, le Vieux-Neuf, 2e édit., t. I, p. 134, et plus haut p. 13.
[28] «A cause de quoy il a pareillement établi la manufacture royale des bandages à vis et à ressort qui arrêtent les descentes que les bandages ordinaires ne peuvent arrêter, et qui contribuent beaucoup par cet assujétissement à la guérison de ces maladies.» Edit. 1691, p. 16.
Une Eau diûrétique pour la dissolution et l’expulsion des glaires, du gravier et de la pierre des reins et de la vessie, et un grand nombre d’autres spécifiques expérimentez pour les maladies des yeux, la sourdité, les bourdonnemens d’oreilles, les ulcères du nez, les loupes, les signes, les porreaux, etc.
Une Eau et un Sel fébrifuges, qui guérissent les fièvres sans retour en très peu de prises.
Tous ces Remèdes sont distribuez dans des bouteilles et boëttes cachetées[29], sur lesquelles on fait coller l’imprimé qui enseigne leurs vertus et leurs usages[30].
[29] Ces boîtes étoient toujours très-soignées, aussi disoit-on proverbialement: propre comme une boîte d’apothicaire. C’est ce qu’au temps de Rabelais on appeloit des Silènes: «Silenes estoyent, dit-il (Liv. I, prologue), petites boytes, telles que voyons de présent ès bouticques des apothecaires, paintes au dessus de figures joyeuses et frivoles, comme des harpyes, satires, oysons bridez, lièvres cornuz, canes bastées... et aultres telles painctures contrefaictes à plaisir pour exciter le monde à rire... mais au dedans, l’on reservoit ces fines drogues, comme baulme, ambre gris, amomon, muscq, zivette...» Silènes passoient aussi pour boîtes à secret. Erasme se servit du mot dans ce sens, lorsqu’il fit, en 1527, son petit livre les Silènes d’Alcibiade. (V. le Bulletin du bibliophile, 1857, p. 152.)
[30] On ne fait pas autrement aujourd’hui pour les boîtes de pâte de Regnault, et autres.
Une personne solvable qui connoit la vertu de ces Remedes, s’oblige quand on le veut d’en payer la valeur en l’acquit des malades en cas qu’ils ne guérissent pas, pourvu qu’ils conviennent de les payer au double pour une parfaite guérison.
Le Sieur Fillesac, rue de la Bucherie joignant les Ecoles de Medecine, vend toutes sortes d’Eaux minérales artificielles[31].
[31] «On trouve d’ailleurs des eaux de Forge, rue de la Truanderie, au bureau du Messager de Forge.» Edit. de 1691, p. 19.--Les eaux minérales artificielles sont vivement moquées par Bernier dans ses Essais de médecine, 1re part, chap. XIII. On les fait, dit-il, avec beaucoup d’eau pure et un peu de vitriol--nous dirions aujourd’hui d’acide sulphurique;--or, les limonades gazeuses ne se font pas aujourd’hui autrement. Les eaux minérales de Fillesac n’étoient donc qu’une sorte de limonade gazeuse. On trouve un curieux prospectus imprimé de sa drogue en bouteille dans les Mss. de la collection Delamarre, nº 21, 738, ad finem. Un certain Barbereau, que La Bruyère a désigné par B. B. dans son chapitre des Jugements, § 21, lui fit concurrence. Dès 1670, il étoit connu. Nous trouvons aux Mss. de la Bibl. nat., dans un des registres du Secrétariat, une permission, en date du 12 avril 1670, donnée «au sieur Barbereau, médecin ordinaire du Roy, de vendre et debiter les remèdes de son invention.»
Les Eaux distilées, le Cristal minéral, la Crême de tartre, le Sel policreste ordinaire, et généralement les Drogueries Chimiques se vendent en gros chez le Sieur Courtier au cul de sac des petits Carreaux.
Les huiles d’amandes douces, de noix, de semences froides, de pavôts, et autres tirées sans feu, sont extraites et vendues aux Apoticaires et Droguistes par un Epicier qui demeure rue Montmartre près l’égout, et par un autre qui demeure au carrefour saint Benoist, quartier saint Germain.
Les essences fortes et les huiles grasses de Provence et de Montpellier sont commercées par le Sieur Verchant devant saint Honoré, et par les Provenceaux du cul de sac saint Germain l’Auxerrois[32].
[32] Ce cul-de-sac existe encore presque en face du chevet de Saint-Germain-l’Auxerrois, rue de l’Arbre-Sec. Après avoir quatre ou cinq fois changé de nom depuis le XIIIe siècle, il prit, pour ne plus le quitter, celui de Cul-de-sac des Provençaux, qu’il doit aux marchands d’huiles et d’essences de Provence, que nous trouvons ici, et dont il sera reparlé.
L’Esprit de vin est commercé en gros à la devise Royale, sur le quay de Nesle; chez le Sieur Butet, devant saint Roch; et chez la veuve des Barres, rue S. André.
Les Eaux de vie sont aussi commercées en gros par ledit sieur Butet, et encore par les Sieurs Hazon, rue saint Martin[33], et Frotin, rue des Canettes.
[33] La famille Hazon étoit d’Orléans, dont les eaux-de-vie furent si longtemps célèbres. C’est le père de celui que nous trouvons ici, qui avoit osé répondre à Colbert l’interrogeant, lui et les négociants de Paris et des villes voisines «sur le moyen de rétablir le commerce:--Je vous dirai franchement, Monseigneur, que, lorsque vous êtes venu au Ministère, vous avez trouvé le chariot renversé, et que, depuis que vous y êtes, vous ne l’avez relevé que pour le renverser de l’autre côté.» Le ministre fit grise mine, ce qui empêcha non-seulement Hazon d’achever, mais les autres de rien dire. (Amelot de la Houssaye, Mémoires histor., t. II, p. 365.)
Le Sieur Guyon Apoticaire Epicier à la place Maubert, et un autre au cimetiere saint Jean, font venir des vipères en vie de Poitiers[34].
[34] La vipère entroit pour une grande part dans les préparations de la polypharmacie du XVIIe siècle, surtout dans celles qui devoient combattre la blessure même faite par la morsure des vipères. C’étoit de l’homœopathie par anticipation. Il entroit aussi des trochiques de vipères dans la composition de la thériaque. L’apothicaire Charas, dont nous avons parlé, p. 167, et qui fut si célèbre, avoit, pour cela, donné à sa boutique de la rue des Boucheries, au coin de celle du Cœur-Volant, des Vipères d’or pour enseigne. Cette apothicairerie fameuse, dont le titulaire étoit encore un Charas en 1777, n’a cessé d’exister qu’au commencement de ce siècle.
M. Alary Apoticaire[35] privilegié du Roy, qui (par l’infidelité de ses Commis) s’est trouvé mal des Bureaux qu’il avoit établi dans les Provinces, pour la distribution de ses tablettes fébrifuges[36], et de son Sirop purgatif de la bile, ne laisse pas d’en continuer la distribution chez luy au bout du pont saint Michel devant le quay des Augustins à l’enseigne du Page du Roy.
[35] «De Grou en Provence.» Edit. de 1691, p. 18.--Son fils, l’abbé Alary, fut de l’Académie française, et président du club philosophique, qui se tenoit chez lui, à l’entre-sol de l’hôtel du président Hénault, place Vendôme, d’où lui étoit venu le nom de Club de l’entre-sol. L’abbé de Longuerue l’avoit stylé à l’érudition: «Il se mit, dit le marquis d’Argenson, dans ses Mémoires (édit. Jannet, t. I, p. 65), il se mit à dicter à l’abbé Alary, qui n’étoit alors qu’un petit garçon, fils de son apothicaire, trop heureux d’écrire sous lui.»
[36] «A cinq sols la prise.» Edit. 1691, p. 18.
Ledit Sieur Alary se propose de publier bien tot un spécifique pour les fièvres continues, pour la pleuresie, etc., qui agira avec une promptitude extraordinaire[37].
[37] L’édit. de 1691, p. 32, donne un article que celle-ci ne reproduit pas: «le sieur Soubiron, apoticaire, rue de la Vieille-Monnoie, et le sieur Andry, apoticaire-épicier, au carrefour de l’Ecole, vendent des drogues et compositions pour les maladies des chevaux.»
On vend rue saint Denis à l’enseigne de la Providence près la rue des Précheurs, une pomade qui répare tous les deffauts de la peau du visage, et qui donne une fort grande fraicheur au teint.
PENSION POUR LES MALADES.
Cette pension est une nouvelle commodité qu’on a procurée au public depuis deux ans. Ceux qui sçavent ce que les Officiers, les Provinciaux et les Etrangers souffrent, depensent et risquent dans les Auberges de Paris, lorsqu’ils y tombent malades, en comprendront facilement l’utilité, sur tout lors qu’ils apprendront que cette Pension est placée à Pincourt[1], c’est à dire dans une grande et belle rue qui étoit n’aguère un hameau, qui fait maintenant partie des Fauxbourgs de Paris[2], et qui se trouve entre la porte saint Louis[3] et la porte saint Antoine[4].
[1] C’est-à-dire Popincourt, qui devoit son nom, qu’il a repris tout entier, à la maison qu’y possédoit M. Jean de Popincourt, premier président du Parlement, de 1403 à 1413.
[2] C’est vers la fin du règne de Louis XIII qu’il avoit été réuni au faubourg Saint-Antoine.
[3] Elle se trouvoit au bout de la rue du Pont-aux-Choux. (Registres de l’Hôtel de Ville pendant la Fronde, t. I, p. 48.)
[4] Il y eut toujours de ce côté des maisons de santé. C’est au nº 70, rue de Charonne, par exemple, que se trouvoit, à la fin du dernier siècle, celle du docteur Belhomme, où tant de prévenus du tribunal révolutionnaire firent leur temps de prison, et dans laquelle mourut Ramponneau, le fameux pitre, le 4 avril 1802. C’est aussi d’une de ces maisons, celle du docteur Dubuisson, près de la barrière du Trône, que partit le général Malet, avec ses complices, pour faire son incroyable coup d’Etat contre l’Empire.
La maison qu’on a fait bâtir à cet effet, est au milieu de cette ruë, à l’opposite du cours planté sur le rempart[5] dont elle n’est separée que par de vastes marais bien cultivez, ce qui forme le plus bel aspect du monde. Outre la face et les deux ailes du principal corps de logis, il y a encore au bout d’un grand jardin au dessus d’une haute terrasse en parterre, un pavillon de Belveder, d’où l’on découvre de tous costez des vignobles, des plaines, des collines, des jardins et des maisons de plaisance[6].
[5] C’est le Cours de la porte Saint-Antoine, qui faisoit alors grande concurrence au Cours la Reine, et qui commença la réputation des promenades du Rempart ou du Boulevard.
[6] Cette maison, qui avoit pris de l’endroit où elle se trouvoit, le nom de Pincourt, existait encore en 1715, et sembloit même en pleine prospérité. Liger en parloit alors ainsi dans le Voyageur fidèle, p. 241-242: «c’est une maison établie pour les étrangers qui tombent malades, et où on les traite moyennant une pension, et à bien meilleur prix que dans les auberges. Cette maison est située entre la porte de Saint-Louis et la porte Saint-Antoine, dans une grande rue où il y avoit autrefois un hameau, et composée de deux ailes, qui accompagnent le principal corps de logis. Au bout d’un grand jardin, et au-dessus d’une grande terrasse, s’élève un pavillon en belvédère, d’où l’on découvre différents objets lointains, qui forment une perspective fort agréable.--C’est aussi dans cette maison que plusieurs personnes bons bourgeois domiciliez même à Paris, vont pour se faire traiter lorsqu’ils sont malades; ceux qui sont convalescents seulement choisissent ce séjour agréable pour y prendre l’air et de nouvelles forces. Il y a même des dames qui vont y faire leurs couches pour jouir d’un plus grand repos et y trouver plutôt qu’ailleurs les secours qui, pour lors, sont nécessaires.--Il n’y a point de maladies qu’on n’y traite, exceptés les maux vénériens. A cela près, on y reçoit tous ceux qui veulent y aller, de quelque condition qu’ils soient. Il y a aussi, pour cela, des pensions plus ou moins fortes, et proportionnées aux moyens des malades qui s’y font porter. On y est même traité à forfait si on le souhaite, et le médecin soir et matin n’y manque point.»
Cette belle situation et le bon air de Pincourt, n’en sont pas les seuls agrémens; les Lumières de celuy par qui elle est dirigée, la Bibliotèque, le Laboratoire, les Plantes medecinales et les autres commoditez qui s’y trouvent, la diverse situation et la propreté des appartemens, la Liberale economie qu’on y observe et l’exactitude du service, y font trouver goût aux personnes mêmes qui sont domiciliées à Paris, et qui ne sont au plus qu’à demi malades, puis que beaucoup de convalescens et de valetudinaires y vont prendre le Lait, les Eaux minéralles, les Bains, les Etuves, etc.
Il arrive même bien souvent que des Dames de Paris aussi bien que celles de Provinces y vont faire leurs couches, pour y être plus éloignées du monde et du bruit, et pour être plus seures du secours qu’elles desirent, y ayant un Accoucheur et une Sage femme d’une expérience consommée.
C’est au même lieu que les Gouteux, les Paralitiques; et ceux qui souffrent des Rhumatismes opiniatres ou des douleurs causées par le mercure, trouvent le secours dont il sera parlé à l’article suivant.
On dit qu’on y pratique des moyens infaillibles pour rectifier les constitutions vicieuses et guerir radicalement toutes les indispositions habituelles qui en dependent, Asthme, Phtisie, Poulmonie, Migraine, Vapeur, Epilepsie, Hidropisies, Hemorrhoïdes, Vieux Ulcères, Cancers, Varices, etc.
On sçait même qu’il y a des lieux destinez pour les maniaques et géneralement pour les personnes qui doivent être privées de la liberté.
Les personnes atteintes de Maux vénériens n’y sont pas reçues, mais elles sont traitées sous la même direction dans une autre maison du voisinage.
A cela près telle que puisse être la condition des gens et la nature des maladies chacun y peut être reçu. Il y a des lieux où les personnes indigentes sont traitées à vingt et trente sols par jour selon le regime qu’elles doivent observer. Il y en a d’autres où les gens de service sont placés à quarante sols[7]; enfin il y a des chambres particulières et des ordinaires distinguez pour les personnes de considération à trois, à quatre, à cinq et à six livres par jour selon la dépense qu’ils doivent faire, et les peines qu’ils doivent exiger.
[7] «Les malades qui s’y font traiter, y trouvent cet avantage, qu’ils y sont agréablement logez, exactement traitez et libéralement nourris pour un écu par jour, et même pour quarante sols lorsqu’il s’agit de fièvres, de pleurésies, et généralement des maladies qui demandent un régime exact, ce qui est d’une commodité particulière pour les gens d’auberge et de service.» Edit. 1691, p. 16.
Soit que la pension soit grosse ou modique, toute la dépense s’y trouve comprise sans en rien excepter, Traitement, Remedes, Logement, Nourriture, Service, Feu, Lumière, etc.
On y trouve même cette commodité quand on le souhaite, qu’on y est traité à forfait pour une somme dont on convient, au de là de la quelle on ne paye rien de plus, si opiniâtre et si longue que puisse être la maladie.
En tel temps et à telle heure qu’on y puisse arriver, on y est reçu, et on y trouve une chambre prete en payant par avance la pension de huit jours; et on est même assuré d’y trouver le Medecin tous les matins au moins jusqu’à dix heures, et tous les soirs depuis six heures jusqu’au temps du coucher.
Au surplus, quoy que les Edifices et les jardins de cette maison ayent une considérable etendue, le progrez de cet établissement fait prendre des mesures pour les accroître de beaucoup.
BAINS ET ETUVES.
Les Barbiers Baigneurs[1] qui tiennent des Bains, des Etuves et des dépilatoires pour la propreté du corps humain, sont Messieurs du Pont et Mercier, ruë de Richelieu[2], Jordanis, ruë d’Orléans; du Bois, rue saint André; du Perron, vieille ruë du Temple; de la Cour, ruë des Marmouzets, etc.
[1] Les baigneurs,--et cela depuis longtemps déjà (Anc. poésies, t. II, p. 284, et XIII, p. 204)--non-seulement tenoient des bains, mais des chambres garnies, ce qui les astreignoit à faire les mêmes déclarations que les maîtres des auberges. (Correspond. administr. de Louis XIV, t. II, p. 737.) Bussy se permettoit d’y loger quelquefois, au grand scandale de Mme de Sévigné (Edit. Hachette, t. I, p. 392). Elle connoissoit la mauvaise réputation de ces gîtes. Le plus fameux étoit celui qu’avoit tenu Prud’homme, et que La Vienne, à qui Louis XIV, qu’il avoit soigné, fit une grosse fortune, reprit après lui, pour ne pas le rendre plus honnête. (V. Hist. amoureuse des Gaules, édit. elzévirienne, t. III, p. 235.) Prud’homme avoit été baigneur dès 1643. Un acte du 19 septembre de cette année-là le désigne ainsi avec son adresse: «Mr Prud’homme, maître des estuves et faiseur de poil (barbier), rue Neuve-Montmartre.»
[2] Il y avoit encore, en 1755, deux baigneurs en renom, rue de Richelieu: Gagne et L’Etourneau. (Journal du Citoyen, p. 186.)
Les Dames sont baignées chez M. du Bois par Mademoiselle son Epouse[3].
[3] Il ne faut pas oublier ici que dans les métiers et la bourgeoisie, les femmes mariées ne se faisoient encore appeler que Mademoiselle. Le chevalier Denisart ne devoit faire que plus tard sa satire sur les Bourgeoises qui se font appeler Madame.
Il y a encore des Etuves de l’ancien usage, ruë de Marivaux[4] et ruë du cimetiere saint Nicolas des Champs, où les gens de mediocre condition vont chercher quelque secours pour les Rhumatismes.
[4] Près de Saint-Jacques-la-Boucherie. Une impasse qui s’y trouvoit, entre les nos 21 et 23, s’appeloit encore, avant les démolitions qui l’ont fait disparoître avec la rue, Cul-de-sac des Etuves.
Ces douleurs, celles de la Sciatique, celles qui sont causées par le Mercure qui a été donné en panacée, en Sublimez et en precipitez: celles de la Goutte des pieds et des mains, les Paralisies universelles et particulières, les Tumeurs froides et beaucoup d’autres maladies, sont infailliblement gueries par l’usage des Bagnoires et Etuves vaporeuses de nouvelle invention qui se tiennent au jardin medecinal de Pincourt, entre la porte saint Louis et la porte saint Antoine.
C’est une sorte de machine en laquelle on est baigné sans être dans l’eau, et en laquelle on suë aussi abondament que l’on veut sans être à sec, ce qui fait que son usage ne cause, ni la constipation du ventre et la faiblesse de poitrine comme les bains ordinaires, ni les évanouissemens, la chaleur intérieure, et la difficulté de respirer, qui sont les suites ordinaires des Etuves echauffées par le feu de bois ou d’esprit de vin.
Les Malades y sont couchez sur un lit suspendu où ils reçoivent une vapeur nouvelle, anodine et fortifiante, d’un effet infiniment plus prompt et plus assuré que la bouë de Barbotan, et que les Bains de Bourbon et de Barrège, pendant qu’ils ont la tête hors la machine commodement placée sur un oreiller, et qu’ils respirent un air rafraichissant, parlent, chantent et boivent à leur gré.
Ceux à qui le Medecin qui les a inventées, ne les ordonne qu’une fois par jour, ne payent qu’un écu neuf toute dépense comprise, Logement, Nourriture, Service, Feu, Lumière, Drogues, etc., mais ceux à qui elles conviennent soir et matin, payent un ecu et demi.
Ce qu’il y a de commode en cela pour les personnes delicates, est que la chaleur de ces Etuves peut être donnée à tel degré que l’on veut, en sorte qu’on ne luy donne quelquefois que la force des fomentations.
Comme le Medecin peut regler le choix des herbes dont on fait les décoctions vaporeuses, selon la juste indication de chaque maladie, il peut en la composant diversement, produire autant de différens effets, qu’il y a de distinctions à faire dans les maladies qui viennent d’être déduites, et dans les tempérammens des personnes qui en sont atteintes; outre qu’en plusieurs occasions, il donne certains vehicules intérieurs qui ont les plus justes proprietez, dans les cas mêmes les plus extraordinaires.
Au surplus, qui voudra sçavoir la disposition, les agrémens et les Commoditez du Jardin Médecinal, aura recours à l’article.
IMPRESSIONS ET COMMERCE DE LIBRAIRIE.
La Chambre syndicale des Imprimeurs et Marchands Libraires de Paris est ruë et joignant l’Eglise des Mathurins, où sont examinez les Livres qui viennent de dehors les Mardis et Vendredis de relevée, après que de la Douanne où ils doivent être deposez en arrivant, ils ont été retirez sur le billet du Syndic ou d’un Adjoint pour être apportez à la Chambre.
Le Sieur Auboüin à présent Syndic[1] en Charge demeure sur le quay des Augustins au coin de la rue Gist le cœur, où il vend les Œuvres de M. l’abbé de Fenélon, et celles de M. l’abbé Fleury.
[1] Pierre Auboüin, libraire depuis 1666, fut adjoint de communauté, puis syndic. «Il se fait remarquer, dit La Caille, tant par sa capacité dans les langues... que par la connoissance et le bon choix qu’il sait faire des livres.» Hist. de l’Imprimerie, 1689, in-4º p. 289.--Il avoit été chargé, comme syndic, en 1680, de la saisie faite à Villejuif de 1,500 exemplaires du dictionnaire de Richelet, que le libraire Widerold avoit envoyés clandestinement de Genève. Bernard, confrère d’Auboüin, qui l’avoit aidé pour cette saisie, suivie immédiatement de la destruction des exemplaires, «fut poignardé le lendemain dans la foule, en sortant de la bénédiction de Saint-Benoist, qui étoit sa paroisse.» (Lettre de Papillon à Leclerc, dans la correspondance inédite du président Bouhier, t. X, p. 104.)
Les Nouvelles Ordonnances du Roy, la Conférence de ces mêmes Ordonnances avec les anciennes[2], les Reglemens de Police, le Dictionnaire historique de Morery, les Œuvres de M. Boileau, et diverses autres pièces importantes s’impriment et se vendent chez le Sieur Denis Thierry Libraire rue saint Jacques[3].
[2] L’édit. de 1691, p. 34, ajoute, à propos de la vente des édits et déclarations: «On les trouve encore au Palais chez les sieurs de Luyne, Barbin, Loison et Guignard: de même que chez le Sr Auboüyn, quai des Augustins, et chez la veuve Pépingué, rue de la Harpe.»
[3] Il étoit libraire depuis 1652, et étoit devenu l’un des plus considérés. Il avoit donné, avec Barbin, l’édition du Molière de 1675, détruite presque entièrement par un incendie du collége Montaigu, où il avoit ses magasins. Boileau, dont il étoit le libraire, l’a nommé dans son Epître X.
Les Livres de Messieurs de Port Royal se vendent même ruë chez les sieurs Desprez[4], Josset[5], Roulland et Pralard.
[4] «Guillaume Desprez, rue Saint-Jacques, à l’Image Saint-Prosper, vend une grande partie des livres de Port-Royal concernant la Religion.» Edit. 1691, p. 4.--C’est le fils de Guillaume Desprez, qui avoit imprimé les œuvres de Pascal et des religieux de Port-Royal, et dont il continuoit le commerce dans le même esprit. Son père étoit mort en 1669, d’une chute de voiture, en se rendant à Port-Royal, où il fut enterré.
[5] Il étoit fort instruit et avoit une collection de médailles rares. V. l’abbé de Vallemont, Réponse à M. Baudelot, 1706, in-12, p. 79.
Les Opéra, et généralement les Livres de Musique, s’impriment et se vendent seulement chez le Sieur Ballard rue S. Jean de Beauvais[6].
[6] Dès 1551, un Robert Ballard étoit imprimeur du Roy pour la musique. Son fils Pierre lui succéda avec un privilége exclusif qui le mettoit à l’abri de toute concurrence pour ce genre d’impression. Puis vint un second Robert Ballard, son fils, avec le même monopole, et ensuite Christophe Ballard, qui figure ici, et qui avoit été reçu imprimeur-libraire le 17 juin 1666. Jusqu’à la Révolution, le même privilége fut maintenu dans cette famille, avec ce qu’il avoit d’absolu. Notre ami J.-B. Weckerlin, auteur d’une excellente notice sur les Ballard, retrouva, il y a quelques années, un reste de leurs caractères, rue Jean-Jacques Rousseau, à l’imprimerie de Mourgues, qui a succédé à la leur.
A l’exception du Livre de M. de la Quintinie[7] qui se vend chez le Sieur Barbin sur le Perron de la sainte Chapelle[8]. Tous les autres Livres de Jardinages se vendent chez le Sieur Charles de Sercy dans la grand’Salle du Palais, où l’on trouve d’ailleurs un nouveau Cuisinier Royal et bourgeois, et une Instruction pour les Confitures, les Liqueurs et les Fruits; outre plusieurs livres de Droit, Civil et Canon sur les Matières Beneficiales et autres[9].
[7] Il en sera parlé dans une des notes suivantes.
[8] Claude Barbin, si célèbre par ce qu’ont dit de lui Molière et surtout Boileau. Les livres qu’il publioit donnent ainsi son adresse: «Claude Barbin, sur le second perron de la Sainte-Chapelle.» Il avoit logé auparavant, vers 1664: «vis-à-vis de la Sainte-Chapelle, au signe de la Croix.»
[9] Ce mélange singulier de livres de droit et d’ouvrages sur la cuisine et les confitures, formoit, en effet, le fond de la boutique de Sercy. La Caille, Hist. de l’Imprimerie, p. 296, n’insiste que sur sa vente des livres de droit. Il avoit aussi publié des romans et des poésies licencieuses, ce qui empêcha Nicole de consentir à travailler pour lui. V. sa Vie, par l’abbé Goujet, p. 6.
Le même Sieur Barbin vend les Œuvres de Varillas, celles de saint Euremont, etc.[10].
[10] «Et beaucoup de livres galants.» Edit. de 1691, p. 34.--C’est ce qu’on appeloit des barbinades. Le Saint-Evremond étoit surtout en grande faveur chez Barbin. Il auroit voulu que chaque auteur lui en fît: «le libraire Barbin, dit Voisenon, si célèbre dans le Lutrin de Despréaux, alla un jour chez un auteur qui écrivoit assez bien: Eh Monsieur, lui dit-il, faites-moi du saint Evremond, je vous donnerai trente pistoles. Vous m’en avez déjà donné dont j’ai été content.» Œuvres, t. IV, p. 75.--Dans l’édition de 1691, p. 34, Blégny ajoutoit, à propos de Barbin: «On trouve encore chez lui les jardinages de feu M. de La Quintinye», c’est-à-dire les Instructions pour les jardins fruitiers et potagers, 1690, 2 vol. in-4º; puis, à la suite: «le sieur Charles de Sercy, au Palais, a un grand assortiment de livres de jardinages.»
Les Sieurs de Luyne, Loizon et Traboüillet ont au Palais un grand assortiment de Comedies[11], d’Historiens et de Poètes[12].
[11] Pierre Trabouillet avoit publié «en compagnie» de Thierry, Deluynes et Barbin, le théâtre de Corneille et ceux de Molière et de Racine. Son adresse est ainsi donnée sur les livres qu’il publioit: «Pierre Trabouillet, dans la galerie des Prisonniers, à la Fortune.»
[12] Voici l’adresse de Deluynes et celle de Loyson nommés ici avec Trabouillet: «Guillaume de Luynes, libraire-juré au Palais, dans la salle des Merciers, sous la montée de la Cour des Aydes.»--«Estienne Loyson, au Palais, à l’entrée de la galerie des Prisonniers, au nom de Jésus.»
On trouve un grand assortiment de Livres étrangers chez les Sieurs Boudot, de la Caille[13] et Hortemels[14], rue saint Jacques.
[13] Dans l’édit. précédente, p. 34: «Martin» est nommé à la place de La Caille, mais celui-ci a quelques lignes plus bas sa mention spéciale: «le sieur de La Caille, rue Saint-Jacques à la Prudence, a composé et imprimé l’histoire de l’Imprimerie et Librairie.» C’est l’ouvrage que nous avons déjà cité plusieurs fois. Il est devenu rare.
[14] Il étoit venu de Hollande, et après avoir épousé la fille du libraire huguenot Antoine Cellier, il avoit lui-même été reçu de la communauté le 18 septembre 1686.
Même ruë, chez le Sieur Léonard[15], on trouve tous les Reglemens de la Cour des Monnoyes.
[15] Voici son adresse complète: «Frédéric Léonard, rue Saint-Jacques, à l’Escu de Venise.» Il avoit succédé à l’un des derniers Estienne, en 1662, comme imprimeur ordinaire du Roi, et s’étoit fait, à ce titre, éditeur de la collection latine ad usum Delphini. On trouve des vers en son honneur dans les Œuvres de Santeul (1698, 2e partie, p. 122). Il publioit volontiers les livres diplomatiques: «Vous avez, écrit le 12 mars 1691 le bénédictin Michel Germain à Magliabecchi, donné la puce à l’oreille de M. Léonard, libraire de Paris, qui imprime en plusieurs volumes la même chose que vous marquez qu’on fait en Allemagne touchant les traités de paix et autres semblables négociations.» Un livre politique, l’Histoire de Venise, par Amelot de la Houssaye, qu’il s’avisa de publier ainsi, lui coûta cher: le livre fut saisi, et l’auteur mis à la Bastille. (Mss. Delamarre, à la Biblioth. nat., nº 21,743, fol. 120.)
Et chez le Sieur Coignard, toutes les pièces concernant l’Academie Françoise[16], l’Histoire de France de Cordemoy, l’Architecture de Vitruve, celle de Scamosy, etc.
[16] J.-B. Coignard, qui avoit succédé à Damien Foucault comme imprimeur ordinaire du roi, et avoit été choisi, en 1687, pour remplacer feu Pierre Le Petit dans la charge d’imprimeur de l’Académie françoise, dont il acheva d’imprimer le Dictionnaire.
Celle de Vignolle nouvellement commentée, se trouve chez le Sieur Langlois[17], et celle de Bullet chez le Sieur Michallet, rue saint Jacques.
[17] Nicolas Langlois, dit Chartres, comme son père François auquel il avoit succédé, et dont on a un si curieux portrait, en joueur de musette, peint par Van-Dyck. En souvenir de ses nombreux voyages à l’étranger, notamment en Angleterre, François Langlois avoit pris l’enseigne des Colonnes d’Hercule, avec la devise: nec plus ultra, que garda son fils, et que conserva aussi Mariette, qui leur succéda dans cette boutique. Comme lui, les Langlois avoient vendu surtout des estampes et des livres d’architecture. On a, de Mariette même, la gravure d’un portrait de François Langlois, peint par Vignon. Le privilége de son fils, pour la vente des estampes, datoit de 1675. (V. collect. Delamarre, nº 21,731, p. 53.)
Le même Michallet aussi bien que les Sieurs Muguet, ruë de la Harpe, Léonard, Desprez, Langlois et Coignard, rue saint Jacques, vendent les Edits et Déclarations du Roy[18].
[18] Dans l’édit. précédente (p. 34), Thierry est nommé à la place de Desprez, et les autres sont désignés avec leur prénom: François Muguet, Frédéric Léonard, Estienne Michallet et Jean-Baptiste Coignard. A la suite: «le dit sieur Muguet imprime aussi, d’ailleurs, tout ce qui concerne l’archevêché.»
Ledit Sieur Michallet[19] a d’ailleurs imprimé presque tous les Livres de Mathematiques, de Messieurs de l’Academie des Sciences.
[19] «Estienne Michallet, premier imprimeur du Roy, rue Saint-Jacques, à l’Image Saint-Paul.» Ainsi est donnée son adresse en tête du livre le plus célèbre qu’il ait publié, les Caractères de La Bruyère, dont en onze ans, de 1688 à 1699, il donna dix éditions. Le produit, d’après l’intention formelle de l’auteur, qui n’y prétendit rien, fut, comme on sait, pour la dot de la fille de Michallet, qu’un fermier général épousa. (V. notre Comédie de Jean de La Bruyère, t. II, passim.)
On trouve aussi plusieurs Livres de Mathématiques chez le Sieur Jombert[20], sur le quay des Augustins.
[20] Pierre Jombert, dont on trouve le Catalogue dans la collection Delamarre (nº 21,739, fol. 40), et qu’il ne faut pas confondre avec Jean Jombert, mort en 1681, premier éditeur du Glossaire de Du Cange, et du De re diplomaticâ de Mabillon.
On trouve un grand assortiment de Livres de Medecine chez le Sieur d’Houry, ruë saint Jacques[21], et chez la veuve Nion, quay de Nesle, qui vend d’ailleurs toutes les Œuvres de M. de Blegny. La Mithologie Phisique de M. Duncan[22]. Les Discours Philosophiques de Cordemoy[23]. L’Arithmétique des Ingénieurs de La Londe[24]. Les Specifiques de M. Boyle[25], etc.
[21] «Laurent d’Houry, rue saint-Jacques, devant la fontaine Saint-Séverin.» Telle est son adresse d’après le titre des livres qu’il a publiés. Nous avons déjà parlé de lui plus haut.
[22] Ce doit être quelque résumé de l’histoire de l’Animal ou la connaissance du corps animé par la mécanique et la chimie, ouvrage du montalbanais Duncan (1682, in-8), dans lequel il démontre que la vie, exposée comme elle l’est, avec la fragilité de ses ressorts, à l’imminence d’incessants dangers, est un miracle continuel aussi étonnant que tous les prodiges de la «mythologie.»
[23] «La philosophie» de Cordemoy (édit. précéd., p. 34).--Ce sont les six discours de cet académicien, mort alors depuis huit ans, sur la distinction de l’âme et du corps.
[24] Ouvrage très-rare aujourd’hui du caenais La Londe, dont le fils, ingénieur aussi, avant de devenir archéologue, fit de curieuses études sur le cours de l’Orne, qu’il vouloit rendre navigable jusqu’à la mer.
[25] Ces «spécifiques» sont une traduction du livre que Boyle avoit publié en 1688, à Londres: Receipt sent to a friend in America (recettes envoyées à un ami en Amérique).
Les Livres et les Feüilles de Classes se vendent chez la veuve Thiboult et le Sieur Esclassant[26], place de Cambray, à l’exception de ceux des RR. PP. Jésuites, qui se vendent chez la veuve Besnard, ruë saint Jacques.
[26] «Le sieur Desclassan et la veuve Thibault (sic) en compagnie.» Edit. 1691, p. 34.--Thiboult est le vrai nom.--Expresse défense étoit faite aux libraires, qui vendoient les livres pour les classes, d’en racheter aux écoliers. (Collection Delamarre, nº 21,730, fol. 117.)
Même ruë chez le Sieur Cusson, on trouve le Journal des Sçavans[27].
[27] Jean Cusson, qui, après avoir été avocat au Parlement, avoit succédé à son père comme libraire, en 1659. C’est six ans après, le 5 janvier 1665, qu’il publia, sous la direction de Denis de Salo, le premier numéro du Journal des Savants. La périodicité, qui en étoit alors hebdomadaire, fut brusquement interrompue à la fin du troisième mois, à cause des opinions trop peu ultramontaines du rédacteur, et elle ne reprit, le 4 janvier de l’année suivante, qu’à la condition qu’il seroit remplacé par une créature de Colbert, l’abbé Gallois. La publication, dès lors, n’en fut plus troublée jusqu’à la Révolution.
Pour les Brefs, les Breviaires, les Diurnaux, les Missels, les Rituels, les Graduels, les Antiphoniers, les Offices, etc., voyez l’article des affaires Ecclésiastiques, et pour l’Almanach Spirituel, voyez l’article des Exercices de Pieté.
Les plus belles Heures se trouvent rue saint Jacques chez les Sieurs Angot[28], Josset, Foucault et Hérissant[29]; au Palais dans la grand’Salle chez les Sieurs le Gras[30] et Poirier; et sur le Pont au Change chez les Sieurs Poirion et Vaugon.
[28] Charles Angot, qui, étant syndic en 1686, eut une grande part au règlement qui rendit la communauté des relieurs distincte de celle des libraires, dont l’Université n’avoit jamais permis jusque-là qu’elle fût séparée.
[29] Les livres d’heures les plus magnifiques, les plus richement dorés se vendoient en effet chez lui. On les considéra comme objet de luxe, quand la misère de la fin du règne fit prendre par Louis XIV des mesures somptuaires. Hérissant fut inquiété. (V. sa déclaration dans la collection Delamarre, nº 21,627, fol. 288.)
[30] Jacques Legras, petit-fils de Henry Legras, qui avoit publié, en 1640, les Antiquités et Annales de Paris, in-fol., par Malingre. Sa réception comme libraire datoit du 10 septembre 1683. On trouve dans la collection Delamarre, nº 21,563, f. 289-305, un curieux traité fait avec lui.
On en trouve d’ailleurs sur le quay de Gesvres et ruë Neuve Nôtre Dame.
La Liste des Prédicateurs de l’Avant et du Carême, s’imprime chez le Sieur Chevillon ruë saint Jacques.
Le Mercure[31] et les autres Livres de l’Histoire du Temps, se vendent chez le Sieur Guèroult au Palais dans la galerie neuve[32].
[31] Le Mercure galant, qui, puisqu’il avoit commencé à paroître le 1re janvier 1672, en étoit alors à sa vingtième année. Visé, qui l’avoit créé, le dirigeoit toujours; il en garda même la direction pendant plus de dix-huit ans encore. Il ne l’abandonna, presque mourant, qu’au mois de mai 1710. Durant ces trente-huit années, il n’avoit pas publié moins de quatre cent quatre-vingt-trois volumes.
[32] «Les gazettes se trouvent au Palais et sur le quay des Augustins.» Edit. 1691, p. 35. On les y vendoit au numéro, comme aujourd’hui les journaux dans les kiosques: «M. de Torcy m’a appris, écrit Racine à son fils aîné, le 6 février 1698, que vous étiez dans la Gazette de Hollande: si je l’avois su, je l’aurois fait acheter pour la lire à vos petites sœurs, qui vous croiroient devenu un homme d’importance.» Une lettre inédite de Dom Calmet, du 4 septembre 1714, nous donne de curieux détails sur la vente, et aussi sur le louage des différents journaux françois et étrangers à Paris: «Je me suis informé, dit-il, de la commission des journaux des Savants et des Gazettes pour M. Olivier. Le journal des Savants se vend 6 sols, et les deux gazettes de Hollande, avec les suppléments, 30 sols. Le tout coûtera 40 sols rendu à la poste tous les samedis. Si vous souhaitez avoir une des deux gazettes à la poste le mercredi, il vous en coûtera un sol davantage, parce que ces gens se privent par là du petit gain qu’ils tirent de la lecture qu’ils laissent faire dans leur boutique de cette gazette pendant deux jours.» En 1655, selon Loret, t. II, p. 127, la Gazette de France se vendoit 4 sols et demi.
Les Almanachs ordinaires imprimez à Troyes, se vendent à Parisien gros et en détail chez le Sieur Raflé, ruë du Petit-Pont, et chez la veuve Oudot[33], ruë de la vieille Bouclerie.
[33] C’est elle qui imprima et vendit tant de petits livrets populaires: légendes, romans, contes, chansons. Elle avoit une autre librairie à Troyes, rue du Temple, d’où s’écouloit surtout cette littérature d’almanachs et de bibliothèque bleue. Son fils Jean Oudot lui succéda sous la Régence.
Les Livres de Bibliotèque et genéralement les vieux Livres et Manuscrits rares, se peuvent recouvrer chez les Sieurs Villery[34] et Moette[35], rue de la vieille Bouclerie, Seneuze, ruë de la Harpe, Clouzier et Emery, David et plusieurs autres, sur le quay des Augustins et place de Sorbonne[36].
[34] Il donnoit ainsi son adresse: «Jacques Villery, rue de la Vieille-Bouclerie, à l’Estoille.»
[35] Thomas Moette, libraire depuis 1659: «Il se fait distinguer, dit La Caille qui avoue l’avoir souvent consulté, par la grande connaissance qu’il a dans les livres.»
[36] «Et quai de la Tournelle.» Edit. 1691, p. 34.
Les Sieurs le Vasseur[37], Barnache[38] et Nion[39], fameux Relieurs et Doreurs, qui sont employez à la Bibliotèque du Roy, demeurent prés saint Hilaire[40].
[37] Eloy Le Vasseur, qui fut, suivant La Caille, le plus célèbre relieur de ce temps-là.
[38] Ou Bernache, qui, malgré l’édit de 1686, continuoit à cumuler le métier de relieur et celui de libraire.
[39] Denis Nyon, qui fut, après l’édit de 1686, un des premiers gardes de la nouvelle corporation des relieurs-doreurs.
[40] Ce fut jusqu’à nos jours le quartier des relieurs.
Au même endroit, les beaux caractères d’Imprimerie se font chez les Sieurs Cottin[41] et Sanlecque[42].
[41] Philippe Cottin, qui étoit libraire en même temps que fondeur, et donnoit ainsi son adresse: «P. Cottin, fondeur de caractères d’imprimerie et libraire, rue Saint-Jacques, à l’entrée de la rue du Foin, à la Minerve.»
[42] Jean Sanlecque. C’est chez son père Jacques, que Philippe Cottin, qui précède, avoit appris l’art de graver, de frapper les matrices et de fondre les caractères.--Le P. Sanlecque, chanoine régulier de Sainte-Geneviève, à qui l’on doit de bonnes satires, étoit son grand-oncle.
Le Sieur de la Caille le jeune a le secret de faire une matière fort propre aux Fondeurs de caractères d’Imprimerie, qui ne finit point et ne déchet que de très peu.
Livres qui ont été imprimez pendant le courant de l’année 1691.
Pour le Sieur Michallet outre ceux dont il a été parlé,
Une nouvelle édition des Ordonnances pour la Marine, in-4º.
La septième édition de la Chimie de Lemery[43], in-8º.
[43] La première édition étoit de 1675.
La sixième édition des Caractères ou Mœurs de ce siècle[44], in-12.
[44] Cette édition du livre de La Bruyère, quoique publiée, comme il est dit ici, en 1691, porte sur son titre la date de l’année suivante.
Du Hamel Theologia speculatrix et practica, in-8º, 7 vol.[45]
[45] C’est la première édition de ce livre célèbre de l’avocat Duhamel, de l’Académie des Sciences.
Manuduxio ad praxim executionis Litterarum S. Pœnitent. 12.
Dictionnaire Mathématique avec explications et figures, in-4º[46].
[46] Dictionnaire de Mathématiques par Ozanam, qui parut, en effet, cette année-là.
La Connoissance des temps, Calendrier et Ephemerides du Soleil et de la Lune, in-12.
L’Art d’evaluer toutes sortes de Toisez, in-12.
Traité du légitime Usage des Medicamens selon les Modernes, in-12[47].
[47] Ouvrage de Daniel Tauvri, qui, en 1691, quand il le publia, n’avoit que vingt-et-un ans.
Constitutions de l’Abbaye de la Trape, in-12[48].
[48] Par l’abbé de la Trappe lui-même, M. de Rancé. En 1701, un an après sa mort, on y ajouta les Règlements qui firent un second volume.
L’Ortografe dans sa pureté[49].
[49] Le vrai titre de ce livre très-rare est: Traité de l’Ortographe françoise, ou l’Ortographe en sa pureté. L’auteur s’appeloit De Soule. Quoique ce soit, selon l’abbé Goujet, un volume très-inutile, il eut, en 1692, une seconde édition un peu moins rare que la première.
La Conquête de la Nouvelle Espagne avec figures, in-4º[50].
[50] Le vrai titre est: Histoire de la Conqueste du Mexique ou de la Nouvelle Espagne, par Fernand Cortez, traduit de l’espagnol d’Antonio de Solis, par l’auteur du Triumvirat, c’est-à-dire par Citri de la Guette.
Le Desordre du Jeu.
Pour les Sieurs Auboüyn, Emery et Clouzier.
Histoire des Monnoyes de France par M. le Blanc, avec figures, in-4º[51].
[51] C’est une seconde édition. La première est de 1690.
Histoire Ecclésiastique de M. l’Abbé Fleury, 2 vol. in-4º[52].
[52] Ce sont les deux premiers volumes de cet ouvrage célèbre, qui en eut vingt, quoique l’auteur ne l’ait poussé que jusqu’à l’année 1414.
Institution du Droit Ecclésiastique, 2 vol. in-12[53].
[53] Autre ouvrage de l’abbé Fleury. Le vrai titre est: Institution au droit ecclésiastique.
Relation de divers voyages de Hongrie, avec figures, in-4º[54].
[54] La révolte du hongrois Tékeli donnoit alors à tous les livres sur son pays un à-propos que les libraires s’empressoient d’exploiter. Celui-ci fut du nombre. Il est peu connu.
Pratique de la Guerre, par Mattus[55], avec fig., in-8º. Nouvelle édition du Maréchal de Soleisel, in-4º[56].
[55] Lisez Malthus. Voici le titre détaillé de son livre, qui parut pour la première fois, en 1650, chez Clouzier, un des trois libraires indiqués ici, et dont une seconde édition in-8 avoit paru en 1681: Pratique de la guerre, contenant l’usage de l’artillerie, bombes et mortiers, feux artificiels et pétards, sappes et mines, ponts et pontons, tranchées et travaux, avec l’ordre des assauts aux brèches, ensemble un traité des feux de joye, par François Malthus.
[56] La première édition étoit de 1664.
Le Manege ou l’Art de monter à cheval, du même Autheur, avec figures, in-4º[57].
[57] C’est, avec additions, une traduction du livre du manège, ou Méthode nouvelle pour dresser les chevaux, dont une première traduct. avoit paru in-fol. en 1691, par le duc de New-Castle.
Nouvelle édition de l’Ecole des Arpenteurs, in-12[58].
[58] Par Philippe de la Hire, de l’Académie des Sciences, dont il a été parlé plus haut.
Huetii Concordantia Rationis et Fidei, in-4º[59].
[59] Un des principaux ouvrages de Daniel Huet: Quæstiones Alnetanæ de concordia rationis et fidei. C’est à Caen, sa ville natale, qu’il l’avoit fait imprimer.
Pour le Sieur Muguet.
Abrégé de l’Histoire universelle, 2 vol. in-12[60].
[60] Première édition de l’ouvrage de Claude Delisle, qui, plus tard, fut porté à sept volumes: Introduction à l’histoire générale et politique de l’Univers, ou Abrégé de l’histoire universelle.
Acta primorum martyrum[61].
[61] C’est le recueil in-fol. de Ruinart, qui fut plus tard traduit en françois par Drouet de Maupertuy, en deux vol. in-8.
Commentaire sur la Regle de saint Benoist en François et en Latin, in-4º.
La Mort de Dom Muce.
Traité de la verité et du mensonge du R. P. Thomassin, in-8º.
La Méthode d’etudier les langues, du même Auteur, 2. vol.[62]
[62] Méthode d’enseigner chrétiennement la grammaire ou les langues, par rapport à l’Ecriture Sainte. 2 vol. in-8.
Pour le Sieur Seneuze.
Arlequin Comedien aux champs Elisée[63].
[63] Comédie en trois actes, en prose, par l’abbé Bordelon, qui ne fut jamais jouée, et ne pouvoit l’être, pas plus que sa Lotterie de Scapin, qu’il publia deux ans après, à la suite de Molière aux Champs-Elysées, un des livrets les plus rares sur Molière.
Remarques ou Reflexions Critiques, Morales et Historiques de M. l’Abbé Bordelon, in-12[64].
[64] L’abbé publia deux ans après, à Lyon, chez Briasson, un volume faisant suite à celui-ci: Nouvelles remarques ou Réflexions critiques, etc. En tête se trouve un beau portrait gravé, d’après De Troye, par Drevet. C’est celui de M. François Brunet, dont nous avons vu plus haut les parents, et qui, après Mme de Sévigné, habita l’hôtel Carnavalet.
Caractères naturels des hommes en forme de dialogues, par le même Auteur, in-12[65].
[65] L’édition hollandoise, qui parut l’année suivante chez Louis et Henry Van-Dole, à La Haye, a pour titre: Les Caractères naturels des hommes en cent dialogues, par M. Bordelon. Ce livre, qui s’étoit donné le titre mis à la mode par La Bruyère, est dédié au comte de Carné.
Le veritable Pénitent, 2 vol. in-12[66].
[66] Par le bon prêtre parisien Jean Girard de Villethierry.
Dissertation sur la prison de saint Jean, in-12.
Idée de l’Amitié, par M. de Bellegarde, in-12.
Reflexions sur ce qui peut plaire ou deplaire dans le commerce de la vie, 2 vol. in-12[67].
[67] Comme le précédent, cet ouvrage est de l’abbé Morvan de Bellegarde. Il fait partie de l’édition de ses œuvres qui fut publiée en Hollande, et forme 14 petits volumes.
La Morale des Ecclésiastiques, in-12.
Pour le Sieur de la Caille, ruë saint Jacques aux trois Cailles.
Mémoires pour l’Université de Paris, par M. Cuvilliers, in-4º.
Le 4. tome des Devises du P. Menetrier, in-8º[68].
[68] Il s’agit de La Science et l’art des devises... par le P. Menestrier, qui se publioient sans doute en fascicules. Nous ne connaissons, en effet, de lui aucun ouvrage qui ait quatre volumes.
Les Fables d’Esope moralisées, avec figures, in-12[69].
[69] Première édition du petit livre de Le Noble: Esprit d’Esope, ou nouvelle traduction de ses fables, en vers, avec une lettre morale sur chacune. La seconde édition est de 1695.
Pour le Sieur Remy, rue saint Jacques.
Avis salutaires sur l’education des enfants, in-12.
Pour le Sieur Villette, ruë saint Jacques à la Croix d’or.
La Vie des Princes d’Orange pour servir à l’Histoire d’Hollande, in-8º.
Les Poësies de Madame des Houllieres, in-8º[70].
[70] A la suite venoient les poésies de sa fille Thérèse, ce qui formoit un volume en deux parties. En 1694, après la mort de Mme Des Houillères, le même libraire Villette en publia une seconde édition.
L’Histoire d’Angleterre, 4 vol. in-12.
Pour le Sieur Hortemels.
Remarques sur la Bibliotèque des Auteurs Ecclésiastiques, par M. du Pin, in-8º[71].
[71] Ce sont des remarques d’Ellies Dupin sur son propre recueil: Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques, qui avoit commencé de paroître en 1686. Elles forment trois volumes.
Nouveaux Essais de Morale, in-12[72].
[72] Nouveaux Essais de morale sur le luxe et les modes, par Jean Frain du Tremblay, qui ne se nomma pas sur le titre.
La Vie de M. Descartes[73].
[73] Ce sont les deux volumes in-4º d’Adrien Baillet sur Descartes, qui parurent, en effet, en 1691.
Les Pseaumes en forme de Prières, in-12[74].
[74] Cette «paraphrase», comme dit le titre, est du curé de Saint-Lambert, François Paris, et du curé de Chevreuse, Vincent Loger. La première édition avoit paru en 1690.
Prières formées sur la Morale de l’ancien et nouveau Testament, in-12[75].
[75] Autre ouvrage du même François Paris, curé de Saint-Lambert.
Dissertation sur la Goutte, in-12[76].
[76] Ouvrage de l’oratorien Michel Mauduit, dont la première édition avoit paru en 1688. Une Réfutation en avoit été publiée par le même libraire Hortemels, en 1690.
Traité des Opérations Chirurgicales, par M. de la Chariere, in-12.
Homelies sur les Commandemens de Dieu, le Symbole et l’Oraison Dominicale, 4 vol. in-12[77].
[77] Première partie des Homélies de l’abbé de Monmorel, qui, peu d’années après, arrivèrent à former dix volumes. Il devint alors aumônier de la duchesse de Bourgogne.
Pour les Sieurs Couterot et Guerin en compagnie.
Sermons de M. Fromentieres, Evêque d’Aire, 6 vol. in-8º[78].
[78] M. de Fromentière, évêque d’Aire, étoit mort en 1684, en ordonnant que rien de ses sermons ne fût imprimé. On n’en publia pas moins les six volumes indiqués ici, et qui se composent: les trois premiers de Sermons pour les fêtes, deux autres de Sermons pour le Carême, et le dernier d’Œuvres diverses.
Discours moraux pour la Chaire, 10 vol. in-12[79].
[79] Ouvrage de l’avocat Jean Richard, qui, bien que laïque et marié, passa toute sa vie à écrire des sermons, que de vrais prêtres se chargeoient de prononcer. Quand il mourut, ses Discours moraux pour la chaire n’avoient pas seulement dix, mais douze volumes. C’est lui qui avoit été l’éditeur de l’ouvrage précédent, les Sermons de l’évêque d’Aire.
Manière de prêcher selon l’esprit de l’Evangile, in-12[80].
[80] Par le capucin de Paris, Albert. Couterot, son éditeur, republia ce livre en 1701.
La Main qui conduit au Ciel, du Cardinal Bona, in-12[81].
[81] Ce traité, un des plus célèbres du mystique Bona, est le même dont l’abbé Le Duc fit une nouvelle traduction avec cet autre titre: le Chemin du Ciel, 1738, in-12.
Conférences morales sur la Religion, 2 vol. in-8º.
L’Eglise Protestante détruite par elle-même, in-12.
Pour le Sieur Pepie, rue saint Jacques à saint Basile.
Suite des Instructions Monastiques, in-12.
Satires de Juvénal, par M. de Silvecane, 2 vol. in-12[82].
[82] C’est une des plus anciennes et non des meilleures traductions rimées du satirique latin. En voici le vrai titre: Traduction des satyres de Juvénal en vers françois, avec des remarques et le latin à côté, par Pierre de Silvecane.
Traité des Fièvres, par M. d’Hesse, in-12[83].
[83] Traduction du hollandois en françois du Traité des fièvres de Corneille Boutekoe.
Pensées Chrétiennes, par M. l’Abbé de Choisy, in-12[84].
[84] Un des nombreux écrits religieux que l’abbé de Choisy publia après sa conversion, sans grande conviction encore et surtout sans grand savoir. N’a-t-il pas dit, après la publication de son principal ouvrage en ce genre: «J’ai écrit l’histoire ecclésiastique, il ne me reste plus qu’à l’apprendre.»
Grammaire Italienne, in-12.
Pour le Sieur Roulland fils, ruë saint Jacques.
Analise des Epîtres de saint Paul, etc., 2 vol. in-12.
Explication des Prières de la Messe, par M. de Meaux, in-12[85].
[85] Il n’est pas besoin de dire que M. de Meaux, c’est Bossuet.
Pratique judiciaire sur les Censives, in-12.
Pour le Sieur Robustel, rue saint Jacques.
Histoire des Empereurs, par M. Tillemont, 2 vol. in-4º[86].
[86] Ce célèbre ouvrage, quand l’auteur mourut en 1698, avoit six volumes.
Traité des Etudes Monastiques, par le P. Mabillon, in-4º[87].
[87] L’ouvrage a deux volumes. Il fut écrit pour réfuter l’opinion de l’abbé de la Trappe, qui prétendoit que les moines ne peuvent ni ne doivent étudier.
Pour la veuve Coignard et son Fils en compagnie.
Les Offices de Cicéron et autres Œuvres, traduits du Latin de Grotius avec des nottes, in-8º[88].
[88] Cette traduction est de Goibaud Du Bois, de l’Académie françoise.
Les Loix Civiles dans leur ordre naturel, 2 vol. in-4º[89].
[89] Ce sont les deux premiers volumes du grand ouvrage de Domat. Un troisième compléta bientôt cette partie des lois civiles.
Maniere de fortifier selon la métode de M. de Vauban, in-12.
Traitez de Metaphisique, d’histoire et de politique de feu M. de Cordemoy, in-12[90].
[90] Recueil des petits traités, de Cordemoy, déjà publiés à part, tels que: le Discours physique de la parole, d’où Molière tira tout le comique de la scène du professeur de philosophie au premier acte du «Bourgeois gentilhomme»; la Lettre sur le système de Descartes, etc., etc.
La Geographie ancienne, moderne et historique, 2 vol. in-4º.
Nota. Que dans le courant de la présente année 1692, on imprimera chez ledit Sieur Cognard fils, Imprimeur du Roy et de l’Academie Françoise, le Dictionnaire de ladite Academie[91]:
[91] Le privilége d’impression du Dictionnaire de l’Académie avoit alors déjà huit ans de date. Il est, en effet, de 1674. (Collect. Delamarre, nº 21,739, fol. 79.) La première édition parut, non en 1692, mais en 1694, chez Coignard, en 2 vol. in-fol.
Pour le Sieur Auroy, rue saint Jacques.
Etablissement de la Foy dans la nouvelle France, 2 vol. in-12[92].
[92] Le titre complet porte par le P. Le C... C’est le Père Ch. Le Clercq, récollet.
Nouvelle Relation de la Gaspesie.
Barhei Compendium Theologiæ.
Pour le Sieur Boudot.
Homelies Theologiques et morales de M. Palafox, traduites par M. Amelot de la Houssaye, in-12[93].
[93] Ces homélies, traduites de l’espagnol, ont pour texte principal la Passion.
Lettres de M. l’Abbé le Grand à M. Burnet, in-12.
Deffense de l’Antiquité des Temps, par le R. P. Dom Paul Perron[94].
[94] C’est une défense de son propre ouvrage, l’Antiquité des Temps rétablie, publiée en 1687, et que les PP. Martiany et Le Quien avoient fort attaquée.
MUSIQUE.
Grand Maitre de la Musique de la Chapelle du Roy.
Monseigneur l’Archeveque de Rheims[1], ruë saint Thomas du Louvre.
[1] Charles-Maurice Le Tellier, dont il a déjà été parlé. Il avoit, comme «maître de la Chapelle-Musique», 1,200 liv. de gages, plus 3,000 «pour sa bouche à cour.» Etat de France, 1692, p. 39.
Sur-Intendans de la Musique de la Chambre de Sa Majesté.
M. de la Lande qui est d’ailleurs Maître de la Musique de la Chapelle[2], et M. Boisset qui est Maître de la Musique de la Chambre, en Cour[3].
[2] Michel-Richard de Lalande, d’abord violon, claveciniste et organiste, compositeur de motets, de pastorales et de ballets, puis surintendant de la musique du Roi, charge dans laquelle il mourut, en 1726, à quatre-vingt-trois ans. Il avoit été fait, le 9 janvier 1689, surintendant de la musique de la Chambre, ce qui étoit un acheminement à la surintendance générale.
[3] Jean Boësset, sieur de Haut, fils de Boësset, qui avoit été de la musique de Louis XIII, et de qui l’on a quelques jolis airs de chansons, entre autres celui des couplets de Lingendes, qui furent si célèbres:
Si c’est un crime de l’aimer...
Boësset étoit maître de musique des pages de la Chambre, aux gages de 1,140 liv.
Autres Maîtres de la Musique de la Chapelle, de la Chambre et des Plaisirs de Sa Majesté.
Messieurs Lambert, ruë sainte Anne[4], Goupille[5], ruë Minoret[6], rue Colasse, rue Traversine[7], et Moreau, rue sainte Croix de la Bretonnerie[8].
[4] Michel Lambert, si recherché, en 1666, à l’époque de la satire du Repas de Boileau, et qui n’avoit pas alors moins de quatre-vingt-deux ans. Lulli avoit épousé sa fille, et lui avoit donné dans sa maison, qui existe encore aux coins des rues Sainte-Anne et des Petits-Champs, l’appartement où nous le voyons logé, et où il mourut au mois de juin 1696. (V. notre Histoire de la Butte des Moulins.)
[5] Lisez Coupillet. Il faisoit, comme prêtre, pendant le semestre de janvier, les fonctions ecclésiastiques de maître de musique, et avoit soin, durant le même temps, «de la nourriture, éducation, conduite et entretien des pages de musique.»
[6] Guillaume Minoret. Il avoit, pendant le semestre de juillet, les mêmes fonctions que Coupillet pendant celui de janvier. Ses motets sur un certain nombre de psaumes sont très-estimés. Le Cerf de la Vieuville, dans son livre, Comparaison de la musique italienne et de la musique françoise, 1706, in-8, 3e partie, le met, ainsi que Coupillet, sur le même rang, pour la composition, que Collasse et Lalande.
[7] Pascal Collasse, un des meilleurs élèves et héritiers de Lulli. Après avoir collaboré avec son maître, il fit seul plusieurs opéras, dont celui de Thétis et Pelée est le plus célèbre.
[8] Jean-Baptiste Moreau, à qui Madame de Maintenon fit écrire, pour Saint-Cyr, la musique des chœurs d’Esther et d’Athalie. Il fit aussi les airs de quelques chansons de Lainez, son ami de cabaret.
Maîtres pour l’Orgue et pour le Clavecin.
Messieurs le Begue[9], rue Simon le Franc, Taumelin, rue de la Verrerie[10], Couprin, prés saint Gervais[11], Dandrieux, ruë saint Loüis du Palais[12], Nivert, prés saint Sulpice[13], Danglebert, rue sainte Anne[14], Martin, rue de l’Echelle, le Roux [15], rue , Buterne, prés saint Paul[16], Montalan, rue du Cimetiere saint André[17], Ossu l’ainé, rue saint Denis[18], Ossu le cadet, Cloître saint Jacques de l’Hôpital, Garnier, rue Traversine, La Lande, Cour du Palais.
[9] Nicolas Le Bègue, un des quatre organistes de la Chapelle reçus en 1678. Son quartier étoit celui d’octobre. Il touchoit l’orgue à Saint-Merry, et l’on a de lui trois livres de pièces pour cet instrument. Il mourut très-vieux en 1700. Ses ouvrages se vendoient tout près de chez lui, dans la même rue. L’édit. de 1691, p. 62, dit, en effet: «le livre d’orgues de M. Le Bègue se vend chez M. Noël, rue Simon-le-Franc.»
[10] Jacques Tomelin, organiste de la Chapelle, comme Le Bègue. Il exerçoit pendant le quartier de janvier.
[11] François Couperin, le second des trois frères qui fondèrent la renommée de cette dynastie de clavecinistes célèbres. Nous le voyons ici logé près de Saint-Gervais, parce que de 1669 à 1698, il y toucha l’orgue. Il mourut à soixante-dix ans, en 1701, écrasé par une voiture. L’année précédente, Montéclair lui avoit dédié sa Méthode facile de musique.
[12] On ne le connoît que par son fils, Jean-François Dandrieu, qui, de 1720 à 1740, se distingua sur l’orgue et le clavecin.
[13] Guill.-Gabriel Nivers, un des quatre organistes de la Chapelle. Il avoit été maître de musique de la Reine.
[14] Jean-Baptiste d’Anglebert. Il étoit de la musique de la Chambre pour le clavecin, ce qui lui rapportoit 600 liv. de gages, 900 de nourriture, 213 de monture, «et 270 pour la nourriture de son Porte-épinette.» Etat de France, 1692, p. 223.
[15] Il étoit aussi compositeur. V. Le faux Satyrique, 1706, in-8, p. 11, où il est traité de «fameux maître de musique.»
[16] Jean Buterne, un des quatre organistes de la Chapelle-Musique.
[17] «Messieurs Le Règne--c’est celui qui est désigné plus haut sous son vrai nom le Bègue--rue Simon-le-Franc, et de Montalan, rue du Cimetière-Saint-André, sont renommez pour toucher et enseigner le clavecin.» Edit. 1691, p. 60.--Claude Rachel de Montalant, après avoir enlevé de son couvent, où sans doute il donnoit des leçons, la fille de Molière, étoit, vers 1686, devenu son mari. Une note de Titon du Tillet (Parnasse françois, 1732, in-fol., p. 318) que nous avons citée le premier dans le Roman de Molière, 1862, in-18, p. 129, ne laisse sur ce point très-curieux aucun doute: «Elle épousa, dit-il, M. de Montaland, gentilhomme, qui a été quelque temps organiste de Saint-André des Arts.» Il l’étoit sans doute encore en 1691, ce qui expliqueroit pourquoi il logeoit tout près de cette église. Titon le traite de gentilhomme parce qu’il se faisoit appeler: Claude Rachel, écuyer, sieur de Montalant.
[18] Lisez Houssu. Nous avons su son nom par le curieux procès que «les maîtres à danser et joueurs d’instruments tant hauts que bas» firent aux clavecinistes, en 1693, pour les empêcher d’enseigner à toucher le clavecin avant de s’être fait recevoir de leur communauté. Les clavecinistes, représentés par plusieurs de ceux qui figurent ici, dont on a vu les noms plus haut, ou qu’on trouvera nommés plus loin: Médéric Corneil, Nicolas Gigault, Jean-Baptiste de La Brune, Marin de la Guerre, Jean Mérault, Antoine Houssu, Nicolas Le Bègue, Guillaume-Gabriel Nivers, Jean Buterne, François Couprin, appelèrent d’une première sentence rendue contre eux par le prévôt de Paris, et obtinrent, le 7 mars 1695, un arrêt de la Grand’Chambre qui leur donna raison, et leur rendit l’entière liberté d’enseigner.
Autres Maîtres pour le Clavecin.
Messieurs le Moine, ruë saint Honoré[19], Pitay, ruë sainte Croix de la Bretonnerie, Eudet et de la Cerisaye, ruë sainte Croix de la Cité, Bouton, rue Pavée, Mérault et Alexandre, rue saint Denis, Bernier, rue Tictonne[20], Hardy et Landrin, Cloitre sainte Opportune, Cointereau, place Maubert, Saffin, rue des Noyers, Boucher, rue des Assis[21], Corneille, Cloître Notre Dame, de Bordeaux, rue saint Jacques, Raison, rue saint Estienne, Gigot et Delian, rue saint Martin, la Brune, rue des Moineaux, Fouquet, ruë Coquillière, de la Guerre[22] et Jacquet, Isle Notre Dame, etc.
[19] Il étoit de la musique de la Chambre pour le théorbe.
[20] Nicolas Bernier, dont le succès fut si grand, surtout sous la Régence, pour ses motets, la musique de ses cantates et ses airs à boire. Il est fait de lui le plus grand éloge dans le poëme de J. de Serré, la Musique, dont la première édition date de 1714.
[21] Lisez des Arcis.
[22] Son vrai nom étoit Jacquet, le seul que prit son frère nommé ici avec lui. Jacquet de la Guerre étoit organiste à Saint-Séverin. Sa fille, Mlle Elisabeth La Guerre, se distingua sur le clavecin et fit la musique de l’opéra de Céphale et Procris, en 1694. Elle mourut en 1727.
Maitresses pour le même Instrument.
Mesdames Oves, rue saint Denis, et Louis, rue de la Monnoye.
Et encore Mesdemoiselles Rebours et le Tellier, fauxbourg saint Germain[23].
[23] «Mademoiselle Le Tellier, qui demeure au cul-de-sac de la rue Beaubourg.» Edit. 1691, p. 60.
· · ·
M. du Clos, rue Bétizy, accorde en perfection le Clavecin.
Messieurs Denis, sur le Quay neuf, Richard, ruë du Paon[24], Rosée, rue de Cléry, Créteil, rue Poupée, Dathene, rue saint Antoine[25], Voudry, rue saint Jacques, Boudet, rue saint Martin, Thierry, rue sainte Marguerite, du Catel et l’Esclop, rue Omer[26], Clico, rue Philippot, et le Febvre, rue Aubry Boucher, fabriquent, rajustent et accordent les Orgues et les Clavecins.
[24] «Près Saint-Nicolas du Chardonnet.» Edit. 1691, p. 60.
[25] «Le sieur Dathene, qui fait des clavecins, demeure rue et devant le petit Saint-Antoine.» Id., p. 64. «Le sieur Créteil, faiseur d’orgues, demeure dans la rue Poupée.» Ibid.
[26] Lisez rue au Maire.
Maitres pour la Violle.
Messieurs de sainte Colombe[27], rue...; Marais, ruë Bertin Poirée[28], Theobal, rue de Richelieu[29], des Fontaines[30], rue de Grenelle saint Honoré, de Machy, rue des fossez saint Germain, Garnier, prés le Palais Royal, Bellier, rue de Mommorency, Fourcroy le fils, rue vieille du Temple, etc.
[27] Il n’est plus connu que parce qu’il fut le maître de celui qui vient ici après lui.
[28] «Monsieur Marais touche la viole par excellence, et donne des leçons chez luy, rue Quincampoix.» Edit. 1691, p. 48.--Marin Marais, élève de Sainte-Colombe, et le plus habile joueur de viole de son temps, il a beaucoup écrit pour cet instrument, et, de plus, l’on a de lui plusieurs partitions pour l’Opéra, où il avoit commencé à être simple batteur de mesures. La plus célèbre est celle d’Alcione, dont la Tempête fut un des morceaux les plus à effet de ce temps-là. Elle est décrite dans le poëme de la Musique cité plus haut.
[29] Théobaldo Gaddi, qui, attiré de Florence à Paris par son admiration pour Lulli, fut mis par celui-ci dans l’orchestre de l’Opéra, où il joua pendant près de cinquante ans de la basse de viole. Il avoit fait, en 1691, la musique de la pastorale héroïque de Coronis.
[30] «Le même Des Fontaines montre d’ailleurs à toucher le clavecin et la basse de viole.» Edit. 1691, p. 48.
Mademoiselle Mengey, rue saint Honoré, prés la rue des Poullies, fait aussi profession de toucher et de montrer à toucher la Violle.
Maîtres pour le Theorbe[31].
[31] C’étoit une espèce de grand luth, qui lui-même étoit une sorte de guitare.
Messieurs du Pré, rue des Escoufles, et de la Barre en Cour, qui sont de la Chambre du Roy[32], et encore Messieurs Pinet[33], rue le Moyne, Cloître saint Jacques de l’Hôpital, Aubin, rue de l’Escharpe, Poussilac, prés les Jacobins saint Jacques, Lavaux, rue Hurel, Quay de la Mégisserie.
[32] Du Pré n’étoit qu’en survivance, en 1692, à la chambre du Roi pour le théorbe. Pierre Chabançeau de La Barre, beaucoup plus célèbre, jouoit de la grosse-basse ou du théorbe à la Chapelle-Musique. Il étoit valet de chambre de la Dauphine.
[33] Lisez Pinel. Il jouoit du théorbe à la chambre du Roi, mais y avoit, auparavant, chanté les hautes tailles.
Maîtres pour la basse de Violon.
Messieurs Marchands père et fils, et Converset, rue des Poulies[34], Boudet, rue saint Antoine, Reffiet, rue des vieux Augustins[35], la Rue, prés saint Mederic.
[34] «Rue Bétizy, Gillet, place du Palais-Royal.» Edit. 1691, p. 48.--A la chambre du Roi, les deux Marchand: Jean Noël, le père, et Jean-Baptiste, le fils, jouoient non la basse, mais le dessus de violon.
[35] Urbain Reffiet. Il étoit un des vingt-cinq violons ordinaires, dont Dumanoir étoit le roi.
Maîtres pour le dessus de Violon.
Messieurs Favre, rue saint Honoré, le Peintre, à Versailles[36], Thoüin, rue de la Verrerie[37], Verdier, rue du Chantre, Baptiste, Cloitre saint Honoré, du Bois, rue des fossez saint Germain, de l’Isle, rue saint Honoré, Charpentier, rue de la Harpe, du Chesne, rue Aubry Boucher, Jobert, rue saint Antoine, Marchand, rue de Berry, etc.
[36] Augustin-Jean Le Peintre. Il étoit aussi des vingt-cinq violons, et, de plus, un des violons du Cabinet, où il jouoit les dessus, avec 600 liv. de gages. Il étoit en outre attaché, comme violon, à la maison du Dauphin, ce qui lui valoit 600 liv. sur la cassette du prince, 400 sur le trésor royal, «et quelques autres gratifications», dit l’Etat de France. On comprend qu’avec le cumul de ces gages et ce que pouvoient lui rapporter ses leçons, il ait pu faire dire à Richelet, au mot violon de son dictionnaire: «Le Peintre, l’un des meilleurs joueurs de violon de Paris, gagne plus que Corneille, l’un des plus excellents de nos plus fameux poëtes françois.»
[37] L’édition précédente l’appelle à tort Thonin.
Maîtres pour la Guitarre.
Messieurs de Vizé, à Luxembourg[38], Cheron, rue Dauphine[39], Medard, prés saint Nicolas des Champs, le Tellier, rue du Foin, Galet, cul-de-sac saint Sulpice, du Gesne, rue des Prouvaires, Poussilot[40], prés les Jacobins saint Jacques, etc.
[38] C’est-à-dire au palais du Luxembourg. Vizé fut très-célèbre en son temps. Palaparat, dans la préface du Grondeur, parlant d’un joueur de flûte fameux, dit qu’il tire de la flûte allemande «des sons plus doux...»
Que ceux que De Vizé tire de sa guitarre.
[39] Nous le trouverons plus loin parmi les faiseurs d’instruments.
[40] Lisez Poussillac, comme plus haut.
Le Sieur Alexandre Roboam fait des Guitarres par excellence[41].
[41] Il demeurait rue des Arcis.
Maîtres pour le Luth.
Messieurs Mouton, rue saint Antoine, et du Buc, ruë[42].
[42] L’édition de 1691, p. 61, nomme, avec lui, «Gallot et Jacqueson.» Mouton étoit, de beaucoup, le plus célèbre. On a de lui, d’après de Troyes, un très-beau portrait gravé par Edelinck. Mariette en parle ainsi dans une note de l’Abecedario, t. II, p. 219, que nous reproduisons avec toute sa singularité: «Jean Mouton, célèbre joueur, jouant de la guitare--est-ce un luth? est-ce une guitare? C’est un luth--à demy corps, d’après Fr. De Troyes; d’après un des plus beaux tableaux qu’ait peints M. de Troyes. Il a été peint en 1690, Mouton étant, pour lors, âgé de 64 ans. J’ai vu, ajoute Mariette, ce tableau en 1755, et j’ose dire que le plus beau tableau de Van Dyck ne me paroît pas supérieur.» Edelinck grava ce beau portrait pour remercier Mouton d’avoir enseigné le luth à sa fille sans vouloir être payé. (Mém. inéd. sur la vie et les ouvrages des membres de l’Acad. de peinture, t. II, p. 55.)
Maîtres pour le Jeu et pour la Fabrique des Instruments à Vent, Flûtes, Flageolets, Hautbois, Bassons, Musettes, etc.
Messieurs Colin Hotteterre[43], ruë d’Orléans; Jean Hotteterre, rue des fossez S. Germain; Fillebert, rue S. Antoine[44]; des Costeaux, Fauxbourg saint Antoine[45]; Filidot en Cour[46]; du Mont, rue de Tournon; Rousselet, rue des Assis; Dupuis, carrefour de l’Ecole[47]; le Breton et Fremont, rue de l’Arbre sec; Héron, prés le cadran saint Honoré; du Buc, rue de Richelieu; Roset, rue neuve saint Eustache[48], etc.
[43] Colin étoit un diminutif de Nicolas, son vrai prénom. Il étoit basson à la Chapelle-Musique. Lui, et son fils Jean, qui le suit ici, et un autre, dont nous ne savons pas le prénom, excelloient surtout comme facteurs: «le père, lisons-nous dans un Traité de la Musette, etc. (Lyon, 1682, pet. in-fol., p. 38), est un homme unique pour la construction de toutes sortes d’instruments de bois, d’ivoire, d’ébeine, comme sont les musettes, flageolets, hautbois; et mesme pour faire des accords parfaits de tous ces instruments. Ses fils ne luy cèdent en rien pour la pratique de cet art.»
[44] Philibert Rebillé. Très-renommé comme flûtiste et acteur de société. Palaprat dit de lui dans une note de son théâtre (t. I, p. 183): «fameux joueur de flûte allemande, qui a mérité d’être chanté sur la lyre de M. De La Mothe, Ode de la Flûte.» La flûte allemande étoit ce qu’on appelle aujourd’hui «flûte traversière.» L’autre étoit la clarinette. Philibert eut de très-grands succès à la Cour, comme on le voit par les Poésies de Lainez, son ami, et de très-vifs aussi, trop vifs même dans la bourgeoisie. Une certaine Mme Brunet, qui s’étoit affolée de lui, empoisonna son mari, et l’épousa en secondes noces. Les révélations de La Voisin, qui lui avoit fourni le poison, la firent prendre, condamner et exécuter. Philibert, dont le roi ne mit pas en doute l’innocence, fut sauvé. Il y a, dans les Caractères, une allusion à cette affaire. Philibert y est nommé Dracon. (Comédie de Jean de La Bruyère, t. I, p. 212-214.)
[45] Il étoit joueur de flûte, comme Philibert, dont il fut l’ami dévoué. Il avoit beaucoup connu Molière, et en parloit très-curieusement. Sa passion pour les fleurs fut célèbre. C’est pour la mieux satisfaire qu’il s’étoit logé au faubourg Saint-Antoine, où, comme nous le verrons, se trouvoient les grands «floristes.» C’est lui, suivant Math. Marais, qui aurait posé pour le curieux de fleurs des Caractères.
[46] André-Danican Philidor, et non Filidot. Il jouoit de la basse à la Chapelle-Musique et dans la chambre du Roi. Veuf de Marguerite Monginot, il eut, de son second mariage avec Elisabeth Le Roy, un fils qui devint célèbre comme compositeur, mais surtout comme joueur d’échecs.
[47] Nous le retrouverons, avec les quatre autres qui suivent, parmi les fabricants d’instruments.
[48] «Le sieur Rozet est renommé pour les instruments de musique de la garde-robe du Roy. Il demeure rue Neuve-Saint-Eustache.» Edit. 1691, p. 49.
Plusieurs d’entre les Maîtres de tous les Instrumens ci-dessus, travaillent par excellence à la composition de la Musique, outre lesquels entre les habiles Compositeurs de Paris, on compte d’ailleurs Messieurs Oudot à la place Royale; Mignon[49], cloître Notre Dame[50]; l’Alloüette, prés saint Germain de l’Auxerrois[51]; Charpentier, rue Dauphine[52]; Bertet, Isle Notre Dame; Chaperon, cour du Palais; Martin, rue des saints Pères; Terrier, prés les Innocens, etc.[53].
[49] Il étoit maître de la musique de Notre-Dame, et, comme on le voit ici, logeoit auprès. Il étoit aussi, à son temps perdu, grand amateur de bouts rimés. C’est lui qui, en 1682, avoit proposé un prix à quiconque rempliroit le mieux à la louange du roi les rimes de pan, guenuche, etc., qui pendant une saison entière occupèrent toutes les sociétés. (Menagiana, t. I, p. 35.)
[50] «Colasse, rue Sainte-Anne, Lorenzani...» Edit. 1691, p. 62.--Ce dernier est nommé dans les Caractères, au § 29 du chapitre de la Mode: «on sait que Lorenzani fait de beaux motets.» Il en publia quelques-uns, en 1693, chez Ballard. Lulli s’étoit opposé de tous ses efforts à sa célébrité. Sénecé, qui l’appelle Lorenzain, parle ainsi de cette jalousie du Florentin dans le libelle qu’il fit contre lui, Lettre de Clément Marot, etc.: «Je t’atteste encore, célèbre Lorenzain, à qui un mérite connu de toute l’Europe n’a servi qu’à blesser les yeux du jaloux Lulli...»
[51] Jean-François Lalouette, qui passe pour avoir travaillé aux opéras de Lulli, son maître, mais qui fut surtout célèbre pour ses motets. Il étoit maître de musique de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, près de laquelle nous le voyons logé ici.
[52] Marc-Antoine Charpentier, que son logement place Dauphine mettoit à proximité de la Sainte-Chapelle, où il étoit maître de musique. Il enseigna la composition au Régent, et fit avec lui l’opéra de Philomèle, qui ne fut ni joué, ni imprimé.
[53] A la suite de ces «habiles compositeurs de musique», on lit dans l’édit. précédente, p. 62: «le sieur Jolly, rue des Rosiers, près la vieille rue du Temple, l’enseigne avec une grande facilité.»
Maîtres pour l’Art de Chanter[54].
[54] Ils étoient, depuis quelques années, en grande faveur. «--Fais-toi plutôt maître à chanter, dit Colombine. On te donnera deux louis d’or par mois, et tu trouveras peut-être quelque écolière à qui tu ne déplairas pas: car voilà la grippe des femmes d’aujourd’hui... On est de tous les bons repas; jamais de promenade sans le maître à chanter.» (Regnard, La descente de Mezzetin aux Enfers, acte I, scène 1re.)
Massieurs Dambruy, rue Betizy, du Buisson, rue Dauphine, du Bousset, rue des Fontaines, Hallé, rue des Marais saint Germain, du Parc, rue de la Savaterie: Saint Germain, près la Madelaine, Chevalier, rue ; la Pommeraye, prés saint Leu de saint Gilles: de Lair, rue saint Honoré: Gillier, rue de Berry[55]: Bonnamy, rue Tictonne, etc.
[55] C’est le père de Gillier qui fit tous les divertissements de musique à la Comédie et aux Italiens pour les pièces de Dancourt, Regnard, etc.
Messieurs Hallin frères sont renommez pour le Jeu de la Trompette et des Timbales qu’on trouve de la meilleure Fabrique chez le Sieur Crestien, rue de la Ferronnerie, à la Ville de Vernon.
Les Cordes de Rome pour les Instrumens, se vendent en gros rue saint Denis aux trois Maillets, et en détail chez tous les faiseurs d’Instrumens, entre lesquels le Sieur Offlard[56], rue de Bussy, et les Sieurs Cheron[57], rue Dauphine et rue de la vieille Bouclerie en ont un grand assortiment.
[56] Il faut, je crois, lire «Offland.» Nous trouvons, en effet, un Jean Offland parmi «les maistres faiseurs d’instruments de musique», dans un compte du commencement du siècle. (Bulletin archéolog., t. II, p. 542.)
[57] «Luttier.» Edit. precéd., p. 112. Ces deux Chéron étoient sans doute frères. L’édit. précédente n’indique que celui de la rue Dauphine, qui figure déjà plus haut parmi les maîtres de guitare. Un Nicolas Chéron, comme nous le voyons par un acte de baptême, étoit déjà «faiseur d’instruments de musique», en 1658. Peut-être étoit-ce le père de celui-ci.
Il y a une fabrique pour l’Orgue et pour le Manicordium[58], rue saint Julien des Ménetriers[59].
[58] Sorte de petite épinette à sons amortis par du drap étendu sur les cordes. On l’appeloit aussi épinette sourde.
[59] «Les musettes et les autres instruments à vent, se vendent chez les sieurs Dupuis, carrefour de l’Ecole, Le Breton et Froment, rue de l’Arbre-Sec, Héron, près le cadran Saint-Honoré, et Du Buc, rue de Richelieu.» Edit. 1691, p. 49.--La musette étoit alors à la mode. Nous avons vu, dans une note précédente, comment Van-Dyck peignit le libraire Langlois jouant de cet instrument. La vielle le remplaça. Sous Louis XV, tout le monde en jouoit. V. aux Mss. de la Biblioth. Nat. les Stromates de Jamet, t. II, p. 2050.
FAMEUX CURIEUX DES OUVRAGES MAGNIFIQUES[1].
[1] Le Roux de Lincy a publié cette liste, avec quelques notes insuffisantes, dans la Gazette des Beaux-Arts du 15 février 1859, p. 224.--Nous n’avons pas besoin de dire ce qu’on entendoit alors par «curieux», les Caractères de La Bruyère nous l’ont assez appris. Nous ajouterons toutefois que, sous Louis XIII, le mot avec ce sens n’étoit pas encore employé. On disoit des «grippés.» Dans une curieuse pièce Ms. du Supplément françois, à la Biblioth. Nat., nº 12, 491, p. 268, intitulée les Francs grippez, nous trouvons: le grippé des fleurs, le grippé des médailles, etc. Il y eut aussi alors un ballet, les Grippez à la mode. (V. le catal. Soleinne, t. III, p. 85.)
Monsieur le Duc d’Aumont, rue de Jouy[2].
[2] C’est le père de celui qui, à la fin du règne, fut ambassadeur en Angleterre. Il avoit eu d’abord son cabinet de tableaux--c’est ce qu’il collectionnoit--rue Vivien, ou Vivienne. La liste des curieux, publiée par Spon dans Les Recherches des antiquités et curiosités de la ville de Lyon, 1673, in-8, p. 212-218, que nous aurons souvent à citer, d’après la reproduction qu’en a faite la Revue universelle des Arts, t. XV, p. 259, lui donne cette adresse, il s’installa ensuite dans l’hôtel de sa famille rue de Jouy, dont nous avons déjà parlé. Il y joignit à son goût pour les tableaux, celui de l’Antiquité. «Monsieur le duc d’Aumont, écrivoit, en 1686, Bourdelot d’Airval au t. II de son livre de l’Utilité des Voyages, a bien fait voir qu’il se connoissoit en tout dans les conférences qu’il a tenues chez lui, touchant l’histoire ancienne: il a découvert depuis peu deux portraits en agathe de quelques-uns des tyrans du temps de Gallien.»
M. le Duc de Saint Simon, rue de Taranne[3].
[3] Claude de Saint-Simon, père de l’auteur des Mémoires. Il ne mourut que l’année suivante. Il avoit des tableaux. Son fils (Mém., édit. in-18, t. I, p. 34) parle entre autres de celui de Pomone et Vertumne, un des plus beaux de Carrache, que lui avoit donné le duc de Montmorency avant de monter à l’échafaud.
M. le Duc de Richelieu, place Royale[4].
[4] Père du maréchal duc de Richelieu. Il avoit une fort belle galerie de tableaux, avec de nombreux et remarquables Rubens: «On en trouve dans cet hôtel, dit G. Brice, 3e édit., t. I, p. 330, un plus grand nombre qu’en nul endroit de Paris.» De Piles les a décrits dans ses Dissertations sur les ouvrages des plus fameux peintres. La description du plus beau de tous, la Chute des mauvais Anges, est de M. de Richelieu lui-même.
M. le Chevalier de Lorraine, au Palais Royal[5].
[5] Le chevalier de Lorraine, dont on sait la faveur équivoque près de Monsieur, avoit dans son appartement, l’un des plus beaux du Palais-Royal, un cabinet sur le jardin, tout rempli de tableaux rares, des italiens surtout, tels que l’Albane. On y trouvoit aussi quelques Poussin.
M. le Marquis d’Hauterive[6], au Cherche Midy.
[6] Suivant la liste de Spon, ce marquis, souvent nommé par Dangeau, avoit aussi le goût des tableaux.
M. le Marquis de Rieux, rue de Seine.
M. le Comte de Flamarin[7], prés saint Roch.
[7] Grossolle de Flamarens. Il paroît avoir eu surtout le goût des livres. On en rencontre à ses armes: d’or, au lion de gueules, naissant d’une rivière d’argent, chef d’azur chargé de trois étoiles d’or.
M. le Comte de Bartolet, rue de Tournon.
M. le Marquis de Rhodes[8], prés la porte saint Honoré.
[8] Grand maître des cérémonies, charge qu’il vendit, au grand blâme de tous, car on l’étoit de père en fils, depuis longtemps, dans sa famille.
M. le Baron de Breteuil[9], rue de Paradis.
[9] Ce baron qui ne l’étoit pas, selon Saint-Simon, est le même qui mena avec la présidente Ferrand le scandaleux roman dont nous avons parlé. Nous ignorons quels étoient ses goûts de curieux.
M. le Comte de Morstein, sur le Quay des Théatins[10].
[10] M. de Morstein, ancien grand trésorier de Pologne, avoit son hôtel, qui devint ensuite celui du maréchal d’Estrées, au coin de la rue des Saints-Pères et du quai des Théatins, aujourd’hui quai Voltaire. C’étoit un grand curieux en toutes choses. Ses jardins à Montrouge étoient magnifiques. Rigaud l’avoit peint avec sa fille, puis séparément.
M. le Comte de Renes, rue saint Dominique, quartier S. Germain.
M. le Commandeur d’Hautefeuille, rue du Bac[11].
[11] Étienne-Texier d’Hautefeuille, grand prieur d’Aquitaine et ambassadeur extraordinaire de la religion de Malthe en France. Il mourut le 3 mai 1703, laissant, suivant Saint-Simon (t. IV, p. 453), tous ses tableaux à son Ordre. Ils étoient d’un grand prix, car au dire de Mariette (Abecedario, t. II, p. 345), «il étoit très-grand curieux, et avoit de très-belles choses.» Il habitoit dans le haut de la rue du Bac une des maisons neuves bâties par l’administration des Incurables.
M. le Commandeur de Gaults, derrière saint Roch[12].
[12] Sur la liste de Spon, son nom est écrit Gotz, et son adresse est donnée au bout de la rue des Petits-Champs. Son cabinet, y est-il dit, comprenoit tableaux, médailles modernes, curiosités de toutes sortes.
M. le Chevalier de Simonville[13], rue sainte Croix de la Bretonnerie.
[13] Lisez de Sémonville. Nous ne savons rien sur ses collections.
M. le Chevalier de Nogent[14], rue d’Anjou au Marais.
[14] Un des favoris préférés de Louvois, qui lui donna une maison charmante à Meudon, où il réunit les plus précieuses de ses curiosités. Il mourut très-âgé, en 1708.
Messieurs les Présidens Lambert et Bretonvilliers, Isle Notre Dame[15].
[15] Nous n’avons pas à insister sur la magnificence des hôtels Lambert et Bretonvilliers, elle est connue: tableaux rares, meubles du plus grand prix se trouvoient partout dans l’un et dans l’autre. On peut s’en faire une idée par ce qu’en a dit G. Brice, 3e édit., t. II, p. 388-394.
M. le Président Dorieux, prés les Enfans Rouges[16].
[16] Il étoit fils de Nicolas Dorieu, mort intendant de Limoges en 1686, qui lui avoit légué une bibliothèque qu’il compléta, et dont le prix venoit surtout des documents imprimés et manuscrits qu’elle contenoit sur l’histoire de la noblesse de France. Ses livres portoient sur les plats: un écusson d’azur à la bande d’or chargée de 3 molettes de gueules dans le sens de la bande.
M. le Président de la Proutiere, rue saint Dominique[17].
[17] François Gourreau de la Proustière. Il aimoit les livres. Nous en avons vu passer dans les ventes quelques-uns à ses armes: d’or à l’aigle à deux têtes, éployée de sable, becquée et membrée de gueules.
M. Jolly, Conseiller en la Cour, rue saint Antoine[18].
[18] Il figure déjà, avec la même adresse, dans la liste de Spon, en 1673. Il y est donné comme amateur de tableaux modernes.
M. de Caumartin, rue sainte Avoye[19].
[19] Le Fèvre de Caumartin, que nous ayons déjà vu parmi les intendants des finances. Il aimoit, lui aussi, les tableaux modernes, surtout ceux de Rigaud, qui lui fit deux fois son portrait, et peignit aussi celui de sa femme.
M. Mendat, rue saint Loüis du Marais[20].
[20] Conseiller à la Grand’Chambre, père du maître des requêtes, Galiot de Mandat, baron de Nully, dont les goûts nous sont plus connus que les siens: il étoit bibliophile. L’écusson des livres de sa bibliothèque, dont la vente se fit en 1755, avec Catalogue dressé par David l’aîné, porte: d’azur au lion couronné d’or, au chef d’argent chargé d’une hure de sanglier de sable, accostée de deux roses de gueules.
M. Jabac, rue Neuve saint Mederic[21].
[21] Evérard Jabach, banquier de Cologne, établi en France, où il devint directeur de la compagnie des Indes orientales, et l’un des maîtres de la curiosité. Il a déjà été parlé de lui, p. 109, note 11. Ses acquisitions à Londres, après la mort de Charles Ier, furent considérables selon Mariette. Il eut dès lors, tant comme peintures et dessins, que comme marbres et bronzes, le plus riche cabinet de Paris. La gêne vint par la prodigalité. Jabach dut vendre à Mazarin l’admirable série de ses Corrège, qui, plus tard, passèrent au Roi, et sont maintenant au Louvre. Puis, la ruine à peu près complète ayant suivi, il fallut céder la collection entière: 101 tableaux et 5,542 dessins. Le roi offrit 200,000 livres, et, au mois de mars 1671, marché fut conclu. Jabach garda quelques dessins, dont il ne put s’empêcher de faire le fonds d’une collection nouvelle que vendit son petit-fils. Il avoit aussi conservé quelques tableaux, entre autres celui où Lebrun, qui s’y étoit peint lui-même, l’avoit représenté avec sa femme et ses enfants. Il fut vendu à Cologne, en février 1787.--L’hôtel de Jabach, rue Neuve-Saint-Merry, existe encore en partie ainsi que le passage qui le fait communiquer avec la rue Saint-Martin. Bullet en avoit été le principal architecte. Au XVIIIe siècle, les membres de l’Académie de Saint-Luc y firent leurs expositions jusqu’en 1777. C’est ce qui faisoit appeler par Diderot «Jabach» ces tableaux d’ordre inférieur. Un fameux magasin de tabatières s’établit aussitôt après à l’hôtel Jabach.
M. de la Saldiere, rue du gros Chenet[22].
[22] Ne seroit-ce pas, comme nous l’avons dit dans la COMÉDIE DE LA BRUYÈRE, le bibliophile Guyon de Sardière qui pouvoit alors commencer sa riche collection? Si ce n’est lui, nous ne savons qui c’est.
M. le Doyen de saint Germain l’Auxerrois[23].
[23] Il avoit entre autres belles peintures son portrait peint par Rigaud, et aimoit aussi beaucoup les antiques. C’étoit un D’Argenson.
Mrs Belluchot et le Riche, rue des Massons[24].
[24] François Belluchot, secrétaire du Roi, et Antoine Le Riche, secrétaire du Roi aussi, avoient leurs cabinets dans la même maison: Belluchot y collectionnoit avec un grand goût des tableaux de maîtres--il en avoit un surtout du Guide qui étoit admirable.--Le Riche faisoit, lui, collection de livres choisis et d’estampes, dont il avoit beaucoup de «très-belles et très-curieuses», dit G. Brice (3e édit., t. II, p. 175).
M. de Furetière, rue du Roy de Cicile[25].
[25] Ce n’est pas l’auteur du Dictionnaire, mort alors depuis quatre ans, mais son frère Nicolas Furetière, avocat au Parlement, qui avoit comme lui le goût des curiosités, et peut-être avoit hérité des siennes. Dans sa liste de 1672, Spon n’avoit pas oublié Furetière, le lexicographe, l’auteur du Roman Bourgeois, il nous l’avoit donné comme étant curieux de livres rares, d’estampes, de bronzes, etc. Son frère, que nous voyons logé rue du Roi-Sicile, pouvoit y demeurer alors. Le 9 janvier 1691, il avoit fait baptiser une de ses filles à Saint-Gervais, qui est la paroisse de cette rue. Il mourut le 9 décembre 1697, à l’île Saint-Louis. M. Ferd. de Lasteyrie a retrouvé son inventaire après décès. Cent cinquante tableaux y figurent avec «une infinité de petits bronzes, de médailles, d’objets en pierre dure, etc.» Il avait donc qualité pour compter parmi les Curieux. V. Bull. de la Soc. de l’hist. de Paris, t. IV, p. 146-150.
M. de Creil, rue de Montmorency[26].
[26] Il figure dans la liste de Spon. On y apprend qu’il collectionnoit: tableaux anciens et modernes, porcelaines, statues de bronze, médailles antiques et modernes. Il en brocantoit aussi: «Il y a longtemps, écrit Baudelot d’Airval, en 1686, dans l’Utilité des Voyages, que M. de Creil règne dans le commerce des choses précieuses... il s’en défait aussi avec toute la complaisance possible, lorsque les curieux connussent le prix de l’antiquité, et n’estiment pas les choses médiocrement.»--Parmi ses tableaux modernes, se trouvoit un baptême du Christ que Le Sueur avoit peint pour lui.
Mrs Bertin[27] et de la Touanne, porte Gaillon.
[27] Trésorier des parties casuelles, «qui, lisons-nous dans les Annales de la Cour et de Paris, pour 1697-1698, t. I, p. 148, est un des hommes de Paris les plus curieux pour les meubles.» Il avoit surtout de merveilleux tapis, acquis par lui de la succession du conseiller Pussort. Le Roi les vit, les désira, et ils lui furent cédés. Ibid.
M. Despond, aux Incurables.
Mrs Quenel[28] et de Montigny, à sainte Magloire.
[28] Frère du fameux P. Quesnel et comme lui de l’Oratoire, dont la maison de Saint-Magloire, où il logeoit, étoit une dépendance. «Il étoit, dit Mariette (Abecedario, t. II, p. 230), un peu peintre et un peu brocanteur.» Il avoit acquis de Dacquin, évêque de Séez, grand nombre de dessins, dont plusieurs excellents de Jules Romain. Il possédoit aussi les débris de la collection des dessins de Vasari. Il céda le tout à Crozat. Id., p. 46.
M. l’Abbé Vetery, rue des bons Enfans, où il donne entrée aux Curieux tous les matins.
M. de Blois, rue du Jardinet[29].
[29] Ancien secrétaire de notre ambassade près du Sultan. Sa collection se composoit, suivant Spon, de tableaux, médailles, couteaux de Turquie, etc.
Mrs Gedouin et Bergeron, rue de la Couture sainte Catherine.
M. de Chantelou, prés le Trône du Fauxbourg S. Antoine[30].
[30] Paul Fréart de Chanteloup, conseiller et maître d’hôtel du Roi, si célèbre par sa correspondance avec Poussin, de qui, entre autres œuvres, il possédoit la série des Sept-Sacrements, qui passèrent de son cabinet dans la galerie du Palais-Royal, et qui sont aujourd’hui en Angleterre. L’hôtel de M. de Chanteloup, près du Trône, étoit l’ancienne maison de Reuilly qui a donné son nom à une rue de ce quartier.
M. Rappes, rue de la Harpe[31].
[31] Officier de chancellerie, grand amateur de tableaux. Il possédoit celui d’Hercule et Omphale par François Perrier.
M. Paillot, prés les Capucins du Marais[32].
[32] Il aimoit aussi et collectionnoit les tableaux. Son portrait est un des premiers que peignit Hiacynthe Rigaud.
M. de Nassé, rue de Cléry.
M. l’Abbé Dannecourt, rue de Grenelle.
M. Franctot, Quay d’Alençon dans l’Isle.
M. Berthelot de Mareuil, rue Platriere.
Mrs Bordalou[33] et Rigault, rue de la Sourdière.
[33] Mariette, qui parle plusieurs fois de lui dans son Abecedario, l’appelle M. Bourdaloue, et place son nom parmi «les célèbres de la curiosité.» Il possédoit de belles estampes du Parmesan, et il avoit été très-curieux des dessins de La Fage, que, suivant Mariette, il payoit un louis par jour pour lui en faire. On a son portrait gravé par Pitau d’après Largillière. Crozat acheta beaucoup à sa vente.
M. Robert, prés les petits Pères[34].
[34] C’est sans doute le docteur en Sorbonne Robert, qui étoit grand ami de Le Brun.
M. l’Abbé de Rouilliere, rue des Rosiers saint Germain.
M. de Renne-Moulin, près l’Estrapade.
M. le Chevalier du Guet, vieille rue du Temple.
M. l’Abbé Noüé, rue Neuve des Petits Champs.
M. Gamarre, rue du Sepulcre[35].
[35] Spon, en 1673, le loge rue Taranne. Il étoit lieutenant des chasses, et avoit une galerie de tableaux anciens et modernes.
M. de Briancourt, rue saint André.
M. de Chaufourneau, prés les Petits Capucins.
M. de Treville[36], prés la Sorbonne.
[36] Henry-Joseph de Peyre, comte de Tréville, l’Arsène de La Bruyère. Il avoit une riche bibliothèque, très-fournie surtout en livres grecs.
Mrs Moreau[37] et de la Gardette, rue saint Nicaise.
[37] Auditeur des Comptes. Baudelot d’Airval dit de lui: «M. Moreau aime les livres, les manuscrits, les médailles, et sait en faire un choix fort judicieux.»
M. l’Abbé d’Apremont, rue de l’Université.
Mrs Aincelin[38], d’Apoigny[39] et de saint Maurice[40], rue Bardubec.
[38] Lisez Hesselin, fils du fameux Hesselin de l’Ile-Saint-Louis, qui, entre autres livres rares, avoit possédé un si curieux volume sur les ballets.
[39] Nous avons déjà parlé de lui au chap. des fermiers généraux des Aydes. Nous ignorons quels étoient ses goûts de curieux.
[40] Il avoit, entre autres charges, celle d’intendant des Inscriptions. (Archives de l’Art françois, t. III, p. 237.)
M. Lhuillier[41]; rue des Jeusneurs.
[41] Fermier général, qui fut de la grande entreprise de la place Vendôme, où il fit construire avec son collègue Villemarec l’hôtel qui appartint ensuite à Bourvalais, et qui est aujourd’hui le Ministère de la Justice.
M. de Cormery, prés saint Roch[42].
[42] Amateur de peinture, plus curieux que sincère. Van Fallens, par exemple, lui peignoit des copies qu’il faisoit volontiers passer pour des originaux de maîtres. (Mariette, Abecedario, t. II, p. 246.) Rigaud fit son portrait et celui de sa femme.
M. Caillet, à l’Hotel de Condé.
M. Marion, à l’Hotel de Bellingant.
M. Hedeline, Doyen de saint Honoré[43].
[43] Il figure sur la liste de Spon parmi les amateurs de tableaux.
M. l’Abbé de la Roucherie, rue S. Thomas, quartier S. Michel.
M. Imbert, prés les Chartreux[44].
[44] Elève de Le Brun et de Vandermeulen, et maître de Parrocel. Il fréquentoit les Chartreux, près desquels il loge ici, et il finit, en 1703, par entrer dans leur Ordre.
Mrs le Febvre[45] et le Ferron[46], rue Mauconseil.
[45] Grand audiencier. Rigaud avoit peint son portrait et celui de sa femme.
[46] Président au Parlement. Il avoit habité d’abord un hôtel de la rue Barre-du-Bec, où Laurent de La Hire lui avoit peint une galerie.
M. Leviez, rue saint Sauveur.
M. l’Abbé Bizot[47], rue saint Jean de Beauvais.
[47] Baudelot d’Airval, dans son Utilité des Voyages, au chapitre des «Cabinets de France», parle ainsi de lui: «Monsieur l’abbé Bisot (sic) a des talents pour la curiosité qui sont incompréhensibles: on peut dire qu’il en est une source inépuisable, et que personne ne connoît mieux les médailles modernes que lui.»
M. de Gagniere, à l’Hotel de Guise[48].
[48] François-Roger de Gaignières, le plus célèbre des curieux de son temps. Il avoit eu le gouvernement des ville, château et principauté de Joinville, par Mme de Guise qui se l’étoit attaché, et qui le logeoit dans son hôtel de la rue du Chaume avec ses collections. Elles comprenoient: documents de tous genres, lettres originales, copies, dessins, estampes, le tout choisi avec une remarquable intelligence. Il en fit cession au roi le 19 février 1711, moyennant 4,000 liv. comptant, une pension viagère de même somme, et 20,000 liv. à payer après sa mort aux personnes qu’il désigneroit. C’étoit donné, aussi ne vit-on là qu’un don de la part de Gaignières. Le 17 mars suivant, Coulanges lui écrivoit: «Votre cabinet mérite bien l’immortalité, et, pour y parvenir, vous ne pouviez mieux faire que de le joindre à celui de Sa Majesté. Je souhaite fort que tant que vous vivrez elle vous donne largement des marques bien effectives de la reconnoissance qu’elle en doit avoir. Le présent le mérite bien.» Cette acquisition fut la dernière qui fut faite sous Louis XIV pour la bibliothèque du Roi. Elle en est restée un des fonds les plus importants.--Gaignières se mêloit quelquefois de dessiner. On peut voir au Cabinet des Estampes, Topographie du Loiret (arrondissement d’Orléans) une mauvaise gravure de M. de Caumartin, faite d’après un dessin de lui, signé. C’est une vue du château de Cléreau, près de Sully-la-Chapelle, dans une contrée qu’il devoit connoître. Il étoit, en effet, croyons-nous, et nous pourrions le prouver, originaire de Jargeau. N’oublions pas de dire que, suivant G. Brice (t. I, p. 366), il joignoit au goût des dessins et des estampes celui des médailles, et aussi celui des portraits contemporains et autres. C’étoit un des plus à la mode, comme on le voit par cette fin d’un couplet de Coulanges dans son Recueil de chansons choisies, 1696, in-8, p. 35:
Venez tous dans mon cabinet, Chacun, pour sa parure, Aura sa bordure, Avec son cloud à crochet.
--V. sur le cabinet de Gaignières, de très-curieux détails dans le Voyage de Lister, chap. IV.
M. de la Ravoire, rue d’Anjou[49].
[49] Lisez Neret de La Ravoye. Il étoit receveur général de La Rochelle. Nous ne savons rien sur ses collections. V. sur lui et sa fille une note du chap. sur les Receveurs généraux, p. 35-36.
M. de Silly, rue saint Loüis au Marais[50].
[50] Vipart de Silly, parvenu bas-normand, dont Saint-Simon a raconté la singulière et ambitieuse fortune (t. III, p. 93-96). Il s’étoit donné tous les goûts des gens à la mode: Rigaud, par exemple, avoit fait son portrait.
M. Malot, rue Neuve saint Eustache[51].
[51] Nous croyons qu’il faut lire Malet et non Malot. Ce seroit alors le conseiller au Parlement Louis Malet, mort en 1698, laissant une belle bibliothèque, dont les livres portoient sur les plats un écusson d’azur, au phénix d’or, sur son immortalité de même, regardant un soleil aussi d’or posé au premier canton. (Guigard, Armorial du Bibliophile, t. I, p. 87-88.)
M. Galot, prés le Chevalier du Guet.
M. Dupuis, rue des Tournelles[52].
[52] Il collectionnoit surtout les marbres. Une des premières copies du buste de Louis XV enfant, faite par l’auteur même, Coysevox, fut pour lui.
M. de la Planche, rue de la Planche[53].
[53] Raphaël de la Planche, fils de René de la Planche, contrôleur et trésorier général des Bâtiments du Roi. Il fut, avec Alexandre Comans, directeur d’une manufacture de tapisseries, au coin de la rue de la Chaise et de la rue de Varenne, qui lui dut ainsi jusqu’à la rue du Bac son premier nom de rue de La Planche, il fut ensuite un des administrateurs des Gobelins.
M. Lavocat, prés l’Hotel d’Angoulesme.
M. le Doyen de la sainte Chapelle.
M. Chassebras de Cramailles, rue du Cimetière S. André[54].
[54] Frère de Chassebras de Bréau, qui, on l’a vu plus haut, p. 129, tenoit des conférences au quartier Saint-Benoit. Il étoit, lui, grand amateur de livres. V. Catalogue des livres composant la bibliothèque de feu J.-B. Chassebras, ancien docteur de Sorbonne. Paris, 1693, in-8.
Mrs Moulle, Bonnet et Bourdelot[55], rue sainte Croix de la Bretonnerie.
[55] Il a été parlé plus haut de lui et de ses livres au chap. Médecine ordinaire, p. 152.
M. Aubert, rue de la Tixeranderie.
M. Hubert, rue du Temple.
Mrs Guilloire, rue Bourlabé[56].
[56] Ancien médecin de la grande Mademoiselle. Nous l’avons déjà trouvé parmi les administrateurs des hôpitaux.
M. du Vivier, à l’Arsenal[57].
[57] Lister qui, dans son Voyage à Paris, l’appelle à tort De Vivier, fait de sa collection une description dont Germain Brice (3e édit., t. I, p. 376) confirme les détails: «J’ai visité, dit Lister, l’appartement de M. de Vivier à l’Arsenal: il consiste en sept ou huit pièces au rez-de-chaussée donnant sur le grand jardin. Elles sont petites, mais meublées avec la plus grande recherche; elles sont ornées de porcelaine de Chine la plus variée et la mieux choisie que j’aie jamais vu, sans excepter les pagodes et les peintures du même pays. J’y ai aussi remarqué des bureaux et des corps de bibliothèques aussi riches qu’élégants, et quelques tableaux des meilleurs maîtres.»
M. du Plessy, rue de Jouy[58].
[58] Sur la liste de Spon, en 1673, il figure comme amateur de médailles antiques. Il logeoit alors rue Saint-Martin.
M. Croissade, rue Coquilliere[59].
[59] Lisez Crosade. Il étoit premier commis de Penautier, receveur général du clergé. Il possédoit entre autres tableaux celui de François Perrier, Alexandre et le médecin Philippe.
M. du Vaux[60], rue Tictonne.
[60] Lisez De Vaux ou Des Vaux, car Mariette l’appelle indifféremment de l’une ou l’autre manière. Il avoit de beaux tableaux, notamment une vierge du Pesarèse qu’il céda à Pasquier, autre amateur. Sa collection d’émaux par Petitot étoit célèbre; il possédoit aussi de très-précieuses médailles.
M. de la Forest[61], rue du Colombier.
[61] C’est, croyons-nous, le peintre J.-B. Forest, un des meilleurs élèves de Mole pour le paysage, et dont Largillière devint le gendre. Si ce n’est lui, c’est peut-être Forest, «fameux marchand de tableaux», dont parle le marquis de Châtre, et chez lequel le bourreau de Paris, qui étoit grand amateur, alloit monter sa collection composée surtout de peintures analogues à son métier: tortures, supplices, etc. (Nouveaux entretiens des Jeux d’esprit, 1709, in-12, p. 218-224.)
M. Brangeon, quay des Balcons[62].
[62] C’est le nom qu’on donnoit vulgairement au quai de Béthune, Ile-Saint-Louis.
Mrs Desvieux[63] et de la Haye, quay de l’Ecole[64].
[63] C’est lui qui, étant devenu l’un des directeurs de la compagnie des Indes sous la Régence, décida Nattier, qui faisoit alors son portrait, à vendre, pour des actions, à Law ses dessins de la galerie du Luxembourg; ce qui le ruina.
[64] Lisez Le Hay. Il étoit ingénieur du Roi, et avoit épousé la célèbre Mlle Sophie Chéron, poëte, musicienne et artiste en tous genres: peinture, gravure, etc.
M. le Vasseur[65], rue Grenier saint Lazare.
[65] L’abbé François Le Vasseur, ami de l’historiographe de l’Académie de peinture, Guillet de Saint-Georges.
Mrs de la Touche et du Frayer, Cloître saint Honoré.
M. le Febvre, rue Beautreillis[66].
[66] Grand amateur de fleurs, qui en faisoit des échanges avec le voyageur antiquaire Vaillant, aussi engoué que lui de cette passion.
M. Poirée, prés saint Sauveur[67].
[67] Dans la liste de Spon, il est désigné ainsi: «M. Poiret, à Saint-Sauveur, tableaux, estampes et livres.»
M. Biet, prés saint Jean en Grève.
M. Rivet, rue saint Honoré.
M. Mandin, rue des Victoires.
M. de Pile[68], prés les Minimes.
[68] Roger de Piles, qui, d’assez mauvais peintre, devint meilleur historien de la peinture. Nous avons cité plus haut un de ses ouvrages. Il voyagea beaucoup, soit à la suite de M. Amelot tour à tour ambassadeur à Venise et en Portugal, soit avec son fils. Il rapporta de Portugal et d’Espagne une curieuse collection de dessins; et de Hollande, où il fut retenu en prison pour avoir trop mêlé la politique aux arts, des manuscrits de Rubens et des dessins de Rembrandt.
M. de Sainfroy[69], rue de l’Egout.
[69] Lisez Sainte-Foi. Il étoit maître des requêtes.
M. Varlet[70], rue saint Antoine, prés les Jésuites.
[70] Peut-être faut-il lire Vallet et non Varlet. Ce seroit le graveur au burin Vallet, qui fut de l’Académie de peinture.
M. de Lonpré, carrefour saint Benoist[71].
[71] C’est le même que nous retrouverons plus loin parmi les académistes. Il étoit grand amateur des médailles de l’empire, dont il possédoit toute la série moins une. Il paroît hors de doute que c’est lui qui figure dans les Caractères sous le nom de Diognête, «l’homme aux médailles.» V. La Comédie de La Bruyère, 2e édit., t. I, p. XXXIV-XXXVI.
Mrs de la Guerre et Chaperon[72], Cour du Palais.
[72] Nous les avons déjà rencontrés tous deux, p. 208, 214, parmi les musiciens, l’un, comme maître de clavecin, l’autre, comme compositeur. Peut-être collectionnoient-ils des instruments de musique, comme faisoit Dovin, dont a parlé M. Bonnaffé dans son charmant petit livre Les Collectionneurs de l’ancienne France, p. 60, et qui devroit figurer ici.
M. Tirard[73], rue du Bout du Monde.
[73] Il faut, croyons-nous, lire Tissard. Ce seroit alors l’amateur dont Rigaud fit le portrait en 1688.
Mrs Orangé et de Chambrault, Cloitre saint Germain l’Auxerrois.
M. de Beauchamp, ruë Bailleul[74].
[74] C’est le fameux maître à danser, que nous retrouverons plus loin au chapitre des nobles exercices, et dont il a déjà été question, p. 126, note 1. G. Brice parle ainsi (3e édit., t. I, p. 268-269) de son cabinet qu’il avoit, en 1701, transféré de la rue Bailleul dans une maison neuve faisant le coin à gauche des rues Saint-Honoré et des Petits-Champs: «on trouvera dans ce cabinet des choses d’une excellente beauté; mais les tableaux en sont la principale partie, qui sont la plupart des plus fameux maîtres d’Italie. On y remarquera aussi quantité de porcelaines anciennes, très-rares, à présent, des cabinets de vernix (sic) du Japon, des bronzes et d’autres choses curieuses disposées avec beaucoup de jugement et de connoissance.»
M. l’Abbé du Plessy, prés le Puits d’Amours[75].
[75] C’étoit plutôt un brocanteur qu’un amateur, car nous le trouverons tout-à-l’heure parmi ceux «qui se plaisent à troquer les tableaux.»
M. Dron, prés saint Thomas du Louvre[76].
[76] L’abbé François Dron. Il logeoit près de l’église, dont il étoit chanoine: «Il a, dit G. Brice (3e édit., t. II, p. 86), un cabinet de médailles de moyen bronze, dont la suite est des plus étendues que l’on puisse voir, et dont le choix est admirable. Les sçavants sont charmés de la quantité et de la diversité des revers singuliers que l’on y remarque, et il seroit bien difficile de rien voir ailleurs de mieux conservé et de plus entier. Il a aussi quelques tableaux de prix dans son cabinet.» Il mourut le 22 avril 1702. L’abbé Goujet possédoit de lui 2 vol. in-4º de lettres originales et manuscrites, de 1687 à 1690, traitant de numismatique, «avec les empreintes dessinées de quantité de médailles.» Elles étoient adressées à Thoynard, Vaillant, Morelle, Nicaise, etc. V. le Catal. ms. de l’abbé Goujet à la Bibliothèque.
M. Bonart, rue Hautefeuille.
M. de Chatigny, rue Neuve des Petits Champs.
M. Fracansani, rue du Petit Lion[77].
[77] Michel-Ange Fracanzani. Il jouoit le personnage de Polichinelle à la Comédie Italienne, près de laquelle--étant logé, comme nous le voyons ici, rue du Petit-Lion-Saint-Sauveur--il demeuroit. Son père, assez proche parent de Salvator Rosa, et peintre lui-même de l’école de Ribera, l’avoit suivi de Naples à Paris, où ils collectionnoient ensemble livres d’art, estampes, dessins. Les études de Le Sueur pour sa galerie des Chartreux, qui sont maintenant au Louvre, viennent de la collection de Fracanzani: «Il étoit bon curieux, dit Mariette à son nom dans l’Abecedario; il se mêloit de dessiner, et même de génie, mais d’un goût lourd et fort mauvais.»
M. de Blegny, rue de Guenegaud.
Le R. P. Dom Placide, Bibliotequaire de saint Germain des Prez[78].
[78] Dom David-Placide Porcheron, qui mourut à 42 ans, le 14 février 1694. Il étoit très-entendu en numismatique, histoire et surtout géographie, comme le prouve son célèbre ouvrage sur l’Anonyme de Ravennes.
Le R. P. Dom Estienne, aux Blancs Manteaux.
Le R. P. Auchereau, aux Celestins[79].
[79] «J’ai vu, dit Lister (chap. V), le cabinet ou la cellule du R. P. Hochereau, qui a une collection très-choisie de tableaux originaux de plusieurs des meilleurs maîtres.» Il avoit entre autres le Repentir de saint Pierre, peint par Rembrandt, en 1634, et gravé aussitôt par Van Vliet.
Au surplus, voyez à la Préface un avis important touchant la Curiosité.
DAMES CURIEUSES.
Madame la Duchesse de Lude, prés saint Eustache[1].
[1] Marguerite-Louise-Suzanne de Béthune Sully, qui, veuve du comte de Guiche, avoit épousé Henri de Daillon, duc de Lude, veuf lui-même de Rénée-Eléonore de Bouillé. Elle étoit magnifique en meubles et en argenterie, mais elle sacrifia tout, quand vinrent les désastres. Toute son argenterie, ses meubles d’orfévrerie passèrent à la Monnoie, et elle se contenta pour ses galeries, ce qu’admira fort Mme de Sévigné, de meubles de bois et de glaces. L’hôtel qu’elle habitoit, près Saint-Eustache, au coin des rues Montmartre et Tiquetonne, devint plus tard l’hôtel Béthune-Charost. Il existe encore en partie.
Madame la Duchesse d’Orvalle, rue saint Dominique[2], quartier saint Germain.
[2] Anne d’Harville, femme de François de Béthune, duc d’Orval ou d’Erval, troisième fils du duc de Sully.
Madame la Maréchalle de Humiere, à l’Arsenal[3].
[3] Louise-Antoinette-Thérèse de la Châtre, femme du maréchal, duc d’Humière. «Il étoit, dit Saint-Simon, magnifique en tout.» Il collectionnoit des estampes, dont quelques-unes lui sont dédiées. Sa femme partageoit ses goûts.
Madame la Duchesse de Sully, devant saint Paul[4].
[4] Marie-Antoinette Servien, duchesse de Sully, très-magnifique, très-dépensière. Elle mourut pauvre, quoique sa dot eût été de 800,000 livres. Elle habitoit presque devant Saint-Paul, rue Saint-Antoine, l’hôtel bâti par Sully, et qui existe encore à peu près intact.
Madame d’Estrées, rue des trois Pavillons[5].
[5] Marie-Marguerite Morin, duchesse d’Estrées, tenoit de son père, qu’on appeloit Morin le Juif: «brocanteuse, dit Saint-Simon, se connoissoit aux choses et aux prix, avoit le goût excellent, et ne se refusoit rien.»
Madame la Princesse de Meklebourg[6], près saint Roch.
[6] Angélique-Isabelle de Montmorency-Boutteville, duchesse de Mecklembourg-Schwerin. Saint-Simon nous la représente comme «très-avare et très-entasseuse.»
Madame la Duchesse de Porsmeuch, rue[7]
[7] Louise-Renée de Penacoët de Kéroual. Le roi d’Angleterre, Charles II, dont elle avoit longtemps été la maîtresse, l’avoit faite baronne de Petersfield, comtesse de Farsam, duchesse d’Aubigny et de Portsmouth. Revenue en France, lorsqu’il fut mort, elle s’étoit logée sur le quai des Théâtins, auprès de la rue des Saints-Pères, dans un hôtel où elle avoit entassé tout ce qu’elle avoit pu prendre des magnifiques collections de Charles II. Liger, dans le Voyageur fidèle, p. 136, vante sa galerie de tableaux.
Madame la Duchesse de Bouillon, sur le quay Malaquet[8].
[8] Marie-Anne Mancini, duchesse de Bouillon, une des nièces de Mazarin, la protectrice de La Fontaine. Son hôtel existe encore en partie au nº 19 du quai Malaquais. Il avoit été bâti par le financier La Bazinière, mais elle l’avoit beaucoup transformé et embelli. En juillet 1696, elle y faisoit encore travailler. «Les dedans, écrit Liger (p. 135), sont plus curieux que les dehors par les tableaux et autres meubles et bijoux qui en sont la richesse et l’ornement.» Suivant Saint-Simon, la duchesse étoit surtout magnifique en pierreries.
Madame la Présidente du Tillet, rue de la Planche[9].
[9] Fille aînée du président Bailleul, mariée au président Girard du Tillet. Elle avoit, dans sa jeunesse, fait beaucoup parler d’elle. V. la Carte du pays de Braquerie, dans l’Histoire amoureuse des Gaules, édit. elzévir., t. I, p. 11.
Madame de Coulange[10], dans le Temple[11].
[10] Marie-Angélique Du Gué Bagnols, femme du marquis de Coulanges, le chansonnier, parent et ami de Mme de Sévigné. Le mari et la femme étoient l’un et l’autre de fins collectionneurs. Coulanges aima d’abord les tableaux: «le cabinet de M. de Coulanges, écrit Mme de Sévigné à sa fille, le 10 nov. 1673, est trois fois plus beau qu’il n’étoit; vos petits tableaux sont dans leur lustre, et placés dignement.» Il aimoit surtout les portraits. On l’a vu par une fin de couplet citée plus haut. Il donnoit aussi dans les faïences, mais les richesses qu’il vit entassées à l’hôtel de Guise lui firent prendre des goûts plus coûteux: il passa aux cornalines, aux cristaux, aux agathes. C’est encore une des chansons de son Recueil (p. 151) qui nous l’apprend. Sa femme recherchoit les raretés curieuses. Mme de Sévigné (t. X, p. 182) nous a raconté son ravissement lorsqu’elle retrouva le miroir de toilette de la reine Marguerite.
[11] Les Coulanges avoient, à la fin de 1690, quitté la rue du Parc-Royal pour venir habiter un des petits hôtels de l’enclos du Temple.
Madame la Marquise de Richelieu, Isle Notre Dame[12].
[12] Fille d’Hortense Mancini et du duc de Mazarin, et par conséquent nièce de la duchesse de Bouillon, dont nous avons parlé tout-à-l’heure. Le marquis de Richelieu, petit-neveu du cardinal, l’avoit enlevée, en 1682, du couvent de Sainte-Marie de Chaillot, et l’avoit emmenée à Londres, où il l’avoit épousée. Ils habitoient dans l’île Saint-Louis, sur le quai d’Anjou, l’hôtel où avoit logé Lauzun, et qui devint plus tard celui des Pimodan. V. nos Chroniques et légendes des rues de Paris, p. 118-119.
Madame de Boufflers, ruë de Bourbon[13].
[13] Catherine-Charlotte de Grammont, maréchale de Boufflers. Le mari avoit une belle bibliothèque, avec tous les livres à ses armes. Nous ne savons quelles étoient, comme curieuse, les préférences de sa femme.
Madame la Marquise de Quintin, même ruë[14].
[14] Suzanne de Montgommery, comtesse--et non marquise--de Quintin. Saint-Simon, qui lui tenoit d’assez près par sa femme, a fait d’elle et de ses entours, «la meilleure compagnie de la Cour», un bien curieux tableau (t. I, p. 326-327).
Madame de Chavigny, à l’Hotel saint Paul[15].
[15] C’étoit une Phélypeaux de Vilesavin, qui avoit épousé le marquis de Chavigny. On la citoit depuis longtemps comme célèbre curieuse. L’abbé de Marolles, parlant dans ses Mémoires de son cabinet et de celui de Mme d’Aiguillon, dit: «Ils souffrent peu de comparaison pour la magnificence des cristaux, des lapis, des agates, des onyces (onyx), des calcédoines, des coraux, des turquoises, des aigues marines, des amétystes, des escarboucles, des topazes, des grenats, des saphyrs, des perles et des autres pierres de grand prix qui y sont mises en œuvre dans l’argent et dans l’or, pour y former des vases, des statues, des obélisques, des escrins, des miroirs, des globes, des coffres, des chandeliers suspendus et autres choses semblables.»
Madame la Marquise de Mallet, rue saint Loüis du Marais[16].
[16] Rigaud fit son portrait, ainsi que celui de son mari, en 1686. C’est tout ce que nous savons sur elle.
Madame d’Allouy, ruë du Bac[17].
[17] Bénigne de Meaux de Fouilloux, marquise d’Alluye, et non d’Allouy. Grande joueuse, suivant Saint-Simon, et grande confidente de galanteries, quand l’âge l’empêcha de s’en occuper autrement.
Madame de Monchal, près Bellechasse[18].
[18] Il y avoit, dans la famille des Montchal, une fort belle bibliothèque formée par les soins de Pierre de Montchal, conseiller au grand Conseil, mort en 1652. Peut-être est-ce à ce titre que sa bru figure ici parmi les curieuses.
Mademoiselle de Cutigny, rue des Rosiers saint Germain.
Madame de Maillier, rue saint Anastaze.
Madame la Présidente le Lievre, rue de Brac.
Madame la Marquise de Polignac, près la Charité[19].
[19] Marie-Armande de Rambures, marquise de Polignac, tante de l’abbé de Polignac qui devint cardinal, et fit l’Anti-Lucrèce.
Madame de Sauvebœuf, rue de Grenelle, quartier S. Germain.
Madame de Verderonne, rue S. Antoine, à l’Hotel de Beauvais[20].
[20] Nous ne savons rien ni sur elle ni sur son mari Etienne-Claude de L’Aubespine, marquis de Verdronne. Nous ignorons aussi pourquoi elle logeoit à l’hôtel de Beauvais, occupé encore à ce moment-là par le fils de la favorite d’Anne d’Autriche, qui l’avoit fait construire, le baron de Beauvais.
Madame de Chevry[21] et Mademoiselle de Clapisson[22], prés les Enfans Rouges.
[21] Petite nièce de Fénelon, qui avoit épousé tard le vieux Chevry, l’aveugle. Elle tenoit bureau d’esprit, dévot et quiétiste, «qui ne laissoit pas, dit Saint-Simon, d’être compté dans Paris.»
[22] Précieuse de la société de Mlle de Scudéry, qui logeoit tout près d’elle. Les Clapisson étoient une famille de la bonne bourgeoisie parisienne, (V. Archives hospitalières, Hôtel-Dieu, 1re part., p. 107.)
Madame de Lamec[23], rue saint Antoine.
[23] Lisez de Lamet. C’étoit la sœur du curé de Saint-Eustache. Rigaud fit son portrait en 1696.
COMMERCE DE CURIOSITEZ ET DE BIJOUTERIES.
Les Marchands tenans boutique, Acheteurs, Vendeurs et Troqueurs de Tableaux, Meubles de la Chine[1], Porcelaines[2], Cristaux, Coquillages, et autres Curiositez et Bijouteries, sont Messieurs d’Hostel[3], à l’entrée du quay de la Mégisserie, Malaferre[4] et Varenne[5], quay de l’Orloge; la Fresnaye[6] et Laisgu[7], rue saint Honoré; Quesnel, rue des Bourdonnois[8]; Protais, rue des Assis; Fagnany, quay de l’Ecole[9]; Antheaume, derriere l’Hotel de Bourgogne; Naneau[10], au Palais, etc.
[1] Il n’y en avoit pas de plus à la mode. Sénecé, dans ses Epigrammes et autres pièces (1717, in-12, p. 272-274), nous parle de ce goût pour les meubles et les porcelaines de Chine, le «lachinage», comme on disoit en langage de marchands (voy. plus bas p. 239). Limojon de Saint-Disdier, dans son curieux livre, le Voyage du Parnasse (1716, in-12, p. 174) nous fait voir le cabinet d’un curieux tout lambrissé de laque: «c’est, dit-il, une pièce ovalle, revêtue du haut jusqu’en bas de morceaux de lacq (sic) de la Chine, d’une grandeur et d’une beauté surprenantes.»
[2] On ne les vouloit que de la Chine:--«Rappelez-vous, dit Lisette, dans la Maison de campagne de Dancourt (acte I, sc. 5), celle qui en riant vous cassa toutes ces porcelaines de Hollande, parce qu’elle disoit qu’il n’en falloit avoir que de Chine.» Une déclaration royale du 2 juillet 1709 défendit l’importation des porcelaines, faïences et poteries étrangères.
[3] Lisez Dautel ou Dotel. Il est continuellement cité dans les pièces du temps. Le Sage, par exemple, le nomme dans Turcaret, et Regnard dans l’Homme à bonnes fortunes, scène des Curiosités.--«Est-il curieux? dit Brocantin.--Bon, répond Arlequin, c’est le Dotel du pays. Il troque de nippes à tout moment, et je vous réponds qu’avant qu’il soit deux jours il aura troqué sa femme.» Le financier du Voyage du Parnasse se vante, p. 205, d’avoir acheté chez lui «une belle jatte de la vieille porcelaine verte du Japon», V. aussi le Théophraste moderne, p. 422; l’Ambigu d’Auteuil, p. 16-17; Gacon, le Poëte sans fard, p. 41.
[4] Il n’étoit pas moins célèbre que Dautel. L’abbé de Villiers le nomme avec lui dans ses Poésies, p. 149, et seul dans son poëme de l’Amitié, p. 48:
Voulez-vous voir chez vous vos salons inutiles, Montrer aux curieux mille ornements fragiles, En antiques tourner et le bronze et le fer, Et dans un cabinet mettre tout Malafer...
Il collectionnoit pour son propre compte, et possédoit notamment, sans vouloir le vendre ni le troquer, le Saturne coupant les ailes de l’Amour, par Nicolas Perrier. Il voyoit beaucoup artistes et poëtes. La veuve Laurent l’avoit comme habitué dans son café du coin des rues Dauphine et Christine; il fut ainsi mêlé à l’affaire des couplets de Rousseau. Il avoit écrit une histoire des peintres, dont nous ne connoissons qu’une notice, celle de Santerre, publiée par le Mercure, sept. 1718, p. 69.
[5] Spon, en 1673, l’avoit mis non parmi les marchands de curiosités, mais parmi les curieux: «M. Varenne, dit-il, près la Monnoie, tableaux et diverses curiosités.»
[6] Il est, aussi bien que Dautel, nommé dans plusieurs pièces du temps, comme brocanteur célèbre, et peut-être aussi un peu comme prêteur sur gages. (V. Dancourt, la Foire Saint-Germain, sc. XII, et la Femme d’intrigue, acte V, sc. IX.) Ses deux fils Eléonor et Pierre lui succédèrent au Palais, l’un à l’enseigne de la Croix d’or; l’autre à celle du Dauphin.--On trouve, dans les Mss. Delamarre, nº 21, 627, p. 170, le procès-verbal d’une visite faite chez La Fresnaye, après l’édit contre les dorures, décrété en 1669 et renouvelé en 1687 et 1689.
[7] «Près les pères de l’Oratoire.» Edit. de 1691, p. 24.--Il est nommé par l’abbé Bordelon dans son Livre à la Mode, 1696, in-12, p. 33. Marianne demande en quoi consistent les façons du bel air:
Est-ce à rouler les yeux pour se faire plus belle, A façonner sa bouche, et passer tout le jour Dans ces soins fatigants de prendre un air de Cour?... A hausser sa fontange en coquette éventée Et renchérir d’abord sur la mode inventée? A vouloir affecter par un soin assidu Pour ses marchands: Le Gras, La Fresnaye et l’Egu?
[8] Dans l’édit. de 1691, il est à la suite des autres, sans indication d’adresse, mais avec un détail qui manque ici: «Ils vendent pareillement des coquillages, mais le sieur Quenel est celui d’entre eux qui s’y attache le plus.»
[9] «A la descente de la Samaritaine.» Edit. de 1691.--Nous avons beaucoup parlé de cet intrigant du brocantage dans notre Histoire du Pont-Neuf, t. II, p. 277-281. On nous permettra d’y renvoyer. Nous rappellerons seulement ici les altérations qu’il fit subir aux planches de Callot, dont il possédoit un grand nombre, que son fils mit en recueil (Mercure, mars 1723, p. 561), et sa fameuse loterie qui ne fut qu’un immense vol organisé. Dancourt en fit une pièce, où il l’appela Sbrigani, et les Italiens, dans leur comédie les Bains de la porte Saint-Bernard, allèrent encore plus loin: ils le nommèrent «el signor Furbagnani.» On lit dans le Théophraste moderne, à propos de cette loterie: «lui-même y a plus gagné sans avoir de billets que tous ceux qui ont eu des lots.» Il gagna beaucoup aussi avec ses tabatières à scandales, où toutes les aventures scabreuses du moment étoient satiriquement représentées. Il en est parlé dans le Retour de la foire de Bezons, et mieux encore dans les Souhaits joués en 1693: «MOMUS. Qui est-ce qui porte cet épicier à éventer la honte de son lit, et à solliciter une place sur les tabatières de Fagnany? La Folie.»
[10] Nous trouvons pour Nanot (sic) dans la Collect. Delamarre, nº 21, 627, p. 170, un procès-verbal de visite, comme celui qui fut dressé chez La Fresnaye.
Mademoiselle de Tournon, qui tient aussi boutique sur le Pont au Change, fait le même trafic.
Il y a d’ailleurs en chambres hautes plusieurs Vendeurs et Troqueurs de Curiositez; comme Messieurs Raclot, rue de Harlay; Poignan, rue de Mommorancy; Roussel, cul de sac de la ruë Beaubourg; Paris, près la Jussienne[11]; des Dieux, rue des Assis au petit Broc, etc.
[11] L’édit. de 1691, p. 24, le place dans un art. non reproduit ici: «M. l’abbé Du Plessis, près le puits d’Amour, le sieur Dalançon, rue Chapon, et le sieur Paris, près la Jussienne, se plaisent à troquer des tableaux.»
Mesdames Noel, rue de Grenelle saint Honoré, et Tonnetti, quay de la Mégisserie, ont aussi chez elles beaucoup de Curiositez dont elles font trafic.
M. Dorigny, rue Quinquempoix, M. Laittier et Mademoiselle le Brun, à l’aport de Paris, ont aussi ordinairement de belles pièces de Porcelaines et de Lachinage[12].
[12] V. sur ce mot une des notes précédentes, p. 236.
M. l’Argilliere, rue sainte Avoye, fait commerce de bons Tableaux[13].
[13] Nicolas de Largillière, le fameux peintre de portraits. Il ne quitta la rue Sainte-Avoye que peu de temps avant sa mort, en 1746, à quatre-vingt-dix ans. C’étoit, comme on sait, la partie de la rue du Temple actuelle qui s’étendoit de la rue Croix-de-la-Bretonnerie à celle des Vieilles-Haudriettes. Il logeoit en face de la fontaine placée entre les nos 40 et 42. V. G. Brice, 3e édit., t. I, p. 255.
Autant en font Messieurs Guillemart, prés saint Yves, et Muguet, au milieu de la ruë Bourlabé.
M. de Cauroy, ruë Briboucher, tient magasin de Bijouteries et Coffres d’Angleterre[14], de Porcelaines, de Pagottes[15], de terre cizelées et de Meubles de la Chine[16].
[14] Ces «articles» anglais furent longtemps à la mode. Le 30 juillet 1743, un privilége de dix ans fut accordé à Claude-Imbert Gérin, qui s’établit rue de Charenton, pour fabriquer «toutes sortes de fayences, à l’imitation de celles d’Angleterre.»
[15] Pour «pagodes.» C’étoit une des chinoiseries les plus recherchées. Au siècle suivant, Gersaint, le fameux marchand de curiosités, en avoit fait son enseigne. Voici le texte de l’adresse que M. de Caylus avoit gravée pour lui, en 1740: «à LA PAGODE, Gersaint, marchand jouaillier sur le Pont-Notre-Dame, vend toute sorte de clainquaillerie nouvelle et de goût, bijoux, glaces, tableaux de cabinet, pagodes, vernis et porcelaines au Japon, coquillages et autres morceaux d’histoire naturelle, cailloux, agathes, et généralement toutes marchandises curieuses et étrangères.
[16] Cet art. est un peu différent dans l’édit. de 1691, p. 24. Après une liste à peu près pareille à celle qui commence ce chapitre, mais moins longue, on y lit: «Ces marchands vendent des porcelaines, des meubles de la Chine et des terres cizelées en détail, mais on en trouve en gros chez M. Du Cauroy, à la ville d’Anvers, rue Briboucher», c’est-à-dire, comme on sait, rue Aubry-le-Boucher.
M. de la Cousture, Cloitre S. Nicolas du Louvre, a un particulier talent pour damasquiner sur l’acier[17] en Figures et Ornemens de la Chine.
[17] Cet art de damasquiner n’étoit pas nouveau chez nous, mais il avoit été singulièrement perfectionné par un des maîtres de La Cousture, nommé ici, le fourbisseur parisien Cursinet, mort vers 1670. «Il a fait, dit Félibien, Des principes d’architecture, 1676, in-4º, p. 455, des ouvrages incomparables en cette sorte de travail, tant pour le dessin, que pour la belle manière d’appliquer son or, et cizeler de relief par dessus.»
Le Sieur Salé Peintre, rue de la Ferronnerie, dit avoir trouvé un secret d’Optique qui fait voir dans un Tableau toutes autres Figures que celles qui y sont peintes, et même au gré des Spectateurs.
Le Sieur l’Arche Fondeur et Cizeleur en Bronze, qui est fort renommé pour les Figures de Cabinet, demeure rue des Ciseaux, prés l’Abbaye saint Germain; il donne une couleur de bronze antique aux figures modernes[18].
[18] Il se servoit de purpurine, ou bronze moulu, qui s’appliquoit soit à l’huile soit au vernis.
Les Sieurs Vilaine, rue Neuve saint Mederic, et la Pierre, quay des Orfèvres, ont un particulier talent pour bien nettoyer les Tableaux.
Le Sieur Pouilly[19], rue Dauphine, a trouvé un secret pour augmenter de beaucoup la vertu de l’Aymant et un Microscope qui grossit extraordinairement les objets[20].
[19] «Faiseur d’instruments mathématiques... vend un calandrier de cabinet propre et curieux.» Edit. de 1691.
[20] Ces derniers détails manquent dans l’édit. de 1691, p. 24, mais après l’article se lit celui-ci, qui n’a pas reparu ici: «On trouve des estampes de toutes sortes chez le portier de l’Académie des peintres, rue de Richelieu.»
Les Tableaux Cilindriques[21] se vendent chez le Sieur Amielle, près saint Hilaire.
[21] Il eût mieux valu dire «miroirs cylindriques.» V. à leur sujet, le Diction. des Arts et Métiers de l’abbé Jaubert, 1773, in-12, t. II, p. 612.
Il y a un Pere Theatin qui en fait pour luy et pour ses amis d’une beauté extraordinaire[22], aussi bien que des Figures de toutes espèces pour la Lanterne magique[23].
[22] Les religieux s’occupoient volontiers d’optique; le P. Jean-François Niceron, auteur du Thaumaturgus opticus, 1646, in-fol., avoit fait chez les Minimes de la place Royale, qui étoient un couvent de son ordre, des tableaux changeants d’une habileté et d’un effet surprenants.
[23] Ce n’étoit pas encore devenu un amusement enfantin et vulgaire. On s’en divertissoit dans le monde, comme à cette soirée de l’hôtel de Liancourt, où le spectacle fut une lanterne magique, avec deux vielles pour orchestre. V. Loret, Muse historique, 13 mai 1656.
Le Sieur Hubin Emailleur, rue saint Denis, devant la ruë aux Ours, fait et vend des Baromettres, des Thermomettres et des Hidromettres d’une propreté particulière[24].
[24] Il étoit célèbre depuis déjà longtemps. En 1673, Spon le plaçoit sur la liste de ses curieux: «M. Ubin, dit-il, émailleur, rue Saint-Denys, vis-à-vis la rue aux Ours: thermomètres, baromètres, larmes d’Hollande, et autres curiosités.» Suivant Huet, qui lui fit faire un anémomètre, qu’il avoit lui-même inventé, et qui le traite «d’excellent ouvrier», il étoit anglois. (Huetiana, p. 56.) C’est lui qui, avant Réaumur, construisit les thermomètres les plus parfaits: «les curieux en conservent encore dans leurs cabinets», écrivoit, en 1773, l’abbé Jaubert (t. III, p. 143). Il excelloit aussi pour les yeux de verre: «chez Hubins, le fabricant d’yeux de verre, dit Lister à la fin du chap. V de son Voyage à Paris en 1698, j’en vis de pleins tiroirs, de toutes couleurs, de façon à appareiller n’importe quels yeux: et il faut qu’il en soit ainsi, car la moindre différence seroit intolérable.» L’édit. de 1691, p. 31, n’oublie pas ce talent de Hubin pour les yeux artificiels, et elle lui donne pour concurrent Le Quin, rue Dauphine, que nous retrouverons plus loin.--Hubin était grand ami de Papin, dont, en 1674, il avait présenté à l’Académie des sciences l’ouvrage important, Nouvelles expériences du vuide.
Le Sieur Do aussi Emailleur, rue du Harlay, aux armes de France, en vend de plus simples et à meilleur marché[25].
[25] On lit, à la suite, dans l’édit. de 1691, p. 31: «le sieur Roault, autre émailleur, rue Saint-Denis, fait en émail toutes sortes de figures humaines, et autres représentations. Il vend aussi des aigrettes d’émail, qui, avec une grande beauté, ont cette propriété de ne pas prendre la poussière.» Son fils lui succéda, et ses émaux furent encore plus célèbres que les siens. V. l’Année littéraire, 1755, t. VIII, p. 49, 50; et 1758, t. VII, p. 138. Piron en possédoit, dont il étoit très-fier.
Le Sieur Langlois père, et le Sieur Langlois fils ainé[26], qui imitent et qui raccommodent en perfection les Meubles de la Chine, demeurent grande rue du fauxbourg saint Antoine, prés l’Hôtel de Bel air[27].
[26] En outre d’un article à peu près pareil à celui-ci dans l’édit. précédente, p. 24, Langlois, père et fils, en ont un, p. 35, qui manque ici, et qui complète l’autre: «les sieurs Langlois, père et fils, font des cabinets et paravents, façon de la Chine, d’une beauté singulière; ils demeurent l’un et l’autre, grande rue du Faubourg Saint-Antoine, près la rue de Charonne.»
[27] «Le sieur Paty, même faubourg, près l’enseigne du Tambourg, fait de moindres ouvrages, façon de la Chine.» Edit. 1691, p. 24.
Le Sieur Langlois le cadet qui excelle pour les Figures et Ornemens de la Chine, demeure rue de la Tixeranderie, chez M. Perducat Chirurgien[28].
[28] Son adresse, dans l’édit. précéd., p. 35, est: «au Cloître Sainte-Catherine de la Couture.»
Le Sieur Taboureux qui demeure sur le Quay de la Megisserie[29], prés le Fort l’Evêque, imite fort bien les Coffres et Ferrures d’Angleterre[30].
[29] «Au milieu du quai de la Mégisserie.» Edit. de 1691.
[30] Avant cet article se trouve celui-ci dans l’édit. de 1691, p. 24: «le sieur Des Essarts, au haut des fossez de Condé, imite le La Chinage en creux et en relief.»
Les Sieurs Thierry, rue du petit Heuleu à l’Etoile; de Monceau à la Bastille, et Darmé, chez un Cordonnier, rue de la vieille Draperie, font des Tablettes de poche d’une grande propreté.
Les Cassolettes philosophiques[31] à feu d’Esprit de vin et Globule de Cristal qui attire les Liqueurs à la façon de l’Eolipile[32], se vendent sur le quay de Nesle, à l’Apoticairerie royale[33], et servent non seulement à des-infecter et parfumer les chambres agréablement sans fumée et presque sans frais[34], mais encore à guérir plusieurs maladies par des vapeurs medecinales.
[31] Il en a été parlé plus haut, p. 172-173.
[32] L’esprit de vin chauffoit le globe comme un éolipyle, et la chaleur en chassoit les parfums, dont on vouloit parfumer les chambres. Ces cassolettes s’appeloient philosophiques, comme tout ce qui tenoit alors un peu à la chimie.
[33] C’est-à-dire chez Blegny.
[34] On les allumoit derrière les pilastres et les meubles des chambres ou des salles, pour qu’elles en fussent embaumées. V. l’Art de bien traiter. Paris, 1674, in-12, chap. de la Salle à manger.
COMMERCE DES OUVRAGES D’OR, D’ARGENT, DE PIERRERIES, DE PERLES, ETC.
La Chapelle aux Orphevres, où les Maitres et Gardes de l’Orphevrerie ont leur bureau, et où ils font les Mardis et Vendredis l’essai de tous les Ouvrages d’or et d’argent, est dans la ruë des Lavandieres[1].
[1] Le bureau étoit rue des Lavandières-Sainte-Opportune, mais la chapelle se trouvoit dans la rue des Orfèvres, qui alloit de la rue Saint-Germain-l’Auxerrois à la rue Jean-Lantier. Elle avoit été dédiée par la corporation, en 1399, à saint Eloi.
C’est au même lieu qu’est le Bureau des Controlleurs de la marque pour l’or et pour l’argent[2].
[2] Tous les ouvrages sans marque--nous dirions sans contrôle--étoient saisis. Il y eut, par arrêt du 4 août 1693, une exécution de ce genre contre les orfèvres Bastier, Prévost, Turmelle, Ladoireau et Gauché.
Les Maîtres et Gardes en charge de l’Orfevrerie sont, Messieurs Bretault, place Dauphine, Bulot, rue saint Louis du Palais, Juillet, quay de l’Orloge, de Ronel, Grenier et l’Evesque, quay des Orphévres[3].
[3] On voit que la plupart des orfèvres étoient groupés dans la place Dauphine ou sur les quais et les rues qui l’entourent. Cette réunion de riches boutiques, sur un même point, avoit obligé, au siècle dernier, de placer tout près, au terre-plain du Pont-Neuf, un corps de garde du Guet, dont une sentinelle se tenoit toute la nuit au coin du quai des Orfèvres.
M. de Launay, Orphevre du Roy, demeure devant les Galleries du Louvre[4].
[4] Il étoit, en effet, «un des illustres qui sont logez sous la grande gallerie», comme dit G. Brice. «De Launay, orfèvre, ajoute-t-il (t. I, p. 75), conduit ordinairement les ouvrages magnifiques que le roi fait faire.» Tout l’ameublement de Versailles, «en meubles d’orfèvrerie», tels que les bancs d’argent massif, qui se trouvoient devant chaque fenêtre de la galerie des glaces, avoit été fait sous sa direction. Quand arrivèrent les lois somptuaires dont nous avons parlé, il n’en fut pas pour cela plus épargné. Le commissaire Delamarre fit chez lui une visite le 4 mars 1687, et il lui fallut déclarer tout ce qu’il avoit d’ouvrages d’or et d’argent, achevés ou à finir. V. les papiers Delamarre à la Biblioth. Nat., nº 21, 627, fol. 102 et suiv. On apprend par le procès-verbal qu’il étoit défendu aux orfèvres de vendre des soufflets et des grils d’argent, mais qu’en revanche ils avoient le droit de mise en vente pour les boîtes à poudre, boîtes à savonnettes, sonnettes, écritoires, bassinoires et pots de chambre en argent!
M. de Villers qui travaille aussi pour Sa Majesté aux ouvrages d’Orphevrerie, demeure aux Gobelins[5].
[5] Les Gobelins n’étoient pas alors qu’une manufacture de tapisseries, mais une sorte d’école d’arts et métiers sous la direction de Le Brun, puis de Mignard, avec ateliers de bijouterie, d’ébénisterie, de marqueterie, de peinture, de gravure, etc. Il n’est donc pas étonnant que nous y trouvions l’orfèvre De Villiers, en 1692. Trois ans après, le malheur des temps fit fermer la plupart de ces ateliers.
M. de Montarsis qui a soin des Ouvrages de pierreries de Sa Majesté, demeure devant la place du Carrousel[6].
[6] C’étoit encore un des illustres des galeries. Voici son nom complet: Pierre Le Tessier de Montarsy. Il se qualifioit «joaillier ordinaire du Roi», puis, quand son père, qui étoit «garde des pierreries de la Couronne», fut mort, il prit le même titre, mais en le partageant avec le président Du Metz. C’est lui qui, en 1697, fut chargé de constater à la Sainte-Chapelle, sur le reliquaire de la couronne d’épines, la soustraction que Henri III y avoit fait faire de plusieurs rubis des plus précieux. (Morand, Hist. de la Sainte-Chapelle, p. 199-200.) Montarsy, avant de figurer ici au premier rang des joailliers, auroit pu être classé parmi les curieux: «Il a, dit G. Brice, une très-belle galerie remplie de tableaux des plus grands maîtres, de bronzes, de bijoux précieux, de porcelaines rares, de vases de cristal de roche, et de mille curiositez d’un goût exquis et d’un prix très-considérable. Ces belles choses sont dans sa maison, située à l’extrémité du cul-de-sac de Saint-Thomas du Louvre.» C’est chez lui qu’on se fournissoit des boîtes à portrait du Roi: «Je m’adresse à vous, lui écrit Phélypeaux, le 10 oct. 1694, ne sachant si M. Du Metz est à Paris, pour vous dire de m’envoyer le plutôt qu’il se pourra une boëtte à portrait de huit cents ou mille escus. Il faut que le portrait du Roy soit d’émail, en relief, de la façon du Suédois, en cas que vous en ayez un prêt.» Jal, à qui nous devons de connoître cette lettre, se demande quel peut-être ce peintre suédois. C’est, sans aucun doute, Kleintgel ou Klingstet, qui étoit déjà célèbre alors à Paris pour ses miniatures.
Messieurs Bins[7] et Guyon distinguez pour mettre toutes sortes de Pierreries en œuvre, demeurent aux Galleries du Louvre.
[7] «Bain, émailleur, dit G. Brice (t. I, p. 76), presque le seul en France qui entende à présent le travail des émaux clairs.» Il avoit un logement aux galeries du Louvre, depuis le 14 sept. 1671. (Arch. de l’Art françois, t. I, p. 220.)
Messieurs le Lorrain, à l’aport de Paris, du Grenier, quay de Nesle, Pierre, quay de la Megisserie, et Legare[8], rue de Harlay, sont encore renommez pour le même fait.
[8] Lisez Légaré. Il étoit fils de Gilles Légaré, qui avoit publié, en 1663, un très-curieux volume sur son art: Livre des ouvrages d’orfèvrerie, fait par Gilles Légaré, orfèvre du Roy, rue de la Vieille-Draperie, devant le Palais au Barillet, proche Saint-Pierre des Arcis.
Messieurs Alvarez, rue Thibault aux dez[9], Catilon, quay de l’Orloge, et Poirier, prés la Croix du Tiroir, font grand commerce de Pierreries.
[9] Nous avons déjà parlé de lui, quand nous l’avons vu passer comme trésorier payeur des Cent Suisses. Nous ajouterons à ce que nous avons dit, que--ce qui n’étonnera pas--il prêtoit sur gages: «Elle sortit dès huit heures du matin, lisons-nous dans La France devenue Italienne, pamphlet galant de 1686, et fut mettre des pierreries et de la vaisselle d’argent en gage chez Alvarès, fameux joaillier, pour quatre mille pistoles.» Il brocantoit de joyaux et d’antiques même à l’étranger, en se disant agent du Roi. V. dans la Correspondance inédite de Mabillon et de Montfaucon avec l’Italie, t. I, p. 220-227, deux lettres écrites en février 1686 par Michel Germain à Claude Bretagne.
Messieurs Loir[10], quay des Orphèvres, et Jacob, rue de Gesvres, sont des Orphèvres renommez pour la fabrique des Ornemens d’Eglise.
[10] Alexis Loyr, fils d’un orfèvre, qui avoit eu sa célébrité, «surtout, suivant Mariette, pour les grands ouvrages.» Il fut lui-même très-habile dans l’art de son père. De plus, il gravoit, et l’Académie le reçut comme graveur et orfèvre, en 1678. Il mourut à soixante-treize ans, en 1713. Son frère, Nicolas Loyr, fut un peintre de talent, qui l’aida pour ses dessins. On a d’eux à la Biblioth. Nat., un recueil contenant «dessins de brasiers, dont les ornements peuvent servir aux cuvettes; nouveaux dessins de guéridons, éventails, écrans, etc.»
Messieurs Vaudine, rue du Harlay, Bel, place du College Mazarini, Blanque, rue Dauphine, et les frères Sehut, même rue, ont un particulier talent pour les petits Ouvrages et Bijouterie d’or.
Messieurs Berthe, rue des deux Ecus[11], et Rondé, rue Bertin Poirée, trafiquent de Barres, Lingots et Grenailles d’or et d’argent.
[11] Dans l’édit. précédente, p. 23, il est qualifié «orfevre», et son adresse est donnée ainsi: «joignant l’hôtel de la Monnoye.»
Les Garnitures et Joyaux de fausses Perles et Pierreries, se vendent chez plusieurs Marchands et Ouvriers etablis aux environs du Temple[12].
[12] On les appeloit «diamants du Temple.» Dict. des Arts, 1732, in-fol., I, 334.
Les fausses Perles de nouvelle invention argentées par dedans, qui ressemblent fort aux naturelles[13], se vendent chez les Sieurs Gregoire, rue du petit Lion, Huvé et Desireux, rue saint Denis.
[13] Il s’agit, sans nul doute, des perles faites avec cette «essence d’ablettes», dont le hasard fit découvrir le secret au bijoutier Jaquin, en 1684. Il s’associa, pour l’exploiter, avec un nommé Breton, et tous deux le perfectionnèrent si bien que, suivant le Mercure galant (août 1686, p. 230), ces perles, «façon de fines», trompoient tous les jours les joailliers eux-mêmes. Les Jaquin faisoient encore ce commerce à la fin du règne de Louis XV. Hubin avoit appris à Lister comment elles se fabriquoient: «la pâte, dit-il, dont on les étame à l’intérieur, se fait uniquement d’écailles d’ablettes, sans autre mélange... un collier de ces perles revient à deux ou trois pistoles.»
PREMIERES INSTRUCTIONS DE LA JEUNESSE[1].
[1] Cette partie forme, dans l’édit. de 1691, le chapitre XXXVIII: Des maîtres ès arts, et autres tenant pensionnaires, pour les Leçons et pour les Répétitions du Latin, du Grec, de la Philosophie, et des Mathématiques. Il commence par ces quelques lignes qui ne se retrouvent pas ici: «Entre ces maîtres, les uns sont principalement appliquez à répéter les enfants qui vont au collége, qui ne sont chez eux pour la plupart qu’à demi pension.»
Il y a dans chacun des quartiers de la Ville et Fauxbourg de Paris un Maître et une Maîtresse de petites Ecoles instituez par M. le Chantre de Paris, pour apprendre aux enfans de l’un et de l’autre sexe, le Cathecisme, et les Prieres chretiennes, la lecture des Livres latins et françois, et les principes de la Grammaire[2], de l’Ecriture et de l’Aritmetique[3].
[2] Fleury, Traité des Etudes, 1687, in-12, ch. 22, vouloit que l’on commençât par la grammaire.
[3] V. ce que nous avons dit de ces écoles dans une note du chap. 1er: Affaires ecclésiastiques.
Outre ces Maîtres, il y a encore une Communauté de Maîtres Expers et Jurez Ecrivains, qui enseignent aux jeunes gens qui ont déjà passé par les petites Ecoles, la perfection de l’Ecriture, de l’Ortographe et de l’Aritmetique[4]. Il n’y a aucun de ces Maîtres qui n’ecrivent par excellence tous les differens caracteres d’Ecritures. On les distingue des Maîtres des petites Ecoles par leurs enseignes où il y a le titre d’Expert ou de Jurez Ecrivain[5].
[4] Fleury, au chap. 20-23 du Traité que nous venons de citer, vouloit qu’on apprît aux enfants, non-seulement l’arithmétique, mais le commerce, la banque, le change, la manière de tenir leurs comptes, de fournir et recevoir quittances, faire des contrats et des transactions.
[5] Nicolas Lesgret, né à Reims, étoit le maître à écrire des pages de la grande Ecurie. Il prenoit le titre de «maître écrivain juré.» Etat de France, 1692, t. I, p. 329. Il devint «secrétaire de la chambre du roi.» On a de lui: Le livre d’exemplaires, composé de toutes sortes de lettres, Paris, 1694, in-fol.; Le nouveau livre d’écriture italienne et bâtarde, Paris, Mariette, in-4º oblong.
M. des Planches, à present Sindic en charge de leur Communauté, demeure ruë et devant le petit saint Antoine, où l’on peut recouvrer leur liste lorsqu’il s’agit de consultation sur les ecritures et signatures suspectes, qu’ils sont seuls en droit de vérifier, comme on le verra dans l’article des Rapports et Verifications d’Experts.
Il y a d’ailleurs dans l’Université et aux extremitez des Fauxbourgs, des Maîtres ès Arts et autres tenans pensionnaires pour les leçons et pour les répétitions du Latin, du Grec, de la Philosophie et des Mathématiques.
Il y a par exemple à cet effet, aux environs du College Mazarini, Messieurs Souplet, quay de Nesle[6]; le Page, ruë de Nevers; Roger, ruë des Petits Augustins; Galande, ruë Mazarini; Boucher et Henrion, près le passage de la rue de Seine.
[6] Dans l’édit. de 1691, p. 58, son adresse est «rue Mazarini», ainsi que celle de Garande, appelé ici Galande. On y trouve aussi indiqué «le sieur Picard, rue Guénegaud, devant l’abrevoir (sic)», qui manque ici.
Au quartier de l’ancienne Université, Messieurs Fleury, ruë saint Estienne des Grecs; Cosson et Blin, ruë Chartiere; Macet, cloître saint Benoist; Laisné, Cluet, Busselin, Hacland, Guyart, Chastel le jeune et Morice[7], ruë saint Jacques.
[7] A la place de celui-ci, on trouve Guillard, dans l’édit. de 1691, p. 58.
Sur les fossez saint Michel[8] jusqu’à l’Estrapade, Messieurs Landemaine, l’Elubois, Martin, des Fevres, du Tal, le Prieur, des Rohes[9], Valot, Parisot et Martin.
[8] «Saint Jacques et saint Marcel.» Edit. 1691.
[9] Sans doute «Des Roches.» Il manque dans l’autre édition.
Au Fauxbourg saint Antoine[10], Messieurs du Catel l’ainé, près la Raquette; du Catel le jeune[11], ruë de Reuilly; Desdurcet[12], rue de Charonne; Castelet, rue de Charenton; Roger[13] et Thomas, grande ruë du Fauxbourg; Mogey le jeune à Pincourt; Mogey l’ainé, Faucon, Desquinemare, Dupuis, Deschamps, Bussy[14] et Guibert à Picquepuce[15].
[10] Dans l’édit. de 1691, on lit, pour commencer cet article, quelques lignes non reproduites ici: «les Maîtres, dont les pensionnaires ne vont pas au collège, et qui leur donnent la plupart toutes les instructions nécessaires jusqu’en philosophie, sont au faubourg Saint-Antoine...»
[11] «Et Mauger», dit l’édit. de 1691.
[12] «Des Urset», dans l’édit. de 1691.
[13] L’édit. précédente dit «Roger», et ne nomme pas celui qui suit.
[14] Edit. 1691: «De Bassy.»
[15] On voit que ce quartier de Picpus étoit rempli de maisons d’éducation. Le hollandois Vanden Ende, qui fut pendu comme complice de la conspiration du chevalier de Rohan, en tenoit une de ce côté. Elles y étoient encore nombreuses au siècle dernier. Le Journal du Citoyen (1755, in-8, p. 163-165) n’en indique pas moins de neuf dans les rues de Montreuil, de Reuilly, Picpus et Charonne.
Et en divers autres quartiers de Paris, sont Messieurs Davesne, rue Pavée[16]; Harivel[17], rue de la Cossonnerie; le Roy, rue Quinquempoix; Mauger, près la Croix du Tiroir; Fleury, près le Palais Royal; Regnard[18], rue de Bourbon; Clément, rue Jean de l’Espine; Milot, porte saint Denis; Bilheult, près le Temple, et du Chesne, à Chaillot[19].
[16] Il y a sur lui une note bien curieuse dans le t. Ier du Catalogue ms. de l’abbé Goujet: «Je l’ai connu dans mon enfance, dit l’abbé, il tenoit école et pension rue Gilles-Cœur, paroisse de Saint-André-des-Arts. C’est chez lui que j’ai appris à lire, à écrire, les premiers principes de la religion et les éléments du latin. C’étoit un très-bon maître, et à qui j’ai eu beaucoup d’obligation. Ma famille ne vouloit pas me mettre à l’étude, et il commença à m’instruire secrètement, me donnant chaque jour plusieurs heures de son temps, et ce fut lui enfin qui détermina mon père à me laisser livrer à l’étude.»
[17] «Anivel.» Edit. 1691.
[18] «Au faubourg Saint-Germain.» Id.
[19] L’édit. de 1691 donne presque tous ces noms, et y ajoute: «Binet, rue des Gravilliers.»
M. de Blegny[20], maitre Expert et Juré-Ecrivain, auteur de l’Ortografe Françoise[21], demeurant à l’entrée de la rue saint André, devant le pont saint Michel, vient de donner au public un nouveau livre de sa composition[22], qui comprend tout ce qui concerne la premiere education des enfans: les Regles et les Exemples de la plus parfaite ecriture, et de la plus exacte ortografe, et de la plus claire Arithmetique; les Elements de la morale et les formules des lettres, des billets et des actes qui se font sous signatures privées dans le commerce plus ordinaire de la vie civile[23].
[20] Etienne de Blegny, parent sans nul doute de l’apothicaire-faiseur, dont nous publions le livre.
[21] Nous ne connaissons pas ce traité de l’orthographe par Blegny, mais en revanche nous pouvons citer ses Nouveaux exemplaires d’écriture d’une beauté singulière escrits par Estienne Blegny, et gravés par Berey, recueil de 40 planches in-8º. Claude-Auguste Berey étoit le plus fameux graveur d’écriture de son temps. Il fut le créateur de la coulée, comme Barbedor son devancier avoit été le créateur de la ronde. On a de Berey: Nouveau livre d’écriture financière, Paris, 1694, in-4º oblong; L’écriture italienne bâtarde, 1700; Nouveaux exemplaires d’écriture de finance, in-4º obl.
[22] En voici le titre: les Eléments ou première Instruction de la jeunesse.
[23] Il se trouve, en effet, dans le livre d’Etienne Blegny, un chapitre qui a pour titre: Formulaire de petits actes.
Pour le surplus de l’education de la jeunesse, voyez l’article des Collèges, celuy des nobles exercices, et celuy des Mathématiques.
NOBLES EXERCICES POUR LA BELLE EDUCATION[1].
[1] Dans l’édit. précéd., ce qui suit se trouvoit, avec des détails différents, au «chapitre IV, des Académies:... Les Académies de la deuxième espèce, où l’on instruit la noblesse dans les Sciences et dans les Arts qui regardent la discipline militaire, et dans tous les exercices de la danse, sont au nombre de cinq; sçavoir: celle de M. Coulon, rue Férou, près Saint-Sulpice; celle de M. de Long-pré au carrefour Saint-Benoist; celle de M. Bernardi rue de Condé, et celle de Monsieur de Roquefort, dans la rue de l’Université», p. 8.
Toutes les Academies de Manège ont esté reduites à deux, et reglées de telle sorte que les pensionnaires y sont distribuez en nombre egal; l’une est au Carrefour saint Benoist[2], où il y a pour Ecuyers, Messieurs de Lonpré[3], Bernardy[4], et et l’autre qui est dans la ruë des Canettes, a aussi pour Ecuyers, Mrs Vandeüil, Roquefort, et d’Auricour.
[2] La cour du Dragon fut construite à la place de cette académie et de son manége.
[3] Nous l’avons trouvé tout-à-l’heure parmi les curieux de médailles. Il avoit été fait écuyer du Roi, le 14 février 1670. V. Registre du Secrétariat, pour 1670, Biblioth. Nat., f. franç., nº 6652, fol. 96 vº.
[4] Il étoit de Lucques, comme Arnolphini, autre grand «académiste» de ce temps-là. Avant de venir au carrefour Saint-Benoît et de s’y associer avec Longpré, Bernardi avoit eu une académie de manége rue de Vaugirard, près du Luxembourg, où on lui avoit permis d’élever tous les ans un fort pour exercer ses élèves aux manœuvres des sièges. Soleysel, auteur du Parfait maréchal, dont nous avons parlé plus haut, avoit professé dans son manége.
C’est dans ces deux Academies, que les jeunes gens sont exercez dans les Sciences et dans les Arts qui conviennent à la Noblesse; c’est-à-dire, aux Mathématiques et aux exercices des Armes, du Cheval et de la Danse[5].
[5] Un contemporain, Le Bret, nous dit dans ses lettres diverses, p. 127, que tout bon gentilhomme devoit rester deux ans chez Bernardi, et y gagner au moins «un prix à la course de bagues.»
Messieurs le Perche père, rue de la Harpe[6]; Liancourt, rue des Boucheries saint Germain, de Brie, rue de Bussy, et du Fay, rue du Chantre, sont les Maîtres en fait d’Armes preposez dans les deux Academies, pour enseigner l’usage de l’Epée.
[6] C’étoit un honneur de prendre de ses leçons. Brillon, dans ses Portraits sérieux, galants et critiques, 1696, in-12, p. 270, dit de l’homme du bel air qu’il appelle Aristarque: «grand homme d’exercice, vous lui entendrez répéter qu’il est un des forts écoliers de Le Perche, et que dans l’Académie de Longpré on ne parle que de lui.»
M. de Beaufort, près la porte saint Honoré, montre dans l’une et dans l’autre, l’exercice de la Pique, du Mousquet et des Evolutions militaires.
Et Mrs Favier[7] et Du Four, rue Dauphine, y montrent à danser.
[7] C’est celui dont La Bruyère a dit à l’art. 29 du chapitre de la Mode, en souvenir des leçons qu’il donnoit à M. Le Duc, son élève: «On sait que Favier est beau danseur.» Mme de Sévigné a aussi parlé de lui, t. IX, p. 133. Il étoit attaché à l’Opéra.
Il y a d’ailleurs en differens quartiers des Maîtres en Fait d’Armes, qui tiennent salle chez eux, et qui sont dans l’approbation publique; par exemple, Messieurs de saint André, quay des Augustins, Chardon, rue de Bussy: Minoux, rue des mauvais Garçons: le Perche fils, rue Mazarine: Pillait père, rue Dauphine: Pillart fils, rue des Cordiers: du Bois, près le Jeu de de Metz[8], etc.
[8] Un des jeux de paume de la rue Mazarine.--On voit que, sauf deux, tous ces maîtres d’armes demeuroient dans le quartier de l’Université. En 1721, il en étoit encore de même. J. de Braye, qui fit paroître alors l’Art de tirer les armes, dit qu’il y avoit dans Paris plus de dix mille bretteurs, et presque tous dans le quartier latin. Ils n’affluoient pas moins, en 1695, dans le faubourg Saint-Germain. Le procureur du Roi, Robert, dans une lettre du 11 juillet à l’agent Desgranges, lui dit, à propos d’une arrestation qu’il devoit mais ne put faire près de l’abbaye: «En un moment, il s’est attroupé en cet endroit beaucoup de gens d’épée et de bretteurs dont ce quartier est rempli, et il étoit impossible d’emmener le prisonnier sans rendre un petit combat et faire tuer beaucoup de monde.» (P. Clément, la Police sous Louis XIV, p. 442.)
M. Liencourt a donné au public un excellent traité de la Pratique des Armes.
Il y a pareillement encore pour les hautes armes, M. Rousseau, qui est ordinairement en Cour[9]: M. Colombon, devant la grande porte du Palais: et M. Chevry, rue des Boucheries saint Germain.
[9] Il étoit maître d’armes des pages de la grande et de la petite écurie, et il le devint ensuite du duc de Bourgogne. Son fils et son petit-fils, qui avoit épousé une sœur de Mme Campan, furent maîtres d’armes des enfants de France. Le dernier ne put échapper à la Terreur: «Il fut pris et guillotiné, dit Mme Lebrun. On m’a dit que le jugement rendu, un juge avoit eu l’atrocité de lui crier: pare celle-ci, Rousseau.» (Souvenirs, 1re édit., t. I, p. 182.) Amédée de Beauplan étoit son fils.
Plusieurs maîtres de Dance dispersés en differens endroits, sont d’ailleurs d’une habilité distinguée; par exemple, M. de Beauchamp, Maître des Ballets du Roy, et le premier homme de l’Europe pour la composition[10], rue Bailleul: M. Reynal l’aîné, maître à danser des Enfans de France[11], ordinairement en Cour: et Messieurs d’Olivet et Favier cadet, rue du petit Lion: Favre l’aîné, rue de Richelieu: Favre le cadet, rue Platriere: Lestang et Pecourt ainé[12] et cadet, rue Traversine: du Mirail, rue de Seine: Bouteville, rue des mauvais Garçons: des Hayes, devant la Comédie Françoise: Germain l’ainé, rue saint André: Germain le cadet, rue de Bussy: Pestor au Marché Neuf, etc.
[10] G. Brice se contente de dire qu’il est «des plus renommés de sa profession, par les beaux ballets qu’il a composés, et par les élèves habiles qu’il a formés, qui sont à présent admirés de tout le monde, principalement sur le théâtre de l’Opéra, où on les voit exécuter des danses merveilleuses.» Il a été parlé plus haut, p. 230, de son cabinet de curieux.
[11] Son nom est écrit Rénal dans l’Etat de France de 1702, t. II, p. 30, où il figure comme maître à danser du duc de Bourgogne et de son frère le duc de Berry.
[12] Louis Pécourt, maître à danser des pages de la Chambre. Lui et Lestang étoient les maîtres à grands succès, et qui gagnoient le plus. Richelet, à ce propos, a dans son recueil Les plus belles lettres françoises, 4e édit., t. I, p. 379, une note bien curieuse, et encore plus amère: «M. le duc d’Enghien, dit-il, dansoit proprement, et de son temps la danse commençoit à être quelque chose. Cependant ce n’étoit rien en comparaison de ce qu’elle est. Elle enchante et aussi pour plaire, ou pour faire fortune, il faut comme Pécourt ou L’Etang danser ou être maître à danser.» Regnard, dans sa farce du Théâtre Italien, le Divorce, jouée en 1688, parle aussi du succès des leçons de ces danseurs et du prix qu’ils y mettoient: «COLOMBINE. Un demi louis d’or pour une leçon! on ne donnoit autrefois aux meilleurs maîtres qu’un écu par mois. ARLEQUIN. Il est vrai, mais dans ce temps là les maîtres à danser n’étoient pas obligés d’être dorés dessus et dessous comme à présent, et une paire de galoches étoit la voiture qui les menoit par toute la ville.»
Outre ce qu’on a veu dans l’article des Mathematiques touchant les maîtres qui professent et qui enseignent toutes les dépendances, il y a d’ailleurs entre les fameux, Messieurs Goret, Terranneau, Walter, etc., dont on n’a pû recouvrer les adresses.
M. Chartrain qui est également sçavant et illustre, et qui demeure rue du Four saint Germain, enseigne l’Histoire, la Geographie, le Blazon, etc.
Autant en fait M. l’Abbé Brice, Auteur de la Description de la Ville de Paris[13], qui demeure rue du Sepulcre.
[13] Nous avons parlé de lui dans une de nos premières notes, p. 6, et quant à sa Description de Paris, nous l’avons assez souvent citée pour ne pas avoir à y revenir ici. Elle en étoit encore à ce moment à sa première édition, publiée en 1684, 2 vol. in-12.
M. Veneroni[14], Secretaire Interprète du Roy, ordinairement nommé dans les Tribunaux pour la Traduction et Interpretation des Langues Espagnole et Italienne, enseigne ces deux Langues chez luy, rue du Cœur Volant[15] et en Ville; c’est celuy même qui a publié un Dictionnaire[16], une Grammaire, et une Nouvelle Metode pour la Langue Italienne[17], et qui a traduit les Lettres du Cardinal Bentivoglio, le Pastor Fido, etc.
[14] Ce nom, qui a longtemps été populaire dans les classes, n’étoit pas le sien. Il se l’étoit donné, en italianisant son nom véritable, Vigneron.
[15] Ajoutons, d’après Jal, Dict. critique, p. 1242, «à l’enseigne du Chapeau couronné.»
[16] Ce dictionnaire italien ne lui appartenoit pas beaucoup plus que son nom à l’italienne. La Monnoie nous l’apprend sans ménagement dans une note du glossaire de ses Noëls bourguignons: «le plagiaire, dit-il, qui s’est emparé du dictionnaire italien d’Oudin et l’a fait imprimer sous le nom de Vénéroni, étoit un pédant nommé Vigneron.» Il est juste d’ajouter qu’il n’avoit pas--ce qu’oublie La Monnoye--nié ce qu’il devoit à Oudin, quand, en 1681, il avoit donné une nouvelle édition de son dictionnaire. Il avoit mis sur le titre: «continué par Laurent Fevrette et par Vénéroni.» C’est bien plus tard, lorsqu’il fut mort, que son nom italianisé le lui fit attribuer tout entier.
[17] Il n’a pas plus fait cet ouvrage qu’il n’a fait l’autre. «Sa méthode, lisons-nous, au mot «Vénéroni», dans le Dictionn. histor. de l’abbé Ladvocat, n’est pas de lui, mais du fameux Roselli, dont on a imprimé les aventures en forme de roman. A son passage en France, il alla prendre un dîner chez Vénéroni, qui, ayant vu qu’il raisonnoit juste sur la langue italienne, l’engagea à faire une grammaire pour laquelle il lui donna cent francs. Vénéroni n’a fait qu’y ajouter quelque chose à son gré, et la donna sous son nom.»
Messieurs Martin, rue saint Sauveur: Gracy, rue saint Honoré: et Philippi, rue de Vaugirard, enseignent pareillement les Langues Espagnole et Italienne.
Les maîtres pour la Langue Allemande sont, Messieurs Pascal, rue des mauvais Garçons: Leopol, rue saint Martin: Meremberg, Perger et Benicourt, au quartier saint Germain des Prez.
Les maîtres pour la Langue Angloise sont, Messieurs Paul et Dalais[18], Auteur de l’Histoire de Sevarambes[19], rue des Boucheries saint Germain.
[18] Ses vrais noms sont Denis-Valrasse Allais. Il avoit servi en Angleterre, et revenu à Paris, il y donnoit, comme on le voit ici, des leçons d’anglois et de françois. Il publia, en 1681, une Grammaire françoise méthodique, et, deux ans après, un abrégé en anglois de cette grammaire.
[19] Cette Histoire des Sevarambes, qui a été souvent réimprimée, est en 2 vol. in-12. On y trouve, à l’imitation de l’Utopie de Thomas Morus, tout un nouveau système de gouvernement politique et religieux.
M. de la Croix, près la place des Victoires, enseigne à parler le Turc[20].
[20] Pétis de La Croix, à qui l’on doit l’Histoire de Tamerlan, celle de Gengiskhan, et, ce qui l’a rendu plus célèbre, la traduction des Mille et un Jours, que Le Sage revit pour le style. En 1692, l’année même où nous le voyons figurer ici, il fut nommé professeur en langue arabe au Collége Royal. Il le resta jusqu’à sa mort, en 1713.
Les maîtres pour la langue Arabique sont, Messieurs de Lipy[21] et son neveu, au Collège de Cambray.
[21] Lisez Dippy. C’étoit un syrien d’Alep. Il cumuloit la place de professeur en arabe et syriaque avec celle de secrétaire interprète du Roi. Il professa au collége de France--appelé ici Collége de Cambray--de 1670 à 1709. J.-B. de Fiennes lui succéda comme secrétaire interprète, et c’est Antoine Galland, auteur des Mille et une Nuits, qui eut sa chaire d’arabe. Il ne la garda que six ans.
Messieurs Veneroni, l’Abbé Brice, et Richelet[22], rue des Boucheries, enseignent la Langue Françoise aux Etrangers.
[22] Ce n’est pas moins que Pierre Richelet, auteur du fameux Dictionnaire. Ne pouvant vivre de ses livres ni de ses causes, car il étoit avocat au Parlement, il s’étoit mis à donner des leçons de langue françoise, sans y gagner autant que Pécourt et Létang avec leurs leçons de danse, ce qui le rendoit amer comme nous l’avons vu dans une note précédente. Bien des gens de son mérite en étoient réduits à ce métier. De Lisle, le géographe, couroit comme lui le cachet: «Il alloit enseigner en ville, lit-on dans le Longueruana, et ces misérables qui envoient leur carrosse à un comédien, faisoient venir à pied un septuagénaire, qui en son genre étoit le premier homme de France.»
M. Frosne, Architecte, près la fontaine S. Ovide, enseigne aux personnes distinguées, les Fortifications, l’Architecture civile et plusieurs autres parties des Mathematiques; on peut le consulter utilement sur les Batimens et sur le Calcul des Toisez.
Messieurs le Pautre[23], rue du Foin, et d’Honneur à l’entrée de la rue de la Coutellerie, enseignent la plus excellente pratique du dessein.
[23] Pierre Le Pautre, fils aîné de Jean, qui avoit brillé, comme dessinateur et graveur, dans les premiers temps du règne. Il fut lui-même, dans le même genre, d’un talent fort distingué. V., à son nom, l’Abecedario de Mariette.
Les maîtres fameux pour le Jeu de la Paume sont, Messieurs Bidault, rue saint Germain l’Auxerrois: Sainctot, rue des mauvais Garçons: Mion, rue de Bussy: Jourdain[24], Cerceau, le Page et Clergé, dont l’Auteur ignore les adresses[25].
[24] Ils étoient deux de ce nom, comme on le verra dans la note suivante.
[25] Si Blegny ne sait pas leur adresse, c’est qu’ils n’en avoient pas de fixe. Ils jouoient «à la représentation», comme on diroit aujourd’hui, dans n’importe quel jeu de paume, à leur choix, et cela deux fois la semaine. Le roi leur avoit accordé ce privilége, après les avoir vus jouer à Fontainebleau, le 26 octobre 1687. Dangeau, à qui nous devons ce renseignement, nous donne leurs noms, qui diffèrent, pour un ou deux, de ceux qui sont ici: «Ils feront, dit-il, afficher comme les comédiens. Ils sont cinq: les deux Jourdain, Le Pape, Clergé et Servo.» Pour celui-ci, croyons-nous, c’est Sercot qu’il faut lire: d’abord parce que ce nom se rapproche davantage de celui de Cerceau donné ici; ensuite parce qu’on le trouve comme étant celui d’un fameux paumier du temps de la Fronde dans la Mazarinade, Le Ministre d’Etat flambé.
M. Revaire, Fourbisseur du Roy, demeure aux Galeries du Louvre[26].
[26] «Revoir, fourbisseur, dit Germain Brice, t. I, p. 72, travaille aux gardes d’épées et en d’autres choses de cette sorte d’une manière qui le distingue fort des autres maîtres de sa profession.»
M. Cadeau, aussi fameux Fourbisseur, demeure sur le Pont au Change.
ARMES ET BAGAGES DE GUERRE ET DE CHASSE.
Le magasin Royal des Armes est à l’Arsenal, sous la direction de M. Titon, Entrepreneur Général des fournitures d’Armes[1].
[1] Son fils Titon du Tillet, à qui l’on doit ce singulier monument, le Parnasse françois, qui fut longtemps exposé dans une des salles de la Bibliothèque Nationale, et le livre qui l’explique, avec la biographie de ceux qui y figuroient en statuettes de bronze, fut, comme son père, attaché aux fournitures d’armes. Il avoit une charge de commissaire des guerres. Le Magasin royal, créé par le père, ne resta pas à l’Arsenal, où il l’avoit d’abord établi. En 1701, il étoit transféré à la Bastille: «le Magasin de Titon, lisons-nous dans l’édition de G. Brice publiée cette année-là, t. I, p. 341, est sur la première porte de la Bastille qui donne dans la place. Il est rempli de quantité d’armes de toutes les sortes, et l’on y trouve tout ce qu’on peut désirer sur cet article.»
Il y a aussi un grand magasin d’Armes et Equipages de Guerre, chez M. Benicourt[2], devant l’orloge du Palais.
[2] Il est appelé «De Benicourt», dans l’édit. de 1691, p. 22.--Sa maison étoit déjà célèbre, en 1640. Voici l’adresse qu’il prenoit alors, et qu’on trouve dans un compte, pour achat d’armes, publié par M. P. Paris dans son édition de Tallemant, t. IX, p. 474: «Pierre Bignicourt, marchand quincaillier du Roy, à Paris, rue de la Barillerie, à l’enseigne de la Chasse Royale, devant les loges du Palais.»
M. marchand quincallier, à l’entrée du quay de la Mégisserie, fait aussi beaucoup de fournitures.
Le plomb pour les Armes à feu, se vend en gros et en détail chez plusieurs marchands, sous l’orloge du Palais, et au Fauxbourg saint Antoine[3].
[3] Liger, dans le Voyageur fidèle, 1715, in-12, p. 381, reproduit ceci textuellement. Il ajoute: «on vend la poudre à tirer à l’Arsenal, où elle se fabrique: elle s’y débite en gros et en détail, il y a aussi d’autres épiciers qui en vendent dans plusieurs quartiers de la ville.»
Messieurs Regnault et Lopinot, Tapissiers, près le Collège Mazarini[4], ont un grand assortiment de Lits, de Tentes et de Pavillons de Guerre.
[4] Le second est nommé seul dans l’édit. précéd., p. 64, avec cette adresse plus détaillée: «au deuxième pavillon du collége Mazarini, devant l’hôtel de Créquy.»
On en trouve aussi chez les Tapissiers Fripiers des pilliers des Halles[5].
[5] «Qui pour l’ordinaire, ajoute le voyageur fidèle, p. 382, en ont un assez grand assortiment en temps de guerre.»
Les Cordonniers qui vendent des bottes vieilles et neuves, et qui entreprennent la fourniture des Régimens, sont placez rue de la Barillerie, près le Palais[6].
[6] «Ce sont eux qui font les souliers de fatigue, qu’on nomme souliers de bottes.» Edit. de 1691, p. 25. On s’en servoit encore pour aller par les rues, tant elles étoient boueuses: «Quoi qu’il ne pleuve pas, lisons-nous dans la traduction d’une Lettre italienne sur Paris, écrite le 20 août 1692 par un Sicilien, et publiée pour la première fois, dans le Saint Evremoniana, 1700, in-8, p. 385, on ne laisse pas de marcher souvent dans la boue. Comme l’on jette toutes les immondices dans les rues, la vigilance des magistrats ne suffit pas pour les faire nettoyer... Autrefois les hommes ne pouvoient marcher à Paris qu’en bottines, ce qui fit demander à un Espagnol, les voyant en cet équipage le jour de son arrivée, si toute la ville partoit en poste.»
Les Sieurs Paul et Daumal, rue saint Honoré, sont de fameux Epronniers[7].
[7] Le Voyageur fidèle, p. 382, après avoir parlé du grand «commerce d’éperons» qui se faisoit rue Saint-Honoré, ajoute: «les quincailliers en vendent aussi, mais qui ne valent pas les premiers à beaucoup près.»
Près la porte saint Antoine, on fabrique des Tambours pour les troupes.
Les charettes et quaissons de guerre, sont fabriquez pour la plus grande part à l’entrée du Fauxbourg saint Antoine.
Les Bahutiers qui font les coffres, malles, fourreaux de pistolets, etc., sont en grand nombre au quartier du Palais, au bout du pont Notre Dame, à l’entrée du Fauxbourg saint Germain, et aux environs de saint Honoré.
On fait sur le quay de la Mégisserie, à la porte du Fort l’Evêque[8], diverses sortes de raizeaux et tirasses[9] pour la chasse.
[8] Liger, qui reproduit cet article, p. 384 de son Voyageur fidèle, ajoute: «du côté de la rivière», ce qui n’étoit pas inutile à dire, l’entrée principale du For-l’Evêque étant rue Saint-Germain-l’Auxerrois.
[9] Ce sont des filets à prendre les cailles et les perdrix.
Les Oizeleurs du même quay[10], vendent les raizeaux à prendre des Rossignols.
[10] Il sera reparlé d’eux plus loin.
Pour les chevaux, mulets, harnois, etc. Voyez l’article suivant.
La manufacture des Buffles pour la Cavalerie est chez M. Jabac, rue neuve saint Medéric[11].
[11] C’est ce commerce qui, nous l’avons dit, p. 109, avoit commencé la fortune de Jabach à Paris: «la France, lisons-nous dans un passage du Dictionnaire des arts et métiers, par l’abbé Jaubert, t. I, p. 427, qui complètera notre première note, est redevable à Colbert de la préparation des peaux de buffle: il y attira pour cet effet M. de la Haye, de Hollande, et ensuite M. Jabach, de Cologne, qui obtinrent un privilége exclusif pour établir leur manufacture à Corbeil.» Cette manufacture fut ensuite transférée à Paris, chez Jabach lui-même, où nous la voyons ici.
CHEVAUX ET EQUIPAGES.
Le marché pour les chevaux et pour les mulets, se tient les Mercredis et les Samedis non fetez, au bout du Fauxbourg saint Victor, depuis deux heures de relevée jusqu’à six[1].
[1] Cet article est plus curieux dans l’édit. de 1691, p. 33: «le marché aux chevaux, aux mulets, aux porcs et aux bêtes azines, se tient les mécredis (sic) et samedis, le matin pour les porcs, et l’après dinée pour le reste, au bout du faubourg Saint-Victor.»
Les autres jours on trouve des chevaux de toutes espèces, chez les Sieurs Guerte, rue de la Bucherie: François Paris, place Maubert: Charles Paris, rue des Rats[2]: Grenier, cour de la Jussienne[3]: du Pont, cul de sac des Provençaux: Guillory, rue Perdue: Prevost, le Moine, Harasse, Arnoult et Anceaume, rue et devant les murs saint Martin, où sont encore logez les Sieurs Rotelet et Briquet, marchands Hollandois[4], qui ont un grand assortiment des plus beaux Chevaux de Carosse.
[2] Ce quartier de la place Maubert--la rue des Rats, qui est aujourd’hui rue de l’Hôtel-Colbert, s’y trouve--et celui des environs de l’abbaye Saint-Martin étoient surtout ceux des maquignons, aussi l’édit. précédente se borne-t-elle à dire, p. 33: «Il y a un grand nombre de chevaux au quartier de la place Maubert et de l’abbaye Saint-Martin-des-Champs.»
[3] On l’appeloit aussi la cour Tricot. Elle alloit de la rue de la Jussienne à la rue Montmartre. Ce n’avoit été longtemps qu’une Cour des Miracles.
[4] Je crois qu’il faut lire Béquet, ce qui seroit une légère altération du nom hollandois Becker. Le marquis de la Femme d’Intrigue, comédie de Dancourt, jouée en 1692, parlant de ses dettes (acte III, sc. 10), dit ce qu’il doit «à Jame et à Béquet, tant en chevaux de selle que de carrosse.»
Il y a plusieurs Selliers Carossiers, qui tiennent dans leurs Chantiers des Carosses tous faits et des Chaises montées; par exemple, les Sieurs Gervais et Vignard, rue saint Martin; Bailleul et des Moulins, rue des vieux Augustins; Stoquet, dans l’enclos de la foire saint Germain[5]; Moreau, rue Mazarini; le Roux, rue des petits Champs; Treverger, rue de Berry; l’Amiral, au petit Marché; Marceau, rue des quatre Vents; la Ville, rue de Tournon; Poivret, rue de Taranne; la Place, rue de l’Esgoust, etc.
[5] «Il y a un grand nombre de carrossiers qui ont leurs magasins dans l’enclos de la foire Saint-Germain.» Edit. 1691, p. 51.
Plusieurs Boureliers sont renommez pour les Harnois de la plus grande propreté; par exemple, les Sieurs Barbier, rue Coquilliere; Miquelet et Langlois, rue de Seine[6], etc.
[6] Liger, p. 385, en indique aussi rue Saint-Antoine.
Les beaux et magnifiques Carosses de louage pour les Princes, Ambassadeurs et grands Seigneurs etrangers, se trouvent chez les Sieurs Dalençon[7], rue Mazarini; Dauphiné et du Puis, rue du Four saint Germain; Clovet, rue des vieux Augustins; David et l’Escuyer, rue de Seine; et Guérin, rue des Boucheries saint Germain[8].
[7] «Et chez la veuve Chavanon...» Edit. 1691, p. 51. On y voit aussi indiqués: «Champot, rue de Seine, et Ferrat, rue des Boucheries», qui ne se trouvent pas ici.
[8] Lister qui, étant à la suite d’un ambassadeur, le comte Portland, crut pouvoir prendre une de ces voitures, en fut fort content: «Elles sont, dit-il, ch. II, bien dorées, ont de bons chevaux et des harnois propres. Les étrangers les prennent au jour ou au mois, sur le pied de trois écus d’Angleterre par jour, c’est-à-dire dix-huit ou dix-neuf francs à peu près.»
La veuve le Roux, derrière l’Hotel de Salé[9], a aussi de très beaux Carosses de louage[10].
[9] Il existe encore, avec sa principale entrée, rue de Thorigny. C’est aujourd’hui l’Ecole centrale. Il fut bâti sous Louis XIII par Aubert, fermier de la Gabelle du sel, ce qui lui fit donner par le peuple le nom d’hôtel Salé.
[10] Cet article, dans l’édit. précédente, p. 51, est plus détaillé: «Il y a encore des magasins de carrosses rue Michel-le-Comte, vieille rue du Temple, derrière l’hôtel Salé; rue de Bussy, et rue du Four du faubourg Saint-Germain.»
Les Remises où l’on tient d’ailleurs des Carosses de louage au mois, à la journée, sont encore rue Mazarine, rue des vieux Augustins, rue des Boucheries saint Germain, rue des Petits Champs, rue de Hurepoix, rue Gît-le-Cœur, rue des grands Augustins, rue de Bussy, etc.[11].
[11] Dans l’édition précédente, au chapitre XXXIII, consacré aux mêmes objets, sous ce titre: Des voitures parisiennes, se trouvent d’assez curieuses différences, p. 50-51: «Il y a des calèches attelées à vingt sols par heure, dans tous les temps du jour, sur le quay des Augustins, place du Palais-Royal, Croix du Tiroir, rue de la Ferronnerie, rue Mazarine et rue Saint-Antoine, devant les Jésuites.--Aux mêmes endroits, et en divers autres carrefours et places, on trouve des chaises à deux porteurs pour un écu par demi-journée, et des chaises à ressorts traînées par un seul homme, à un écu par jour, ou dix sols par heure.»--L’existence des carrosses à l’heure n’étoit encore que tolérée. Elle ne devint légale et privilégiée que par ordonnance du mois d’août 1698. Le tarif en fut alors plus élevé. On paya 25 sols la première heure, et 20 sols les autres. Les fiacres n’eurent plus alors le droit de stationner sur les places, réservées désormais à ces carrosses à l’heure. Ils redevinrent des voitures de remises qu’on ne pouvoit louer qu’à la demi-journée, au jour ou au mois. (Traité de la Police, t. IV, p. 441-442.)
On trouve des Mulets et des Littières à loüer chez M. Mariette, Capitaine des charrois de Monsieur, près la porte saint Jacques, et chez un Bourelier fort stilé aux équipages de mulets, à l’entrée de la rue de Richelieu.
Les Sieurs Rousseau, près la porte du Pont aux Choux[12]: Dole, vieille rue du Temple: Didier, rue des Fossez de Condé: et Jourdain, rue de Bourbon, font des Corps de Carosse qui resistent fort longtemps.
[12] Elle se trouvoit à l’endroit où la rue du Pont-aux-Choux débouchoit sur le rempart, et devoit son nom au pont-levis jeté sur le fossé, à quelques pas d’un marais planté de choux, comme un autre situé un peu plus en avant dans la ville, où croissoit l’oseille, avoit donné son nom à la rue de l’Oseille. La porte du pont-aux-Choux s’étoit d’abord appelée porte Saint-Louis.
On trouve de bons ouvriers pour les Ressorts et Arcs de Carosses et de Chaises au petit Arsenal, rue de Limoge au Marais, rue des Gravilliers, porte saint Antoine, rue du Sepulcre[13] et enclos de la Foire St Germain[14].
[13] C’est aujourd’hui la rue du Dragon.
[14] Cet article est différent dans l’édit. précédente, p. 59: «Il y a un taillandier à l’Arsenal, un autre près Saint-Roch, et un troisième devant les Premontrez du faubourg Saint-Germain, qui font très-bien des arcs de carosses.» On y lit aussi, p. 51: «les ressorts de la bonne trempe se font au même faubourg (Saint-Antoine), près la porte et rue de Charenton, devant les Filles angloises»; et, un peu plus bas: «on trouve de vieux arcs et ressorts de carrosses à l’épreuve, chez un grand nombre de dépesseurs (sic) du quai de la Mégisserie.»
Pour les Glaces de Carosse, voyez l’article des marchandises des Miroitiers.
On fait et on vend dans plusieurs boutiques et angards du Fauxbourg saint Antoine, des Chaises et Soufflets[15] à juste prix.
[15] Les soufflets étoient une sorte de chaise roulante à deux roues et fort légère, pour une ou deux personnes, dont le dessus de cuir ou de toile cirée se plioit ou se replioit comme un soufflet, suivant le temps. Louis XIV se servoit souvent d’une de ces petites voitures. (Journal de la santé du Roi, publié par M. Le Roy, 1862, in-8, p. 299.)
Les Courtiers qui font vendre et acheter toutes sortes d’équipages, sont les Sieurs de Mouy, rue Geoffroy Langevin: des Lauriers, rue du Four, près l’Hôtel Impérial: la Montagne, place Maubert: la Croix, cul de sac des quatre vents: Jurande et le Breton, rue Bourlabé: le Febvre, rue du petit Heuleu[16], etc.
[16] Pour la fin de cet article, il y a quelques détails de plus dans l’édit. de l’année précédente, p. 33: «Jacques Jurande, rue Bourlabé, chez un maréchal, fait courtage de chevaux et d’équipages. Autant en font le Breton, même rue, à la Croix de Fer, le Febvre, rue du Petit-Huleu, Cavé, rue Geoffroy-Lasnier, et la Croix, rue du Cœur-Volant, près la foire Saint-Germain.»
Le nommé Loüis, logé devant les murs saint Martin, fait principalement le courtage des mules et mulets.
Les Sieurs Brie devant les Incurables; et Bouton, rue Git le Cœur, au Gallion, sont des particuliers qui ont de bons Remedes pour les maladies des Chevaux[17].
[17] Du temps de Liger, c’est un nommé Prieur, rue aux Ours, qui étoit le plus expert de ces «médecins de chevaux», comme il les appelle, p. 387.
Entre les Marchands en réputation pour le même fait, sont les Sieurs Rabeau, rue de la Corne: du Gas, vieille rue du Temple: Mars, carrefour des trois Maries; et Lafond, près l’Hotel d’Angoulesme.
La veuve Robillon, Carrossiere au fauxbourg saint Michel, nettoye parfaitement bien les Carosses et Chaises[18].
[18] «On trouve tous les dimanches et fêtes, dit l’édit. de 1691, p. 51, et encore tous les mécredis et samedis, des charrettes couvertes à la porte de Saint-Denis, qui mènent aux villages circonvoisins.--On trouve en tous temps aux environs du Pont-Royal, des batelets couverts qui conduisent où l’on veut à la descente de la rivière.» A la porte Saint-Denis le «passage du bois de Boulogne» doit son nom aux voitures qu’on y prenoit pour cette promenade.
PASSETEMPS ET MENUS-PLAISIRS.
Le Théâtre du Palais Royal[1], où sont representées les Tragedies, les Pastoralles et autres Piéces en Musique, est ouvert pour toutes les representations les Mardis, les Vendredis et les Dimanches, et encore les Jeudis, lors qu’il s’agit de Pièces nouvelles[2].
[1] L’Opéra, qui occupoit dans l’aile droite du palais, du côté où s’ouvre aujourd’hui la rue de Valois, la salle que Richelieu avoit fait bâtir pour les représentations de sa Mirame, et qui avoit ensuite servi de théâtre à Molière. C’est à sa mort que Lulli se l’étoit fait donner par le roi.
[2] «Lors qu’une pièce commence à vieillir, le théâtre est fermé les jeudis. On paye à la porte un louis d’or pour les places des premières loges, un demi-louis pour celles des secondes, et trente sous pour celles du parterre et du second amphithéâtre.» Edit. 1691, p. 8.
Les Livres du sujet se vendent à la porte du Théâtre trente sols en paroles seulement, et en partition onze livres en blanc[3], et douze livres dix sols reliez[4].
[3] C’est-à-dire brochées.
[4] «Un louis d’or reliez en basane, ou douze livres dix sols reliez en veau», p. 9.
M. Berrin, Dessinateur ordinaire du Cabinet du Roy[5], qui donne les Desseins de toutes les décorations, habits et machines des Opera, etc., demeure aux galleries du Louvre[6].
[5] Jean Bérain, qui eut de son temps une si grande réputation, que l’on ressuscite un peu dans le nôtre. C’est pour ses décorations de théâtre que Mariette (Abecedario, t. I, p. 119) fait surtout son éloge: «Jamais il n’y eut, dit-il, de décorations de théâtre mieux entendues, ni d’habits plus riches et d’un meilleur goût que ceux dont il a donné les dessins pendant qu’il étoit employé pour l’Opéra, c’est-à-dire pendant presque toute sa vie.» La maquette de sa décoration du 5e acte d’Armide, en 1686, figure en ce moment à l’exposition théâtrale de l’Exposition universelle. On a de lui un recueil in-fol. de 99 planches d’ameublement: Ornements inventez par J. Bérain.
[6] Il y mourut le 26 janvier 1711: «Il a un cabinet fort curieux, dit Brice, où l’on trouve avec des tableaux rares une quantité très-grande de dessins, entre lesquels les siens ne sont pas la moins belle partie.»
Les Comediens François qui ont leur Hotel rue des fossez saint Germain des prez[7], représentent tous les jours alternativement des Tragedies et des Comedies.
[7] Aujourd’hui rue de l’Ancienne-Comédie, nom qui lui est venu de ce théâtre même, qui, du reste, existe encore en partie au fond de la cour de la maison qui fait face au café Procope. On y emmagasine des papiers peints. Ce fut l’atelier de Gros.
Les Comediens italiens, représentent les Dimanches et les jours que le Theatre de l’Academie Royale de musique est fermé, sur leur Theâtre de l’Hotel de Bourgogne, rue Mauconseil[8].
[8] A l’endroit où, comme on sait, fut plus tard la Halle aux cuirs.
Messieurs Baraillon pere, fameux Tailleur pour les habits de Theatre[9], et M. son fils pour les masques et autres choses necessaires pour les Ballets et Comedies, demeurent ruë saint Nicaise[10].
[9] Jean Baraillon, qui avoit commencé par être tailleur de la troupe de Molière. Une sœur utérine de la comédienne Mlle de Brie étoit sa femme depuis 1673. Le fils, dont il est parlé ici après lui, étoit né de ce mariage. C’est lui qui, avec le chevalier d’Arvieux, avoit organisé la mascarade turque du Bourgeois gentilhomme, en 1670. D’après un compte retrouvé par M. Campardon, il n’y avoit pas fourni moins de cent trente-huit habits.
[10] L’administration et ce qu’on appeloit «le magasin de l’Opéra», s’y trouvoit déjà. Ils y restèrent jusqu’à la fin du règne de Louis