‹ Le livre de l'émeraude: en BretagneChapitre 55 sur 91 · L - L’ANGELUS

L - L’ANGELUS

Septembre, près de P...

Le soleil a disparu; et tout rayonne encore de sa fuite. Tout se recueille,--et semble se retirer. La vie au crépuscule est pareille à la méditation dans le désert. Et du clocher, vient l’appel doux et clair de l’heure, qui sait dire, en tintant: «Prions.»

Les deux voisines, vêtues toujours de noir, et les mains modestes croisées sur le tablier noir, poussent la barrière derrière elles; et l’homme met l’écrou. La cloche sonne.

--C’est l’Angelus, dit la mère.

Elle prononce: l’«Andgéluss», d’un accent étrange qui convient à sa figure calme et maigre, à ses vêtements noirs, au silence de cette maison.

Avant d’entrer, elle et sa fille quittent leurs sabots noirs sur le seuil.

--Vous êtes prêt? dit en breton de Léon, la femme à son mari, Léonard comme elle.

Il ne répond pas,--un grand homme dur, maigre et roux, sévère. Il se baisse, et se lave les mains, pieusement, à la fontaine. Puis, il laisse à son tour ses sabots près des quatre autres en ligne; et il passe le seuil. Il ferme la porte avec soin. Il ôte sa casquette, et se signe. Les deux femmes se mettent à genoux. Et la mère, à voix basse et claire, murmure lentement:

--Ave, Maria...

L’homme prie avec une ferveur grave. La femme avec une joie douce, comme celle des religieuses dans un cloître: la fille d’un air rêveur et soumis, avec une sorte d’onction tendre, qui met un reflet sur son front étroit de petite fille vieillie.

Les dernières lueurs du jour errent, douloureuses, sur la lande,--calmes et paisibles dans cette chambre.

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