LII
CRÉPUSCULE D’OCTOBRE
Sainte-Marine, vu de Penfoul.
La petite ville languit dans la paix du soir. Près de l’eau dormante, cinq maisons sous les arbres. Le ciel est triste, tendu de gris et bordé de plumes violettes. Et la mer, immobile et muette, a sa couleur de sombre ardoise.
La petite ville, et ses maisons étagées dans le fond de l’anse noirâtre, semble déserte: la fumée ne monte point, bleuâtre, au-dessus d’un toit; et l’on ne voit personne, sur la cale, si ce n’est un enfant assis dans une barque vide.
Les bois noirs et roux, paisiblement, se détachent sur le ciel gris; et, de place en place, à leurs pieds, une prairie en tapis descend vers la mer, et brille sous les feuillages obscurs, d’un vert étrange, sans lumière et sans gaieté, froid comme celui de la pomme dont la pelure traîne sur le chemin.
La petite ville et les maisons sont blanches, d’une blancheur maladive, où les trous noirs des portes semblent mystérieux... Dans l’eau stagnante du petit port, les bateaux noirs, sans voile, sont à l’ancre; et leurs mâts nus se dressent avec ennui, comme des fûts de croix, dont les bras sont tombés.
Devant les maisons pâles, la grève de sable jaune, et les rochers chevelus de sombres goémons, découverts sur un long espace, s’étendent lugubres, et comme abandonnés.
Point de lumière. Point de nuit encore. Tout est clair obscur. Tout est terne, tout est éteint.