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Chapitre 9 Le penchant de la colline

A quelle époque et où pensez-vous que nous allons maintenant retrouver nos petits camarades ? Non plus en hiver, mais au joli mois de mai ; non plus autour du foyer de Tanglewood, mais à moitié chemin d’une colline escarpée ou plutôt d’une montagne. Ils avaient quitté la maison avec le projet ambitieux de franchir cette grande colline jusque par delà son front chauve. Ce n’est pas à dire qu’elle fût aussi élevée que le Chimborazo ou le mont Blanc ; elle était même de beaucoup inférieure à Graylock. En tout cas, le sommet dépassait en hauteur des milliers de fourmilières, ou un million de taupinées, et, proportionnée aux enjambées des enfants, elle pouvait être considérée comme une montagne respectable.

Le cousin Eustache était-il de la partie ? Pouvez-vous en douter ? Sans lui, comment le livre marcherait-il ? Eustache Bright prenait ses vacances de printemps, et avait, à peu de chose près, l’air que nous lui avons connu il y a trois ou quatre mois, excepté qu’en examinant de près sa lèvre supérieure, on y distinguait la plus drôle de petite moustache ; mais en ne prêtant pas une grande attention à cette marque de virilité, vous auriez cru le cousin Eustache tout aussi enfant qu’au moment où vous avez fait connaissance avec lui. C’était toujours le même, plein de gaieté, de bonne humeur et d’enjouement ; toujours aussi souple de jarret et d’imagination, et le favori de la gent enfantine. L’expédition était due à son esprit inventif. Pendant tout le temps de l’ascension, il n’avait cessé d’encourager les aînés du geste et de la voix ; et, quand Bouton-d’Or, Primevère et Fleur-des-Pois se sentaient fatigués, il les hissait alternativement sur son dos. De cette manière, ils avaient traversé les vergers et les potagers, puis atteint la forêt jetée comme un manteau, sur le flanc de la colline.

Le mois de mai avait été plus agréable qu’il ne l’est d’habitude. Cette journée, entre autres, était aussi printanière, aussi délicieuse que pouvait la désirer un cœur d’homme ou d’enfant. Tout en gravissant le coteau, les petits explorateurs avaient trouvé pas mal de violettes bleues et blanches ; quelques-unes même dorées comme si elles avaient subi le toucher du roi Midas. La plus sociable des fleurs, la délicate housatonia, abondait dans les sentiers. C’est une fleur qui ne vit jamais seule, et qui n’est heureuse qu’au milieu d’un grand nombre d’amis et de parents. Vous en voyez parfois une tribu tout entière, rassemblée dans un espace pas plus large que la paume de la main ; d’autres fois, c’est une immense agglomération blanchissant le tapis d’un pâturage ; et chacune de ces petites plantes communique à sa voisine tout un monde de vie et d’amour. Sur la lisière du bois il y avait des colombies plutôt pâles que rouges ; si modestes, qu’elles avaient regardé comme plus convenable de se dissimuler aux ardeurs du soleil. On voyait aussi des géraniums, et des fraisiers couverts de milliers de boutons blancs comme la neige. L’arbousier, durable dans sa floraison, n’était pas encore passé ; mais il cachait ses précieuses corolles sous un lit de feuilles mortes de l’année précédente, avec autant de sollicitude que l’oiseau dérobe à la vue sa nichée. Il avait, j’en suis sûr, la conscience de la beauté et des parfums qu’il recelait. Le mystère de leur retraite était si bien gardé, que les enfants aspiraient leur douce odeur avant de savoir où était la source.

Au milieu de tant de jeunesse et de fraîcheur, il était étrange et vraiment triste de voir çà et là, dans la prairie, les perruques poudrées des dent-de-lion déjà montées en graine, et arrivées à leur automne avant la venue de l’été.

Mais ne perdons pas notre temps à parler de fleurs sauvages. Les enfants sont assis et forment déjà un cercle autour d’Eustache Bright, prêt à leur dire un conte. La partie la plus jeune de la bande a trouvé que de petites jambes ne répondaient pas aux difficultés de l’excursion ; et notre mentor a laissé à mi-côte Joli-Bois, Primevère, Fleur-des-Pois et Pâquerette, jusqu’au retour de l’exploration à la cime. Comme ils se plaignent un peu, et qu’il leur répugne de rester en arrière, il leur distribue quelques pommes mises en réserve dans ses poches, et propose d’improviser une charmante histoire. Là-dessus le nuage disparaît, et le voile de mélancolie qui était tombé sur leurs visages s’enlève pour faire place à des sourires animés.

Quant à l’histoire, j’étais là pour l’entendre, caché derrière un buisson, et je veux vous la conter dans les pages qui vont suivre.

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