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L’AFFAIRE VALCOR

PÉRIPÉTIE INATTENDUE.—RESTITUTION DE LA LETTRE MYSTÉRIEUSE

Sous ce titre, venait le détail des circonstances: l’arrivée de la lettre au Parquet, sous pli cacheté, portant les timbres postaux de Hambourg, et accompagnée par les explications d’un nommé Mindel, compagnon de voyage de Pabro, déjà soupçonné d’avoir jeté le vieillard à la mer, mais aussitôt relâché, faute de preuves.

Durant les jours qui suivirent, ce fut, dans les feuilles, une avalanche de commentaires. Tout y passa: contestation de l’authenticité de la lettre, affirmation de l’assassinat de Pabro, discussion sur l’état d’âme de ce Mindel,—un chenapan payé par M. de Valcor, et qui le trahissait par mécontentement du salaire ou par tardif scrupule de conscience. Il était clair que ce Mindel, jetant sa lettre dans une poste de Hambourg, avait dû s’embarquer aussitôt pour une destination que la police aurait du mal à établir. En effet, l’homme ne se retrouva pas à Hambourg, ni parmi la multitude des passagers embarqués de ce port vers tous les coins du globe. Et pour cause.

Ces événements semblaient fâcheux pour le parti des valcoristes. Le seul argument de ces derniers fut que la lettre ne venait pas de la banque Rosalez, qu’elle était fausse, que le récit dont s’accompagnait la restitution était un pur roman.

La suite leur donna tort.

Avant même que la justice française eût demandé des explications à cette banque, celle-ci télégraphiait pour annoncer que le voleur de la pièce était découvert. C’était Pabro, le vieux comptable, parti soudainement pour l’Europe. On venait d’établir avec certitude qu’il avait emporté le précieux papier. Les adversaires du marquis possédaient d’ailleurs une photographie de la lettre, exécutée trois ans auparavant par un Bolivien du nom de José Escaldas. Cet Escaldas, mandé par l’enquête, reconnaissait formellement la lettre qu’il avait tenue jadis entre les mains. Le rapprochement avec la photographie qu’il en avait prise, ne laissa plus aucun doute sur l’authenticité de l’original.

Ce ne fut pas seulement dans le cabinet du juge enquêteur que se fit cette confrontation. Par suite de ce fonctionnement miraculeux de la presse actuelle, pour qui rien n’existe d’invisible ou d’inaccessible, ni surtout aucun secret du Palais, le public eut aussitôt sous les yeux le fac-similé des pièces. Les journaux publièrent côte à côte la lettre et sa reproduction photographique. Impossible de méconnaître la similitude absolue des deux documents. On était bien en présence des lignes écrites, une vingtaine d’années auparavant, par le marquis Renaud de Valcor.

Ces lignes, des millions d’êtres les dévorèrent, en pesèrent minutieusement chaque syllabe. Il en résultait de toute évidence qu’au moment où le célèbre explorateur fondait la Valcorie, il avait envoyé à La Paz, pour traiter de ses affaires d’argent avec la banque Rosalez, un personnage investi de toute sa confiance, et dont il faisait remarquer l’étonnante ressemblance avec lui-même.

Les feuilles antivalcoristes sommaient donc le marquis de déclarer quel était ce personnage et ce qu’il était devenu. Tant que l’explication ne serait pas donnée, claire et irréfutable, ils continueraient à prétendre que ce sosie était seul revenu en Europe avec un nom, un titre, une personnalité usurpés, et que le véritable marquis de Valcor dormait son sommeil éternel de l’autre côté de l’Atlantique. L’Aube rouge allait jusqu’à prétendre que cette mort avait dû être le résultat d’un crime, et que le brillant imposteur en gardait le sang sur les mains.

Celui-ci souriait en lisant les invectives du parti adverse.

«S’ils savaient, les imbéciles, que j’ai moi-même envoyé la fameuse lettre au Parquet!»

Après avoir attendu quelques jours, pour que le coup qu’il allait frapper eût son plein effet, M. de Valcor déposa une plainte en faux et usage de faux, refusant de se reconnaître auteur de la lettre versée aux débats par ses adversaires.

C’était un nouveau procès qui s’ouvrait, arrêtant l’autre tout net.

L’instruction criminelle commença, avec les mêmes lenteurs que l’enquête civile, à cause des réponses à attendre de l’Amérique du Sud.

L’hiver, puis le printemps avaient passé. Un autre été s’avançait. Les tribunaux allaient entrer en vacances. L’affaire de faux ne viendrait au rôle qu’à la rentrée d’automne.

Renaud se proposait de partir pour la Bretagne, de donner enfin à sa torture de cœur et d’esprit une trêve plus prolongée que ses hâtifs séjours au château.

Une nouvelle douleur, une nouvelle lutte le retinrent.

Sentinelle en armes sur la brèche de son magnifique destin, il allait avoir à repousser un assaut plus imprévu des forces obscures.

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