‹ Le Martyre de Saint SébastienChapitre 30 sur 31 · L'EMPEREUR.

L'EMPEREUR.

Ne le touchez plus de vos doigts! L'art de sa démence est sublime. Le son de sa faute est divin. 3565 Certes, c'est la divinité de ma cithare, qui lui donne une fin si mélodieuse. Il meurt dans le mode dorique. Ne le touchez plus de vos doigts! 3570 Ne touchez pas à sa pâleur. Je ne veux pas ouvrir ses veines, bien qu'il se dise tout sanglant. Je songe à la vierge d'Ephèse, à cette fille naxienne... 3575 Mais il est pâle, Adoniastes, plus que vos images de cire après l'équinoxe d'automne, sur vos lits d'ébène, à Byblos. Il renaissait, et il se meurt. 3580 O pleureuses, pleurez encore! Il se meurt, l'Archer du Liban! O sagittaires chevelus, ô mes sagittaires d'Emèse, de Damas, de la Commagène, 3585 de Palmyre et de l'Iturée, il se meurt, le bel Adonis! Pleurez, pleurez!

Dans un ton très bas la lamentation adonienne recommence. Des flamines jettent des poignées d'aromates sur la braise des autels. Les dadophores soulèvent leurs torches vers les idoles innombrables, qui vont recevoir le sacrifice. Les plaques, les disques, les croissants, tous les emblèmes, et les regards inflexibles des orbites d'émail, étincellent sous la voûte d'or; tandis que l'Empereur s'incline vers le Saint silencieux, pour le tenter.

Par le haut Soleil invaincu, ô mourant, écoute l'Arbitre. 3590 Tout ce que j'ai voulu t'offrir, je le tiens dans ma main encore. Tu pourrais encore être un dieu, avoir ton temple.

LE SAINT.

Le Christ règne! Tu n'es que fange. 3595 La mort est vie.

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