‹ Le monde de la merChapitre 155 sur 247 · II

II

Spallanzani a donné beaucoup d'importance aux Porte-roues. Il a découvert que ces animaux peuvent être desséchés, aplatis, collés à une feuille de papier; rester ainsi, pendant un an ou deux, immobiles et dans un état complet de léthargie ou de mort apparente, et puis revenir à la vie. Il suffit de les mouiller pour les ressusciter!

Au contact de l'eau, la petite carcasse se gonfle, remue la queue, tord le ventre, se décolle, agite les cils de sa roue, et se met à nager!..... Heureux Rotifère!

Blainville et Bory de Saint-Vincent ont refusé de croire à l'admirable faculté dont il s'agit. On a protesté, de tous côtés, contre le scepticisme de nos deux savants naturalistes. L'exactitude du sévère Spallanzani pouvait-elle être en défaut? M. Schultze a publié des expériences décisives qui ont confirmé les résultats obtenus par l'illustre physiologiste italien. Il est bien démontré aujourd'hui que cette merveilleuse propriété existe. Mais, pour réussir dans les opérations d'engourdissement et de réveil, il faut dessécher les petites bêtes graduellement, bien graduellement; ne pas trop les comprimer; ne pas les exposer à une température trop élevée, surtout pendant qu'elles sont encore humides; ne pas les garder trop longtemps endormies, et les ranimer avec lenteur et précaution. M. Doyère a fait connaître les conditions de ce remarquable désengourdissement.

C'est sur le Rotifère commun[166] qu'on observe le curieux, l'incompréhensible phénomène dont nous venons de parler. Cet animalcule habite dans l'eau douce, ou, pour mieux dire, au milieu de la mousse humide, sur les murs et sur les toits. Il est long de trois quarts de millimètre; il a des roues sept ou huit fois plus petites que son corps.

[166] Rotifer redivivus Cuvier.

Les Rotifères de la mer périssent sans retour par la dessiccation. Pourquoi la vie est-elle moins tenace dans l'eau salée que dans l'eau douce?

[Illustration]

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