‹ Le monde de la merChapitre 71 sur 247 · V

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Mais c'est la reproduction de ces êtres fugitifs, parfaitement étudiée de nos jours, qui a présenté de merveilleux phénomènes.

A une époque de l'année, les Méduses sont chargées d'œufs ornés des couleurs les plus vives, suspendus en larges festons à leurs corps flottants. Ces œufs sont très-petits.

Dans certaines espèces, ils se développent greffés au corps de la Méduse, et ne se détachent qu'après leur complet développement.

Dans d'autres, les larves qu'ils produisent ne ressemblent nullement à leur mère. Elles sont allongées, vermiformes, un peu élargies à leur extrémité: on dirait des Sangsues microscopiques. Elles possèdent des cils vibratiles à peine perceptibles, qui exécutent des mouvements assez vifs. Au bout d'un certain temps, elles se transforment en Polypes pourvus de huit tentacules.

[Illustration: NAISSANCE DE MÉDUSES

(D'après un dessin de M. Lacaze-Duthiers).]

Cette sorte d'animal préparatoire, créature vraiment surprenante, jouit de la faculté de se reproduire par des tubercules ou bourgeons, qui naissent à la surface de son corps, et aussi par des filaments qui en surgissent çà et là. Un seul individu peut devenir ainsi la source d'une nombreuse colonie.

Ce Polype subit une transformation des plus remarquables. Sa structure se complique; son corps s'articule, et paraît composé d'une douzaine de disques empilés les uns sur les autres, comme les rondelles d'une pile de Volta.

[Illustration: LARVES DE MÉDUSES.]

Le disque supérieur est bombé; il se sépare de la colonne après des efforts convulsifs: il devient libre. Il en résulte une Méduse excessivement petite, assez semblable à une étoile[59].

[59] Voyez la planche XI.

Tous les disques, c'est-à-dire tous les individus, s'isolent les uns après les autres et de la même manière.

Ainsi, des Zoophytes sexués se propagent suivant les lois ordinaires; mais ils engendrent des enfants qui ne leur ressemblent pas, et qui sont neutres, c'est-à-dire non sexués (agames). Ceux-ci produisent, par bourgeonnement et par fissiparité, des individus semblables à eux. Ils peuvent donner aussi des individus sexués; mais, avant l'apparition de ceux-ci, l'animal, qui était simple, se transforme en animal composé, et c'est de la désagrégation des éléments de ce dernier que naissent des individus pourvus de sexe, c'est-à-dire les animaux les plus complets.

[Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. XI. Mesnel del. d'après Sars et Ehrenberg. Rapine sc.

DÉVELOPPEMENT D'UNE MÉDUSE. (Cyanea capillata et Aurelia aurita.)

1. 2. 3. Larve libre.--4. 5. 6. 7. Phases diverses de la larve fixée. 8. 9. 10. Division en disques superposés 11. Séparation des disques. 12. 13. 14. Développement du disque et formation de la jeune Méduse.]

Ces deux modes de propagation si différents (la sexuelle et la non sexuelle) se succèdent d'une manière régulière. Ils constituent ainsi une combinaison qui a reçu le nom de génération alternante, génération dans laquelle, ainsi que nous venons de le dire, les enfants ne ressemblent jamais à leur mère, mais bien à leur grand'mère.

On appelle nourrices (dénomination assez mal choisie) les individus neutres qui produisent les individus sexués.

Ces transformations successives qui ont lieu dans le même animal paraissent, au premier abord, bien extraordinaires. Cependant il se passe autour de nous, et chaque jour, des phénomènes analogues auxquels nous n'accordons qu'une assez mince attention, probablement parce qu'ils sont très-communs et que nous y sommes très-habitués. Par exemple, les Papillons les plus brillants et les plus vagabonds pondent des œufs immobiles, arrondis et sans aucune espèce d'élégance. Ces œufs produisent des chenilles destinées à ramper avec peine, vêtues le plus souvent avec simplicité. Ces chenilles, à leur tour, se changent en chrysalides condamnées à un repos léthargique, ovoïdes, couleur de corne, et ressemblant à des momies. Enfin, celles-ci se transforment en riches, légers et pétulants Papillons. Supposons ces insectes excessivement rares et cachés dans les profondeurs de l'Océan, n'est-il pas vrai qu'il aurait fallu beaucoup de temps pour reconnaître que l'œuf, la chenille, la chrysalide et le Papillon ne sont qu'un même animal? Si cet insecte avait une organisation moins compliquée, il est probable que sa chenille ou sa chrysalide (et peut-être même son œuf!) pourraient se reproduire gemmiparement ou fissiparement, c'est-à-dire par bourgeons et par scissions, et nous aurions des phénomènes exactement semblables à ceux qui se présentent dans l'évolution d'une Méduse.

Tous les médecins savent aujourd'hui que les Ténias, vers parasites rubanés et articulés, ont des larves (Cysticerques) très-différentes de l'état parfait, qui possèdent la faculté de produire d'autres larves. Chose étonnante! ces curieux animaux sont simples à une époque de leur vie, composés à une seconde époque, et redeviennent simples à une troisième.

Nous ne saurions trop le répéter, tout change et rechange dans la Nature. Dieu seul ne change pas!

Ce qui est digne de remarque chez les Papillons, c'est cette alternance de vitalité exaltée et de vitalité latente, de mouvement et de repos, qu'on observe dans la succession de leurs métamorphoses. L'œuf est immobile, la chenille rampe, la chrysalide dort, et le Papillon s'élance dans les airs. Chaque temps d'évolution est précédé par un temps d'arrêt. C'est là une des grandes lois de la physiologie. Voyez le modeste Ver à soie: toutes les fois qu'il se dispose à changer de vêtement, il demeure quelque temps dans une sorte de torpeur. Il se prépare, par un simulacre de la mort, aux mouvements d'une nouvelle vie.

«La tendance aux métamorphoses, dans le règne animal, considérée dans son ensemble, devient de plus en plus prononcée, à mesure qu'on s'éloigne davantage des types les plus élevés de l'organisation.» (Quatrefages.)

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