XVIII
L’ordre de Saint-Michel.
Le roi Charles VII, en reconnaissance de la protection mystérieuse que l’archange étendait sur l’Avranchin, avait eu la pensée d’établir l’ordre royal de Saint-Michel. Il mourut avant d’avoir accompli ce vœu, et ce fut Louis XI qui eut tout l’honneur de cette institution. Quand ce prudent monarque, après avoir soumis la pétulante Bretagne, eut réuni à la couronne le reste de la Normandie, ce fort de la féodalité, il se rendit en pèlerinage au mont Saint-Michel avec un cortège illustre et nombreux. Sa première offrande fut de six cents écus d’or, ce qui était alors une somme considérable. Debout et entouré des grands du royaume, il dicta au chancelier l’acte d’institution, à la gloire de Dieu et sous le vocable de la bienheureuse vierge Marie, des saints, et particulièrement du glorieux archange saint Michel. Le roi fit chevaliers les seigneurs de sa suite qu’il avait désignés à ce dessein; c’était toujours, comme au temps du preux Roland, l’accolade de l’épée nue. La fin de la cérémonie était la réception du collier de l’ordre fait de coquilles entrelacées d’un double lacs, posées sur une chaîne d’or d’où pendait une médaille représentant l’archange foulant aux pieds le dragon de l’abîme et le perçant de sa lance. Le chevalier était averti, selon la formule traditionnelle, que l’hérésie, la trahison, la lâcheté et la fuite dans le combat entraînaient l’exclusion de l’ordre. Ce fut le roi François Ier qui remplaça les doubles lacs du collier par une cordelière, parce qu’il portait le nom de l’instituteur des Franciscains, et pour se conformer aussi à la prière de la reine Anne de Bretagne, sa belle-mère.