XXI
Les gouverneurs du Mont Saint-Michel.
L’ordre et l’esprit d’ensemble pénétraient de plus en plus dans l’administration du royaume. Nos rois sentirent la nécessité d’unifier partout l’autorité. Le gouvernement du mont Saint-Michel avait été retiré depuis assez longtemps aux abbés. Louis XIV, après la disgrâce de Fouquet, qui avait aussi possédé ce gouvernement, le rendit aux abbés qui l’avaient autrefois tant illustré. Mais le roi de France se conserva le droit de nommer et de destituer à son gré. Le mont Saint-Michel ne releva plus que de nos monarques.
Il était temps. S’il faut en croire les ouvrages authentiques qui sont allés jusque-là, cette réforme arrivait à propos dans l’Avranchin; ce n’était dans tout le pays que querelles et chicanes. Les procès étaient si communs, que les évêques étaient obligés de faire des lois pour les réprimer. On ne voyait qu’assignants et qu’assignés. La bonne foi, en Normandie, était devenue dans ce temps-là quelque chose de si légendaire, qu’on n’y croyait plus à personne qu’à Dieu, et qu’un étranger disait un jour dans sa prière: « Tu nous a promis, Seigneur, de nous aider dans nos tribulations; et tu ne t’en dédiras pas, car tu n’es pas Normand. »