‹ Le morne au diableChapitre 14 sur 41 · CHAPITRE XIV. - L'AMOUR VRAI.

CHAPITRE XIV. - L'AMOUR VRAI.

En voyant la Barbe-Bleue, malgré lui Croustillac rougit comme un écolier.

--J'ai été bien maussade hier, n'est-ce pas? dit Angèle au chevalier avec un sourire enchanteur, je vous ai donné une mauvaise opinion de moi en permettant à Arrache-l'Ame de raconter toutes sortes de folies; mais ne parlons plus de cela... A propos, Youmaalë le Caraïbe est ici.

--De ma fenêtre je l'ai vu avec vous, madame, dit amèrement l'aventurier, et il pensa: Elle n'a pas, en vérité, la moindre vergogne... quel dommage, avec une si adorable figure... Allons, Croustillac, sois ferme.

--N'est-ce pas qu'il est très beau, Youmaalë? demanda la veuve d'un air triomphant.

--Hum... hum... il est très beau pour un sauvage, répondit le chevalier avec dépit; mais puisque nous voilà seuls, madame, expliquez-moi donc comment vous pouvez, du jour au lendemain (ne vous choquez pas de cette question, que les circonstances m'obligent de vous poser), comment pouvez-vous, du jour au lendemain, changer ainsi d'amoureux?

--Oh mon Dieu! dit ingénument la veuve, l'un vient, l'autre s'en va; c'est tout simple.

--L'un vient, l'autre s'en va... c'est fort simple, en effet, envisagé sous le point de vue... mais, madame... la nature et la morale ont des lois...

--Ils m'aiment bien tous les trois, pourquoi ne les aimerais-je pas tous les trois?

Ces réponses étaient faites avec une si parfaite candeur, que le chevalier se dit:

--Il faut nécessairement que cette malheureuse-là ait été élevée dans quelque désert, dans quelque caverne; elle n'a pas la moindre notion du bien et du mal; ce serait absolument une éducation à faire... Il reprit tout haut avec certain embarras: Dussé-je passer pour un indiscret, pour un fâcheux, madame, je dois vous dire que, ce matin, pendant votre promenade avec le Caraïbe, je vous ai vue et entendue; comment se fait-il que sur un signe de lui vous ayez osé, au risque de vous empoisonner, porter à vos lèvres le fruit mortel du mancenillier?

--Youmaalë me dirait: Meurs! que je mourrais, répondit la veuve avec exaltation.

--Mais le boucanier, le flibustier, que diraient-ils si vous mouriez pour le Caraïbe?

--Ils diraient que j'ai bien fait.

--Et s'ils vous demandaient de mourir pour eux?

--Je mourrais pour eux.

--Comme pour Youmaalë?

--Comme pour Youmaalë.

--Vous les aimez donc tous trois également?...

--Oui, puisque tous trois m'aiment également...

--C'est une idée fixe, il n'y a pas moyen de la faire sortir de là, pensa le Gascon, je m'y perds, son accent est trop innocent pour être feint. Il se peut que la médisance ait calomnié l'affection peut-être fraternelle que cette jeune femme porte à ces trois bandits! pourtant le boucanier m'a donné à entendre... après tout, j'aurai peut-être mal compris, et puisque je veux la quitter, j'aime mieux la croire innocente que coupable, quoiqu'elle me semble, mordioux! furieusement difficile à innocenter. Il reprit:--Une dernière question, madame: quel était le but des atroces plaisanteries que vous et le flibustier avez faites, hier, sur deux de vos maris, dont l'un serait mort de rire, et dont l'autre aurait été changé en lampe ardente, grâce à l'intervention de l'homme rouge qui aurait, toujours selon la même plaisanterie, signé à votre contrat?... Vous sentez bien, madame, que si poli que je sois, il m'est extrêmement difficile de paraître prendre ces folies au sérieux.

--Ce ne sont pas des folies...

--Comment, vous voulez que je croie...

--Oh! il faudra bien que vous croyiez cela... et bien d'autres choses... enfin que vous vous rendiez à l'évidence, dit la veuve avec un accent singulier.

--Et quand m'expliquerez-vous ce beau mystère, madame?

--Lorsque je vous aurai dit à quel prix je mets ma main.

--Ah! elle recommence la même plaisanterie, se dit le Gascon. Ayons l'air d'être sa dupe pour voir jusqu'où elle ira; je voudrais même qu'elle allât très loin pour que mon sot amour fût complétement éteint. Il reprit tout haut:

--Et n'est-ce pas aujourd'hui que vous me direz à quel prix vous mettez votre main, madame?

--Oui.

--Et à quelle heure?

--Ce soir, au lever de la lune.

--Pourquoi à ce moment, madame?

--C'est un secret que vous saurez encore avec les autres.

--Et si je vous épouse, vous ne voulez pas me donner décidément plus d'un an à vivre?

La Barbe-Bleue soupira et dit tristement en secouant sa jolie tête:

--Hélas! non... pas plus d'un an.

Ayons toujours l'air d'être sa dupe, se dit le Gascon, et il ajouta:

--Et c'est par votre volonté que mes jours seraient sitôt comptés?

--Non, oh! non, s'écria la veuve.

--Ainsi, personnellement vous ne me haïssez pas, dit Croustillac.

A cette question, la physionomie de la Barbe-Bleue changea complétement d'expression et devint sérieuse et grave; elle redressa fièrement sa petite tête, et le chevalier fut frappé de l'air de noblesse et de bonté qui se répandit sur tous ses traits.

--Écoutez-moi, lui dit-elle d'une voix affectueuse mais protectrice: Parce que certaines circonstances de ma vie m'obligent à une conduite souvent étrange, parce que j'abuse peut-être de ma liberté, il ne faut pas croire que je méconnaisse les gens de coeur.

Croustillac regardait la veuve avec une incroyable surprise; ce n'était plus la même femme; à ce moment, la Barbe-Bleue lui paraissait une grande dame... Il fut tellement intimidé qu'il ne trouva pas une parole.

La Barbe-Bleue reprit:

--Vous me demandez si je vous hais, monsieur? nous ne sommes pas encore dans des termes où les sentiments, soit bons, soit mauvais, peuvent atteindre de telles extrémités... mais je suis loin de vous haïr... vous êtes certainement très vain, très fanfaron, très outrecuidant.

--Madame!...

--Mais vous êtes bon, mais vous êtes brave, mais vous seriez, j'en suis sûre, capable d'un généreux dévouement; vous êtes pauvre, d'une naissance obscure.

--Madame, le nom des Croustillac... en vaut bien un autre, s'écria le chevalier, ne pouvant vaincre le démon de l'orgueil.

La veuve continua, sans paraître avoir entendu le chevalier.

--Si vous étiez né riche et puissant, vous eussiez fait un noble emploi de votre puissance et de votre richesse; la misère aurait pu vous conseiller beaucoup plus mal qu'elle ne l'a fait, car vous avez souffert et enduré de nombreuses privations...

--Mais, madame...

--La pauvreté vous a trouvé insouciant et résigné, la fortune vous eût trouvé prodigue et bienfaisant; en un mot, ce qui est rare, vous n'avez pas été plus perverti par l'indigence que vous ne l'eussiez été par la prospérité! Si la somme de vos bonnes qualités ne l'avait pas emporté de beaucoup sur vos étourderies de jeunesse, cette maison ne vous aurait pas été ouverte, soyez-en bien certain, monsieur. Si la proposition que j'aurai à vous faire ce soir ne vous convenait pas... je suis sûre, du moins, que vous n'emporterez pas un méchant souvenir de la Barbe-Bleue. Veuillez m'attendre ici, ajouta-t-elle en souriant, je vais donner un coup d'oeil au repas de Youmaalë, car il est d'usage chez les Caraïbes que les femmes seules s'occupent de ce soin, et je voudrais que, sous ce rapport du moins, Youmaalë se crût encore dans son carbet...

Ce disant, la veuve sortit.

Cet entretien fut, comme on dit vulgairement, le coup de grâce du malheureux chevalier.

Lorsque la veuve avait rapidement analysé le caractère de Croustillac, elle s'était exprimée d'une manière pleine de bienveillance, de grâce et de dignité. Elle s'était enfin montrée sous un aspect si nouveau, qu'il renversait toutes les suppositions du Gascon.

Les simples et affectueuses paroles d'Angèle, le doux et noble regard qui les avait accompagnées, rendirent Croustillac plus fier, plus heureux qu'il ne l'eût été des compliments les plus outrés. Il se sentit, avec un mélange de joie et de crainte, si décidément, si éperdument amoureux de la veuve, qu'elle eût été pauvre, abandonnée, qu'il se serait vaillamment et généreusement dévoué pour elle.

Autre irrécusable symptôme d'un véritable amour.

L'étourdissante présomption du chevalier tomba tout à coup; il comprit combien son rôle avait été ridicule, et comme si le propre des sentiments vrais était toujours de nous rendre meilleurs, plus sensés, plus sagaces... à travers le chaos de contradictions que devaient nécessairement soulever les aveux et la conduite d'Angèle, le chevalier pressentit que ces apparences devaient cacher un grave et sérieux mystère: il se dit que l'intimité de la Barbe-Bleue avec ses bien-aimés, comme elle les appelait, voilait sans doute un autre secret, et que cette jeune femme avait été nécessairement calomniée d'une manière indigne; il se dit encore avec assez de vraisemblance qu'Angèle n'aurait pas fait montre d'un effroyable cynisme devant un étranger, sans quelque motif d'une haute importance.

Par suite de cette réhabilitation de la Barbe-Bleue dans l'esprit de Croustillac, elle devint à ses yeux complétement innocente du meurtre de ses trois maris.

Enfin, l'aventurier commençait à croire, tant l'amour le métamorphosait, que la solitaire du Morne-au-Diable pouvait bien avoir voulu se moquer de lui; et il se proposait d'éclaircir ce soupçon le soir même, lorsque la veuve lui dirait à quel prix elle mettait sa main.

Une chose embarrassait Croustillac: comment la veuve pouvait-elle être instruite de la vie qu'il avait menée? Mais il se souvint qu'à quelques détails près, il n'avait fait à personne un mystère de la plupart des antécédents de sa vie, à bord de la Licorne, et que l'homme d'affaires qui tenait le comptoir de la veuve à Saint-Pierre avait pu faire causer les passagers du capitaine Daniel.

Enfin, avec une sagesse et un bon sens qui feraient honneur au nouveau sentiment qu'il ressentait, Croustillac se posa ces deux hypothèses:

--Ou la Barbe-Bleue a voulu se divertir; et ce soir, elle me dira franchement: «Monsieur le chevalier, vous avez été un curieux impertinent; aveuglé par la vanité, poussé par la cupidité, vous avez donné votre parole d'être mon mari au bout d'un mois; j'ai voulu vous tourmenter un peu, et jouer le rôle de férocité qu'on me prête; le boucanier, le flibustier et le Caraïbe sont trois de mes serviteurs, en qui j'ai une entière confiance; et comme j'habite seule une maison très isolée... chacun d'eux vient à son tour veiller sur moi... Sachant les bruits absurdes qui circulent, j'ai voulu m'amuser de votre crédulité; ce matin même j'avais vu, du bout de l'allée, que vous étiez à m'épier, et la comédie de la pomme de mancenillier avait été convenue avec Youmaalë; quant au baiser qu'il m'a donné sur le front...»

Ici le chevalier fut un moment assez embarrassé pour justifier cet accessoire du rôle qu'il supposait joué par la veuve; mais il résolut la question en se disant que, dans les usages caraïbes, cette familiarité ne devait sans doute pas être inconvenante.

Le chevalier se promettait d'être satisfait de cette explication; et se rendant justice (un peu tard à la vérité), il renoncerait à une espérance insensée, prierait la veuve d'oublier la conduite qu'il avait tenue, lui baiserait la main, lui demanderait un guide, reprendrait son pauvre vieux justaucorps vert fané et ses bas roses, et attendrait un sort plus heureux en partageant la chambre du digne capitaine de la Licorne.

Si, au contraire, la veuve avait des vues sérieuses sur le chevalier (ce qu'il ne pouvait que difficilement admettre, alors qu'il ne s'aveuglait plus sur son mérite), dût-il payer ce bonheur de sa vie, il accepterait avec reconnaissance, bien décidé seulement à se charger personnellement de la garde de sa femme, et à renvoyer le boucanier à son boucan, le Caraïbe à son carbet et le flibustier à sa flibuste; à moins que la veuve ne préférât venir avec lui habiter la France.

Nous devons dire, à la louange du pauvre Croustillac, qu'il s'arrêtait à peine à cette dernière espérance; il considérait sa première interprétation de la conduite de la veuve comme beaucoup plus sage et plus probable.

Enfin, par une réaction naturelle du moral sur le physique, les airs triomphants et matamores du chevalier cessèrent en même temps que son outrecuidance... Sa physionomie, n'étant plus boursoufflée par une vanité grotesque, devint sinon belle, du moins presque intéressante, car elle n'exprimait plus que les bonnes qualités du chevalier, la résolution, la bravoure, nous dirions la loyauté, car il était impossible de mettre plus de franchise dans ses hâbleries que n'en mettait le Gascon....

· · ·

Pendant que le chevalier de Croustillac attend avec impatience le soir de cette journée qui promet d'être si fertile en événements, puisque la Barbe-Bleue doit lui signifier ses dernières intentions, nous conduirons le lecteur au Fort-Royal de la Martinique, port principal de l'île, et résidence habituelle du gouverneur.

Il s'agit d'un nouvel incident qui se rattache impérieusement à notre récit.

La rade de Saint-Pierre, où avait abordé la Licorne, était destinée au mouillage des bâtiments marchands, comme la rade du Fort-Royal était destinée aux bâtiments de guerre.

A peu près à la même heure où Youmaalë faisait sa promenade au Morne-au-Diable avec la Barbe-Bleue, le gardien de la vigie élevée au-dessus de l'hôtel du gouverneur de la Martinique (au Fort-Royal) signalait une frégate française; aussitôt le guetteur envoya son aide avertir le sergent d'artillerie commandant la batterie du fort, afin que l'on pût saluer, comme de coutume, le pavillon du roi, l'usage étant de tirer une salve de dix coups de canon pour tous les bâtiments de guerre lorsqu'ils viennent au mouillage.

Au grand étonnement du gardien, qui se repentit alors d'avoir dépêché son aide au sergent, il vit la frégate mettre en panne en dehors de la rade et descendre une chaloupe à la mer: cette embarcation fit force de rames vers l'entrée du port, pendant que la frégate louvoyait au large en l'attendant.

Cette manoeuvre était si extraordinaire, que le gardien se rendit auprès du capitaine des gardes du gouverneur, et le prévint de ce qui se passait, afin que l'on pût faire contremander la salve des batteries de terre. Cet ordre donné, le capitaine alla instruire à l'instant le gouverneur de la singulière évolution de la frégate.

Une heure après, la chaloupe du bâtiment français abordait au Fort-Royal, et mettait à terre un personnage vêtu en homme de condition, accompagné du lieutenant de la frégate; il entra chez le gouverneur, M. le baron de Rupinelle.

Le lieutenant remit au baron une lettre du capitaine commandant la Fulminante. Son navire avait ordre d'attendre sous voile le résultat de la mission dont était chargé M. de Chemeraut, et de repartir immédiatement; on devait prendre à la hâte quelques vivres frais et de l'eau pour les gens de l'équipage.

Le lieutenant alla s'occuper activement des rafraîchissements de la frégate; M. de Chemeraut et le gouverneur restèrent seuls.

M. de Chemeraut était un homme de quarante-cinq à cinquante ans, d'un teint sombre et olivâtre qui faisait paraître plus clairs encore ses yeux vert de mer; il portait une perruque noire et un justaucorps brun galonné d'or. Sa physionomie était intelligente, sa parole nette, brève; son coup d'oeil perçant, scrutateur; sa bouche, pour ainsi dire sans lèvres, tant elles étaient minces et rentrées, ne souriait jamais; s'il lançait quelques sarcasmes, ce qui lui arrivait quelquefois, sa figure devenait encore plus sérieuse que d'habitude; il avait d'ailleurs les formes les plus polies et les habitudes de la meilleure compagnie. Son courage, sa discrétion, son sang-froid étaient tels que M. de Louvois l'avait jadis très souvent employé dans les missions les plus difficiles et les plus périlleuses.

M. de Chemeraut offrait un contraste frappant avec le gouverneur, M. le baron de Rupinelle, gros homme pansu, pesant, n'ayant qu'un soin, qu'une pensée, celle de se préserver de la chaleur; sa figure était grasse, pleine, pourprée; ses yeux, extraordinairement ronds, lui donnaient toujours un air étonné.

Le baron, probe et brave, mais parfaitement nul, devait son emploi à la toute puissante protection de la famille Colbert, à laquelle il était allié par sa mère.

Pour recevoir dignement le lieutenant de la frégate et M. de Chemeraut, le baron avait quitté bien à regret une casaque de coton blanc et un chapeau de paille caraïbe, pour se coiffer d'une énorme perruque blonde, endosser un justaucorps dit à brevet, espèce d'uniforme bleu galonné d'or, et se charger d'un lourd baudrier et d'une épée.

La chaleur était extrême, et le gouverneur maudissait l'étiquette dont il était victime.

--Monsieur, lui dit M. de Chemeraut qui paraissait parfaitement insensible à l'élévation de cette température tropicale, pouvons-nous parler sans crainte d'être entendus?

--Il n'y a aucun danger à cet égard, monsieur: cette porte ouverte donne dans mon cabinet, où il n'y a personne, et cette autre dans la galerie, déserte aussi.

M. de Chemeraut se leva, alla regarder dans les deux pièces et referma soigneusement les deux portes.

--Pardon, monsieur, dit le gouverneur, mais si nous restions seulement avec ces deux fenêtres ouvertes...

--Vous avez raison, monsieur le baron, dit M. de Chemeraut en interrompant le gouverneur et en allant fermer pareillement les fenêtres, ceci est plus prudent; on pourrait nous entendre du dehors.

--Mais, monsieur, si nous restons sans aucun courant d'air, nous allons étouffer ici. Cela va devenir une véritable étuve.

--Ce que je dois avoir l'honneur de vous dire, monsieur le baron, ne durera pas longtemps; mais il s'agit d'un secret d'état de la dernière importance, et la moindre indiscrétion pourrait compromettre la réussite de la mission que je viens remplir par ordre du roi. Vous m'accorderez donc la grâce de nous enfermer ainsi jusqu'à la fin de notre entretien.

--Si c'est l'ordre de Sa Majesté, je dois me soumettre, monsieur, dit M. de Rupinelle avec un long soupir et en s'essuyant le front, je saurai me dévouer pour son service.

--Veuillez d'abord jeter les yeux sur le pouvoir de Sa Majesté, dit M. de Chemeraut; et il prit un papier dans une petite cassette qu'il portait avec un soin tout particulier, et qu'il n'avait voulu confier à personne.

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