IX.--POUR ENTERRER LE DIRECTEUR
--En voilà un qui a été vite enlevé!
--Ce que c’est que de nous, tout de même!
--D’ailleurs, il paraît que ce dont il est mort, ce n’est pas du tout pour ça qu’on le soignait.
--Est-ce que vous croyez aux médecins, vous?
--Je ne crois pas à la médecine, mais je crois à la chirurgie.
--Tous les médecins ne sont pas des empiriques.
--Et puis, on aura beau dire, faire venir le médecin, ça rassure toujours.
--Parce que, en général, c’est le moral qui est atteint, et que les médecins agissent sur le moral.
--Il est certain que le moral joue un très grand rôle.
--Mens sano in corpore sana!
--Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y ait certaines précautions à prendre.
--Pas de drogues, mais de l’hygiène!
--Il n’est pas douteux que, si l’on suivait un peu mieux les règles de l’hygiène, il n’y aurait pas tant de pharmaciens.
--Et ils ne vendraient pas deux francs ce qui leur revient à deux sous.
--Ce n’est toujours pas dans notre famille qu’on enrichit les pharmaciens.
--Mon père est mort à soixante-seize ans sans avoir jamais été malade.
--Je voudrais seulement qu’on m’en souhaite autant.
--Je crois que nous sommes tous les deux de la même promotion.
--Oui, comme on dit, quand l’un partira, l’autre fera bien de graisser ses bottes.
--J’espère que nous n’en sommes pas encore là.
--Ça vient quand ça vient, le mieux est de n’y pas songer.
--Oh! je vous garantis que ce n’est pas ça qui m’empêche de dormir.
--Tout dépend aussi de ce qu’on laisse derrière soi.
--Il passait pour avoir une certaine situation de fortune, indépendamment de sa position.
--On n’est jamais riche quand on a quatre enfants.
--Et le voilà parti sans sa croix...
--Avouez que maintenant ça lui ferait une belle jambe!
--Je ne dis pas ça: il y a toujours la satisfaction morale.
--Voyez si Rabaud se donne de l’importance!
--Voilà une petite mort qui lui fait gagner au moins deux ans et demi.
--Je ne lui veux pas de mal et je ne suis pas riche, mais je donnerais bien quelque chose de ma poche pour que ce ne soit pas lui qui soit nommé.
--Le malheur des uns fait le bonheur des autres.
--C’est la vie.