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Chapitre 4 Noël 1913

Noël ! Noël !
La Terre attend son Roi. Comme une communiante, elle s’est vêtue de blanc. Des fleurs fragiles de neige s’épanouissent dans les arbres, les toits sont tendus d’hermine et les rues voilent leur hideur.

Jésus va naître.

Les cent croix de la ville se dressent comme un acte de foi dans la nuit étoilée. Au-dessous d’elles, les hommes se rappellent un moment qu’ils sont tous frères dans la grande famille de la Chrétienté. Les pauvres mêmes sont heureux, car Noël est leur fête. Les premiers, comme naguère les bergers, ils entendent le carillon de la messe de minuit qui, s’éveillant dans les pierres grises de Notre-Dame, gagne, petit à petit, en une marée montante d’harmonie, les clochers, les dômes et les tours. La voix du bronze vient mourir, contre les vitres hermétiques et les rideaux lourds, mais elle entre, sans peine, gaie et sonore, par les lucarnes disjointes des mansardes.

Les églises, tristement closes par ailleurs, tendent aux guenillous, cette nuit-là, leurs deux battants ouverts, et jusqu’au matin, près de la tiédeur des calorifères, ils pourront voir danser la lumière d’or des cierges, respirer les parfums de l’encens, recevoir dans leurs âmes, enveloppé de la grande voix de l’orgue, l’apaisement des vieux cantiques, et rapprocher avec fierté leurs loques de celles de l’Enfant-Dieu. Et pendant qu’à la douce chaleur, leur viendront avec des somnolences, des rêves de bonheur, peut-être que des anges en robe noire – il en est à Montréal – iront chez les enfants laissés sans crainte au foyer, puisque les poêles sont éteints, emplir les bas pendus que des trous agrandissent.

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