‹ Le petit-neveu de Grécourt, ou, Étrennes gaillardes Recueil de Contes en vers, réimprimés sur l'édition de 1782Chapitre 5 sur 15 · L'UN POUR L'AUTRE

L'UN POUR L'AUTRE

CONTE

Près de s'unir à sa discrète amie, Le bon Damis, chez elle, un beau matin, Sur un sopha la trouvant endormie, Osa risquer un geste libertin; Mais par malheur s'éveille la Donzelle, Et ses beaux yeux encore appesantis: «Mon cher Louis, ah! tu vaux trop,» dit-elle, (Louis étoit un valet du logis), «Toute la nuit, tu m'as prouvé ton zèle; »Le jour au moins, repose-toi, Louis.»

LA PRÉSENCE D'ESPRIT

Martin menoit son cochon au marché, Avec Suzon, qui dans la plaine grande, Pria Martin de faire le péché De l'un sur l'autre, et Martin lui demande: «Mais, qui tiendroit notre cochon, friande? »--Qui?» dit Suzon, «bon remède il y a.» Lors le cochon à sa jambe lia, Puis Martin grimpe, et lourdement engaîne. Le porc eut peur, et Suzon s'écria: «Serre, Martin! notre cochon m'entraîne.»

LA DÉFENSE BIEN OBSERVÉE

«Quoi! maman me laisse seulette? »Pour moi j'en suis presque en courroux; »Il semble qu'exprès avec vous »Je voulois rester tête à tête; »Mais non, Monsieur, n'en croyez rien; »Vraiment je vous le défends bien.

»Pour favoriser le mystère, »Ma porte est fermée aux verroux; »Ici, sans crainte des jaloux, »On pourroit jouir et se taire; »Mais non, Monsieur, n'en faites rien; »Vraiment je vous le défends bien.

»Prêt à rire de ma colère, »Peut-être que mon négligé, »Mon mouchoir un peu dérangé, »Vont vous rendre trop téméraire; »Mais non, Monsieur, qu'il n'en soit rien; »Vraiment je vous le défends bien.

»Dans vos yeux je lis votre audace, »Vos regards dévorent mon sein; »Vous allez y porter la main, »Votre bouche en prendra la place; »Mais non, Monsieur, n'en faites rien; »Vraiment je vous le défends bien.

»Mais que vois-je? ma jarretière »Se défait et tombe à mes pieds; »Souffrir que vous la rattachiez! »Oh! pour cela je suis trop fière! »Non, non, Monsieur, n'en faites rien; »Vraiment je vous le défends bien.»

Comprenant enfin la défense, Par degré Damon s'enhardit, A la belle il désobéit, Pour prouver son obéissance. Jusques au bout il fit si bien, Qu'on ne lui défendit plus rien.

LE DÉGEL

Un jour d'hiver Robin, tout éperdu, Vint à Catin présenter sa requête, Pour dégeler son chose morfondu, Qui ne pouvoit quasi lever la tête. Incontinent Catin fut toute prête; Robin aussi prend courage et s'accroche; On se remue, on se joue, on se hoche. Puis quand ce vint au naturel devoir, «Ah!» dit Catin, «le grand dégel approche! »--Oui,» répond-il, «je sens qu'il va pleuvoir.»

HISTOIRE VÉRITABLE ET REMARQUABLE D'UN ABBÉ

Qui avoit donné un rendez-vous à une femme mariée; le mari, instruit de ce rendez-vous, mit à sa chaste épouse une ceinture fort usitée en Italie.

Air: _Tarare, pon, pon._

C'est approchant comm' ça, Vers Novembre Ou Décembre, Que Flore me donna Un rendez-vous pour ça. En entrant dans sa chambre, Flore dit: «Ah! pour ça, »Ah! l'abbé, sent-on l'ambre »Comm' ça?»

--«La Dulac[1] est comm' ça,» Réplique L'Abbé R'lique; «Mais son ambre a cela »De me rendre comm' ça. »--Abbé,» dit-elle, «unique, »L'on ne voit sonica, »Qu'un Ecclésiastique »Comm' ça.

»Je ne suis pas comm' ça, »Si preste: »Malepeste! »Mon mari jaloux m'a »Mise en cage comm' ça; »La ceinture funeste »Que vous me voyez là, »Vous interdit un geste »Comm' ça.»

--«Je n'ai rien vu comm' ça; »Le traître!» Dit le Prêtre, «Ce chien de mari-là! »Gêner un coeur comm' ça! »Sans que j'en sois le maître. »Cette vue a déjà »Fait que je cesse d'être »Comm' ça.»

--«Une histoire comm' ça,» Dit la Belle, «Est nouvelle; »Quel tour plaisant c'est là! »L'Abbé, j'en ris comm' ça.» L'abbé, riant comme elle, Fait ses adieux, s'en va, Laissant la Demoiselle Comm' ça.

[1] Marchande renommée pour les odeurs et les parfums.