Le Poète assassiné · PROSPECTUS POUR UN NOUVEAU MÉDICAMENT
Pourquoi revint-il Hjalmar
Les hanaps d’argent coupelle restèrent vides
Les étoiles du soir
Devinrent les étoiles du matin
Et réciproquement
La sorcière de la forêt de Hrûlœ
Prépara son repas
Elle était hippophage
Mais lui ne l’était pas
Maï Maï ramaho nia nia
Puis les étoiles du matin
Redevinrent les étoiles du soir
Et réciproquement
Il s’écria — Au nom de Marœ
Et de son gypaète préféré
Fille d’Arnammœr
Prépare la boisson des héros
— Parfaitement noble guerrier
Maï Maï ramaho nia nia
Elle prit le soleil
Et le plongea dans la mer
Ainsi les ménagères
Font tremper un jambon dans la saumure
Mais malheur ! les saumons voraces
Ont dévoré le soleil noyé
Et se sont fait des perruques
Avec les rayons
Maï Maï ramaho nia nia
Elle prit la lune et l’entoura de bandelettes
Comme on fait aux mortes illustres
Et aux petits enfants
Et puis à la clarté des seules étoiles
Les éternelles
Elle fit une décoction de selage
D’euphorbe de goudron de Norvège
Et de morve des Alfes
Pour donner à boire au héros
Maï Maï ramaho nia nia
Il mourut comme le soleil
Et la sorcière grimpée au haut d’un sapin
Écouta jusqu’au soir
La rumeur des grands vents engouffrés dans la fiole
Et les scaldes menteurs en donnent leur parole
Maï Maï ramaho nia nia
⁂
Croniamantal se tut un instant puis il ajouta :
— Je n’écrirai plus qu’une poésie libre de toute entrave serait-ce celle du langage :
Écoute, mon vieux !
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— Ton dernier vers, mon pauvre Croniamantal, dit l’oiseau du Bénin, est un simple plagiat de Fr.nc.s J.mm.s.
— Ce n’est pas vrai, dit Croniamantal. Mais je ne composerai plus de poésie pure. Voilà où j’en suis par ta faute. Je veux faire du théâtre.
— Tu ferais mieux d’aller voir la jeune fille dont je t’ai parlé. Elle te connaît et semble folle de toi. Tu la trouveras au bois de Meudon jeudi prochain à l’endroit que je te dirai. Tu la reconnaîtras à la corde à jouer qu’elle tiendra à la main, elle se nomme Tristouse Ballerinette.
— Bien, dit Croniamantal, j’irai voir Ballerinette et coucherai avec elle, mais avant tout je veux aller chez les Théâtres pour y porter ma pièce Iéximal Jélimite que j’ai écrite dans ton atelier l’an dernier en mangeant des citrons.
— Fais ce que tu veux, mon ami, dit l’oiseau du Bénin, mais n’oublie pas Tristouse Ballerinette, ta femme à venir.
— Bien parlé, dit Croniamantal, mais je veux rugir une fois encore le sujet d’Iéximal Jélimite. Écoute :
Un homme achète un journal au bord de la mer. D’une maison située côté jardin sort un soldat dont les mains sont des ampoules électriques. D’un arbre descend un géant ayant trois mètres de haut. Il secoue la marchande de journaux qui est de plâtre et qui en tombant se brise. À ce moment survient un juge. À coups de rasoir il tue tout le monde, tandis qu’une jambe qui passe en sautillant assomme le juge d’un coup de pied sous le nez, et chante une jolie chansonnette.
— Quelle merveille ! dit l’oiseau du Bénin, je brosserai les décors, tu me l’as promis.
— Cela va sans dire, répondit Croniamantal.
Le lendemain Croniamantal alla chez les Théâtres, ils étaient réunis chez M. Pingu, le financier. Croniamantal parvint à se faire introduire en graissant la patte au padalobre et au pompier de service. Il entra sans timidité dans la salle où les Théâtres, leurs acolytes, leurs sicaires et leurs suppôts s’étaient réunis.
croniamantal
Messieurs les Théâtres, je suis venu pour vous lire ma pièce Iéximal Jélimite.
les théâtres
De grâce, attendez un peu, monsieur, que l’on vous ait mis au courant de nos usages. Vous voici parmi nous, parmi nos acteurs, nos auteurs, nos critiques et nos spectateurs. Écoutez attentivement et ne parlez presque pas.
croniamantal
Messieurs, je vous remercie de l’accueil cordial que vous me faites et je profiterai, j’en suis certain, de tout ce que j’entendrai.
Mes rôles ont duré ce que durent les roses
Mais ma mère j’aime mes métempsychoses
Ô phoques de Protée et ses métamorphoses
un vieux régisseur
Vous en souvenez-vous, madame ! Un soir de neige en 1832, un inconnu égaré frappa à la porte d’une villa située sur la route qui mène de Chanteboun à Sorrente…
le critique
Aujourd’hui, pour qu’une pièce réussisse, il est important qu’elle ne soit pas signée par son auteur.
le meneur à son ours
Roule-toi dans les petits pois
Fais le mort… Donne à téter…
Danse la polka… la masourke maintenant…
chœur des buveurs
Jus de la treille
Liqueur vermeille
Buvons buvons
Si nous pouvons
chœur des mangeurs
Tas de goulus
Il n’y a plus
Une miette
Dans l’assiette
buveurs
Trognes vermeilles
Buvons buvons
Le jus des treilles
r.d..rd k.pl.ng, l’acteur, l’actrice, les auteurs
Aux spectateurs
Paye ! Paye ! Paye ! Paye ! Paye ! Paye ! Paye !
le prédicateur
Le Théâtre, mes chers frères, est une école de scandale, c’est un lieu de perdition pour les âmes et pour les corps. Au témoignage des machinistes tout est truqué dans un théâtre. Des sorcières plus vieilles que Morgane y arrivent à se faire passer pour des fillettes de quinze ans.
Que de sang versé dans un mélodrame ! Je le dis en vérité, bien qu’il soit postiche, ce sang retombera par tiers sur la tête des enfants des auteurs, des acteurs, des directeurs, des spectateurs, jusqu’à la septième génération. Ne mater suam, disaient autrefois les jeunes filles à leurs mères. Aujourd’hui elles demandent : « Irons-nous au théâtre ce soir ? »
Je vous le dis en vérité, mes frères. Peu de spectacles ne mettent pas les âmes en danger. Outre le spectacle de la nature, je ne sache que la baraque du pétomane où l’on puisse aller sans crainte. Ce dernier spectacle, mes chers frères, est gaulois et sain. Le bruit dilate la rate, il chasse Satan des lombes où il gîte et c’est ainsi que les Pères du désert arrivaient à s’exorciser en eux-mêmes.
une mère d’actrice
Tu p…, Charlotte ?
Non, maman, je rote.
m. maurice boissard
Les voilà bien aujourd’hui les entrailles d’une mère !
un auteur qui a une pièce reçue
à la comédie-française
Mon ami, vous n’avez pas l’air très dégourdi. Je vais vous enseigner le sens de quelques mots du vocabulaire théâtral. Écoutez-les attentivement et retenez-les si vous pouvez.
Achéron (ch dur ou chuintant ad libitum). — Fleuve des Enfers et non de l’enfer.
Artistes (deux genres). — Ne s’emploie qu’en parlant d’un comédien ou d’une comédienne.
Frère. — Éviter de joindre à ce substantif le qualificatif « petit ». L’adjectif « jeune » convient mieux.
Nota Bene. — Cette remarque ne s’applique pas à l’opérette.
High-life. — Cette expression bien française se traduit en anglais par fashionable people.
Liaisons. — Elles sont toujours dangereuses au théâtre.
Papa. — Deux négations valent une affirmation.
Pommes cuites (ne s’emploie pas au singulier). — Crudité préjudiciable à l’estomac.
Zut. — Ce mot déjà vieilli remplaçait avantageusement, il y a vingt ans, le mot de Cambronne.
Voulez-vous aussi quelques titres ? Ils sont importants quand on veut réussir. En voici d’infaillibles :
Le Contour ; Le Pourtour ; La Tour ; Autour avec Alentour ; Les Vautours ; Louison, ta chemise n’est pas propre ; Hâte-toi lentement ; Le Bar tentaculaire ; Cintième à gauche ; La Magicienne ; La Guelfe ; J’te vas tuer ; Mon Prince ; L’Artichaut ; L’École des Notaires ; La Torchère.
Au revoir, monsieur, ne me remerciez pas.
un grand critique
Messieurs, je viens vous soumettre le compte rendu du triomphe d’hier soir. Y êtes-vous ? Je commence :