‹ Le règne du silenceChapitre 62 sur 99 · XVIII - I

XVIII - I

L’eau houleuse du port est sans mirage aucun. Mais, dans le somnolent dimanche, il suffit qu’un Souffle d’air passe au fil du bassin qui repose Pour propager le vert reflet des peupliers, Quand se crispe en frissons de moire l’eau morose...

C’est ainsi que la cloche aux glas multipliés Dans l’Ame du dimanche, où toute rumeur cesse, Agrandit longuement des cercles de tristesse.

AU FIL DE L’AME

Ne plus être qu’une âme au cristal aplani Où le ciel propagea ses calmes influences; Et, transposant en soi des sons et des nuances, Mêler à leurs reflets une part d’infini. Douceur! c’est tout à coup une plainte de flûte Qui dans cette eau de notre âme se répercute; Là meurt une fumée ayant des bleus d’encens... Ici chemine un bruit de cloche qui pénètre Avec un glissement de béguine ou de prêtre, Et mon âme s’emplit des roses que je sens... Au fil de l’âme flotte un chant d’épithalame; Puis je reflète un pont debout sur des bruits d’eaux Et des lampes parmi les neiges des rideaux... Que de reflets divers mirés au fil de l’âme!

Mais n’est-ce pas trop peu? n’est-ce pas anormal Qu’aucun homme ne soit arrivé de la ville Pour ajouter sa part de mirage amical Aux Choses en reflets dans notre âme tranquille? Nulle présence humaine et nul visage au fil De cette âme qui n’a reflété que des cloches. Ah! sentir tout à coup la tiédeur d’un profil, Des yeux posés sur soi, des lèvres vraiment proches... Fraternelle pitié d’un passant dans le soir Par qui l’on n’est plus seul, par qui vit le miroir!

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