‹ Le Roi des FrontinsChapitre 32 sur 32 · Scène XVIII.

Scène XVIII.

Les Mêmes, DUMARSAY, L’HUISSIER, au fond.

ARTHUR, à Sérigny.

Monsieur Dumarsay !… du calme !

DUMARSAY.

Monsieur de Sérigny, votre épée…

SÉRIGNY, hésitant.

Comment !

DUMARSAY.

C’est la règle.

SÉRIGNY.

Allons !…

(il remet son épée à l’huissier qui s’est approché.)

THOMAS.

C’est sa faute… il fait le méchant.

DUMARSAY, après avoir descendu la scène, et
parcourant la dépêche qu’il a à la main.

Ah ! par exemple !… (Lisant.) « Ne donnez pas de suite à l’affaire de cette nuit : mettez en liberté M. de Sérigny. Parmi les noms des conspirateurs, il s’en trouve un que notre justice veut épargner ; c’est-à-dire, que nous pardonnons à tous, pour ne pas avoir à punir M. le maréchal de Villeroi. »

SÉRIGNY, à Arthur, bas.

Villeroi !… Mais il n’était pas des nôtres !… comment se fait-il ?…

ARTHUR, lui montrant Thomas.

Frontin, peut-être…

SÉRIGNY, s’approche de Thomas et lui serre la main, bas.

J’ai compris !… C’était bien audacieux !

THOMAS, bas.

Hein ! Oui, c’était… c’était risqué… (À part.) Je n’y suis pas du tout !

SÉRIGNY, avec effusion.

Tant de dévoûment !… Oh ! merci !

DUMARSAY, qui a remonté la scène.

Monsieur de Sérigny, reprenez votre épée… (Saluant.) Je me félicite, pour vous, messieurs, de l’heureuse issue de cette affaire… (À Fayensal.) Suivez-moi, Fayensal.

(Ils sortent tous deux par la gauche.)

THOMAS, à l’huissier.

Eh ! l’ami, rendez, rendez l’épée !

(L’huissier remet l’épée à Sérigny, et sort à droite.)

ARTHUR.

Et on osait le soupçonner, lui, le modèle des valets, le roi des Frontins !

SÉRIGNY.

Mais, comment diable es-tu parvenu à vaincre tant d’obstacles en si peu de temps !

THOMAS.

Oh ! ça, c’est mon secret… et tout me porte à croire que je ne le trahirai pas.

ARTHUR.

C’est qu’en vérité, il n’a pas son pareil !… Faut-il rapprocher deux amans ?… Frontin s’en mêle… le mariage est conclu. Faut-il pénétrer jusqu’au régent pour forcer sa clémence ; faut-il ouvrir une prison ou gagner un procès, Frontin, toujours Frontin. Sans bouger, il voyage en tous lieux ; sans écouter, il entend tous les bruits ; sans regarder, il voit à travers tous les murs…

THOMAS.

Moi ! pas vrai !

ARTHUR.

Et tout cela avec tranquillité, avec bonhomie, comme un homme qui ne voit rien, qui ne comprend rien… Tenez, regardez-le avec son air bête… Tiens, embrasse-moi !

THOMAS, s’essuyant avec le revers de sa manche.

Comment ! vous voulez ?… (Ils s’embrassent. — à part.) Ah ! j’ai là un bourgeois bien caressant !

ARTHUR.

J’espère, Frontin que tu ne me quitteras jamais, que tu resteras toujours mon serviteur intime, mon valet de confiance.

THOMAS.

Oh ! non, pas de ça ! J’ai maintenant d’autres idées… Mon héritage… la bourse de mon vieux client, ont révélé en moi une nouvelle vocation… Je vais faire mon droit… (Au public.) Messieurs, si vous avez jamais besoin d’un avocat… Voilà !… Affaires de famille, affaires de cœur, affaires de… Je tripote un peu de tout ça… Thomas… maître Thomas, marché aux Veaux, à Poissy. Affranchir.

CHŒUR FINAL.

AIR : des Trompes de Musard.

Ah ! pour nous, quel jour heureux,
Pour nos cœurs quelle ivresse !
Quand Frontin, par son adresse,
A comblé tous nos vœux !

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