III
Un vapeur, crachant des torrents de fumée noire, approchait rapidement du canot en dérive, car la vigie l’avait signalé, et le vapeur se dirigeait vers lui, afin de porter secours.
Le capitaine, debout sur le pont, voyait à l’aide de sa lunette un homme étrange et mi-nu gesticulant de façon extraordinaire, trébuchant et en danger de tomber à tout instant par-dessus bord. Quand le navire se fut suffisamment approché, le capitaine vit l’homme lancer une carte dans les flots, puis se tenir dans une posture rigide et de mauvais augure, sur le sens de laquelle on ne se pouvait méprendre. Il fit retentir la sirène. L’individu en dérive tressaillit violemment et, se détournant, aperçut approchant à toute vapeur, le navire où l’on hâtait la mise à l’eau d’une embarcation.
Le malheureux toujours immobile avait maintenant les yeux rivés sur l’étrange apparition qui lui semblait avoir brusquement surgi de l’océan.
L’embarcation toucha l’eau et avança rapidement.
– Nagez vigoureusement, les gars, car l’homme est fou et se dispose à sauter par-dessus bord. Un énorme requin le guette. Qu’il tombe à l’eau, il est perdu.
Les matelots se courbèrent sur leurs avirons, et poussèrent des appels, afin d’avertir le malheureux de la présence du requin.
– Patientez un instant, lui crièrent-ils, on va vous prendre à bord !
L’intention des matelots parut enfin luire à l’esprit de l’infortuné. Il se raidit tant bien que mal pour prendre une attitude d’un misérable semblant de dignité, et d’une voix rauque répondit :
– Non, j’ai joué ; j’ai perdu. Un honnête homme paie une dette d’honneur.
Et une lueur dans les yeux telle qu’en ont ceux dont la vision a percé le plus prodigieux de tous les mystères, il s’élança dans les flots.
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