‹ Le sorcier de MeudonChapitre 19 sur 32 · TROISIÈME PARTIE - I

TROISIÈME PARTIE - I

LE MÉNÉTRIER DE MEUDON

UNE SOIRÉE AU PRESBYTÈRE

C'était le plus beau pied de vigne qu'on eût vu depuis Noé, tordu, noueux et vigoureux comme les membres du vieil Atlas; il semblait se pressurer lui-même pour gonfler plus abondamment ses raisins; adossé au vieux mur noirâtre et moussu que décoraient encore çà et là quelques débris de colonnettes, il pliait sous ses branches puissamment attachées et déployées en éventail, ombragées à peine par quelques feuilles éclaircies; jaunes comme l'or ou rouges comme le vin, ses grappes pleines, rebondies et pressées les unes contre les autres, ressemblaient au sein de la nature avec ses innombrables mamelles. Les unes à demi cachées sous ce qui restait de feuilles, étaient fraîches, dodues et fleuries, d'autres moins honteuses et plus aventurées au soleil, dégageaient leurs grains brunis et à demi fendus où brillait un jus plus doux et plus blond que le miel. Elles semblaient sucrées à l'oeil, et rien qu'à les voir on les savourait en idée.

Cette vigne, maître François l'avait plantée, elle venait du clos de la Devinière et s'était acclimatée dans le petit jardin du presbytère de Meudon. Sur le mur ombragé par ses branches, le lézard tantôt courrait en glissant comme une flèche à travers les feuilles, ou dormait aux rayons tièdes, en relevant avec volupté sa petite tête de serpent; le limaçon, portant coquille au dos comme un beau petit pèlerin de Saint-Jacques, s'y promenait en traînant sa queue; les mouches bourdonnaient, les oiseaux voletaient, sans que personne songeât à les effaroucher, car tout le monde était bien venu dans le presbytère de Meudon.

Auprès de cette vigne, sous un berceau formé par des branches de lilas et des touffes de lierre, une table était dressée. Sur cette table, on voyait encore une assiette de fruits, un hanap du bon vieux temps et une grande pinte à demi pleine de cidre, car le bon curé réservait presque toujours son vin pour ses malades; puis un écritoire, des feuilles éparses et un assez gros cahier sur lequel, ont eût pu lire en belle et grande écriture:

LES AVENTURES DE PANTAGRUEL

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