II
Pendant les premiers mois qui suivirent la mort du comte, le désespoir de Diane fut tel qu'on eut à craindre pour sa raison. Peu à peu pourtant sa douleur s'apaisa, et une prostration muette suivit l'exaltation délirante. Avec l'accalmie relative des regrets, la nature reprit ses droits: l'exaspérée fermentation des lancinants désirs se mit à battre de nouveau dans ses veines de femme chaude, ses nuits furent hantées par de hideux cauchemars que d'exténuantes mortifications monastiques ne parvinrent pas à exorciser. Souvent, réveillée en sursaut, en butte à des tentations hallucinantes, elle tombait à genoux devant la niche de la Madone, implorant, avec des sanglots, l'absolution de l'inconsciente frénésie qui lui brûlait le sang, ou bien encore, après avoir erré comme une apparition désolée par les sombres corridors du château, elle passait la nuit jusqu'aux premiers rosissements de l'aube, dans le large périptère ouvert sur l'étang où pleurent les sarcelles, debout, son front fiévreux contre le marbre des colonnades, aspirant avec avidité le vent chargé de brume. Honteuse, elle se surprenait à convoiter les bras musculeux des jardiniers ou les mollets charnus des valets de chambre. Parfois, elle pensait aussi à se remarier. Alors un fantôme connu, très pâle, avec un doux sourire plein de reproches, se dressait devant ses yeux épouvantés, pour lui rappeler qu'elle lui avait juré à son lit de mort de ne jamais laisser souiller sa couche par un autre homme.
Ainsi, l'oeil cerclé de bistre, le facies torturé par de névriques spasmes, elle languissait et s'étiolait, cette Mimalone condamnée au célibat par un serment irrévocable.