3.2
Moins de cinq minutes après que Bertrand et Régine eurent quitté le porche du Petit Saint-Antoine, la porte de l’église s’ouvrit précautionneusement. Elle tourna sans bruit sur ses gonds et, dans l’ouverture, la silhouette d’un homme apparut, à peine discernable dans l’obscurité. Il se glissa hors de la porte dans le porche et ferma le battant derrière lui.
Puis, sa grande silhouette se traîna le long de la rue Saint-Antoine dans la direction de l’Arsenal, ses sabots faisant un morne clic ! clac ! sur les pavés. Il n’y avait que peu de passants à cette heure et l’homme marcha de la même allure traînante jusqu’à la porte Saint-Antoine. Les portes de la ville étaient encore ouvertes, car les nombreuses horloges des églises du quartier venaient de sonner huit heures, et le sergent de garde ne fit pas bien attention à ce mendiant, seulement, lui et la demi-douzaine de gardes nationaux qui avaient la garde de la porte remarquèrent que le passant attardé était en proie à une toux terrible qui fit dire aux hommes avec une grimace facétieuse :
— En voilà un qui ne donnera pas de peine à Maman Guillotine !
Ils remarquèrent de plus que le géant, après avoir traversé la porte, avait tourné ses pas hésitants dans la direction de la rue de la Planchette.
q