‹ Le Voyage dans la LuneChapitre 3 sur 4 · 3

3

DOUZIÈME TABLEAU

LA CONSULTATION

Un intérieur chez Cosmos.

UN GARDE, DEUX GARDES, QUATRE GARDES,
puis FLAMMA et Les Dames du Palais.

INTRODUCTION

FLAMMA.

Allons, mesdemoiselles, entrons chez la princesse.

Elle se dirige du côté de la chambre où est enfermée Fantasia.

LE GARDE.

On ne passe pas.

LES DEUX GARDES.

On ne passe pas !

TOUS.

On ne passe pas.

FLAMMA.

Mais nous sommes les demoiselles d’honneur de la princesse.

LES DEUX GARDES.

On ne passe pas !

ITA.

Mais la princesse a peut-être besoin de nos soins.

PREMIER GARDE.

Possible.

ASPHODÈLE.

On dit qu’elle est malade.

LE GARDE.

Très malade… fectivement.

FLAMMA.

En bien, laissez-nous entrer… mon petit garde.

TOUTES, caressant un garde.

Mon petit garde.

STELLA.

Vous serez si gentil.

ADJA, même jeu.

Si aimable !

ITA, même jeu

Si charmant !

NÉBULEUSE.

Si mignon !

AZURINE.

Mon petit garde !…

PHŒBÉ.

Voyons ! laissez nous passer !…

TOUTES.

Oui, oui, laissez-nous passer !

PREMIER GARDE.

On ne passe pas !

FLAMMA.

Quel dommage ! j’aurais tant désiré voir la princesse !

AZURINE.

Et moi donc !

TOUTES.

Et nous donc !

STELLA.

Il parait qu’elle est tout à fait amoureuse… Il n’y a plus d’espoir.

ADJA.

Et c’est pour cela que le roi l’a fait enfermer ici ?

STELLA.

Dame ! il y a de quoi…

PHŒBÉ.

Est-ce qu’elle souffre beaucoup ?

FLAMMA.

Oh ! beaucoup… Figurez-vous un mal qui la rend à la fois gaie, triste, bavarde, silencieuse, douce et violente ; qui ne lui laisse pas un moment de repos, qui la fait rire, pleurer, crier, s’agiter…

NÉBULEUSE.

Cela doit être affreux !

ADJA.

Mais tu l’as donc vue ?

FLAMMA.

Certainement, cette nuit, à travers la porte, pendant que les gardes dormaient.

ADJA.

Et que disait-elle ?

FLAMMA.

Ce qu’elle disait…

ROMANCE

PHŒBÉ.

Ah ! que c’est gentil !

TOUTES.

Ah ! que c’est gentil !

STELLA, courant à la porte

Allons regarder !

TOUTES.

Oui ! oui !…

Elles courent.

LE GARDE.

On ne passe pas !

LES GARDES.

On ne passe pas…

Les Mêmes, POPOTTE.

POPOTTE, entrant

Eh bien ! qu’y a-t-il ?…

LE GARDE.

Ce sont ces demoiselles qui veulent forcer la consigne.

POPOTTE.

Oh ! les curieuses… cette pauvre Fantasia a pourtant bien besoin de repos… Enfin ça la distraira peut-être… (Aux dames.) Allez !… (Elles entrent chez Fantasia. Les gardes se retirent à l’exception d’un seul.) Au moins, a-t-on rattrapé ce petit gueux de prince Caprice ?

LE GARDE.

Non !… impossible de mettre le grappin sur lui…

POPOTTE.

Eh bien ! Cosmos doit être d’une jolie humeur. Ah ! le voici…

POPOTTE, LE GARDE, VLAN, COSMOS.

COSMOS, entrant le premier.

Je suis furieux !

VLAN, le suivant.

Moi aussi !

COSMOS, marchant toujours.

Pas tant que moi !

VLAN, le suivant.

Plus que vous !

COSMOS, s’arrêtant.

Je vous le défends !

VLAN, de même.

C’est différent !

COSMOS.

Votre fils est un drôle !…

VLAN.

Je ne dis pas le contraire.

COSMOS.

Un polisson !

VLAN.

C’est mon avis.

COSMOS.

Se permettre de rendre ma fille amoureuse !…

VLAN.

Ça n’a pas de nom !

COSMOS.

Si je le tenais je lui ferais passer un mauvais quart d’heure.

VLAN.

Et que vous auriez raison ! (Très gaiement.) Seulement, vous ne le tenez pas.

COSMOS.

C’est vrai… mes imbéciles de gardes n’ont pas pu le prendre… Ils ne m’ont ramené que ma fille.

VLAN.

Et lui, il a filé, c’est un malin ! (Lui tapant sur l’épaule.) Elle est bonne… Riez donc !

COSMOS.

Heureusement que vous êtes là vous…

VLAN.

Hein ?

COSMOS.

Si on ne le retrouve pas, vous paierez pour lui.

VLAN.

Moi !

COSMOS.

Dame ! elle est bonne… Riez donc…

VLAN.

Ah ! non ! permettez…

COSMOS.

Il faut que je fasse un exemple… Depuis hier ma fille est méconnaissable… Voulez-vous que je vous dise ce qu’il m’a forcé de faire votre fils, le voulez-vous ?…

VLAN.

Oui.

COSMOS, avec mystère l’amenant à gauche.

Il m’a forcé… (Voyant le garde, il l’entraîne au milieu.) il m’a forcé… vous allez frémir… il m’a forcé de convoquer les médecins… (Montrant la chambre de Fantasia.) Ils sont là en ce moment.

POPOTTE.

Ciel !

LE GARDE, de même.

Ah ! nom de nom !

POPOTTE.

Les médecins ! les médecins, ici !…

VLAN.

Eh bien ! est-ce que ça n’arrive pas tous les jours ?

COSMOS.

Tous les jours !…

POPOTTE.

Ah ça ! est-ce que vous croyez qu’on les laisse se promener dans les rues ?

COSMOS.

Pour qu’ils répandent partout une foule de maladies !

LE GARDE.

Ah ! ben ! ah ! ben !

VLAN.

Pourtant, permettez… Puisque vous me dites qu’ils sont là…

COSMOS.

Oui, parce que j’ai pris sur moi de les faire sortir et avec des précautions énormes.

VLAN.

Ils sont donc enfermés ?

COSMOS.

Je vous prie de le croire !… dans un bâtiment cellulaire.

POPOTTE.

Où on ne va les visiter qu’avec une autorisation spéciale.

VLAN.

Eh bien ! vous avez une singulière façon de les traiter. Ce n’est pas comme chez nous. Ainsi, moi, j’ai une gastrite, eh bien ! dès que je sens un tiraillement, j’envoie chercher mon médecin, il déjeune avec moi et, au bout d’un quart d’heure, ça va mieux.

COSMOS.

Il déjeune avec vous ?

VLAN.

Oui, et même il mange ce gaillard-là, il n’y a pas trois mois il s’est flanqué une indigestion ! J’ai été obligé de le soigner. Je lui ai fait du thé…

COSMOS.

Ah ! vraiment vous recevez les médecins chez vous ?… Et vous leur serrez la main ?

VLAN.

Certainement.

COSMOS.

Mais alors, ils doivent vous donner toutes les maladies qu’ils viennent de soigner ?

VLAN.

Non… ils nous en donnent d’autres, voilà tout. (Bruit de vaisselle cassée.) Qu’est-ce que c’est que ça ?

COSMOS.

Ça, c’est Fantasia qui casse mes porcelaines… Encore une crise de nerfs.

Les Mêmes, FANTASIA.

FANTASIA, entrant.

AIR

COSMOS.

Voyez ! la malheureuse !… dans quel état !…

Les Mêmes, CACTUS.

CACTUS, entrant tout effaré.

Seigneur ! seigneur ! si vous saviez !…

COSMOS.

Quoi donc ?

CACTUS.

La princesse…

POPOTTE.

Eh bien ?

CACTUS.

Elle vient de gifler la faculté !

COSMOS, à Fantasia.

Tu as fait ça… toi ?

FANTASIA.

Oui… oui… j’ai fait ça, moi…

CACTUS.

Et tous les médecins se sont sauvés !…

COSMOS.

Les médecins en liberté ! Nous voilà bien !… mais ils vont se répandre dans la ville !…

POPOTTE.

Quelle catastrophe !

COSMOS.

Il faut les rattraper ! Allons, courons.

Ils sortent tous.

FANTASIA, puis CAPRICE.

FANTASIA, riant.

Ah ! ah ! ah ! m’envoyer des médecins pour me soigner, me guérir… comme s’il pouvait y avoir pour moi un autre médecin que…

CAPRICE, paraissant à la fenêtre.

Fantasia !

FANTASIA.

Caprice ! vous ici !

CAPRICE.

Silence !… Oui, Microscope et moi, nous sommes parvenus à nous cacher.

FANTASIA

Chez qui ?

CAPRICE.

Chez les gendarmes.

FANTASIA.

Hein ?

CAPRICE.

Oui, naturellement ils nous cherchent partout excepté chez eux. Pendant ce temps, moi, j’ai trouvé un moyen infaillible de désarmer votre père.

FANTASIA.

Est-il possible !

CAPRICE.

Quel est le crime qu’il nous reproche ? — c’est d’être amoureuse… par conséquent, s’il devenait amoureux à son tour, il n’aurait plus rien à dire.

FANTASIA.

C’est vrai.

CAPRICE.

Eh bien ! cette pomme qui a éveillé votre cœur, je suis parvenu à en extraire un élixir d’un certain effet. (Il lui montre une fiole.) Le voici… il faut que le roi en boive, et nous serons sauvés !

FANTASIA.

Oui, mais comment ?

CAPRICE.

Je ne sais pas… mais soyez tranquille, je trouverai bien un moyen, et avant qu’il soit longtemps…

FANTASIA.

Ah ! le voici ! cachons-nous.

Ils se cachent derrière les rideaux de la fenêtre.

FANTASIA, CAPRICE, cachés, VLAN, COSMOS, CACTUS.

COSMOS, revenant, suivi de Vlan et de Cactus.

Enfin ! On a pu les rattraper tous.

CACTUS.

Oui, excepté un petit… mais il n’est pas bien dangereux.

VLAN.

Et vous pouvez bien dire que c’est à moi que vous le devez… si je n’avais pas été là… Je vous ai donné un fier coup de main… Ah ! C’est qu’un médecin ne me fait pas peur !…

COSMOS.

Oui, mais avec tout ça, voilà une consultation qui n’aura servi à rien.

VLAN.

Comme toutes les consultations, du reste…

COSMOS.

Cette pauvre Fantasia est bien décidément incurable… Et le pis, c’est que j’ai peur que son contact ne gâte toutes mes autres femmes.

CACTUS.

C’est si susceptible, les femmes !

COSMOS.

Aussi mon parti est pris… je vais m’en défaire…

VLAN, effrayé.

Comment ! vous en défaire ? vous allez la…

COSMOS.

Non… je vais la vendre.

VLAN.

Comment, la vendre ?

CACTUS.

Au marché… c’est l’habitude… Quand une femme a cessé de plaire, on la vend.

FANTASIA, indignée.

Me vendre !

Caprice lui fait signe de se taire.

VLAN, à Cosmos.

Eh bien ! vous avez de drôles de mœurs, vous.

COSMOS.

Personne ne sait ce qui lui est arrivé ; en me dépêchant j’en trouverai encore un bon prix.

CACTUS.

On ne perdra pas trop dessus.

COSMOS.

Allons ! il s’agit de la préparer à cette séparation douloureuse. Viens avec moi, Cactus.

Il entre suivi de Cactus dans la chambre de Fantasia.

Les Mêmes, moins COSMOS et CACTUS.

FANTASIA, sortant vivement de sa cachette.

Me vendre, c’est une indignité ! oh ! je m’y opposerai…

CAPRICE, venant à elle.

Au contraire, ma chère Fantasia, il faut laisser faire…

VLAN.

Caprice ! la princesse !

CAPRICE.

Oh ! ne t’étonne pas, nous n’avons pas le temps… (À Fantasia.) Quant à vous, ma chère Fantasia, ne vous inquiétez pas, et laissez-moi agir.

VLAN.

Comment ?

CAPRICE.

On va vous vendre, mais c’est quelqu’un à moi qui vous achètera… De mon côté, je serai au marché, et grâce à mon élixir je vous réponds de Cosmos… Rentrez vite, tout va bien !… (À Vlan.) Et toi, viens avec moi…

VLAN.

Où m’emmènes-tu ?

CAPRICE.

Au marché !…

VLAN.

Comment, au marché !… mais explique-moi…

CAPRICE.

Nous n’avons pas le temps ! viens… (Il l’entraîne.) À nous deux, mon bon Cosmos !

Ils sortent.

Changement à vue.

TREIZIÈME TABLEAU

LE MARCHÉ AUX FEMMES

Marchands, Acheteurs, Femmes, Boursiers, Spéculateurs, Badauds, Gardes du Marché, Un Bourgeois.

INTRODUCTION

UN MARCHAND.

Cris confus.

PREMIER SPÉCULATEUR.

J’achète !

LE SECOND.

Je vends !

UN BOURGEOIS, arrivant en se bouchant les oreilles.

Quel vacarme, mon Dieu !… c’est à devenir fou !… oh ! la spéculation ! la spéculation !… La plaie de notre époque…

LE GARDIEN.

Circulez, messieurs, circulez !

PREMIER SPÉCULATEUR.

Cent quinze femmes fin courant, avec prime, j’offre !…

DEUXIÈME SPÉCULATEUR.

Je prends !

TROISIÈME SPÉCULATEUR.

Cinquante ! avec report !

QUATRIÈME SPÉCULATEUR.

Cent ! je liquide !

LE GARDIEN, séparant les deux premiers.

Circulez ! que diable ! vous avez bien le temps de vous ruiner !

DEUXIÈME SPÉCULATEUR, remontant.

Les cent quinze femmes, fin courant !…

PREMIER SPÉCULATEUR, le suivant.

Je les reprends ! je les reprends.

CRIS DIVERS.

C’est la hausse… c’est la baisse… vingt pour cent !… Impossible !… ah !… oh !… liquidons, vendons,… etc.

LES GARDIENS.

Circulez ! circulez !…

Les Mêmes, MICROSCOPE.

LE BOURGEOIS, furieux.

Faites donc attention !…

MICROSCOPE.

Pardon… (À part.) Ouf ! j’ai couru… C’est qu’il s’agit de reconnaître les lieux… Mon jeune maître m’a chargé de venir acheter la princesse Fantasia… C’est une mission délicate et qui demande à être conduite avec précaution… Voyons… (Allant au bourgeois.) Un mot, s’il vous plait ?…

LE BOURGEOIS.

Je vous écoute, monsieur.

MICROSCOPE, à part.

Il a une bonne tête, ce bourgeois… (Haut.) Où suis-je ici ?

LE BOURGEOIS.

Où vous êtes ? (Cris.) Malheureux, vous ne le voyez donc pas ? Mais vous êtes dans l’antre de la spéculation ! vous êtes à la Bourse.

MICROSCOPE.

Àla Bourse ?

LE BOURGEOIS.

Et voici la corbeille ! Ah ! la spéculation ! la spéculation ! La plaie de notre époque. (Les cris recommencent.) Là ! les entendez-vous ?

MICROSCOPE.

Comment, c’est la Bourse, où l’on se dispute comme ça !… ah ! sapristi ! je me suis trompé alors… Moi qui cherchais le marché aux femmes…

LE BOURGEOIS.

Eh bien, vous y êtes…

MICROSCOPE.

Mais vous venez de me dire…

LE BOURGEOIS.

La Bourse ou le marché aux femmes, c’est tout un…

MICROSCOPE, saluant.

Monsieur, bien obligé ! (À part.) Comment c’est sur les femmes qu’on spécule… Drôle de valeur… Enfin, j’en connais de plus mauvaises…

LE BOURGEOIS, à part.

Voilà encore un pauvre niais qui va se faire plumer… oh la spé…

Àce moment on entend un murmure dehors.

MICROSCOPE.

Ômon Dieu, monsieur, qui est-ce qui arrive donc là-bas ?

LE BOURGEOIS, regardant.

Qui ? parbleu ! c’est le fameux Quipasseparla, le roi de la Bourse !

Les Mêmes, QUIPASSEPARLA.

QUIPASSEPARLA, arrivant entouré d’agioteurs et de boursiers. Il est très élégant et d’allure fort dégagé.

RONDEAU

(Parlé.) Oh ! les femmes !…

TOUS.

Bravo ! bravo !…

QUIPASSEPARLA.

Ah ! mes amis ! quelle journée ! quelles émotions !… Je viens de boire un de ces bouillons !… Ce matin, je me dis : il y a quelque chose à faire avec les femmes bleues… j’achète, j’achète, et puis, patatras ! Une baisse formidable… Elles sont à rien, les femmes bleues ! On les donne !… c’est à mourir de rire ! ah ! ah ! ah !

Il rit, tout le monde l’imite.

LE BOURGEOIS, à part.

Ôcynisme !…

QUIPASSEPARLA.

Heureusement, j’ai de quoi me refaire… je viens d’apprendre que dans quelques instants on va mettre en vente la charmante princesse Fantasia.

LE BOURGEOIS, indigné.

Comment !

QUIPASSEPARLA.

Un objet unique, une occasion hors ligne, c’est tout à fait mon affaire. Ah ça ! j’espère que personne ne s’avisera de me la disputer ?

TOUS.

Parbleu !…

MICROSCOPE, à part.

Un concurrent ! Fichtre… comment faire pour… (Allant à Quipasseparla.) Pardon, monsieur, vous dites que vous venez pour acheter la princesse Fantasia…

QUIPASSEPARLA, qui fait des comptes sur un petit carnet, se tournant de l’autre côté et avec distraction.

Oui…

MICROSCOPE.

Et vous y tenez beaucoup à la princesse ?

QUIPASSEPARLA.

Sans doute… Pourquoi ?

MICROSCOPE.

C’est que si vous n’y aviez pas tenu spécialement, je vous aurais prié…

QUIPASSEPARLA.

De quoi ?

MICROSCOPE.

De me la laisser… j’ai ordre de l’acheter à tout prix… Alors, vous comprenez, nous allons nous contrecarrer l’un l’autre bien inutilement… Il vaudrait peut-être mieux s’entendre.

QUIPASSEPARLA, le toisant, à part.

Ah ! bah !… Voilà un individu dont il faut que je me débarrasse ! (Haut.) Mais comment donc, cher monsieur, du moment que cela peut vous obliger…

MICROSCOPE.

Alors vous consentez ?

QUIPASSEPARLA.

Àm’entendre avec vous, mais pourquoi pas ?… Du moment que cela peut vous être agréable… Venez donc, prendre quelque chose… nous causerons de cette affaire-là…

MICROSCOPE.

Volontiers.

QUIPASSEPARLA, sortant avec lui, à part.

Toi, si tu es ici pour la vente, tu auras de la chance !

MICROSCOPE, de même.

C’est un bon enfant, ce Quipasseparla.

LA FOULE, avec joie.

Oh ! des charlatans !…

LE BOURGEOIS.

Des charlatans, à la Bourse !… c’est impossible !

LA FOULE, LE BOURGEOIS, CAPRICE, VLAN.

CHŒUR.

Ah ! quelle musique
Magnifique !
Quel bataclan
Retentissant !

La voiture s’arrête sur le devant de la scène.

CAPRICE.

BONIMENT

TOUS.

Bravo ! bravo !

VLAN.

Caprice, tu n’es pas raisonnable… moi, ton père, me forcer à jouer le rôle d’un simple Vert de Gris ! Si l’on me voyait de là-bas.

CAPRICE.

Tais-toi donc, papa, il le faut. En avant la musique. (À part.) Je ne vois pas encore Cosmos… il ne tardera pas. (Bas à Vlan.) Comment les occuper ?

VLAN, de même.

Laisse-moi faire. (Haut.) Maintenant, mesdames et messieurs, permettez-moi d’appeler votre attention sur une découverte aussi précieuse qu’utile… Depuis que je suis sur le trô… (Se reprenant.) depuis que j’exerce sur les places publiques, (À part.) un peu plus j’allais me couper ! (Haut.) depuis dis-je, que j’exerce sur les places publiques, je n’ai encore rien vu de semblable… Avez-vous un vieux chapeau ? oui, n’est-ce pas ? (Désignant le bourgeois qui est au milieu de la foule.) J’aperçois justement monsieur qui en a un d’une malpropreté repoussante… Passez-moi le chapeau de monsieur !…

LE BOURGEOIS.

Mais…

On lui enlève son chapeau qu’on passe à Vlan.

VLAN.

Horrible, votre chapeau, monsieur… je ne comprends pas que vous osiez sortir avec un chapeau pareil.

LE BOURGEOIS, furieux.

Monsieur !…

VLAN.

Enfin, n’importe… pour quatre francs, je vous en rendrai un neuf. Passez-moi les quatre francs de monsieur…

LE BOURGEOIS.

Mais…

VLAN.

Passez moi les quatre francs de monsieur !… (On fouille le bourgeois et on lui prend de l’argent qu’on fait passer à Vlan.) Merci… À présent regardez bien ce que je fais du chapeau… (Il l’aplatit, le déchire et le foule aux pieds, après quoi il le rend gracieusement au bourgeois.) Monsieur…

LE BOURGEOIS.

Mais ce n’est plus un chapeau !… vous m’en aviez promis un neuf.

VLAN.

Un neuf… c’est juste… (Tirant un œuf de sa poche.) Un œuf à monsieur, voilà.

On rit.

LE BOURGEOIS, furieux.

Ah ! le charlatanisme !…

Il se sauve au milieu des rires de la foule.

CAPRICE.

Ah ! j’aperçois, Cosmos… à mon tour ! (Haut.) Allez la musique !

Vlan se remet à battre du tambour.

Les Mêmes, COSMOS, CACTUS.

COSMOS.

Tiens ! des charlatans !…

Il vient se mêler à la foule.

CAPRICE.

Avant de prendre congé de vous, mesdames et messieurs, il nous reste à vous présenter une eau magique, incomparable, inestimable, inappréciable et complètement inconnue jusqu’à ce jour… (Vlan accompagne tous ces adjectifs d’un roulement de tambour. — Caprice continue.) Cette eau, mesdames et messieurs, possède toutes les propriétés, toutes les vertus, toutes les qualités. Elle guérit les rhumes de cerveau, les rages de dents et les cors aux pieds. Elle ôte les taches, remplace le cirage, et fait couper les rasoirs… elle fait pousser les cheveux et tomber la barbe ou pousser la barbe et tomber les cheveux, à volonté. Elle fait engraisser les gens maigres et maigrir les gens gras.

COSMOS, dont l’attention est éveillée, à part.

Maigrir…

CACTUS, de même.

Maigrir !

CAPRICE.

Enfin, elle fait tout, elle sert à tout, elle est bonne à tout…

VLAN.

Àtout !…

CAPRICE.

Malheureusement, il ne m’en reste qu’une bouteille… cette bouteille, vous comprenez bien que je ne veux pas la vendre, je la donne… mais à qui la donner ?

TOUS.

Àmoi ! à moi !

CAPRICE.

Un instant ! ne parlez pas tous à la fois !… À qui la donner cette bouteille ? Un roi seul est digne de posséder un pareil trésor…

VLAN.

Oui, un roi seul !… y a-t-il un roi dans la société ?

COSMOS, levant la main.

Un roi… présent !…

CACTUS, à part, avec regret.

Si j’avais eu trente-cinq grammes de plus !

CAPRICE.

Très bien, passons la bouteille à monsieur.

Il tend la bouteille à Cosmos.

COSMOS, prenant la bouteille et la regardant.

Tiens ! c’est gentil… ça a une couleur. (À Caprice.) Est-ce que ça se boit ?…

CAPRICE.

Goûtez-en ! Goûtez-y ! et vous m’en direz des nouvelles…

COSMOS.

Voyons…

CAPRICE.

Allez la musique !…

Trompette et tambour pendant que Cosmos boit.

CACTUS, à Cosmos.

Eh bien ?

COSMOS.

Eh bien ! oui, c’est assez… c’est même très…

Il reboit.

CAPRICE.

Encore ?… Allez la musique !…

Même jeu que plus haut.

CACTUS.

Donnez-m’en un peu.

COSMOS.

Non, c’est trop bon ! (Changeant de ton.) Ah !

CACTUS.

Quoi ?

COSMOS.

C’est étrange, on dirait que… (Avec un grand cri.) Ah ! ah ! (Portant la main à son ventre.) Je suis empoisonné !…

Il se sauve en courant.

CACTUS.

C’est bien fait.

CAPRICE, stupéfait.

Ah mais !… ce n’est pas l’effet que j’ai voulu produire !…

VLAN.

Je crois bien !… c’est tout simplement le cidre que tu as inventé là !…

CAPRICE.

Du cidre ? c’est vrai !… Nous voilà bien…

VLAN, à part.

Veux-tu que je te dise ? Nous n’avons plus qu’à déguerpir. (Haut.) Mesdames et messieurs, c’est pour avoir l’honneur de vous remercier. Si vous avez été contents, envoyez-nous vos familles.

CACTUS.

Allons ! bien !… on va vendre la princesse et le roi n’est pas là.

FANTASIA, POPOTTE, suivies de FLAMMA et des Autres Dames du Palais, Le Chœur, puis QUIPASSEPARLA.

MORCEAU D’ENSEMBLE

CHŒUR DES FEMMES.

Même jeu de tous, l’un après l’autre.

TOUS.

C’est lui !
C’est lui !

CACTUS.

LE COMMISSAIRE, prenant place et montrant Fantasia.

TOUS.

TOUS.

LE COMMISSAIRE, parlé.

Personne ne dit mot ?

CACTUS, parlé.

Personne ne dit mot ?

LE COMMISSAIRE.

Quipasseparla sort vivement, emmenant Fantasia. Tout le monde les suit.

Changement à vue.

QUATORZIÈME TABLEAU

LE PAYS DES VENTRUS

QUIPASSEPARLA, et Ses Femmes, FANTASIA.

QUIPASSEPARLA.

Par ici ! par ici… Nous allons nous arrêter quelques instants dans cette auberge. (Aux dames.) Dépêchez-vous d’aller vous reposer, car nous n’avons pas beaucoup de temps. C’est aujourd’hui même que l’hiver doit succéder à l’été, tout à coup et sans crier gare… et, si les almanachs disent vrai, comme c’est leur habitude, le froid sera terrible cette année… Il se peut que d’un instant à l’autre il fasse cinquante degrés au-dessous de zéro. Il s’agit donc de ne pas se laisser surprendre. Entrez là et attendez-moi ; je vais prendre les précautions nécessaires pour continuer notre route.

Les femmes entrent dans l’auberge.

FANTASIA.

Comment, nous allons nous arrêter ici ? mais je m’y oppose !… Je ne m’arrêterai que lorsque nous aurons rejoint Caprice.

QUIPASSEPARLA.

Écoutez, ma belle enfant, je me reprocherais de vous laisser plus longtemps dans l’illusion. C’est pour moi que je vous ai achetée.

FANTASIA.

Pour vous !

QUIPASSEPARLA.

Oui, pour moi, pour ma collection, dont vous allez faire le plus bel ornement, adorable princesse !

FANTASIA.

Ah ! c’est indigne ! Mais je vous échapperai, je saurai bien trouver le moyen de fuir, de le rejoindre… Oh ! mon Dieu ! oh ! mon Dieu !…

QUIPASSEPARLA, la faisant entrer.

Bah ! bah ! cela se passera. Entrez toujours là… Et maintenant je vais m’occuper des préparatifs.

Il sort.

MICROSCOPE, seul, arrivant en courant.

Que d’aventures, mon Dieu ! que d’aventures ! Ce gueux de Quipasseparla !… Ah ! si je le rattrape !… Il m’avait endormi… J’arrive au marché… Crac ! tout est fini ! La princesse vendue, enlevée !… Je veux rattraper mon voleur… Patatras ! qu’est-ce que je rencontre ? la reine Popotte. Dans quel état ! Cosmos avait bu le fameux élixir. D’abord, il parait que ça lui a fait un effet… Enfin un drôle d’effet !… Mais la pomme ne perd jamais ses droits… Le malheureux est devenu amoureux de sa femme… et pour se faire comprendre d’elle il l’a fait boire aussi… Ça a été un coup de foudre… Seulement à ce moment-là, j’arrivais et c’est à mon cou qu’elle s’est jetée… Quelle situation ! moi qui cours après mon filou, la reine qui court après moi et le roi qui court après la reine !… Ah ! la voici… quel ennui !… Car c’est curieux ; je l’aimais cette femme, elle ne m’aimait pas. Elle m’aime, je ne peux plus la souffrir… Ô cœur humain !…

MICROSCOPE, POPOTTE.

POPOTTE.

Enfin, vous voici, mon ami… (Se pendant à son bras.) Nous ne nous quitterons plus !

MICROSCOPE, à part.

Hein ?… (Haut.) Permettez, madame… Je comprends la passion que je vous inspire… Elle me flatte, mais elle me gêne. Raisonnons… Vous avez un mari.

POPOTTE.

Je ne l’aime pas !

MICROSCOPE.

Je le comprends, mais votre devoir est de l’aimer.

POPOTTE.

Il est laid !

MICROSCOPE.

Je le sais, mais votre devoir est de le trouver beau.

POPOTTE, avec violence.

Eh ! le devoir ! Que m’importe le devoir ! c’est vous que j’aime, c’est vous que je trouve beau et je ne vous quitterai plus !…

COUPLETS

MICROSCOPE, avec désespoir.

Oh ! les chaînes ! les chaînes !…

Les Mêmes, VLAN et CAPRICE.

VLAN, entrant avec Caprice et s’arrêtant devant l’enseigne.

Voyons !… Grosbedon, aubergiste… Nous sommes dans une auberge.

MICROSCOPE, les apercevant.

Le prince ! sapristi !…

CAPRICE.

Microscope ! ah ! te voilà, toi !… Eh bien ! tu as joliment travaillé ! tu as laissé acheter Fantasia par un autre !

MICROSCOPE.

Mais, prince, ce n’est pas ma faute ; on m’avait endormi.

POPOTTE.

Oh ! ne l’accusez pas !

CAPRICE.

Heureusement que j’ai pu retrouver ses traces… Elle est dans ce pays, j’en suis sûr. Allons, papa…

VLAN.

Un instant ; j’ai faim, je suis éreinté. Voilà une auberge, je m’installe.

CAPRICE.

Tu n’y penses pas ! quand Cosmos est à nos trousses !…

VLAN.

Ah ! mais, dis donc, je ne suis pas de fer ! Ohé ! l’aubergiste !

Les Mêmes, GROSBEDON.

GROSBEDON, accourant avec des garçons. Il a un ventre énorme.

Que désirent ces messieurs ?

VLAN.

Oh ! ces ventres, Croscope…

MICROSCOPE.

Oh !

VLAN.

Que nous sommes bêtes !… On nous a prévenus… c’est ici dans le pays des ventrus…

MICROSCOPE.

Mais oui !… le pays où on choisit les rois de la lune !… Tout s’explique alors… cette végétation truculente…

VLAN.

Cette architecture ventripotente…

MICROSCOPE.

Le pays des ventrus !

VLAN.

Regarde donc celui-là ; ce doit être Grosbedon.

GROSBEDON.

En personne.

CAPRICE.

Dites-moi, mon brave homme, vous n’auriez pas vu un homme qui voyage avec une troupe de femmes ?

GROSBEDON.

Quipasseparla, le fameux collectionneur ? justement !

MICROSCOPE.

Mon filou ! il est ici !

CAPRICE.

Oh ! papa ! oh ! Microscope !… elle est ici…

VLAN.

Qui ça ?

CAPRICE.

Fantasia.

VLAN.

Ça m’est égal… allons à la cuisine d’abord… Allons l’aubergiste.

Il entre à droite suivi de Grosbedon.

MICROSCOPE, POPOTTE, CAPRICE puis FANTASIA.

CAPRICE.

Elle est ici !… Pourvu qu’elle entende ma voix. Fantasia ! Fantasia !

FANTASIA, sortant de l’auberge par une autre porte.

Cette voix ! c’est lui !…

CAPRICE.

Fantasia !

FANTASIA, se jetant dans ses bras.

Caprice !

POPOTTE.

Ils s’embrassent, Microscope !

Elle veut se jeter à son cou.

MICROSCOPE.

Non ! madame ! non ! ils ne s’embrassent pas…

POPOTTE.

Ah ! Microscope ! vous ne m’aimerez donc jamais ?

MICROSCOPE.

Si ! peut-être !… quand vous ne m’aimerez plus !…

CAPRICE.

Allons, allons, ne nous arrêtons pas. Cosmos doit être sur nos traces, il faut fuir.

CAPRICE et FANTASIA.

Fuyons !…

POPOTTE.

Fuyons !… (Caprice et Fantasia sortent gaiement, voyant que Microscope ne bouge pas.) Eh bien ! Microscope !

MICROSCOPE.

Oui, madame. J’attends le roi et je vous suis.

POPOTTE.

Àbientôt, alors ?

MICROSCOPE.

Àbientôt !… (Elle sort. — Resté seul.) Oui… compte là-dessus !

MICROSCOPE, seul, puis VLAN et LES VENTRUS.

VLAN, sortant de la cuisine ; il tient dans les bras un plat de hannetons.

Merci ! merci ! je porterai bien ça tout seul (En scène.) Ils ont une drôle de façon de nourrir ici… Je n’ai trouvé que des hannetons à la broche… enfin pourvu que j’aie de quoi me soutenir… Eh bien ! où sont les autres ?…

MICROSCOPE.

Ils ont filé, nous ferons peut-être bien d’en faire autant…

VLAN.

Avant d’avoir dîné ! jamais !

Bruit de trompettes.

MICROSCOPE.

Qu’est-ce que c’est que ça ? (Il regarde au fond.) Ah ! grand Dieu ! Cosmos…

GROSBEDON, qui est sorti de l’auberge.

Oui, le roi qui cherche des fugitifs et qui passe tous les habitants en revue, maison par maison…

MICROSCOPE.

Ah ! sapristi.

VLAN.

Filons !…

Ils s’apprêtent à se sauver.

MICROSCOPE, avec effroi.

Ah ! par ici des gardes ! Par là, des gardes ! encore des gardes, partout des gardes !

VLAN.

Nous sommes cernés.

MICROSCOPE.

Mais dans ce pays de ventrus on va nous reconnaître tout de suite.

VLAN.

Viens ! j’ai une idée… (À Grosbedon.) Suivez-nous, l’aubergiste…

Ils rentrent dans l’auberge. — Arrivent Cosmos et Cactus avec des gardes.

COSMOS.

Cactus !

CACTUS.

Grand prince !

COSMOS, lui tendant son pouls.

Combien de pulsations ?

CACTUS.

Quatre cent quinze, grand prince !

COSMOS.

Horrible !… oh ! les gueux ! dans quel état ils m’ont mis avec leur élixir !… Mon sang bouillonne, ma tête éclate… j’aime ma femme à présent… Et elle m’a quitté pour ce Microscope… Ô Popotte ! il faut que je te retrouve et que je me venge !…

CACTUS, qui tient la bouteille et qui boit.

Grand prince !

COSMOS.

Eh bien, malheureux ! que fais-tu ? Cette bouteille…

CACTUS.

Oh ! moi, ça ne me fera rien… c’est pour maigrir !…

COSMOS.

Nature calme !… enfin… on a exécuté mes ordres ? le pays est cerné ?

CACTUS.

Oui, grand prince !

COSMOS.

Très bien… il ne nous reste plus que cette auberge à visiter… S’ils y sont, ils ne m’échapperont pas… seulement nous n’avons pas de temps à perdre, car nous approchons de l’hiver et il s’agit de les rattraper le plus vite possible… Dans ce pays de ventres ils ne seront pas difficiles à pincer… Holà, les gens de l’auberge !…

GROSBEDON, sortant avec des gens.

Nous voici, grand roi !

COSMOS.

Commençons l’inspection. (À Cactus.) Je t’autorise à m’aider dans mes recherches !

CACTUS.

Que de remerciements !

Tous les ventrus se sont rangés sur une ligne pour l’inspection.

COSMOS.

Allons (À Grosbedon.) allons, approchez-vous…

GROSBEDON.

Avec plaisir. (Cosmos lui donne un vigoureux coup dans le ventre, celui-ci raisonne comme un tonneau vide.) Oh ! le son est bon… à un autre !

CACTUS.

Àmon tour. (Un ventru s’approche de lui, frappant de toutes ses forces) Oh !

Il agite douloureusement la main.

COSMOS.

Tu t’es fait mal ?… À un autre !…

La revue continue.

Les Mêmes, VLAN, MICROSCOPE.

Vlan et Microscope se sont travestis d’une façon burlesque… Ils ont de fausses barbes et des ventres monstrueux.

VLAN, bas à Microscope.

Glissons-nous dans la foule, je te dis qu’ils ne nous reconnaîtront jamais.

MICROSCOPE, bas.

C’est égal, je ne suis pas rassuré, mon ventre me gêne.

VLAN, bas.

Tu t’y feras… surtout du sang-froid et de l’aplomb !

Ils se glissent parmi les ventrus et se trouvent près de Cosmos.

COSMOS, les apercevant.

Oh ! oh ! voilà deux solides gaillards !

VLAN, avec une voix de basse taille.

N’est-ce pas ?

Il tousse.

COSMOS.

Quel creux ! (À Vlan.) Vous n’avez rien à déclarer ?

VLAN.

Quelques cigares, voilà tout…

COSMOS.

Approchez-vous.

Il s’apprête à lui donner un coup de poing.

VLAN.

Voilà le moment. (Cosmos frappe.) Oh !

COSMOS.

Quoi ?

VLAN, avec un sourire.

Rien…

COSMOS, s’approchant de Microscope.

Au petit… ah ! il est moins solide.

MICROSCOPE, tremblant, à part.

Oh ! oh ! c’est à moi…

COSMOS, à Cactus.

Àton tour… frappe !…

Cactus prend son élan.

VLAN, bas à Microscope.

Tiens ferme.

MICROSCOPE, bas.

Mon Dieu ! mon ventre !

VLAN.

Eh bien ?

MICROSCOPE, bas.

Il glisse !

VLAN, bas.

Rattache-le.

MICROSCOPE.

Attendez.

Il veut se retourner.

COSMOS.

Oh ! pas de ça !

CACTUS.

Pas de ça !

Microscope se débat, sa ceinture se déroule, un oreiller s’en échappe.

COSMOS.

Qu’est-ce que c’est que ça ? un oreiller !…

CACTUS.

Du faux !

VLAN.

Imbécile !

COSMOS, désignant Vlan.

Et celui-là ! (Il lui arrache sa barbe.) Vlan !! c’est Vlan ! Enfin ! nous les tenons !

VLAN, ôtant sa fausse barbe.

Ôrage !

MICROSCOPE, même jeu.

Ôdésespoir !

COSMOS.

Et votre fils ? et ma femme et ma fille, qu’en avez-vous fait ?

VLAN.

Ah ! eux ! Ils sont loin, par exemple !

COSMOS.

Comment loin ?

Bruit au dehors.

TOUS.

Qu’y a-t-il ?

LE GARDE, accourant avec du monde.

Grand prince !… il est temps de défiler… le vent s’élève, et dans un instant, nous allons être surpris par la neige.

TOUS.

La neige !

VLAN, ahuri.

Comment, la neige ?

COSMOS.

Oui, l’hiver qui succède à l’été…

MICROSCOPE.

Si vite que ça !

CACTUS.

Mais certainement !

COSMOS.

N’importe ! Nous ne rentrerons pas avant d’avoir repris le prince et la princesse.

VLAN.

Oh ! vous ne les rejoindrez pas !

COSMOS.

C’est ce que nous verrons ! (À ses gardes.) En avant !

TOUS.

En avant.

FINAL

CHŒUR.

Courons à leur poursuite,
Il faut les rattraper,
Courons, oui, courons vite
Ou bien ils vont nous échapper !

Les Mêmes, QUIPASSEPARLA, puis CAPRICE, FANTASIA, POPOTTE, Chœurs.

Changement à vue.

QUINZIÈME TABLEAU

CINQUANTE DEGRÉS AU DESSOUS DE ZÉRO

GRAND BALLET DES FLOCONS DE NEIGE

Rideau.

Page 1