‹ L’École des mèresChapitre 6 sur 20 · Scène VII

Scène VII

LISETTE, ANGÉLIQUE, FRONTIN, ÉRASTE.

Lisette, à Angélique.

Tenez ! voici ce domestique, que Frontin nous amène.

Angélique.

Frontin ne dira-t-il rien à ma mère ?

Lisette.

Ne craignez rien, il est dans vos intérêts, et ce domestique passe pour son parent.

Frontin.

Le valet de M. Éraste vous apporte une lettre que voici, madame.

Angélique.

Donnez. (À Lisette.) Suis-je assez sérieuse ?

Lisette.

Fort bien.

Angélique.

« Que viens-je d’apprendre ? on dit que vous vous mariez ce soir. Si vous concluez sans me permettre de vous voir, je ne me soucie plus de la vie. »

Il ne se soucie plus de la vie !

« Adieu ; j’attends votre réponse, et je me meurs. »

Cette lettre-là me pénètre ; il n’y a point de modération qui tienne, Lisette ; il faut que je lui parle, et je ne veux pas qu’il meure. Allez lui dire qu’il vienne ; on le fera entrer comme on pourra.

Éraste.

Vous ne voulez point que je meure, et vous vous mariez, Angélique !

Angélique.

Ah ! c’est vous, Éraste ?

Éraste.

Àquoi vous déterminez-vous donc ?

Angélique.

Je ne sais ; je suis trop émue pour vous répondre. Levez-vous !

Éraste.

Mon désespoir vous touchera-t-il ?

Angélique.

Est-ce que vous n’avez pas entendu ce que j’ai dit ?

Éraste.

Il m’a paru que vous m’aimiez un peu.

Angélique.

Non, non, il vous a paru mieux que cela, car j’ai dit bien franchement que je vous aime ; mais il faut m’excuser, Éraste, car je ne savais pas que vous étiez là.

Éraste.

Est-ce que vous seriez fâchée de ce qui vous est échappé ?

Angélique.

Moi, fâchée ! au contraire, je suis bien aise que vous l’ayez appris sans qu’il y ait de ma faute ; je n’aurai plus la peine de vous le cacher.

Frontin.

Prenez garde qu’on ne vous surprenne.

Lisette.

Il a raison ; je crois que quelqu’un vient ; retirez-vous, madame.

Angélique.

Mais je crois que vous n’avez pas eu le temps de me dire tout.

Éraste.

Hélas ! madame, je n’ai encore fait que vous voir et j’ai besoin d’un entretien pour vous résoudre à me sauver la vie.

Angélique.

Ne lui donneras-tu pas le temps de me résoudre, Lisette ?

Lisette.

Oui, Frontin et moi nous aurons soin de tout ; vous allez vous revoir bientôt, mais retirez-vous.

Page 1