‹ L’École des mèresChapitre 8 sur 20 · Scène IX

Scène IX

CHAMPAGNE, FRONTIN, LISETTE.

Frontin.

Je voudrais bien savoir à qui tu en as ? Est-ce qu’il n’est pas permis à mon cousin La Ramée d’avoir son visage ?

Champagne.

Je veux bien que M. La Ramée en ait un ; mais il ne lui est pas permis de se servir de celui d’un autre.

Lisette.

Comment, celui d’un autre ! Qu’est-ce que cette folie-là ?

Champagne.

Oui, celui d’un autre ; en un mot, cette mine-là ne lui appartient point ; elle n’est point à sa place ordinaire, ou bien j’ai vu la pareille à quelqu’un que je connais.

Frontin.

C’est peut-être une physionomie à la mode, et La Ramée en aura pris une.

Lisette.

Voilà bien, en effet, les discours d’un butor comme toi, Champagne. Est-ce qu’il n’y a pas mille gens qui se ressemblent ?

Champagne.

Cela est vrai ; mais que son visage appartienne à ce qu’il voudra, je ne m’en soucie guère ; chacun a le sien. Il n’y a que vous, mademoiselle Lisette, qui n’avez celui de personne, car vous êtes plus jolie que tout le monde ; il n’y a rien de si aimable que vous.

Frontin.

Halte-là ! laisse ce minois-là en repos. Ton éloge le déshonore.

Champagne.

Ah ! monsieur Frontin, ce que j’en dis, c’est en cas que vous n’aimiez pas Lisette, comme cela peut arriver ; tout le monde n’est pas du même goût.

Frontin.

Paix ! vous dis-je ; car je l’aime.

Champagne.

Et vous, mademoiselle Lisette ?

Lisette.

Tu joues de malheur, car je l’aime.

Champagne.

Je l’aime, partout je l’aime ! Il n’y aura donc rien pour moi ?

Lisette.

Une révérence de ma part.

Frontin.

Des injures de la mienne, et quelques coups de poing si tu veux.

Champagne, seul.

Ah ! n’ai-je pas fait là une belle fortune ?

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